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Posté par le 7 septembre 2010 dans Politique municipale

Faire face à la musique

Faire face à la musique

Mercredi dernier, le Journal La Presse accordait sa première page à l’administration politique du Plateau-Mont-Royal. En effet, ce n’était qu’une question de temps pour que notre nouvelle réglementation sur le bruit fasse parler d’elle.

Cependant, plutôt que de lancer un débat de société sur la gestion des nuisances sonores en milieu urbain, force est d’admettre que l’attention médiatique provient actuellement de la mobilisation du night life montréalais contre notre règlement. Évidemment, en donnant davantage de pouvoir aux policiers de notre quartier, ce règlement contraint les tenanciers à collaborer avec les forces de l’ordre et à trouver des solutions pour le partage de l’espace (sonore) avec le voisinage.

Cela dit, ce qui me sidère ici, c’est que certains puissent penser que notre politique vise les lieux de diffusions culturels. Pire, le tout est simplement dépeint comme si d’un côté vous aviez les bons artistes opprimés, puis de l’autre, ces policiers répressifs obéissants à des politiciens bourgeois. Ainsi, je suis déstabilisé par le fait que des leaders du night life arrivent à s’exprimer au nom de l’ensemble du monde culturel. En vérité, les enjeux sont beaucoup plus complexes qu’on peut le penser, d’autant plus que la culture dans le Plateau est bien plus qu’une simple question de diffusion sonore la nuit. Et si des inquiétudes concernant les questions culturelles sont légitimement soulevées, il faut aussi considérer dans l’équation les paramètres sociaux, économiques et sécuritaires pour bien concevoir notre point de vue politique.

Ayant donc été aux premières loges quant à la mise en place de ce règlement, permettez-moi alors de vous clarifier nos objectifs… et de ramener les pendules à l’heure à propos de nos intentions.

En janvier dernier, en tant que responsable des dossiers en relation avec la sécurité dans le caucus des élus du Plateau-Mont-Royal, j’ai rencontré divers dirigeants de la police du quartier. Or, dans les diverses propositions soumises par le SPVM à notre attention politique, celle d’une modification au règlement sur le bruit fut la proposition qui a intéressé le plus mon caucus. En effet, il faut dire que le développement d’un plan global pour lutter contre les nuisances sonores est l’un des projets porteurs à la base militante de mon parti environnementaliste. Si bien qu’avant d’agir sur les systèmes de ventilations assourdissants, les camions de la Ville inutilement bruyants et la vitesse excessive du trafic de transit, cette réglementation nous apparait comme une première étape dans la lutte contre la pollution sonore à Montréal. Puis, le caractère mixte de l’Avenue du Mont-Royal étant menacé par l’arrivée de clubs perturbateurs (et son lot de plaintes proportionnelles), il devenait impératif de remédier à cette situation.

Dans les faits maintenant, il faut comprendre que la mesure que nous avons votée en juillet dernier n’est pas un nouveau règlement, mais une modification au règlement actuel sur le bruit. Tout ce que nous avons changé dans la réglementation, c’est le montant des amendes pour les personnes morales (entreprises, associations et groupes) afin de faire entendre raison à une poignée de tenanciers qui se foutent de leurs voisins et qui semblent purement motivés par l’appât du gain. Si bien que l’application du règlement par le SPVM demeure le même qu’avant. En ce sens, il n’y aura pas d’accroissement quant aux nombres d’amendes émises. Au contraire; nous sommes convaincus que l’augmentation du montant des amendes aux personnes morales réduira le nombre de plaintes par son effet dissuasif auprès des tenanciers délinquants.

En considérant l’actuelle hystérie sur le Web entourant ce dossier, il apparait évident que notre administration n’a pas assez expliqué le fait que nous visons une petite minorité de tenanciers fautifs. Or, comprenez-le bien, il n’a jamais été question pour nous de réprimer la scène culturelle avec cette réglementation.

D’ailleurs, pour les quatre établissements sur le Plateau qui ont reçu des amendes sous la nouvelle réglementation depuis juillet et dans tous les cas, c’était pour la musique préenregistrée avec un DJ. C’est donc dire qu’il n’y eut aucune amende imposée contre des spectacles de musique live. (En général, les établissements qui posent un problème jouent de la musique préenregistrée plutôt que de la musique live).

Le night life monte aux barricades

Maintenant, après avoir lu les inquiétudes du DJ Ghislain Poirier sur la fermeture possible des lieux de diffusions dans le Plateau, j’admettrai volontiers que sa sortie est globalement pertinente pour la scène culturelle dans la métropole. En effet, il est vrai que le projet NOISE menace virtuellement la scène émergente sur le Plateau… Le Divan Orange semblant être ici sur la ligne de feu. Dans ce cas spécifique, étant donné l’apport réel de cet établissement au rayonnement culturel, je pense que nous (politiciens, tenanciers, policiers, résidents, clients, artistes) devons faire le nécessaire pour trouver des solutions afin de maintenir le Divan Orange dans le quartier. Personnellement, en échange d’une collaboration contre les comportements générant des nuisances sonores inutiles dans le Plateau (et de considérer le point de vue des résidents), je suis prêt à promouvoir l’idée du développement d’un «zonage culturel», voire d’un programme subventionnant l’insonorisation des salles de diffusion.

Cela dit, ce qui m’agresse dans le discours de Poirier, c’est lorsqu’il moralise les résidents quant à leur choix de vivre paisiblement en ville. Comme si le fait de vivre en ville impliquait nécessairement de tolérer la dégradation de notre milieu de vie, l’impunité aux nuisances sonores, le manque de respect systématique de quelques établissements qui se fout du sommeil des riverains, voire de la société en générale. Puis, comment réagir à cette phrase invasive en parlant du Plateau: « S’ils veulent des quartiers tranquilles, ils devraient aller vivre ailleurs». Cette phrase à elle seule représente parfaitement le nœud du problème. En effet, à l’image de la faune du centre-ville qui débarque dans nos rues, tel un conquérant moderne de l’espace par le son, DJ Poirier se considère le privilège d’en appeler à la chasse des résidents, sous-entendant de façon épouvantablement fausse que ceux-ci n’ont rien à voir dans l’attrait du quartier… que la culture du Plateau ne se réduirait finalement qu’aux activités tapageuses.

Écoute Ghislain, comme l’a si bien dit l’une de nos attachées politiques sur Facebook, certains se plaisent à représenter notre quartier comme le lieu de prédilection de tout ce qui veut faire surface en expression musicale, voire la vitrine trendy des moi-sur-le-party. Mais ce n’est qu’un côté de la médaille. Le Plateau, c’est aussi un environnement où vivent des dizaines de milliers de personnes. Et croyez-en ceux qui se tapent leurs cris de rage et de frustration à journée longue, leurs cris exaspérées sur les conditions dans lesquelles ils vivent. Donc je voudrais proposer un forum de médiation où les saintes-nitouches de tenanciers de bars pourraient faire face DIRECTEMENT aux mesdames furaxes et aux messieurs au bord de la crise de nerfs. Après on s’en reparlera, du supposé outrage que l’administration de l’arrondissement voudrait infliger aux roitelets de la nuit.

Un groupe Facebook «POUR la tolérance du BRUIT sur le Plateau à Montréal»

Plutôt que de nous proposer un consensus ou de considérer socialement la problématique liée à la pollution sonore à Montréal, deux membres de Gong communications sont montés aux barricades en créant un groupe insidieux contre notre réglementation. En sous-entendu par le choix des mots formant le titre, la «solution» est de passivement tolérer TOUS les bruits, comme si finalement ce problème allait se régler en demandant aux résidents de fermer leur gueule et d’endurer. Logiquement, le créateur du groupe, Jason Dupuis, exprime dans sa fiche Facebook que son point de vue politique se résume à la « liberté » et que sa croyance religieuse est de « Vivre et laisser vivre ». Comme toujours,  ces apôtres de la sacro-sainte liberté sont incapables de prendre en considération les responsabilités qu’impliquent de vivre en société. Et surtout, ils ne comprennent pas que la liberté des uns finit où celle des autres commence. Mais qu’est-ce que c’est que cette jeunesse dont la seule solution aux problèmes sociaux consistent à hausser les épaules, ignorer ses voisins, bomber le torse et revendiquer sa liberté de pouvoir faire le party?

Ce qui est enrageant dans ce débat, c’est qu’il est présenté comme une opposition entre les intolérantes autorités municipales à la culture. Dans les faits, la vraie opposition est entre des propriétaires de bars et des voisins. Or comme l’a exprimé le maire du Plateau dans Facebook, « nous, on penche pour les voisins parce que c’est en faisant de la pression sur les propriétaires qu’ils vont faire ce qu’il faut pour continuer à promouvoir la culture, vendre de la bière, faire du cash ET permettre aux voisins de vivre en paix! La solution n’est pas d’envoyer promener les voisins. La solution c’est d’insonoriser les locaux. Casa del Popolo l’a fait; Cabaret du Mile end l’a fait; Salon Daomé l’a fait – des dizaines d’établissements l’on fait. Si un bar qui fait la promotion de la musique émergente manque d’argent pour le faire – il faut trouver à les aider (plutôt que de créer une guerre stérile avec les autorités). Nous espérons que cette histoire de contravention va donner le signal qu’il est temps d’agir».

En définitive, il est bien plus question ici d’une clique de tenanciers qui refusent d’insonoriser (se prétextant agir au nom de la liberté et la tolérance semble-t-il) contre des citoyens qui souhaitent améliorer leur environnement. Sur le schéma politique, on pourrait peut-être même extrapoler: la gauche, interventionniste et socialement responsable, contre la droite libertarienne… et capitaliste.

Je suis vraiment étonné de constater  que des partisans  du groupe Facebook contre notre réglementation s’imaginent naïvement défendre «la culture dans le Plateau». Il va sans dire, toute cette dynamique fait la grande joie de certains adversaires politiques qui rajoutent le nécessaire en sophisme pour canaliser la critique contre notre administration.

D’ailleurs, parlant de nos adversaires et des lobbys sous-jacents, nous avons noté que Marc Snyder, expert en communication 2.0, stratège politique et ancien attaché de l’administration précédente (celle qui a laissé ce problème pourrir sans jamais oser défier les intérêts pécuniaires des propriétaires des bars) était l’un des premiers membres à s’activer pour le groupe Facebook en question. Ici, laissez-moi dire que si Snyder et compagnie (et surtout l’ancienne mairesse Fotopulos) avaient pris leurs responsabilités au sérieux à l’époque, la situation ne se serait pas empirée autant, et nous n’aurions pas été forcés à poser les gestes que nous réalisons maintenant. L’ancienne administration était très près de la communauté des affaires et avait peur, semble-t-il, d’offusquer la poignée de tenanciers qui se moquent des droits de leurs voisins.

Marc Snyder sur Facebook

Marc Snyder est-il payé pour mobiliser le « monde culturel » contre projet Montréal ?

Pour notre part, afin de calmer le jeu avec le monde culturel et trouver des solutions concrètes, nous vous invitons tous, à vous faire entendre (et écouter les autres citoyens) à notre Conseil d’arrondissement ce soir (à la Fraternité des policiers, au 401 Gilford Est). Nous vivons en société bordel, pouvons-nous, mettre chacun de l’eau dans notre vin et réfléchir ensemble aux solutions.

La vraie liberté est celle qui se dérobe sans bruit au cours trop bien huilé des choses.
– Martine Mairal

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10 Commentaires

  1. Salut Carl
    Pendant que j’écrivais au comité bruit du plateau (http://projetmontreal-plateau.org/le-bruit-et-la-necessite-du-retour-a-lequilibre/comment-page-1#comment-2427) m’est apparue l’image que tu peins quant à la dichotomie qui s’opère.
    J’y déposai une part de mes réflexions quant au mouvement d’aseptisation qui à court à Montréal. Tu connais la mélodie; fermeture du Zoo Bizare, descente à la S.A.T. (je te rapelle que les flics ont interrompus un concert pour une plainte de bruit – dans le quartier des spectacle), pression sur le divan organe ect ect… Comme beaucoup d’artiste, je m’inquiète de voir une ville à la vitalité culturelle oscillante se faire fermer la gueule. Je m’inquiète aussi de voir les lieux de diffusion et de rassemblement se voir castrer au nom d’un confort qui est souvent défendu avant tout le reste.
    Mais je pensais aussi à ces créanciers de bars qui, comme tu l’écris (en d’autres mots), s’en tabarnak de leurs voisins et peuvent aller jusqu’à être grossier dans le limites de civismes pour se faire un nom, une réputation et du profit, bien plus respectable pour beaucoup de capitaliste qu’un civisme en voit de disparition.
    Bon, ce que j’ai à te dire, c’est que avant de lire ton truc, je n’avais vu nul part la volonté de projet Montréal de faire une part pour l’art de la scène. Tous les établissement « de sons » sont mis dans le même paquet. C’est un geste politique de la part des tenancier. Tu te devras d’y répondre politiquement.
    Je suis présentement loin de l’île et je ne peux être là au conseil.
    Mais la meilleure communication est celle du bon exemple.
    « Personnellement, en échange d’une collaboration contre les comportements générant des nuisances sonores inutiles dans le Plateau », ça fait un peu trop « let’s make a deal » et ça coule entre les doigts à la fin.
    Si tu as un projet de zonage culturel, c’est urgent que tu le fasse connaitre.
    Si il y un programme qui pourrait être mis en place pour l’insonorisation des petites salles de diffusion culturelle et d’art de la scène, il faudrait montrer ce que ça veut dire, ouvrir les vannes.
    Comme ça tu auras pas juste l’air du gars qui veut « poser » du bord de la culture, tu donnerais tes signes de ce que projet Montreal est prêt à soutenir comme vie à Montréal.
    Moi une ville dortoir j’en veux pas. Sérieusement, y’en a en criss des rues tranquilles à Montréal, et des quartiers entier. St-Laurent n’est pas une rue pour élever une famille, et on changera pas ça avec plus de coch ou des amandes (y’a déjà un reglement municipal contre les individus « ayant émit un bruit audible à l’extérieur » et les policiers si sympatique jouent même à l’appliquer lorsque tu es à l’extérieur (si tu leur dédie une chanson par exemple))…
    Il faudra trouver un refuge pour les artisans du son et autres mal aimé, parce que vous en êtes tous tant fier quand ils rayonnent à l’international de dire « ils sont de chez nous ».
    Parce que comment s’est framé là, ça sonne encore faux, comme si un parti politique voulait s’assurer sa base politique pas trop fringante en lui faisant miroiter une ville où confort et sécurité seront de mise. Et ça, bien que je sois de ton côté pour ta polarisation politico-idéologique de la tension en cours, c’est encore découlant de l’éducation structurelle du capitalisme.
    Parce que c’est juste quand tu as le ventre bien plein et ta vie sur des grosses rails d’acier que de pouvoir dormir ben penard, ça devient problématiser politiquement.
    Moi je viens du plateau d’avant la gentrification, pis du bruit y’en a toujours eu. Je suis content que tu dises être pour la scène musicale et la diffusion culturelle. Envois le message que tu veux travailler avec eux. Zonage et insonorisation c’est excellent, mais de grâce ne jouez pas uniquement votre base un peu capricieuse dans son droit au confort idéalisé.

  2. He oui, j’ai assisté à votre scéance du conseil d’arrondissement, mardi le 7 sept.

    Je dois dire que vous en êtes pas mal tiré et que j’ai bien apprécier l’attitude de Ferrandez. Beaucoup de sang froid; il fallait en avoir devant cette montée de protestations contre l’opération « noise » (terminologie bien choisie et comprise par tous les technos de la sonorisation). Par contre, le match continu et vous aurez beaucoup à faire pour satisfaire tout le monde.

    J’ai aussi assister hier, le13, à la scéance de l’arrondissement Ville-Marie présidée par Gérald Tremblay qui, dans le style qu’on lui connait, prétend que vous avez « copié » leur règlement sur le bruit !

    Que de merveilleuses chicanes en perspectives. Et quel bon matériel pour alimenter nos blogs ! 😛

  3. Salut Geoffroy,

    D’entrée, je m’excuse pour avoir pris beaucoup de jour avant d’autoriser ton commentaire. En effet, je reviens tout juste de mes vacances… dans la très bruyante ville de New Orleans, berceau du jazz et capitale américaine de la débauche festive.

    Moi aussi, je suis un pur produit du Plateau, donc d’avant la gentrification. Mon père est un ouvrier, ma mère une artiste… j’ai grandis dans une coop.

    Mais bon, s’il est indéniable qu’il y aura toujours plus de bruit dans les quartiers centraux qu’en banlieue, je pense tout de même que des problèmes liés au bruit ont augmenté dans le quartier. Est-ce que ce fait est une question de perception ou de réalité? Je pense que la réponse est entre les deux. En effet, mon parti s’inscrit dans une philosophie environnementaliste, or notre arrivée aux commandes de l’arrondissement répond à de nouvelles sensibilités… comme la lutte aux nuisances sonores par exemple. Puis, l’augmentation du nombre de plaintes est aussi révélatrice d’un changement empirique quant à la tolérance au bruit.

    Pour ce qui est de la culture maintenant, malgré mes sympathies naturelles pour tout ce qui entoure les dimensions artistiques, j’admettrai que mon discours en campagne électorale était relativement simple quant à cet enjeu. En effet, partant du fait que le Plateau est le quartier concentrant le plus d’artistes au pays (et donc un poumon culturel), considérant le Plateau perd aussi ses artistes chassés par la gentrification, la défense de la culture, pour moi, passe avant tout par la lutte à l’embourgeoisement. Ma priorité est donc de maintenir les artistes dans le quartier afin de maintenir notre tissu sociologique et notre culture.

    Projet Montréal est un jeune parti, qui ne cesse d’intégrer de nouveau dossier. Si j’admets que nous nous étions pas encore exprimés concrètement pour les arts de la scène, force est de constater que ce sujet s’inscrit maintenant à l’ordre du jour.

    Logiquement, je crois que nous sommes dus pour organiser un forum sur la culture dans le Plateau.

  4. Salut Harold,

    Est-ce moi qui me trompe, mais ton intonation à changer depuis que tu m’as vu en personne. Tu vois, c’est ma dichotomie caractérielle : en personne je suis très posé et modéré, quand j’écris, je perds mes inhibitions.

    Heureusement, et comme tu as pu le constater, le maire du Plateau à cette capacité de désamorcer les ambiances tendues. Sa recette… il n’y en a pas justement, c’est simplement qu’il applique ses qualités personnelles : beaucoup d’écoute, une réelle empathie, une authenticité exemplaire, un franc parlé, et surtout, un réel désir de résoudre les problèmes en expliquant chaque dossier dans une vision globale.

  5. Monsieur Boileau,

    D’abord, sachez que j’ai voté PM, comme la majorité des gens qui se sont déplacés au conseil d’arrondissement. Sachez aussi que, comme tout le monde, je pense que chaque citoyen a droit à la quiétude dans son logis, à condition d’avoir été assez intelligent pour savoir à quoi s’attendre avant de le louer ou l’acheter. L’essence de votre projet, je ne m’y oppose pas. Il est difficile d’être contre la vertu (après tout, tout le monde voudrait payer moins d’impôt). Je suis locataire, habitant la très paisible rue des Érables, sur le Plateau. J’ai pas de problème de bruit, mais j’ai pas décidé d’habiter devant un bar déjà établi non plus.

    Comme vous semblez « dans les petits papiers » de cette modification des amendes visant les nuisances sonores, j’aimerais vous entendre sur quelques points qui ne m’ont toujours pas été bien expliqués ou justifiés par l’administration PM.

    1) Monsieur le maire dit que certains de ces établissements n’ont pas les permis nécessaires à leur activités (ex.: permis de resto utilisé en bar). Pourquoi ne pas avoir utilisé cet outil (le zonage, les permis), plutôt que de vous en créer un nouveau (++amendes) ? Si vous ne désirez viser qu’une douzaine de cas-problèmes, pourquoi donnez-vous à la police un marteau pour tuer une mouche ?

    2) Vous nous demandez de nous fier au bon jugement des policiers du PDQ 38. Pourtant, ce sont ces mêmes policiers qui ont donné une contravention au Festival POP Montréal parce qu’un artiste donnant un spectacle dans le parc au coin de Rachel et St-Laurent en plein jour utilisait un micro sans en avoir le permis. Plutôt que de nous demander de leur faire une confiance aveugle, pourquoi refusez-vous toujours d’établir une norme objective de mesure du bruit (décibelomètre) ?

    3) Vous nous jurez ne pas avoir l’intention de « tuer » la scène culturelle et loin de moi l’idée de remettre votre honnêteté en question. Sauf qu’il arrive parfois qu’on fasse des choses sans en avoir l’intention. Des dommages collatéraux. C’est de ça dont on parle. Je voudrais savoir si votre administration a étudié la possibilité de créer un fond de subvention pour aider les petits lieux de diffusion culturelle à s’insonoriser à même les nouveaux revenus obtenus par l’augmentation des amendes ? Ce serait une façon de compenser, non ?

    J’aimerais maintenant vous exposer mon point de vue.

    À la lumière des interventions des membres de votre administration, il m’apparaît clair que vous n’aviez pas appréhendé une telle levée de bouclier de la part du monde culturel, ou du « nightlife » si vous préférez. Vous ignoriez sûrement de prime abord qu’il y germait déjà un réel ras-le-bol face aux interventions policières dans les lieux de fêtes nocturnes. C’est un réel problème quand on aime faire la fête à Montréal. Je vous concède que de toutes les villes que j’ai visitées, il n’y a qu’à Montréal (et New York) où l’on voit régulièrement les policiers dans les bars et les loft parties, que ce soit pour une plainte de bruit, voir s’il y a vente d’alcool sans permis (loft parties) ou voir si la sécurité des lieux est conforme aux règlements municipaux (sorties de secours, etc). C’est donc que du point de vue des « consommateurs » de bruit, il y a déjà acharnement et zèle de la part des policiers, avec parfois la complicité du Service des incendies. Leurs intentions sont peut-être bonnes, mais elles causent des dommages collatéraux dont le plus visible est l’effritement lent mais constant des lieux de fête alternatifs. Quand on pense que, même au coeur du « quadrilatère industriel » contenu entre Clark, de Gaspé, St-Viateur et Fairmount, il est impossible de faire une fête dans un des lofts d’artistes situés dans les anciennes usines à textile sans recevoir la visite des policiers pour une plainte de bruit, c’est que Montréal manque cruellement d’espace désigné pour « faire du bruit ». Des espaces qu’on ne veut pas développer en condominiums ou en immeubles résidentiels. Des espaces abandonnés, comme il y en avait avant, comme il y en aura de moins en moins puisque la problèmatique ira en s’empirant avec la mise en chantier d’autres « grands projets » qui chasseront bientôt encore les quartiers industriels pour les remplacer avec de nouveaux condos, ou encore, des quartiers résidentiels au complet (gare de triage Outremont, par exemple).

    Le problème du « bruit » est donc fondamentalement un problème d’urbanisme que votre administration (et la police) traite comme un problème de délinquance. Je rêve un jour de voir Montréal se doter d’un quartier de la fête (pas juste des spectacles; moi je défends aussi les bars de « musique pré-enregistrée » parce que je connais la culture des DJs et j’avais entendu parler de Poirier avant le mois dernier). Faisons comme Zurich, en réaménageant un ancien quartier industriel près de la gare en plusieurs clubs branchés ouverts toute la nuit (avec vente d’alcool de surcroît). Mais ça prendrait une vision d’urbanisme, ce qu’on commence à peine à avoir sur le Plateau avec votre administration. Alors vous pouvez vous insurger sur l’image que vous donne « les fêtards » dans ce débat, mais sachez que vous ne pouvez que vous en vouloir à vous-mêmes d’avoir mal défini les bases du débat.

  6. Bonjour Mathieu,

    Votre commentaire m’est très instructif… et j’y réalise, finalement, une certaine méconnaissance quant à la situation des « activités sonores » la nuit. (J’ai probablement pris un coup de vieux lorsque j’ai décidé de m’investir à temps plein pour révolutionner mon quartier) 😕 Alors, je vous remercie d’avoir pris le temps de m’expliquer votre point de vue… c’est très constructif. Je pense maintenant que nous pouvons laisser tomber, réciproquement, la chicane des perceptions pour aborder le vif du sujet.

    Je ferai donc part de votre commentaire à mes collègues et je vous répondrai sous peu. Il est vrai, aussi, que j’ai quelque peu besoin de réfléchir à vos questions avant de répondre intelligemment.

  7. Mon commentaire risque de provoquer une crise d’urticaire à Richard Bergeron, mais je me lance quand même!

    Mathieu Grondin affirme

    Je rêve un jour de voir Montréal se doter d’un quartier de la fête (pas juste des spectacles; moi je défends aussi les bars de « musique pré-enregistrée » parce que je connais la culture des DJs et j’avais entendu parler de Poirier avant le mois dernier). Faisons comme Zurich, en réaménageant un ancien quartier industriel près de la gare en plusieurs clubs branchés ouverts toute la nuit (avec vente d’alcool de surcroît).

    Eh bien ca existe déjà en banlieue. Peut-être pas exactement comme à Zurich, mais le modèle activités commerciales séparées des zones résidentielles est bien présent.

    Les quartiers dix-trente et Centropolis sont exclusivement dédiés aux activités commerciales. Présentement, c’est surtout le commerce de détail, qui est présent dans ces quartiers, avec quelques bars. Je ne verrais par contre aucun obstacle à voir se développer l’aspect « noise friendly » de ces quartiers. Les bars et commerces de détails opèrent de surcroit à des heures différentes. Donc, personne qui ne pile sur les pieds de personne. Mais surtout pas de sommeil perturbé par des activités nocturnes.

    Il ne manque plus qu’à améliorer le transport en commun (présent mais embryonnaire) dans ces secteurs et l’affaire est ketchup!!

    Donc message à Richard Bergeron : au lieu de cracher votre haine de la banlieue en plantant les dix-trente et similaires (comme vous l’aviez fait à l’émission des franc-tireurs il y a quelques temps), essayez donc de voir les aspects positifs qu’ils peuvent emmener à la vie urbaine.

  8. Mmmmh… Bon. Alors la solution c’est de Taschereau-iser le Plateau. Ben coudon’. C’est facile de trouver des endroits où faire du bruit en banlieue. C’est pas la même concentration urbaine. Peu importe, c’est peut-être une question de culture, mais je doute que la faune nocturne montréalaise se rue au Radio Lounge à Brossard ou au Red Light à Laval, transport en commun ou pas.

  9. Les lifestyle centers sont des concepts très différents du boulevard Tashereau qui lui est, je le reconnais, une horreur d’un point de vue développement urbain.

    Le 10-30 n’est pas situé sur le boulevard Tashereau. Le Centropolis est à Laval

    Je ne faisais pas non-plus alllusion aux Montréalais qui iraient fréquenter les bars et salles de specacles de la banlieue….quoique de plus en plus de Montréalais sortent maintenant dans le 450

    Je mentionnais simplement que l’environnement des lifestyle centers se prète bien à l’implantation d’infrastructures nocturnes.

    Maintenant je pose la question: pourquoi artistes et oiseaux de nuits sont si réticents juste à l’idée de sortir de Montréal? Les artistes ne sont-ils pas naturellement des gens ouverts d’esprit? Les mots conformistes et ennuyant qui ont longtemps collé à la banlieue ne pourraient-il pas s’appliquer à une certaine intelligensia montréalaise que refuse de voir plus loin que le pont?

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