The Great Flood. Une fable troublante sur l’humanité reconstruite
Avec The Great Flood, le cinéma sud-coréen poursuit son exploration des récits de catastrophe en les arrimant à une réflexion plus intime sur la responsabilité collective, la survie morale et la fragilité des structures humaines. Le film s’inscrit clairement dans une tradition déjà bien établie en Corée du Sud, où le spectacle n’est jamais entièrement dissocié d’un commentaire social, dans la lignée de The Host ou de Snowpiercer, mais il le fait ici avec une retenue relative qui mérite d’être soulignée. Derrière l’apparente promesse d’un film catastrophe classique se cache rapidement une proposition plus conceptuelle, presque cérébrale, qui déplace le regard vers un territoire plus instable et moins immédiatement lisible.
Narrativement, The Great Flood adopte d’abord une structure chorale relativement familière. Plusieurs trajectoires individuelles se croisent dans un contexte d’inondation massive, conséquence directe d’un dérèglement climatique traité sans détour. Le scénario semble initialement suivre une progression linéaire efficace, fondée sur l’escalade des enjeux plutôt que sur des rebondissements artificiels. Or, plus le récit avance, plus cette lisibilité apparente se fissure. Le film se met à superposer les niveaux de réalité, à introduire des répétitions troublantes, des variations subtiles, des incohérences volontaires qui déplacent progressivement le récit du terrain du film catastrophe vers celui de la science-fiction spéculative. Une fois le générique terminé, le spectateur se retrouve face à une œuvre qui résiste à l’interprétation immédiate, appelant une réflexion a posteriori, voire un second visionnement, pour en saisir pleinement la logique interne. À cet égard, The Great Flood évoque fortement un long épisode de Black Mirror, tant par sa structure que par son goût pour les dispositifs conceptuels qui ne livrent leur sens qu’en différé.
La mise en scène accompagne remarquablement cette ambition. Les effets spéciaux liés à l’inondation globale sont saisissants, voire franchement immersifs. L’eau n’est jamais un simple décor numérique, mais une force omniprésente, oppressante, qui redéfinit constamment l’espace et le rapport des corps à leur environnement. À ce niveau, le film mérite sans hésitation un A+ pour ses effets visuels, qui parviennent à conjuguer ampleur spectaculaire et lisibilité dramatique. Les séquences de catastrophe sont tendues, claires, rarement complaisantes. Le réalisateur semble moins intéressé par la démesure que par l’impact humain immédiat, par la façon dont les personnages réagissent, hésitent, se trompent ou se sacrifient. Cette attention portée aux gestes et aux choix confère au film une gravité discrète, presque mélancolique, qui contraste avec les attentes habituelles du genre.
Sur le plan thématique, The Great Flood articule la catastrophe comme révélateur moral, mais aussi comme laboratoire éthique. Les rapports de classe, la hiérarchie institutionnelle et la responsabilité politique affleurent sans jamais devenir ouvertement didactiques. Le film suggère plus qu’il n’assène, ce qui lui permet de conserver une certaine élégance intellectuelle. Cette retenue explique sans doute les lectures divergentes qu’il suscite. Certains y voient avant tout une variation sur le thème de l’amour maternel, d’autres une réflexion plus large sur la transmission émotionnelle, l’apprentissage de l’empathie et la capacité de la science, notamment à travers l’intelligence artificielle, à préserver ce qui constitue le noyau moral de l’humanité. En ce sens, réduire le film à une simple exaltation de la maternité serait passer à côté de son véritable enjeu, qui réside davantage dans la reconstruction d’une conscience humaine à partir de l’expérience vécue, indépendamment du lien biologique ou des rôles traditionnels.
Cette ambition a cependant un coût. En privilégiant les idées, les concepts et l’architecture globale du dispositif, le film laisse parfois certains personnages secondaires à l’état de figures fonctionnelles, plus symboliques que véritablement incarnées. Cette distance émotionnelle contribue au caractère parfois déroutant de l’ensemble, mais elle s’inscrit aussi dans la logique même du récit, où l’expérience humaine est en partie mise à distance, observée, testée, rejouée. Techniquement solide, visuellement impressionnant et intellectuellement ambitieux, The Great Flood ne révolutionne pas le genre, mais en détourne progressivement les codes pour proposer une expérience plus exigeante qu’il n’y paraît au premier abord. Film de catastrophe en surface, fable anxiogène et réflexion morale en profondeur, il s’agit d’une œuvre imparfaite, parfois déroutante, mais sincère dans sa démarche. Une proposition légèrement supérieure à la moyenne, qui confirme la capacité du cinéma sud-coréen à conjuguer spectacle, malaise contemporain et questionnement philosophique, et à laquelle j’accorde ★★★★★★★☆☆☆ (7 sur 10 étoiles).

Submersion
- -Alors que l'Apocalypse menace la Terre, une lutte à la vie à la mort dans un appartement submergé par les eaux devient rapidement le seul espoir de subsister pour l'humanité.


























