Équipe des élus de Projet Montréal dans le Plateau-Mont-Royal en 2009

Tout va si vite; voilà déjà un an que j’agis en tant que conseiller d’arrondissement dans le district de De Lorimier dans le Plateau-Mont-Royal. Mais puisque je suis accaparé au quotidien par la complexité de mon travail, je ne sens pas le temps qui passe. Il faut dire aussi que mes collègues et moi sommes tellement focalisés dans l’avenir que c’est finalement difficile de faire une pause pour regarder en arrière. Mais voilà, il m’apparait important de marquer temporellement cette expérience extraordinaire… d’autant plus que j’ai un blogue à ma disposition pour témoigner de celle-ci aux yeux de l’histoire.

Parlant de mon blogue, j’espère que vous m’excuserez d’avoir ralenti ma cadence d’écriture depuis mon élection, car je n’écris plus que certaines fins de semaine. Ensuite, vous l’aurez peut-être remarqué, mais je peine à trouver le temps pour répondre ici aux commentaires. Disons que je priorise les réponses à mes nombreux courriels dans ma boite électronique à la Ville de Montréal. Parlant de questions à mon égard, je prendrai aujourd’hui le temps de répondre à l’une de celle-ci, récurrente de mes amis: Un conseiller municipal, qu’est-ce que ça fait exactement?

En premier lieu, vous devez savoir que pour moi, le travail d’un conseiller d’arrondissement est avant tout de répondre aux citoyens. En effet, je crois que n’importe qui peut devenir un bon conseiller municipal dans la mesure où cette personne se rend disponible à servir ses concitoyens. Cependant, qui dit bon conseiller ne dit pas nécessairement bon politicien. À mes yeux, un politicien efficient est celui qui amènera une contribution à la société en marquant l’avenir positivement; bref, qui concrétisera des projets concrets à travers son mandat. Pour ma part, voulant autant être un bon conseiller qu’un bon politicien, je suis obnubilé d’opérationnaliser mon côté « service aux citoyens » afin de me dégager du temps nécessaire aux développements de dossiers politiques. Car, vous devez savoir qu’une fois élu, il n’y a pas de guide pour vous expliquer quoi faire en tant que nouveau conseiller municipal. Ainsi, il faut savoir faire preuve de débrouillardise et apprendre sur le tas « comment ça marche »… à commencer par le fonctionnement des conseils municipaux et de l’appareil administratif. De la sorte, si j’avais à qualifier ma première année de mandat en une seule phrase, je la résumerais en «une période d’intégration intense préoccupée pas un net souci d’efficacité».

Pyramide de Maslow

Le politicien efficace pour sa collectivité devrait avoir comblé les niveaux à la base de la pyramide de Maslow

 

Il faut dire aussi qu’à l’intérieur de mon cabinet, nous nous mettons beaucoup de pression les uns les autres… parce que justement, nous voulons tous nous réaliser à travers le programme politique que nous voulons mettre en œuvre pour notre quartier. Ainsi, en valorisant davantage le résultat politique plutôt que la gestion des apparences, notre équipe politique aura certainement amené une nouvelle philosophie du travail dans les bureaux de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

À chaque idéologie politique sa propre culture du travail

Mais qui dit nouveauté dit nécessairement aussi inexpérience; car à l’exception de Richard Bergeron et Josée Duplessis, nous étions pratiquement des nouveaux élus dans le Plateau. Ainsi, cela nous a pris un certain temps avant de bien comprendre le fonctionnement d’un arrondissement. Littéralement, nous étions catapultés sur le pont d’un navire afin de le diriger dans une nouvelle direction. Or, il est bien beau de savoir où aller, encore faut-il savoir faire fonctionner le navire.

En effet, quel bouton, ou quel fonctionnaire fait quoi et comment s’exécute la chaine de commandements sur le bateau. Par ailleurs, parce qu’en amont cela prend une myriade d’actions et un travail considérable avant de pouvoir modifier la direction du gouvernail politique, parce que cela prend beaucoup de temps avant que l’effet d’un vote en conseil se fasse sentir dans la société, la comparaison entre la gestion d’une Ville et celle d’un bateau est vraiment adéquate.

De telle sorte qu’au-delà notre idéologie politique propre, l’élection d’une nouvelle équipe de conseillers sous la bannière de Projet Montréal amène aussi une révolution quant au rôle du conseiller municipal. Effectivement, par notre investissement personnel dans notre mandat, notre équipe apporte une conversion d’énergie significative au service public. Non seulement nous avons tous laissé nos emplois respectifs afin de nous consacrer aux réalisations politiques que nous devons effectuer, mais nous travaillons pratiquement chaque jour comme des abeilles. Justement, parce que notre cabinet est au service du changement plutôt que du statuquo, notre bureau est ainsi animé comme une ruche. Et si, personnellement, je peux facilement travailler 60h par semaine au bureau, notre maire, lui, fait preuve d’un dévouement quasiment total (dès fois, je me demande comment il arrive à trouver du temps pour dormir).

Mais le jeu en vaut la chandelle. En nous consacrant à temps plein à notre ouvrage, nous dégageons une énergie qui se communique à la fonction publique. Subséquemment, notre présence active au bureau doublée au rapport horizontal que nous entretenons avec les autres travailleurs de l’arrondissement aura positivement modifié les communications entre la direction politique du Plateau et son personnel administratif. Or, cette dynamique de travail est fondamentale, car elle nous solidarise au service du quartier et accroit nos capacités d’actions politiques. Toutefois, les conseillers étant tous de la même formation politique dans le Plateau, je réalise aussi cette chance de pouvoir parler d’une seule voix, et sans interférence partisane, aux cadres directeurs. En définitive, il se peut qu’aux yeux des entités conventionnelles, notre transparente candeur puisse être perçue comme un manque de réalisme politique, mais en contrepartie, notre dévouement au travail nous donne le privilège d’interpeler toujours plus l’effort collectif.

En comparaison avec l’ancienne mandature Fotopulos, les élus municipaux du Plateau étaient plutôt des représentants du système en place, et se contentaient de faire un show de boucane durant les conseils d’arrondissements. À l’exception de Josée Duplessis qui répondait en toute autonomie à nos concitoyens, les autres élus étaient rarement présents dans les bureaux de l’arrondissement. D’ailleurs, à ce sujet durant une séance du conseil d’arrondissement, l’ancienne mairesse c’était même vantée que les bureaux des conseillers étaient des cocrons afin d’inciter ces derniers à être davantage sur le terrain avec les citoyens (yeah right!). Bref, c’était finalement le personnel politique (principalement la responsable du soutien aux élus), qui répondait au «cas de quartier». Si bien qu’en réaction à l’ancien modèle, l’une des premières actions du maire Ferrandez fut de faire réaménager l’espace du bureau des élus afin de permettre à tous les conseillers de travailler et recevoir les citoyens. Dans un même ordre d’idée, le maire a aussi décidé de consacrer l’énergie des attachés politiques vers la recherche et la gestion de projet plutôt qu’aux communications et en soutien aux élus. Subséquemment, non seulement cette situation oblige les élus à maximiser leur autonomie, mais aussi, elle nous responsabilise davantage à offrir un meilleur service de proximité aux citoyens.

Suivant cette optique de vouloir servir adéquatement les demandes des citoyens, je me suis rendu très vite à l’évidence que je devais accéder à la base de données du bureau d’accès Montréal (service 3-1-1) pour pouvoir vraiment comprendre les dossiers en cause. C’est ainsi que je fus le premier conseiller municipal de Montréal à pouvoir accéder à ce système informatique (GDC). Et franchement, cela a radicalement changé mon potentiel à résoudre les dossiers de mes concitoyens. Ainsi, ma recette consiste à conduire les citoyens requérants à préalablement inscrire leur demande au 3-1-1 pour me revenir avec un numéro de dossier formellement enregistré. Si bien qu’avec ce numéro, je peux après visualiser l’évolution du dossier en question, le bonifier avec des photos et des documents, puis en faire état si nécessaire au citoyen. Ensuite, si pour une raison quelconque le dossier s’avère difficile à fermer, j’amène ce dernier au caucus avec les directeurs de l’arrondissement. Bref, l’idée est d’automatiser au maximum les requêtes afin de me libérer du temps libre pour les activités de représentations et mon travail de développement politique (dont ma réflexion intellectuelle par l’exercice de l’écriture).

Le soir, je rêve souvent à résoudre les problèmes soumis pas des citoyens. Mais parce qu’il n’y a que 24 heures dans une journée et que les ressources économiques sont limitées, c’est un art que de gérer ses dossiers. Parallèlement, dans une même journée, l’étendue des manettes politiques à notre disposition nous permet de pouvoir faire avancer plusieurs projets; au point que cela peut en donner le vertige. Mais encore une fois, travailler sur un projet donné implique nécessairement de ne pas travailler sur tous les autres sujets. Bref, la priorisation de ses actions est l’un des défis du conseiller municipal.

En conclusion: Qu’est ce que ça fait un conseiller municipal

Bien que dans la culture progressiste de mon parti nous considérons notre engagement comme un travail au service de l’intérêt public (plutôt qu’un statut au service d’un ordre politique), être conseiller municipal s’avère officiellement une fonction. Légalement, notre obligation est de siéger au conseil d’arrondissement, de voter des règlements… et surtout d’adopter le budget annuel. D’un autre côté, en étant élu par la population pour représenter sa volonté démocratique durant un mandat, notre rôle d’élu implique aussi de baliser les décisions politiques en fonction de notre programme à la base de nos valeurs. D’autre part, un conseiller municipal opérant saura aussi agir en interface entre les citoyens, l’exécutif de l’arrondissement (le maire) et l’appareil administratif; mais ici encore, c’est littéralement un art que d’arriver à pousser des dossiers «propres» (projets personnels, mandat politique, cas problématique d’un citoyen). Bien sûr, il ne faudra pas non plus oublier la dynamique nécessairement populaire pour tout politicien élu, ce qui fait de lui (de gré ou non) un représentant public. Or, la fonction implique tacitement d’assister à plusieurs évènements publics (ça aussi ça fait partie de l’emploi) et de rencontrer un maximum de citoyens.

Bref, mon point c’est qu’au-delà les responsabilités de la fonction d’élu, chaque conseiller gère finalement ses énergies de façon différente. Or chacun à sa formule et ses talents propres. Dans un même ordre d’idée, puisqu’il n’y a aucune méthode définie pour effectuer ce travail particulier, chaque Parti, chaque cabinet voire chaque arrondissement ont chacun leur manière distincte de gérer la répartition de leur travail. Encore une fois, c’est tout l’art de la chose.

En définitive, c’est un résultat global qui déterminera le succès ou non d’une équipe politique. Mais encore là, le résultat en politique devrait-il se calculer en réalisation ou en réélection? Assurément, les porteurs d’une conscience collective pencheront certainement dans l’optique du résultat tandis que les simples carriéristes viseront l’objectif du succès électoral. Or, c’est là toute l’injustice entre ces deux spectres: là où l’un dépensera beaucoup d’énergie pour le bien commun… l’autre sera plus compétitif en consacrant ses efforts sur ses seuls intérêts individuels.

Maintenant, je vous pose la question : Et vous, qu’attendez-vous des énergies collectives de vos élus?

«En terme d’investissement personnel en politique, il est beaucoup plus économe de s’incliner à droite et se laisser porter par le courant de l’ordre établi; car d’aller à gauche, c’est de ramer à contrecourant en portant la charge du bien commun»

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