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Posté par le 19 juillet 2013 dans Psychologie

La théorie du chapeau vert

Une méditation sur le coup de foudre, à la croisée de la psychologie, de la biologie et de la mémoire inconsciente. Le chapeau vert comme trace du désir.

Une mise en situation expliquant psychologiquement le phénomène du coup de foudre en amour.

En allant travailler en matinée, un jeune ouvrier attend passivement que le métro arrive à sa station. Sur le côté d’une rame, il est assis, sans aucune lecture à sa disposition. L’homme a déjà inconsciemment considéré les publicités visuellement offertes à son point de vue, mais rien n’interpelle sa curiosité de ce côté. Or, son cerveau est en quelque sorte mis en mode « attente », complètement disposé à observer les personnes évoluant dans son champ de vision. Dans cet état de vigilance flottante, bien documenté en psychologie cognitive, l’attention n’est plus dirigée par une tâche précise, mais devient hypersensible aux stimuli saillants de l’environnement. De l’autre côté de la rame, son attention se focalise alors sur la plus belle femme de l’endroit.

Éclatante de beauté à travers la foule anonyme, l’homme est captivé par la splendeur de cette ravissante inconnue. Durant ces quelques secondes « magiques », il observe ses moindres faits et gestes. Son cerveau, sans qu’il en ait conscience, libère déjà une combinaison de neurotransmetteurs associés à l’intérêt et à la motivation, notamment la dopamine, qui accentue la focalisation et grave l’image dans la mémoire émotionnelle. Sachant très bien qu’il ne pourra jamais l’aborder, il contemple donc une image inaccessible, jusqu’à ce que le métro arrivant lui obstrue la vision. Ainsi résigné, il quitte le lieu vers son destin. Il oubliera rapidement cette brève expérience, du moins en apparence. Car sur le plan biologique, une trace mnésique implicite s’est formée, stockée non pas comme un souvenir narratif, mais comme une empreinte sensorielle et affective.

metropousseur

Des années plus tard, durant une fête, il est frappé par l’apparition d’une femme surgissant dans son champ de vision. Cette femme le fascine. Il ne sait pas pourquoi, mais il est irrésistiblement attiré vers elle. Ce sentiment soudain n’est pas le fruit du hasard, mais l’activation inconsciente d’un réseau de reconnaissance, où le cerveau compare en permanence le présent à des schémas antérieurs enfouis. Puis, du fin fond de la fête, cette femme croise le regard de cet homme et réalise d’emblée être la source de son attention. Elle est presque hypnotisée par son regard. Serait-ce celui de l’amour tant attendu ? Les échanges de regards prolongés déclenchent chez les deux individus une synchronisation physiologique, accélération du rythme cardiaque, activation du système nerveux autonome, phénomènes souvent interprétés subjectivement comme une évidence amoureuse. Il lui sourit, elle lui rend la pareille. Leurs visages s’illuminent. C’est une révélation.

chapeau_vert

Sans l’ombre d’un doute, l’homme se dirige irrépressiblement vers « sa promise ». Elle oublie une partie de sa timidité. Leurs cœurs battent à tout rompre. Ils éprouvent un sentiment mutuel de déjà-vu. C’est un coup de foudre. Cette impression de reconnaissance immédiate, étudiée en psychologie évolutionniste, repose souvent sur des indices familiers qui rassurent le cerveau et donnent l’illusion d’un lien préexistant.

Mais ce que l’homme ne réalisera jamais, c’est que durant cette rencontre à la fête, celle qui devint son amoureuse portait un chapeau particulier. C’est-à-dire le même chapeau vert que cette autre femme brièvement croisée dans le métro des années auparavant. Il ne l’avait pas consciemment saisi, mais il était encore à la recherche de cette femme inaccessible. En termes neurobiologiques, le chapeau vert agissait comme un stimulus clé, un déclencheur perceptif capable de réactiver une mémoire latente associée à une émotion forte. Or, dans un angle psychologique, le chapeau vert était un marqueur permettant un jour de la reconnaître, ou du moins de croire la reconnaître, et finalement d’arriver à la rencontrer. Ainsi, le coup de foudre ne serait pas une création spontanée, mais la résonance entre une trace ancienne et un présent qui lui ressemble suffisamment pour troubler le réel.

Et peut-être que tout cela, au fond, se résume à cette lucidité tranquille transmise par mon père, Pierre Boileau :

L’amour n’est qu’une illusion partagée
– Pierre Boileau

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1 commentaire

  1. Première moralité : les modes sont au moins décennales au Québec !
    Deuxième moralité : prenez le métro avec un chapeau vert, vous marquerez à jamais les hommes présents (les femmes aussi d’ailleurs) !
    Troisième moralité : si vous êtes une femme à chapeau vert, il suffit qu’un homme s’intéresse à vous pour tomber amoureuse !

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