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Re: Le procès

La libre circulation de l’information est le seul rempart contre la tyrannie. Les peuples autrefois enchaînés dont les dirigeants ont enfin perdu leur emprise sur le flux de l’information grâce à Internet, vont bientôt déborder de liberté et de vitalité. En revanche, les grandes « démocraties » tentent plus que jamais par les autres médias de contrôler l’opinion publique, elles entament ainsi leur longue descente vers le despotisme. Il faut donc se méfier de celui qui vous refuse l’accès à l’information, car il se rêve déjà d’être votre maître.

Or je me suis fait censurer trois fois sur quatre en tentant de répondre à la rubrique onde de Choc de Richard Martineau sur le site web de son journal Voir; Non parce que j’étais impertinent comme Voir le laisse entendre sur ce site, mais plutôt parce que le langage utilisé pour exprimer mes opinions n’est pas concilient, qu’il contrevient au respect de M. Martineau.

C’est pourquoi aujourd’hui, histoire de finalement m’expliquer, je décide de prendre les grands moyens en vous écrivant M. Martineau. De toute façon cela ne devrait vous déranger, ne dites-vous pas que vous défendez l’indépendance d’esprit et le sens critique en ne donnant le bon Dieu sans confession à personne? À croire que ce n’est pas d’hier que Voir se permet de prendre tout ce qui circule sur Internet avec de « (très) longues pincettes ».

Je ne suis ni anarchiste, ni pigiste, ni à la solde de l’un de nos partis corrompus et moribonds. Je suis plutôt un jeune citoyen qui tente de contribuer à l’avancement de sa société par le franc-parlé. Mes efforts pour m’impliquer ne sont motivés que par l’idée que si nous ne nous occupons pas de politique, quelqu’un de pire que nous le fera. Avouez que mon attitude est bien rare présentement chez les tenants de ma génération. Il faut dire qu’il est difficile de se sentir concerné par la politique quand aucune structure sociale nous permet de participer pleinement; Dans une société mature et responsable on devrait encourager la relève à s’intéresser au domaine public. Cependant, tout me laisse présentement croire le contraire, en commencent par le journal Voir et son rédacteur en chef qui occulte mes contributions, pourtant d’intérêt public. Toutefois il est vrai que mes propos ont tous quelque chose de commun, un trait fondamental des croyances de leur auteur, ils sont à saveur indépendantiste.

Il est bien beau de dire qu’en tant que média, vous n’êtes voué ni aux fédéralistes, ni aux souverainistes, ni à la droite, ni à la gauche. Sauf qu’en pratique toute entité dotée de conscience détient des opinions, des valeurs et des intérêts. L’impartialité n’est qu’un concept théorique… Nous nous jugeons tous les uns les autres. Ainsi, en toute démocratie, nous devrions être libre de dire ce que l’on veux… et bien sur d’en assumer aussi les conséquences. Cela est aussi bon pour vous que pour vos détracteurs qui envoient des messages calomnieux sur Internet; Vous n’avez pas, M. Martineau, le monopole de la vérité et de l’esprit critique.

Pour ma part je pense que votre rectitude politique, cette mentalité bien-pensante qui vous mènerait à dissimuler mes opinions s’adressant à mon peuple, n’est en réalité qu’une façade. (Oups! La notion de peuple ici est une preuve que l’auteur de ce texte est d’allégeance nationaliste. Est-il un de ces méchants racistes vulgaires et extrémistes qu’il faut censurer?). Cette image qu’il faut être apolitique pour être considéré « in », cultivé et ouvert d’esprit n’est pour moi qu’un prétexte pour pseudo intellectuel en manque d’opinions servant le jeu de ceux pour qui notre avenir ne doit pas être décidé par nous-même. Effectivement, sous prétexte de valoriser la neutralité en matière politique, vous en arrivez à défendre le statu quo. En appelant à la démobilisation souverainiste et à la renonciation des aspirations légitimes de notre peuple, vous assurez les intérêts de la classe établie… à se demander si vous ne faites pas partie du programme de propagande de Sheila Copps. Quoi de mieux en effet que de s’offrir le fabriquant d’opinions du journal de liaison de la culture québécoise ! Parce qu’il est vrai, votre journal s’adresse à priori à la culture du Oui, pas à celle du Non. (Proposez donc le sondage sur votre site web pour vérifier). Bref, au lieu de nous unir M. Martineau, vous vous nourrissez de polémique et bandez dans la controverse, une méthode simpliste pour compenser votre manque de profondeur analytique dans le domaine politique… et dévier notre attention de nos vrais problèmes politiques. Par vos opinions sinueuses, à commencer d’associer les manifestants contre la mondialisation à l’extrême-droite, vous générez la division, discréditez toute forme de solution et bafouer tout embryon de mobilisation. Qu’avez-vous donc à proposer si toutes les initiatives politiques vous paraissent si ridicules? Alors, je ne suis pas un extrémiste M. Martineau, je préconise simplement à l’action plutôt que la passivité. J’essaie subséquemment par tous les moyens possibles, malgré le découragement occasionné par votre censure, de prendre contact avec la conscience collective. Vous êtes un éteignoir tout comme vos alliés de circonstance, Bouchard et Chrétien, tous plus immobilistes les uns que les autres.

Vous dites qu’Internet est une machine à rumeurs, est-ce parce que l’information y est difficile à contrôler, qu’elle donne enfin la parole aux simples citoyens… que vous perdez le monopole du jugement? Le monstre à sept têtes ce n’est pas l’internet M. Martineau, mais bien les Dion, Dubuc et Charest qui gagnent leurs vies en vendant les intérêts du peuple québécois. Observez la file d’attente pour les remplacer. Il est triste de constater que vous en êtes arrivé à donner votre intelligence aux forces du maintien de l’ordre et de l’oppression. Alors je ne crois pas qu’Internet soit moins crédible que les propos d’un éditorialiste tordu.

Bientôt il y aura un site internet ou nous pourrons répondre franchement à votre rubrique onde de choc sans préalablement vous avoir flatté dans le sens du poil. Grâce à Internet, vous récoltez enfin ce que vous semez. Notre arme pour nous défendre, la même que la votre : l’écriture. Et nous y avons aussi droit, que cela vous plaise ou non.

Maintenant, allez-vous encourager mes efforts de communiquer mes idées à mes concitoyens, ou allez-vous plutôt me reléguer comme d’habitude à la sentence de l’impertinence? Ce courriel risque de beaucoup se promener. Libre à vous d’assumer vos propres principes ou de me censurer à nouveau.
Je persiste et signe (of course).
Carl Boileau

Le procès
Par Richard Martineau.

Depuis la première fois où j’ai découvert le Web, j’ai
toujours été un fan d’Internet.

Jusqu’à ce que la bête se retourne contre moi et se
mette à attaquer le journal que je dirige.

***

À l’ère d’Internet, il n’y a rien de plus facile que de salir
la réputation de quelqu’un. Vous écrivez un texte
mensonger, vous l’envoyez à toutes les personnes
inscrites dans votre carnet d’adresses électroniques, et
vous leur demandez de passer le message. Quelques
secondes, et hop! vos allégations se retrouvent dans
l’ordinateur de centaines de personnes. Même pas besoin
de faire des photocopies ou d’affranchir des enveloppes:
une petite pression de l’index en buvant votre café, et le
tour est joué. Si vous possédez une adresse
électronique, fortes sont les chances que vous ayez
reçu, au cours des derniers jours, des missives
concernant le journal que vous êtes en train de lire. Des
missives nous accusant de tous les maux.

Des missives affirmant que nous «exploitons indûment les
pigistes», que nous «les traitons comme du bétail», et
que nous «utilisons des méthodes dignes des pires
dictateurs».

Prenez ces messages, et classez-les sous la rubrique
LÉGENDES URBAINES. Ce sont des tissus de mensonges.

Voir négocie de bonne foi avec ses pigistes depuis des
mois. Non seulement le contrat que Communications Voir
propose aux pigistes de Voir Montréal, Voir Québec et
Hour respecte-t-il pleinement et entièrement les droits
d’auteur, mais c’est l’un des meilleurs contrats en
vigueur au Québec. Je le sais: ça fait vingt ans que
j’écris pour des magazines, et je n’ai jamais vu un
contrat comme celui-là.

Malheureusement, Internet est une formidable machine à
rumeurs. Les mensonges s’y propagent à la vitesse de
l’éclair.

Un message calomnieux envoyé sur Internet est capable
de bousiller n’importe quelle réputation en moins de deux.
C’est comme le virus I LOVE YOU: il fait le tour de la
planète, il infecte votre disque dur, et il salope votre
système de A à Z.

Fin de partie.

Vous êtes condamné avant même d’avoir reçu une
sommation de comparaître.

***

Le pire est que même les pros de l’information tombent
dans le panneau. Il y a quelques jours, un journaliste
respecté, et respectable, de Radio-Canada a reçu un
courriel alarmiste de l’AJIQ (l’Association des journalistes
indépendants du Québec, un organisme associé à la
CSN). Un courriel calomnieux, alléguant que «les
journalistes de Voir doivent renoncer à tous leurs droits
d’auteur sans rémunération supplémentaire» (ce qui est
totalement faux), et en appelant «au boycott du journal
de même que des commerces qui annoncent dans ses
pages». Bref, une véritable déclaration de guerre.

Le journaliste de Radio-Canada n’a pas perdu de temps:
tout de suite après avoir lu ce message, il a sauté sur
son ordinateur et pondu un texte attaquant l’ignoble
contrat «imposé» par Communications Voir. Il a envoyé
une copie de son texte à la rédaction du 30, le magazine
de la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes
du Québec), pour fins de publication. Et il m’en a envoyé
une copie. Je lui ai téléphoné.

«As-tu lu le contrat que nous proposons à nos pigistes?
que je lui demande.

— Non, répond-il. J’ai lu l’extrait qui est paru dans le
courriel de l’AJIQ.

— Je m’excuse, mais ce passage n’est pas le contrat:
c’est un addenda cité hors contexte. Le vrai contrat fait
quatre pages. En veux-tu une copie?

— Bien sûr.»

Je lui envoie une copie du contrat. Le lendemain, il
m’annonce qu’il a demandé à l’équipe du 30 de ne pas
publier la lettre qui leur avait envoyée.

«Il y a dans ce contrat certains éléments fort positifs —
remarquables même — qui m’amènent à réviser le
jugement trop sévère que je portais sur Pierre [Paquet,
l’éditeur] et toi, écrit-il. Je m’en excuse. Je constate
notamment le respect de la propriété du droit d’auteur
au pigiste; le fait que les droits de reproduction du texte
soient réservés aux publications faites sous la marque de
commerce Voir; le fait que le pigiste récupère la totalité
de ses droits au terme de la période d’exclusivité d’un
an, etc.»

Ce journaliste réputé croit-il que notre contrat est le
meilleur au monde? Non: je mentirais si j’affirmais le
contraire. (À l’encontre de certains scribes qui
confondent journalisme et militantisme, je pense que
personne n’a le droit de mentir pour faire avancer sa
cause, aussi noble soit-elle.) Il y a toujours place à
l’amélioration — ce pourquoi notre entente est
renouvelable annuellement. Mais il a trouvé qu’il n’y avait
aucun rapport entre le message véhiculé par l’AJIQ et le
contrat proposé par Voir.

Malheureusement pour nous, sa première lettre, celle
qu’il a écrite tout de suite après avoir lu le courriel de
l’AJIQ (donc, AVANT d’avoir lu notre contrat), s’est
retrouvée sur Internet!

Et quelques clics plus tard, elle a commencé à faire —
littéralement — le tour du monde…

***

Au cours des derniers jours, j’ai reçu plusieurs dizaines
de courriels (plusieurs anonymes, of course) provenant
de lecteurs qui avaient été contactés par «des amis
d’amis d’amis» de l’AJIQ.

La plupart de ces lecteurs (qui n’ont jamais vu notre
contrat, évidemment) étaient en furie et vouaient le
journal aux gémonies. Certains courriels provenaient de
France, de Suisse, d’Espagne!

Et chacun de ces courriels était envoyé à… une
cinquantaine d’autres adresses disséminées à travers le
monde!

Chaque fois que je recevais une de ces missives,
j’envoyais une réponse. Mais après deux jours, je
commençais à me sentir comme Sindbad: je luttais
contre un monstre à sept têtes, et chaque fois que j’en
tranchais une, sept nouvelles têtes apparaissaient!

Comment lutter contre une telle machine?

Comment démentir ces stupides rumeurs?

Si un journaliste au-dessus de tout soupçon avait pris ce
qu’il avait lu sur Internet pour du cash, qu’en serait-il
des «simples» lecteurs?

***

Internet est un formidable médium. Mais c’est aussi — je
l’ai découvert à mes dépens — une terrifiante machine à
mensonges, à potins et à rumeurs, qui se fout
royalement de la présomption d’innocence.

Une petite pression du doigt, et vous pouvez transformer
votre voisin en dictateur, en tortionnaire, voire en
pédophile!

C’est le téléphone obscène ultime. Même plus moyen de
retracer le salaud qui a fait l’appel.

En fait, Internet est pire que le téléphone arabe. La
parole est toujours douteuse, on a toujours tendance à
la remettre en question; alors que le mot écrit, lui, fait
figure de vérité. Comme on dit: «Si c’est écrit, ça doit
être vrai.»

Vous vous rappelez la rumeur qui circulait sur le Net il y
a quelque temps, concernant la taxe imposée aux
courriels? Le gouvernement Chrétien avait, dit-on,
déposé un projet de loi destiné à taxer les échanges de
courriels. C’était, bien sûr, tout à fait faux. Le genre de
légendes urbaines qui font rigoler les internautes.

Eh bien, cette nouvelle sans queue ni tête s’est
retrouvée dans les pages de La Presse! Un journaliste
particulièrement naïf (ou particulièrement débordé, qui
sait) avait pris le canular pour une réalité…

Pas de vérification sommaire, ni d’appels téléphoniques,
rien: «Si je l’ai lu sur le Net, ça doit être vrai.» Duh!

***

Les pigistes ont-ils raison de défendre leurs droits? Bien
sûr. Comme ils ont raison de s’inquiéter des effets
néfastes de la concentration de la presse.
Personnellement, ça ne me réjouirait pas du tout de voir
un de mes textes se retrouver sur un site commercial
(parlons plutôt de catalogue électronique) destiné à
vendre des disques ou des livres. Mais ce n’est pas en
organisant de sournoises campagnes de salissage, en
véhiculant des mensonges éhontés et en déformant la
vérité que l’AJIQ améliorera le sort des pigistes, bien au
contraire.

Ni en attaquant le seul éditeur qui ait accepté de
négocier de bonne foi avec ses collaborateurs, alors
qu’aucune loi ne l’y obligeait. Vous vous demandez
peut-être pourquoi un rédacteur en chef écrit un tel
papier. Après tout, je ne suis pas éditeur, je n’ai pas à
défendre mon boss! Que Pierre Paquet se débrouille avec
ses contrats, c’est son affaire, sa responsabilité. Les
rédacteurs sont chargés d’écrire, pas de compter…

N’ayez crainte: je ne me suis pas transformé en P.R.
d’entreprise, et je ne brigue pas un poste à l’Association
des éditeurs. Il y a trop de gens à qui j’aurais envie de
botter le cul, là-dedans. Mais il y a une limite à la
mauvaise foi!

Je n’accepterai jamais que l’on salisse faussement la
réputation du journal que je dirige. Il me tient trop à
coeur. La vérité me tient trop à coeur.

Cette histoire abracadabrante nous a profondément
ébranlés, au journal. Et je ne parle pas qu’en mon nom,
mais au nom de l’équipe de rédaction. Alors nous avons
fait un pacte: à partir d’aujourd’hui, nous allons prendre
tout ce qui circule sur Internet avec de (très) longues
pincettes. Vous avez reçu une missive vous enjoignant
de participer activement à une campagne de salissage?
Gardez la tête froide.

Et avant d’appuyer sur la touche «Send» de votre
ordinateur, posez-vous la question: est-ce que je
connais tous les faits?

***

Ça fait treize ans que Voir existe.

Treize années à défendre des oeuvres qui nous
paraissent essentielles. Treize années à défendre une
idée qui nous semble nécessaire: l’indépendance d’esprit.
Le sens critique. Ne donner le bon Dieu sans confession
à personne. Ni aux fédéralistes ni aux souverainistes. Ni
à la droite ni à la gauche. Ni au Conseil du patronat ni à
la CSN. Devinez quoi? Nous allons continuer…