Hit Man, quand la comédie criminelle devient réflexion sur l’identité

Avec Hit Man, Richard Linklater poursuit son exploration des identités mouvantes et des jeux de rôles sociaux, mais cette fois en les inscrivant dans une mécanique de comédie criminelle étonnamment accessible. Inspiré d’un fait réel, le film suit Gary Johnson, professeur de philosophie discret qui collabore avec la police en se faisant passer pour un tueur à gages afin de piéger des commanditaires. Ce point de départ, à la fois absurde et fertile, permet à Linklater de conjuguer divertissement et réflexion, sans jamais basculer dans le cynisme. Il en résulte une comédie d’une intelligence discrète, fondée sur le décalage et la nuance plutôt que sur l’effet appuyé, fidèle à l’approche humaniste du cinéaste.
La grande réussite du film tient à sa structure narrative souple, presque ludique. Linklater privilégie une progression organique plutôt qu’un schéma dramatique rigide, ce qui donne à Hit Man un rythme fluide et une impression de légèreté maîtrisée. Le scénario joue avec la répétition et la variation, chaque rencontre devenant une déclinaison possible de la personnalité du protagoniste. Cette approche rappelle l’intérêt du cinéaste pour le temps, l’improvisation contrôlée et la construction de personnages par accumulation de gestes et de paroles. Je poursuis ici mon intérêt pour les films qui prennent racine à La Nouvelle Orléans, ville fétiche dont le mélange de banalité et d’étrangeté correspond parfaitement à l’univers de Hit Man, et qui agit comme un révélateur silencieux des glissements identitaires à l’œuvre.
Glen Powell porte le film avec un charisme inattendu. Son interprétation repose sur une transformation graduelle, plus psychologique que spectaculaire. En incarnant successivement plusieurs figures fantasmées du tueur à gages, il interroge la frontière entre le rôle joué et l’identité réelle. Le film suggère ainsi que le masque social, loin d’être un simple artifice, peut devenir un moteur de révélation intime. Cette idée, centrale dans l’œuvre de Linklater, est ici traitée avec une efficacité narrative plus directe que dans ses œuvres les plus contemplatives.
Sur le plan thématique, Hit Man s’aventure du côté de la morale, du désir et de la responsabilité individuelle, mais sans lourdeur démonstrative. Le ton reste enjoué, parfois ironique, tout en laissant affleurer une réflexion sur la facilité avec laquelle une fiction peut contaminer le réel. Visuellement sobre, le film mise davantage sur les dialogues et la mise en scène des corps que sur un style appuyé, renforçant son ancrage dans le quotidien et son refus de toute emphase inutile.
Sans être une œuvre majeure de son auteur, Hit Man s’impose comme une variation intelligente et séduisante sur des motifs chers à Linklater. Un film malin, porté par une écriture fine et un acteur principal en état de grâce, qui confirme la capacité du cinéaste à renouveler ses obsessions dans des formes plus populaires, sans y perdre son regard singulier. Une proposition sympathique à laquelle j’accorde ★★★★★★☆☆☆☆ (6 sur 10 étoiles).

Hit Man
- -Gary Johnson, policier à Houston, est en mission d'infiltration en se faisant passer pour un tueur à gages. Il rencontre alors une femme battue par son petit ami violent. Pour la secourir, il va devoir oublier toutes les procédures.

























