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Posté par le 14 novembre 2008 dans Blogosphère

L’Évolution de notre blogosphère

Bloggers community

Je ne sais pas si vous l’aviez remarqué, mais la blogosphère politique du Québec semble vivre présentement une certaine crise existentielle.

Dans un premier temps, l’actuelle campagne électorale ne suscite pas vraiment d’intérêts chez les blogueurs québécois. Ainsi, certains commentateurs y voient le signe d’un essoufflement de notre blogosphère… moi je pense que c’est un essoufflement tout court pour la politique. Il faut dire qu’à la suite d’une déterminante élection fédérale et d’une élection présidentielle historique aux États-Unis, cette élection provinciale contraste par son insipidité. Puis, dans un contexte où 70 % des Québécois ne voulaient pas retourner aux urnes, considérant que cette élection trouve sa raison dans la logique électoraliste du premier ministre, une certaine «écoeurantite» est parfaitement compréhensible. D’ailleurs, je suis prêt à parier que le jour du scrutin nous révèlera un taux record d’abstentions.

Bravo M. Charest, vous êtes un leader responsable !

Dans un deuxième temps, l’un des pionniers de notre blogosphère nous a hier annoncé son «départ». S’en irait ainsi Jimmy St-Gelais et son blogue phare de la perspective écologique au Québec. Assurément, c’est un gros morceau qui quitterait notre blogosphère. Pertinent, direct, lucide, indépendant d’esprit, réfléchi, probe et poli, Jimmy St-Gelais était un modèle quant au style employé pour un blogue commentant la politique. Car s’il y a une chose qui faudra inculquer du compte-rendu de son expérience blogosphèrique, c’est sa déception quant au langage de certains blogueurs. Effectivement, quant à lui, les attaques personnalisées ayant sévi sur certains blogues auraient discrédité notre potentiel à percer le mur médiatique. Puis, en ramenant justement l’épisode Élodie dessous le tapis, Jimmy soulignera au passage le changement d’attitude des médias conventionnels à l’égard des blogues politiques. Mais la question ici, est-ce vraiment l’objectif de ces blogues que d’être cité par les journalistes? Si tel était la mission de Jimmy, la déception allait de soi au rendez-vous.

Bien sûr, les blogues nous permettent d’aborder nos sujets sans compromis. Bien sûr, les blogues ne nous obligent pas à tenir compte de la pseudo-objectivité professionnelle. Bien sûr, les blogues révolutionnent ainsi le transport de l’information politique. (De cet angle, c’est déjà une énorme différence sociologique par rapport à 1995… or s’il peut y avoir un nouveau référendum un jour, le contexte médiatique y sera indubitablement différend). Bref, blogueurs, nous participons tout de même à l’une des grandes révolutions de l’humanité : jamais dans l’histoire les citoyens n’auront eu autant de liberté d’expression… ce n’est pas rien. Alors, pour tous ceux qui veulent changer le monde et les militants tous azimuts, les attentes sont évidemment élevées quant au potentiel médiatique de la blogosphère.

Ainsi, les blogues étant l’un des pans fondamentaux de la révolution du Web 2.0, il était naturel que l’évolution de «la blogosphère» attire l’attention des journalistes de notre génération. En ce sens, les premiers à vraiment s’y intéresser au Québec furent Philippe Shnobb et Sophie-Hélène Lebeuf de la SRC. Or, réalisons-le bien, si cela n’avait pas été de l’audace de ces deux journalistes d’explorer le traitement médiatique de la blogosphère politique, il n’y aurait jamais eu cet épisode des blogues politiques cité à la SRC. À ce moment-là, autant journalistes que blogueurs, nous nous aventurions dans les limites médiatiques du cyberespace. Il y avait une belle synergie : les blogueurs politiques étaient stimulés par l’attention des journalistes, les journalistes étaient stimulés par l’attention des blogueurs. Certains utopistes pensaient même ainsi redéfinir le métier de journalisme. Puis, il y a eu l’affaire Élodie.

Les blogues politiques n’étant réellement balisés par aucune loi que ce soit, cet épisode était inévitable… tôt ou tard, des blogues intellectuellement malhonnêtes auraient tenté d’utiliser l’exceptionnelle tribune offerte par la SRC. De la sorte, malgré tout le respect que j’ai pour Philippe Schnobb, je persiste à croire que c’était une boîte de pandore que de créditer dans ses chroniques des blogues roulant sous des pseudonymes. Or, lorsque j’ai lancé la roche à ce journaliste quant à sa responsabilité dans l’affaire Élodie, j’étais bien conscient des répercussions potentielles de mon action sur son comportement. Et d’ailleurs, je suis prêt à parier que ladite affaire n’est pas étrangère à son départ vers d’autres horizons. Mais bon, je préfère que les blogues politiques demeurent dans l’underground, voire dans «les coulisses du pouvoir», que de tolérer les blogues délinquants référés par les grands médias.

Cliquez sur l'image pour consulter mon article : La blogosphère québécoise malmenée… pour en finir avec Élodie

Cliquez sur l’image pour consulter mon précédent article : La blogosphère québécoise malmenée… pour en finir avec Élodie

Parlant de l’affaire Élodie, un chapitre blogosphérique se terminera bientôt avec la retraite annoncée de Pierre Morin, cet attaché politique de l’ADQ et auteur présumé du blogue d’Élodie Gagnon-Martin. Comme quoi, finalement, il peut y avoir une justice informelle dans la blogosphère, le journaliste Tristan Péloquin aura bien coincé le délinquant notoire de notre blogosphère.

L’étau se resserre autour de «Bleu Québec», ce blogueur anonyme qui a produit le clip vidéo «inacceptable» que l’ADQ a été contraint de retirer de son site lundi. Alors que le parti de Mario Dumont affirme n’avoir aucun lien avec ce carnet, de nouveaux éléments permettent de le lier à Pierre Morin, directeur de cabinet du vice-président de l’Assemblée nationale et député adéquiste sortant Marc Picard.

Or, selon des registres officiels consultés par La Presse, le 30 août 2008, soit quatre jours après la création du profil sur YouTube et une semaine avant le lancement du blogue «Bleu Québec» à l’adresse bleuquebec.blogspot.com, Pierre Morin a officiellement acquis les noms de domaine apparentés Bleuquebec.com, bleuquebec.net, bleuquebec.org, bleuquebe.info. La transaction a été faite par M. Morin et celui-ci a donné son adresse de courriel officielle de l’ADQ, pmorin@adq.qc.ca. Les quatre noms de domaine qu’il a acquis ne sont actuellement pas utilisés.

Bientôt, dans notre blogosphère, le tout nouveau blogue de Pierre Morin : La décharge du chômeur adéquiste

Bientôt, dans notre blogosphère, le tout nouveau blogue de Pierre Morin : La décharge du chômeur adéquiste


Vers la maturité

En définitive, je pense que la blogosphère arrive maintenant à une certaine maturité. Bien sûr, nous constatons que l’esprit de découverte s’estompe graduellement et l’engouement populaire suscité par les blogues diminue. La preuve, Technorati nous apprend qu’en 2008, pour la première fois depuis l’apparition des blogues sur le Web, l’inscription de nouveau blogue décroit globalement. Assurément, Youtube et Facebook auront développé de nouveaux espaces d’expression au dépend des blogues. Cela dit, si la mode pour les blogues disparait, si le nombre de blogues se stabilise à la baisse… parallèlement, la blogosphère gagnera en qualité.

D’un autre côté, s’il y a toujours de la place pour une éventuelle émission de télévision sur les blogues politiques, les journalistes québécois auront aussi appris de l’épisode Élodie. À cet effet, comment ne pas souligner la pondération du travail de Sophie-Hélène Lebeuf, qui maitrise avec brio sa couverture du Web. Et d’ailleurs, s’il est vrai que les blogueurs ne sont plus officiellement cités dans les grands médias, ne pensez pas que les journalistes les ignorent pour autant. Pour ma part, dans mes rapports de statistiques fournis par Google Analytics, je constate des traces de plusieurs recherches journalistiques. Alors, les blogueurs politiques demeurent certainement des indicateurs de «température» et des sources d’inspirations, voire, des agents d’influences.

Bien sûr, blogueurs, nous réalisons les limites de notre influence. En ce sens, que cela soit clair, nous ne remplacerons jamais les journalistes professionnels. Toutefois, parmi les blogues qui entameront l’épreuve de la durée, certains deviendront naturellement des références collectives… et c’est là, je crois, tout le sens de notre investissement.

A ce sujet, je vous invite à lire la belle réflexion de Louis-Philippe Lafontaine

A ce sujet, je vous invite à lire la belle réflexion de Louis-Philippe Lafontaine

Tranquillement, mais sûrement, notre société avance en apprenant à maitriser les nouveaux outils de communications qui s’offre à elle. De la sorte, si chaque blogue est une partie de la grande conversation de l’humanité… chaque blogue peut ainsi devenir un jalon du monde que nous construisons. Or, devant l’immensité du savoir collectif, il faut avoir la sagesse d’accepter la modestie de nos contributions individuelles. Mais quand même, si à près de 200 visites par jours en 2008, mon blogue demeure un média marginal, je vous invite à comparer ce chiffre avec celui des discussions que vous pouvez entamer dans la réalité. Finalement, c’est tout dire de la révolution que représente la blogosphère dans notre société.

Salut à toi Jimmy ! La blogosphère te remercie.

Le savoir est le seul outil de production qui ne soit pas sujet aux rendements décroissants
-John M. Clark

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7 Commentaires

  1. Wow très bon billet qui fait bien le tour de cette réflexion que nous avons tous.
    Je partage pas mal ton opinion globale mais c’est quand même dommage que l’enthousiasme du début ait été scrappé par Pierre Morin parce que ça plus l’intérêt tardif au Québec, fait que nous avons un gros retard sur la blogosphère politique anglophone. C’est dommage que nos affiliations ne soient pas plus stables, mieux gérées et que certains types de blogues de mauvaises qualités prennent trop de place dans la blogosphère (justement parce que nous ne sommes pas nombreux).

  2. Salut Carl. Je suis contente d’être tombée sur ton texte, il est assez éclairant. Je suis actuellement en train de dresser une carte de la blogo politique et du milieu de la communication/marketing web en faisant des liens entre les différents blogues. En parcourant le web, j’ai vu ici et là des commentaires par rapport à ce que tu mentionnes, et je trouve que tu fais une bonne synthèse. Ce qui me fascine le plus pour l’instant, c’est l’espèce d’effet domino qu’il y a entre les blogues. Je me demande comment cet effet peut entraîner un contre-poids politique dans le « monde réel ». C’est bien beau d’avoir enfin un lieu où on peut s’exprimer et dans lequel l’information n’est pas censurée et facilement vérifiable, mais je trouve qu’il faut y annexer une théorie du changement social . Mais bon, tu sais bien (juste pour rire ;-)) que je suis une ineffable activiste 🙂

    Anne-Marie| lire ici le dernier article de son blogue: L’ambiance à la permanence

  3. Personnellement, je ne serai jamais cité par les médias car je publie sous un pseudonyme. Je n’ai aucun problème avec ça. Je ne recherche aucune notoriété. Je n’utilise aucun gadget pour accélérer le référencement. Je ne laisse pas de traces avec hyperliens partout afin d’attirer des gens sur mon blogue suite à un commentaire déposé chez un autre blogueur. Je ne visite pas les blogues commerciaux, préférant tisser les liens avec les amateurs…

    J’ai cependant eu l’opportunité de vivre l’exception. Lors du lancement des blogueurs s’opposant à Harper, certains journalistes professionnels en ont fait mention. Mon pseudonyme est même apparu dans l’édition papier du quotidien The Gazette. Ce fut une belle expérience, permettant de réseauter une cinquantaine de blogues (dont 30 blogues politiques), unis dans une cause commune.

    Cette campagne électorale n’allume pas grand chose, il faut bien l’admettre. Épuisement? Manque d’intérêt? Matches de hockey? On verra dans deux ou quatre ans!

    lutopium| lire ici le dernier article de son blogue: J’appuie Québec solidaire

  4. Salut Carl,

    Comme tu le posais si bien « Mais la question ici, est-ce vraiment l’objectif de ces blogues que d’être cité par les journalistes? », la question est pertinente et j’ai discuté avec Jimmy à ce propos hier. Il a écrit: « Et maintenant, vous en payez le prix. Et moi aussi. ». Je me demande bien quel prix il y a à payer.

    Que certains blogueurs soient trop nonos pour comprendre que nous sommes pas là pour nous entretuer, mais bien pour mettre nos forces ensemble, ne nous concerne pas trop. Au contraire, cela va nous amener leurs lecteurs si nous les méritons.
    Laissez-les nonos s’entre-déchirer. Ils disparaitront rapidement. C’est le processus auto-nettoyeur du web qui est à l’oeuvre. Les médias traditionnels n’attendent rien des blogueurs, ils nous haïssent et ne veulent surtout pas que nous aillons l’air professionnel.

    Les vrais blogueurs ne veulent pas être cités par les médias, ils veulent entrer dans le portrait des idées, de l’information. À qui saura bien le faire reviendra le crédit et l’appréciation des lecteurs. Soyons le plus intègres possible et humbles. Les médias nous ont menti en pleine face pour partir une guerre en Irak où 1.2 millions de personnes en sont mortes, et ils sont complices dans la mesure de leur silence et mensonges. Je ne veux PAS être cités par des collaborateurs à un génocide. Vous?

    François Marginean

    François M.| lire ici le dernier article de son blogue: Alerte: Grave atteinte à la démocratie au Québec

  5. Morale de l’histoire: il ne faut pas croire tout ce qui se raconte sur les blogues et deuxième morale, les blogueurs sont un compléments aux journalistes et ne les remplaceront jamais.

    Morale finale: on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, la célébrité et l’anonymat à la fois, l’argent sans les responsabilités, etc. Il y a définitivement des choix à faire.

    Tym Machine| lire ici le dernier article de son blogue: Avant de voter pour le parti, il faut tout d’abord voter pour les individus qui nous représentent LOCALEMENT parlant

  6. Wow, j’ai beaucoup apprécié lire vos commentaires intelligents.

    @L’Anti-Dogmatique. Merci pour ton compliment. Pour ce qui est du cas de Pierre Morin, que ce soit lui ou un autre, tôt ou tard ce phénomène de « blogue poubelle » serait apparu dans notre blogosphère.
    Bien sûr, en comparaison aux anglophones d’Amérique, notre blogosphère est modeste… c’est une question de proportion démographique 😉

    Avec du recul, je ne suis plus si sûr de la pertinence des affiliations. Du moins, je pense que des alliances ponctuelles sont plus judicieuses que de restreindre sa liberté d’expression dans des cadres de groupes. Mais en gros, la tendance naturelle du clivage gauche vs droite semble s’imposer d’emblée. En ce sens, la réelle communication entre les deux cultures politiques exige un ton médiateur. Encore faut-il vraiment vouloir parler à l’autre groupe.

    En passant, petite question comme cela. Est-ce volontaire de ta part d’avoir coloré ton blogue aux couleurs de l’ADQ ???

    @Anne-Marie
    Et bien, il faut croire que nous étions dus pour nous revoir. Cela dit, tu as fait ici une synthèse réaliste du potentiel/ limite de la blogosphère. Pour ma part, je suis convaincu que les racines du progrès social s’amorceront via le Web 2.0. Du moins, du moment que ces satanés Baby-boomers prendront leurs retraites politiques. En passant, as-tu vu mon article sur mon expérience au Festival JPR ?
    http://radicarl.net/festival-juste-pour-rire

    @lutopium
    Quand tu parles de gadget pour accélérer le référencement… heu bien, disons que je me sens quelque peu visé. Disons que j’ai beau penser que notre richesse réside dans la qualité de nos échanges plutôt que dans son nombre, je sais quand même utiliser mes atouts en multimédia afin d’augmenter mon trafic.

    L’anonymat est un sujet récurant de la blogosphère, car en tant que blogueur, c’est un choix (fondamental) que d’avoir à choisir entre rouler avec un pseudo ou avec la visière levée. Chaque option a des avantages/désavantages, l’important c’est d’être confortable avec sa formule.

    À la dernière élection, ton exemple démontre qu’un blogueur avec pseudo peut quand même entamer des actions avec répercussion médiatique. Bravo! Toutefois, permets-moi de penser que ta bonne réputation y est quand même pour quelque chose.

    @François M
    Ce qui est bien avec la blogosphère, c’est justement la décentralisation chaotique des messagers… une dynamique qui génère ainsi de l’information libérée des forces de contrôle. De la sorte, les blogueurs peuvent quand même se regrouper, adopter des codes d’éthiques s’ils le veulent, des cultures distinctes, voire des règlements. Mais si nous sommes libres de dire ce que nous voulons, d’agir comme nous le souhaitons… l’intelligence élémentaire appelle à demeurer conséquents et responsable.

    En passant, je ne crois pas François que les médias traditionnels nous haïssent. Peut-être se sentent-ils bousculés, voire surtout menacés par notre liberté d’expression. Mais je crois que les blogues forment littéralement un média distinct, un média qui deviendra pleinement complémentaire aux médias traditionnaux.

    Pour ta thèse d’auto-nettoyage, j’aimerais bien y croire… mais il faudrait que tu m’expliques le succès populaire de Tatagoniste.

    J’adore ta métaphore du « portrait des idées ». Ainsi, serions-nous les nouveaux sages de l’ère contemporaine, ces agents qui partagent librement leurs idées sans êtres corrompues par des motivations économiques ou des obligations professionnelles.

    En tout cas, nous avons beau être « limpide » dans l’ensemble… il demeure que nous avons pour la plupart des sacrés égos. Serait-ce ici l’un des traits du blogueur type ?

    @Tym. Définitivement, je te donne le mot de la fin

    La suite de cette réflexion, ici, sur le blogue du Petit Émerillon
    http://emerillon.niala.net/2008/11/ni-une-reverence-ni-un-adieu-une-transition-cest-tout-1/

  7. La suite de notre histoire… ici : http://benhur.teluq.uquebec.ca/~journal/2009_04/societe4.html

    Le satellite voyageur — Amateurs de blogues, bonsoir!

    Après avoir vogué dans la blogosphère depuis plusieurs mois, l’heure est venue de se questionner sur la blogosphère. Ou mieux, de questionner des blogueurs…

    Le 15 avril prochain, ça fera exactement un an que je blogue (http://satellitevoyageur.wordpress.com). Ainsi, dans la veine de ce premier « bloganniversaire », une idée m’est venue : questionner des blogueurs réguliers, des blogueurs avec qui j’ai pratiquement établi des contacts, vu la fréquence des commentaires sur nos blogues respectifs.

    Ainsi, j’ai fait un appel à tous au début mars pour voir si certains blogueurs étaient intéressés à participer à une petite discussion, à répondre aux quelques questions de votre humble serviteur. Rapidement, quelques-uns se sont montrés intéressés. Les moyens de communication ont été différents dans chaque cas, ou presque. J’ai même eu droit, dans un cas particulier, à la visite en chair et en os de collègues blogueurs. Une rencontre agréable dans l’ultime frontière, au-delà des mots sur la Toile. Dans les autres cas, ça a été des courriels ou même Facebook qui a servi à faire les entrevues.

    Les blogueurs en vedette

    Tout d’abord, ceux que j’ai eu la chance de rencontrer en personne : un couple dans la vie mais possédant chacun leur blogue respectif : Noisette sociale (http://www.noisettesociale.com/) et le Détracteur Constructif (http://www.ledetracteur.com/).

    Il y a aussi Louis-Philippe Lafontaine du blogue l’Électron libre (http://lelectronlibre.net/).

    Également présent, Blogue l’Éponge du sympathique blogue Ras-le-blogue (http://rasleblogue.canalblog.com/).

    Et finalement, la dernière et non la moindre, MFL, blogueuse de «Regardez la musique»
    (http://regardezlamusique.wordpress.com/).

    Je me permets également un petit salut à Dark Rémi of Doom de l’Antre de la vérité (http://darkremiofdoom.wordpress.com/). Certaines circonstances nous ont empêchés d’échanger, mais je tenais à le remercier de s’être proposé.

    Et maintenant, pour une fois, je leur laisse ma place pour discuter de la blogosphère! (Pour rendre ce long article plus dynamique, j’ai « mélangé » les réponses au lieu de faire un compte rendu de 4 entrevues différentes.)

    SV : Alors, je voulais savoir comment vous avez commencé à bloguer. Qu’est-ce qui vous a motivé? Un autre blogue que vous lisiez ou vous avez entendu parler du phénomène?

    Noisette : Hé bien, je ne sais pas si tu te rappelles de MSN Spaces, un endroit gratuit que tu avais avec ton compte Hotmail? Ben, à l’époque, je me servais déjà de ça pour passer des idées politiques, essayer de convaincre. Mais soyons honnêtes, y’avait pas grand monde là-dessus.

    Détracteur : Le lectorat était limité.

    Noisette : Exact. Mais c’est en voyant des blogues comme celui de l’amie de Détracteur que tout d’un coup, ça m’a donné le goût.

    Détracteur : Et en fait, c’est justement grâce à Noisette et à cette ancienne amie que moi aussi je me suis dit que ça serait intéressant d’en faire un.

    MFL : Moi, je ne lisais pas du tout de blogues! Mais j’ai commencé à lire celui d’une personne que j’avais retrouvée, à lui envoyer quelques commentaires. Ce fut le coup de foudre! C’est l’interaction rapide et les discussions que ça apporte qui m’a vraiment séduite. J’ai décidé de lancer à mon tour mes mots à la face du monde. Je suis vraiment tombée dedans!! Bref, c’est une succession de hasards qui m’y a plongée. Le plus amusant c’est qu’un mois après avoir ouvert mon blogue, celui du blogueur en question fut fermé. Ironique!

    SV : Très ironique, en effet! Et toi, Blogue l’Éponge, comment ça a commencé?

    Blogue l’Éponge : Tout a commencé par une discussion avec une ancienne collègue de travail qui tenait un blogue. Je la lisais régulièrement, et peu à peu, je me suis intéressé au concept. Au début, je voyais mon blogue comme un défouloir, un endroit où je pourrais purement et simplement exprimer mon ras-le-bol (lien subtil avec le titre de mon blogue!) face à certaines situations qui me tapaient sur les nerfs.

    SV : Dans ton cas, Louis-Philippe, tu as même dit sur ton site Web que tu avais commencé à bloguer avant l’avènement du Web 2.0. Comment ça t’es venu? Qu’est-ce qui t’a inspiré?

    Louis-Philippe : À l’époque, c’était vers la fin des années 90, début des 2000, je ne sais pas comment l’inspiration m’est venue. J’ai toujours aimé écrire et j’écrivais dans des journaux étudiants. J’avais envie d’avoir mon petit coin sur Internet pour écrire. À l’époque, il n’y avait pas de commentaires, c’était très «HTML 1.0 » de base. J’ai eu ce blogue-là pendant à peu près un an. Et bon… j’ai lâché parce que, quand tu ne reçois pas de « feed-back », de commentaires, tu ne sais pas si c’est intéressant ou pas ce que tu fais. Je trouve que c’est le fun du blogue, l’interactivité. Ça te permet de voir si ce que tu fais c’est bien ou moins bien.

    Noisette : Exact. Et sur des sites comme WordPress, par exemple, t’as plus de visibilité, plus de lectorat.

    Détracteur : Et c’est beaucoup plus simple à utiliser, même pour un néophyte!

    SV : On sait qu’autant il y a des blogueurs qui font des billets très rares, que des gens (genre Patrick Lagacé, par exemple) qui en font 4-5 par jour, voire plus. D’après vous, quel est le bon rythme pour afficher des billets? 1 par jour, 2 par jour? Plus?

    Blogue l’Éponge : En fait, je pense que ça dépend de beaucoup de choses. Les gens de « La Presse », par exemple (je lis au moins trois de leurs blogueurs régulièrement, plusieurs fois par jours), sont payés pour cette activité. Je ne dis pas non plus qu’ils font ça uniquement pour l’argent! Mais comme ils ont un créneau plus ou moins précis (par exemple Richard Hétu sur la politique américaine), ils peuvent ajouter des billets au fil de l’actualité. Mais pour d’autres (je crois être un bon exemple d’irrégularité!), il n’est pas toujours facile d’avoir le temps d’écrire plusieurs billets par jour, ou même un billet à tous les jours. De plus, il faut bien trouver des sujets qui nous interpellent, parce que je ne suis pas convaincu que les gens aimeraient entendre parler de la santé de mon chat à toutes les fois que je n’ai rien à dire!

    Noisette : Le problème aussi, c’est qu’il faut se souvenir qu’un billet a une durée de vie de 24 heures seulement. Après ça, il est rapidement oublié Mais bon, le nombre de billets en tant que tel, c’est le choix de celui qui publie. C’est personnel.

    Détracteur : C’est le lecteur qui va décider. Y a des blogues où, comme tu le disais, y a beaucoup de billets publiés; parfois, certains lecteurs se découragent, sautent des billets, etc. C’est le risque à prendre à beaucoup publier.

    Noisette : Dans mon cas, j’essaie d’en faire un par jour, sauf les fins de semaine où, ni moi, ni le Détracteur n’allons sur l’ordinateur.

    Détracteur : Dernièrement, tu vois, mon rythme a diminué. Je crois que je ne trouve pas toujours les sujets qui m’intéressent.

    SV : Et vous Louis-Philippe et MFL?

    Louis-Philippe : Je pense que ça dépend. Mon choix à moi, c’est peut-être 2 par semaine. C’est le but que je me fixe. C’est sûr que le blogue où la personne écrit plus de billets quotidiennement aura plus de visites, mais il y a beaucoup de gens qui ne font que voir et s’en aller par la suite. Il n’y a pas nécessairement la même qualité. La vraie question qui se pose sur Internet, c’est : est-ce qu’on priorise la quantité ou la qualité? Je pense que poser la question, c’est y répondre. Je pense que quelqu’un qui écrit 4, 6, ou 8 billets par jour, ne parviendra pas à autant de qualité. C’est sûr que Lagacé de Cyberpresse est sur une plateforme, il peut écrire 3 lignes et il va avoir une tonne de commentaires. Moi, ce que je vise, c’est la qualité et souvent, les gens me découvrent par Google, je suis bien placé dans les recherches, des gens font référence à moi et c’est ce que je vise. En même temps, j’ai une vie et je ne suis pas payé pour faire cela. Pour résumer, je crois que j’ai cherché à ajouter une « plus value » aux articles un peu comme Carl (http://radicarl.net/).

    MFL : Je ne crois pas qu’il y ait de bons ou de mauvais rythmes. Tout dépend du contenu. L’idée est d’avoir quelque chose à dire et de ne pas « nourrir » son blogue uniquement pour le remplissage. Et cela, c’est différent pour tout le monde. Un blogue « personnel » suit également le rythme de vie de son auteur… Personnellement, je me contente de publier de nouveaux billets uniquement quand j’en ressens le besoin et que j’ai l’impression d’avoir quelque chose d’important à dire! Pour les lecteurs c’est autre chose… Mais si tous les blogueurs publiaient 33 billets par jour, personne n’auraient le temps de tout lire cela.

    SV : J’avais une autre question : Certains parlent du renouveau du journalisme (journalisme citoyen) lorsqu’on parle de blogues. D’après vous, quel est l’impact d’un billet? Y en a-t-il vraiment un? Ne parle-t-on pas qu’à ceux qui nous ressemblent? Toi, Louis-Philippe, tu as même récemment fait la différence entre « blogueur » et « journaliste citoyen », en disant que le journaliste citoyen fait de la recherche et a des sources pour prouver ce qu’il dit.

    Louis-Philippe : L’impact d’un billet va dépendre de la crédibilité de celui qui l’écrit. C’est aussi simple que ça. Un même billet sur une plateforme non crédible n’aura pas le même impact que sur une plateforme crédible. C’est pour ça que, si Patrick Lagacé écrit quelque chose sur son blogue, c’est « hot ». La crédibilité vient du trafic et ça vient des liens que d’autres blogueurs font vers nous. Par exemple, Alex, chaque fois que tu fais un lien vers mon blogue, c’est comme si tu disais ce que je fais c’est de la qualité et ça me donne une certaine forme de crédibilité. C’est donc ce qui fait l’impact d’un billet. Est-ce que cela a un grand impact? Non. Un petit, peut-être… Peut-être qu’un jour, il y en aura plus.

    Blogue l’Éponge : Honnêtement, je me questionne souvent là-dessus, mais au niveau du mien, je ne consulte pas souvent les statistiques mais, si je me fie uniquement aux commentaires, il y a un bassin de cinq ou six personnes qui commentent régulièrement… Disons que je n’ai pas une très grande influence! Toutefois, il y a d’autres blogues, tant « professionnels » (Patrick Lagacé est un excellent exemple à mon avis) ou encore « amateurs » (Renart Léveillé, le Gros Bon Sens, etc.) qui font du travail sérieux et qui amènent souvent des réflexions qu’on n’oserait pas nécessairement aborder dans les médias « traditionnels » (TVA en est sans doute le meilleur exemple!).

    MFL : On fini toujours par parler à ceux qui nous ressemblent, que ce soit sur les blogues ou dans les journaux. À savoir s’il y a un réel impact, j’aime bien à croire que oui! Mais c’est plutôt difficile à comptabiliser, mais il est également impossible de prouver qu’il n’y a aucun impact. Même si les blogues existent depuis quelques années, on commence à peine à en parler. Je ne serais pas surprise qu’à ce rythme, étant donné l’importance que prend Internet dans le milieu de l’information, avant longtemps les blogueurs auront vraiment un impact concret. En fait, c’est la dynamique de l’info qui se transforme tranquillement.

    Noisette : Dans mon cas, c’est peut-être la fille blasée qui parle, mais je ne suis pas sûre que ça ait un grand impact. J’ai parfois écrit de superbes textes politiques et puis bon…On a toujours Jean Charest comme premier ministre…

    Détracteur : À ce niveau-là, l’impact est plutôt limité. C’est sûr qu’il y a des billets qui amènent de grosses discussions sur les blogues à saveur politique, mais ça ne dépasse jamais vraiment le cadre du blogue. Parfois, même, ce sont des billets plutôt banals qui suscitent les réactions, plus que des billets politiques ou sociaux intenses.

    SV : Parlez-m’en! Mon billet le plus consulté sur le Satellite Voyageur, c’est mon billet sur le lion qui s’était échappé à Maniwaki l’année passée!

    Noisette : Ben c’est ça! Il ne faut surtout pas oublier aussi qu’il y a autant de blogues différents que de castes différentes dans la société. Il y a des blogues autant politiques, revendicateurs que des blogues superficiels comme, par exemple, des blogues de filles célibataires.

    SV : Maintenant, il serait bien de s’intéresser à vos blogues respectifs. Toi, MFL, tu me l’as déjà dit, tu as décidé de passer de blogue politique à un blogue plus personnel, plus littéraire. Pourquoi ce changement? Comment il s’est fait?

    MFL : Ça s’est fait graduellement, il y a eu un moment dans ma vie, où, j’avais moins de temps à consacrer à mon blogue; les longs textes sociaux qui demandent de la recherche et tout me prenaient trop de temps, sans oublier celui que nécessite les échanges, les discussions qui n’en finissent plus! Alors, à l’occasion, je publiais des trucs plus littéraires, de la poésie, des «Cadavres exquis» et j’ai vu qu’il y avait un véritable intérêt pour cela. Comme j’aimais cela de plus en plus, (ça fait toujours un bien fou cet exercice), j’y suis restée! C’est libérateur. J’ai aussi constaté par la suite que plusieurs le faisaient tellement mieux que moi. Dont toi…

    SV : Très gentil, mais il y en aurait plusieurs pour te contredire, m’enfin! Toi, Louis-Philippe, tu as décidé de rester dans le domaine politique et social malgré que plusieurs blogueurs aient soit abandonné, soit diminué à ce niveau-là.

    Louis-Philippe : Je me questionne toujours, j’ai plusieurs intérêts parfois contradictoires. J’ai parti un blogue récemment qui s’appelle JeVeuxSavoir.net (http://jeveuxsavoir.net/) où j’essaie de répondre à des questions qui n’ont pas de lien avec la politique. Qu’est-ce qui fait que je m’intéresse à la politique? (rires) Je ne sais pas. Je sais que, quand j’avais 16 ans, j’étais assez révolté contre l’autorité et je m’entendais ni avec mes parents, ni avec le monde en général. Bref, une crise d’adolescence assez violente. À cette époque, j’ai rencontré un Pascal (rien à avoir avec certains sur la blogosphère), très militant, c’était l’année après le référendum (de 95)… Il m’a initié à la politique, j’ai commencé à lire « Le Monde diplomatique » alors que je n’avais que 17 ans. Je m’y suis finalement toujours intéressé car la politique, c’est le pouvoir… La politique, c’est tout.

    SV : Mais qu’est-ce qui te motive à continuer?

    Louis-Philippe : Je pense que c’est mon désir de faire de la qualité qui fait que je me suis enlevé des objectifs irréalisables. Il y a eu une époque où j’ai passé près de lâcher, à l’époque où j’avais le blogue « Un homme en colère », mais j’ai lâché, car je n’aimais pas l’idée de me «peinturer dans le coin» au profit d’une organisation gauchiste. Je suis un gars de gauche, de centre-gauche, un social-démocrate et je ne m’en cacherai pas. Mais je n’aime pas l’idée de me sentir coincé par un idéal politique. Justement, tantôt, tu nous demandais : ne parle-t-on pas qu’à ceux qui nous ressemblent? Or, maintenant, je peux parler à un peu tout le monde car il y a des gens de droite ou de gauche qui peuvent venir et vont se sentir les bienvenus. Quand tu es de droite et que tu vas sur un site où c’est écrit « gauchiste» partout, tu te sens aussi à l’aise que moi, quand je vais sur Antagoniste.net et que ça parle de pro-Israël, de « mort à la gau-gauche », etc.

    SV : Merci pour cette explication exhaustive. Quant à toi Noisette, je sais que tu étais plus politique avant et aujourd’hui, tu préfères un blogue plus personnel. Y a eu aussi une baisse de billets, chez toi, Détracteur, et plus de critiques sociales. Pourquoi?

    Noisette : Je crois que dans mon cas, c’est à cause de toutes ces années de militantisme où j’étais assez intense.

    Détracteur : J’en ai également fait avec elle et je te confirme qu’on a beaucoup fait de militantisme, on allait à toutes les réunions du PQ, partout dans la province.

    Noisette : Or, après avoir lâché le militantisme, après un an de blogue intense avec des billets politiques extrêmement – voire trop – longs je suis devenue blasée, comme je le disais tantôt. Et je ne crois pas que j’aiderais ma cause en continuant sans y croire. Je préfère laisser la place à ceux qui sont encore optimistes, qui ont encore l’énergie de le faire. Ça ne m’empêche pas d’être foncièrement une personne très engagée, qui a des opinions très tranchées, etc. Mais je n’ai plus le goût de me battre pour défendre cela sur la blogosphère.

    Détracteur : Oui, car il y a ça. Automatiquement, avec les billets d’orientation politique, viennent de longues discussions qui peuvent être intéressantes, mais parfois tu t’obstines avec des gens que, même si tu t’obstinais pendant six heures, tu n’arriveras jamais à les faire changer d’idée. Dans mon cas, je n’ai pas totalement lâché les billets de critique sociale. Mais comme je le disais, il faut vraiment que ça me tienne à cœur et que ça m’inspire.

    SV : Finalement, Blogue l’Éponge, tu as décidé de faire un blogue qui oscille entre les billets sérieux et ceux de critique politique et sociale, ainsi que des billets très légers et humoristiques. Pourquoi ce choix?

    Blogue l’Éponge : Bonne question! En fait, c’est pour me donner (ainsi qu’à mes lecteurs) une chance de décompresser une fois de temps en temps. Je trouve déjà que je suis un peu trop cynique pour mon âge! S’il fallait que je ne parle de politique, je crois que je perdrais complètement le goût d’écrire. Et de toute façon, j’adore l’humour et je ne voyais pas pourquoi je me priverais d’en faire sur mon blogue… En lisant les commentaires de mes billets plus « légers » comme tu dis, je me dis que je n’ai pas tout à fait tort!

    SV : Maintenant, je me fais l’avocat du diable : Le principe même du blogue veut qu’il offre une plateforme de discussions autant pour les blogueurs que pour ceux qui commentent. Or, n’importe qui peut commenter sur un blogue. N’ouvre-t-on pas la porte là à l’excès, au dérapage?

    Noisette : Ça dépend toujours de quelques facteurs, dont un, important : le ton du blogue. Il y a des fois, des billets, où tu sens que c’est simplement pour provoquer. À ce moment-là, il ne faut pas s’étonner de voir des commentaires qui dérapent aussi.

    Détracteur : Je n’ai jamais eu de problèmes de trolls (des gens qui cherchent dans les commentaires à provoquer la bisbille), mais c’est sûr qu’il y a des achalants qui viennent et reviennent commenter en te disant que tu n’es pas bon. Tu as le goût de leur répondre, ou tu leur réponds : « Écoute, la blogosphère est grande. Va voir ailleurs si tu n’aimes pas ce que je fais! »

    Noisette : Mais je crois quand même que les commentaires, en général, sont relativement respectueux. C’est sûr, par contre, que c’est beaucoup plus facile d’écrire des bêtises sous un pseudo et d’appuyer sur le bouton «Envoyer».

    Blogue l’Éponge : Encore une fois, ça dépend du blogue (je n’ai jamais eu la malchance d’attirer les « trolls », mais d’un autre côté, je n’ai que cinq ou six commentaires par billets!) Je crois que le « risque » de dérapage est proportionnel avec la popularité du blogue. Encore une fois, avec les exemples de Patrick Lagacé et de Renart Léveillé, qui sont deux blogues que je lis assidûment, il y a toujours beaucoup (bon, ok, dans le cas de Lagacé, c’est énormément!) de commentaires, et je crois que c’est là que la discussion peut dérailler. De plus, certains sujets sont plus sensibles et peuvent faire sortir le « troll » de sa tanière! Mais je crois qu’il s’agit d’un droit pour le blogueur que de pouvoir modérer certains commentaires, surtout lorsqu’ils n’ajoutent rien à la discussion.

    MFL : Il y a toujours des points négatifs même dans les trucs positifs. Avec la démocratisation des médias et de l’info est également née la démocratisation des opinions. Si d’un côté, ça permet à un plus grand nombre de s’exprimer, ça permet aussi, hélas, à un plus grand nombre de dérailler. En décentralisant les plateformes d’information, on ouvre la porte à la pluralité des idées, mais il va de soit que les dérapages peuvent en découler. Si j’étais idéaliste je dirais que ça pourrait permettre aux gens de développer leur esprit critique, mais pour le moment, je crois que ça discrédite surtout les blogueurs. Est-ce qu’avec le temps ça va changer? Je le souhaite! Quelque part, ce n’est pas pire que les lignes ouvertes, mais à la puissance 10!

    SV : C’est sûr, mais si je prends ton exemple Louis-Philippe, l’été dernier avec ton billet sur Montréal-Nord, tu as reçu des menaces de mort!!!

    Louis-Philippe : Oui, gros dérapage l’article de Montréal-Nord… J’ai ma part de responsabilité là-dedans : j’étais vraiment en colère quand j’ai écrit cet article-là, je n’en revenais pas. J’étais là : « C’est quoi cette racaille-là, ces gens-là qui vont tout démolir à cause d’une erreur, qui pourrait être une erreur policière? » À mon avis, ce n’était pas une erreur, les policiers ont bien agi envers Freddy Villanueva, il a agi comme un con et c’est « plate » qu’il ait été tué. À mon avis tu ne fonces pas sur un policier qui est stressé et qui a son arme en main; je veux dire : c’est ridicule! C’est mon point de vue. En même temps, oui il y a eu des dérapages, mais ça a peut-être amené un exutoire pour ces gens-là. Or, si c’était à refaire, j’essaierais d’être plus nuancé. Je dirais que ma blonde, ça lui a fait peur un petit peu, ma belle-famille aussi. Parce qu’on ne sait pas, il peut y avoir des gens radicaux, des malades mentaux qui vont prendre ça au mot. Je ne m’empêcherai pas de dire ce que j’ai à dire, mais je vais peut-être essayer de le faire avec plus de nuances que cette fois-là, un meilleur choix des mots : j’ai parlé de « racaille », j’ai utilisé des mots qui étaient un peu provocateurs. Ça a eu les conséquences qu’on a vues. Mais je veux toujours laisser les commentaires ouverts. Dans cette histoire-là, d’ailleurs, ça a permis de voir qu’il y avait beaucoup de racisme dans la communauté noire. Je pense que ça a aussi permis de faire la lumière là-dessus.

    SV : Encore une fois, si je mettais mon chapeau d’avocat du diable… Y a-t-il une blogosphère de droite importante? Parce que, quand je voyage personnellement sur la blogosphère, je vois beaucoup de blogues de gauche, mais la droite me semble silencieuse à part quelques exceptions (ex : Richard Martineau, Martin Masse). Est-ce parce que dans le fond, la blogosphère est très divisée en cliques, et que celle de droite existe mais que je ne la vois pas en tant que blogueur de gauche? Connaissez-vous la blogosphère de droite un peu ou si vous l’évitez?

    Blogue l’Éponge : Je crois que sur ce point, tu es pas mal comme moi! Il ne semble pas y en avoir parce qu’on ne la cherche pas! Plus sérieusement, je suis convaincu qu’il existe des blogueurs de toute allégeance politique (oui, oui, même du Renouveau Chrétien!) mais qu’on a tendance à ne regarder que dans sa cour. Je ne critique personne, c’est exactement ce que je fais. Mais je crois que la blogosphère est constituée de telle manière qu’il est très facile de passer à côté de certains blogues avec lesquels on n’entretient pas nécessairement de parenté idéologique. En ce qui concerne mes connaissances de la blogosphère de droite, elles sont minimes! Moins parce que je l’évite (d’ailleurs, comme peut-on éviter ce genre de chose? En ne regardant pas son écran pendant qu’on tape une autre adresse?) que parce que je ne la recherche pas.

    Louis-Philippe : La blogosphère de droite, à mon avis, a fait l’erreur du projet gauchiste, ils se sont «peinturés dans le coin». Ils ont un site qui s’appelle Droitiste.com et c’est un rassemblement d’un paquet de monde dont les idées ne sont pas claires. Les gens de droite – peut-être moins depuis le début de la crise économique qui est l’échec flagrant du néo-libéralisme – sont des gens conformistes à la base. On en voit plusieurs qui essaient de se démarquer, qui se disent « libertariens », anarchistes… Dans le fond, ça dit quoi? Ce sont des gens qui ont une vision du monde de droite, que les inégalités sociales ne dérangent pas et ça, ce n’est pas ma façon de voir. Pour répondre à ta question, il y en a, mais, à mon sens, à moi – et là, je ne suis peut-être pas crédible – je crois qu’ils ne font pas de la qualité. Je m’excuse, mais je vais lire Antagoniste.net, j’essaie de trouver plus de mauvaise foi que ça et je ne suis pas capable! Martin Masse, par exemple, je considère que c’est un illettré économique qui continue de croire au néo-libéralisme, qui se dit libertarien alors que c’est un gars de droite tout simplement. Mais il a sa clique de « suiveux » et c’est ça les blogues de droite, ils n’ont pas beaucoup de visiteurs mais les visiteurs écrivent plein de commentaires alors à la longue, ça devient comme une petite « secte ». Richard Martineau, par contre, c’est différent : il a l’appui de Canoë et il y a beaucoup de gens qui vont le voir. Mais s’il faisait ça dans son sous-sol, je suis certain que ça serait seulement la même petite clique qui le suit.

    Détracteur : C’est sûr que la blogosphère de droite existe, elle est présente, mais forcément nous qui sommes des blogueurs de gauche, on a moins tendance à s’en soucier. Et c’est réciproque.

    Noisette : Moi, j’en lisais avant. Mais là, de moins en moins, ça me choque trop. Ça m’énerve et je me dis que je n’ai pas de temps à perdre à me choquer après ça. Avant, j’avais tendance à embarquer dans les commentaires de ces blogues, m’obstiner bec et ongle… Mais là, je n’ai plus le goût de m’embarquer dans ces chicanes encore.

    SV : Car tu en as vécu de la chicane, et pas seulement avec des blogueurs de droite?

    Noisette : Ah non, c’est comme dans la vraie vie. Parfois, y a des personnalités qui s’affrontent. Mais bon, j’essaie d’éviter maintenant. Parce que ça peut devenir très vite drainant au niveau de l’énergie. Mais il faut admettre une chose, voir une chicane de blogueurs, y a quelque chose de très voyeur là-dedans et qui peut être très intéressant.

    Détracteur : Oui, je dois admettre que moi-même, j’aime parfois voir la bisbille prendre entre deux personnes. Y a des règlements de compte qui se font là-dessus. Moi, ça ne m’est pas arrivé car je suis trop doux, pas la tendance très bagarreuse.

    SV : Finalement, MFL, que penses-tu de la blogosphère de droite? La vois-tu? L’évite-tu?

    MFL : Bonne question! Tu demandais tout à l’heure si on finissait par parler uniquement à ses semblables, personnellement, et j’imagine que c’est un peu le cas de beaucoup de monde, je n’ai déjà pas le temps de lire tous les blogues qui m’intéressent, alors je ne suis pas vraiment jamais partie à la chasse aux blogues de droite, simplement par absence d’intérêt. J’en avais trouvé un intéressant une fois, mais il n’existe plus! Mais j’avoue que spontanément, au Québec du moins, car ce n’est pas le cas en France, je dirais que les blogues de droites sont plus rares.

    SV : Finalement, une dernière question à tous et on va commencer par MFL. Bon, MFL, c’est un pseudo mais qui est en fait l’acronyme de ton nom. Pourquoi avoir choisi cela?

    MFL : Dans mon cas, MFL, c’était déjà le nom sous lequel je signais tous mes tableaux depuis des lunes! Je ne me suis pas posé de question, car ça allait de soi! J’initialisais car signer mes tableaux « Marie-France Latreille » aurait été trop long, c’est devenu mon nom MFL, depuis je signe tout ainsi! Donc ce n’est pas par choix mais par continuité.

    SV : Mais tu penses quoi de ceux qui le font sous le couvert de l’anonymat?

    MFL : Je suis mitigée, je suis portée à dire que, quand on blogue sous son vrai nom et que l’on commente, on doit assumer réellement ce qu’on écrit, avoir le courage de ses opinions car on peut nous rapporter nos propos n’importe quand. Par contre, les partisans de l’utilisation des pseudos ont parfois de bons arguments… C’est une question difficile à répondre. C’est tellement relatif en fait! Ce qui peut nous aider peut nous nuire d’un autre côté…

    Blogue l’Éponge : Ah! La bonne vieille question du pseudo! Au départ, c’était surtout parce que je pensais parler beaucoup de mon milieu de travail, et disons que comme ce n’était pas toujours gentil, je voulais éviter au maximum les possibilités que ça me retombe dessus. Mais par la suite, je crois que mon pseudo est devenu une part de mon identité virtuelle. Même si je signe mes billets et mes commentaires Blogue L’Éponge, il n’y a rien que je dis que je ne dirais pas dans la « vraie vie ». Et de plus en plus, j’ai laissé passer des informations qui pourraient facilement permettre de m’identifier. Mais disons que je tiens à préserver une certaine distance. À mon avis, ça permet d’éviter les attaques personnelles. La question est sans doute de savoir si je vais un jour décider de bloguer sans pseudo… Pour l’instant, je dis non, mais on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve!

    SV : Toi, Louis-Philippe, tu as décidé de bloguer à visage découvert, sous ton vrai nom. Pourquoi?

    Louis-Philippe : (rires) Es-tu certain que je blogue à visage découvert? On sait jamais, on sait jamais…Il y a bien des gens qui disent bloguer à visage découvert et on ne sait jamais si c’est vraiment le cas.

    SV : (rires) C’est sûr, mais supposons que ce soit le cas.

    Louis-Philippe : Dans mon cas, j’ai choisi de m’afficher comme ça parce que justement ça fait partie de la crédibilité et j’ai envie d’assumer plus ce que j’écris. Probablement que je pourrais le faire plus, ça va peut-être venir. Ce que je pense de ceux qui le font sous un pseudo, c’est leur droit. Moi, je n’ai absolument rien contre ceux qui écrivent anonymement. Moi, je juge les commentaires des gens, pas les gens. Quelque chose que je déteste, c’est les gens qui vont faire : « Ah! Tu es un anonyme! On s’en fout de ce que tu écris! » Non, non, non. Écoute bien! Ce n’est pas parce que tu es « Jean-Charles de la Gauchetière » que ce que tu écris a plus de bon sens. Il faut juger la qualité de ce que le monde écrit et non pas se baser sur leur nom.

    SV : Finalement, Noisette et Détracteur, vous avez clairement un pseudo. Pourquoi?

    Noisette : Ça va être bien « platte » comme réponse, mais à cause du boulot. Ça m’arrive d’en parler et je ne voulais pas « être retracée ». Et y a aussi la famille qui vient voir mon blogue, alors je ne veux pas les mettre dans l’embarras. De toute façon, je dis ça et je me rends compte que sur Facebook, y a plein de gens qui réussissent à me retracer, plein de collègues blogueurs et lecteurs. Alors, je suis anonyme pour certains mais pour beaucoup d’autres, non.

    Détracteur : Moi aussi, c’est le boulot qui oblige un certain anonymat. Mais je vais te dire ceci, qui va un peu dans le sens de Louis-Philippe. C’est quoi le plus important : être nommé absolument ou être en mesure de défendre ses propos. Moi, je n’ai absolument rien contre un blogueur ou une blogueuse anonyme, tant que cette personne est conséquente avec elle-même. Ce que je déteste c’est les blogueurs qui disent une chose sur leur blogue et une chose totalement différente dans leur vraie vie. Je préfère un « anonyme » qui, si je finis par le connaître en vrai, va me dire les mêmes choses que sur son blogue. C’est une question d’être conséquent avec soi-même.

    Hé bien, voilà! Merci collègues blogueurs! Je me permets rapidement une petite conclusion pour finir ce long article. Je blogue depuis un an maintenant. En une année, y a eu des hauts, des bas, des tentatives réussies, d’autres manquées, des erreurs et des réussites. J’ai rencontré des gens bizarres et des gens formidables (des gens comme Renart (http://renartleveille.wordpress.com/), Pascal (http://monpetitnombril.wordpress.com/), Leif (http://leiftande.blogspot.com/) et tant d’autres, la liste est trop longue… mais je tenais à vous présenter les premiers qui m’ont « fait confiance », m’ont accueilli dans la blogosphère). Néanmoins, ça valait la peine de vivre cette expérience pour la comprendre. Maintenant que je vais fêter cet anniversaire, je me dis : « Une deuxième année? ».

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