The Cursed, un préambule saisissant, une conclusion convenue
The Cursed s’inscrit dans une tradition du film d’horreur gothique qui privilégie l’atmosphère et la lente montée de la menace plutôt que l’efficacité immédiate du choc. Le récit prend place en France rurale à la fin du XIXᵉ siècle, puis encadre son mystère par un prologue situé en 1916, comme si la malédiction devait d’abord se manifester sous forme de trace matérielle avant de se raconter comme une plaie ancienne. Au cœur du film, une communauté dominée par un grand propriétaire terrien est frappée par une violence originelle liée au massacre d’un clan gitan, geste inaugural qui lie la monstruosité à l’ordre social lui-même. Le film annonce ainsi son intention. Explorer la culpabilité collective et les conséquences morales de la domination plutôt que livrer un simple récit de loup-garou.
De loin, le préambule demeure la partie la plus réussie du film. L’attaque initiale contre le camp gitan s’impose comme la scène la plus saisissante, tant par sa mise en scène que par la brutalité qu’elle assume sans détour. La cruauté choque, dérange, et permet de comprendre immédiatement le sens de la malédiction. Cette ouverture, d’une violence sèche et frontale, installe une charge morale forte que le film n’arrivera jamais vraiment à égaler par la suite. La conclusion, au contraire, apparaît beaucoup plus convenue, presque mécanique, comme si le récit finissait par céder aux automatismes du genre.
La mise en scène adopte ensuite un rythme volontairement posé. Le découpage insiste sur les espaces, la terre, les corps et les silences, construisant un climat pesant où la peur naît davantage de l’attente que de l’apparition du monstre. Cette approche demeure cohérente dans ses intentions, mais elle repose sur une écriture qui peine à soutenir la tension sur la durée. Le scénario s’articule autour d’un protagoniste rationnel, John McBride, pathologiste appelé à enquêter dans le village, qui se heurte à une logique de malédiction où l’irrationnel résiste aux explications. En théorie, le conflit est autant moral que narratif. En pratique, ce personnage rectiligne, moralisateur et paternaliste abaisse trop souvent sa garde afin de permettre au récit d’avancer, ce qui donne l’impression d’une écriture paresseuse, davantage soucieuse de faire progresser l’intrigue que de respecter la cohérence psychologique.
Le film tente par ailleurs d’enrichir sa mythologie en convoquant la figure de la Bête du Gévaudan, idée intéressante sur le plan symbolique puisqu’elle permet de relier la malédiction à un imaginaire historique français. L’intention mérite d’être saluée. Toutefois, cette référence introduit un anachronisme difficile à ignorer. Les événements associés à la Bête du Gévaudan se situent au XVIIIᵉ siècle, alors que l’action principale du film se déroule en 1881, et que le prologue évoque la Première Guerre mondiale. Ce décalage temporel affaiblit la cohérence du récit et donne l’impression d’une récupération historique plus décorative que véritablement pensée.
Visuellement, The Cursed conserve néanmoins certaines qualités indéniables. Les décors naturels, en particulier les plans en forêt, témoignent d’un réel soin esthétique. La photographie sombre et texturée, la boue, la brume et la pénombre renforcent l’impression d’enfermement. Le monstre, rarement montré frontalement, gagne en puissance symbolique ce qu’il perd en présence explicite, et les crocs d’argent déplacent l’horreur vers l’idée de contamination et de transmission. Sur le plan formel, le film sait créer des images évocatrices.
L’élément le plus problématique demeure toutefois le choix linguistique et culturel. Le recours quasi exclusif à l’anglais, alors que l’histoire se déroule en France avec des personnages supposément français, crée une distance artificielle. Le prénom du baron local, Seamus, ne correspond à aucune logique culturelle française, et l’omniprésence d’un protagoniste anglophone semble avant tout répondre à une volonté d’accessibilité pour le marché nord-américain. Ce choix affaiblit l’ancrage du récit et renforce l’impression d’un film qui sacrifie sa cohérence interne à une forme de standardisation.
Au final, The Cursed apparaît comme une œuvre sérieuse et soignée sur le plan visuel, mais minée par de nombreux problèmes d’écriture. Malgré un préambule percutant et quelques idées intéressantes, le film n’apporte pas grand-chose de réellement neuf au cinéma d’horreur. Il s’agit surtout d’une variation assez quelconque mêlant loup-garou, malédiction gitane et récupération du mythe de la Bête du Gévaudan. Une proposition frustrante, plus prometteuse dans ses intentions que convaincante dans son exécution, à laquelle j’accorde ★★★★★☆☆☆☆☆ (5 sur 10 étoiles).

The Cursed
- -XIXe siècle, dans la campagne française, un village est attaqué. Par qui, par quoi, personne ne sait. Le pathologisteJohn McBride arrive pour enquêter sur le meurtre d’un jeune garçon et sur la disparition du fils d’un riche propriétaire terrien, Seamus Laurent et de sa femme, Isabelle. Mais les disparitions et les meurtres se poursuivent sur cette terre maudite.


























