crucifix

L’une des propositions de la commission Taylor-Bouchard a d’entrée été repoussée à l’unanimité par nos petits parlementaires : à savoir, le «déménagement» du crucifix de l’Assemblée nationale vers l’Hôtel du Parlement. Voilà une belle occasion manquée d’affirmer la primauté laïque de nos institutions publiques, de quoi d’ailleurs discréditer notre refus social d’appliquer des accommodements raisonnables à l’ensemble des groupes religieux.

En effet, au nom de quelle logique peut-on plaider la laïcité pour un groupe religieux, puis d’imposer le crucifix catho dans l’endroit par excellence représentant l’État. Pourquoi imposer au parlement l’association catholique à l’ensemble démocratique des citoyens québécois? Jean Charest y répondra bêtement par le fait que c’est simplement par tradition (quant à moi, le drapeau québécois, avec sa croix implicite au milieu, est déjà un symbole suffisant de nos origines catholiques). Mais voyez-vous, il y a de ces moments charnières de l’histoire où une société doit savoir se départir des symboles obsolètes afin de bien intégrer la maîtrise de son évolution. Or, puisque justement, il est question d’évolution commune avec des citoyens de toutes croyances religieuses (dont certaines sont particulièrement délirantes), puisqu’il est question d’un contrat collectif pour baliser l’harmonie sociale, il aurait été judicieux de «sacrifier» ce détail afin de démontrer notre bonne foi (Oups, pardonnez l’expression).

absurde religion

La religion ne devrait plus s’imposer dans le domaine public, si bien que sa pratique doit être systématiquement reléguée au domaine privé. Ce souci de préserver la neutralité de l’État en matière de religion devrait donc se traduire par cette action concrète; de la même manière aussi, les conseils municipaux devraient abandonner l’imbécile prière avant les assemblées publiques.

Mais bon, comment demeurer cohérent quand les propositions de ladite Commission sont elles-mêmes illogiques. Effectivement, pourquoi la commission propose d’interdire le port de signes religieux aux titulaires de fonctions qui doivent incarner la neutralité de l’État (magistrats, procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison, président et vice-président de l’Assemblée nationale du Québec), mais permet cependant de laisser les enseignants, les fonctionnaires, les professionnels de la santé et tous les autres agents de l’État porter les signes religieux qu’ils veulent ?!? Vraiment, c’est quoi la logique derrière cette décision… si ce n’est que la pathétique recherche d’un arbitraire compromis.

Bref, comme je l’expliquais de mon précédent article, nous sommes passés à côté du débat que nous aurions dû avoir avec cette Commission, c’est-à-dire un débat sur l’achèvement de notre laïcisation plutôt que sur la diversité culturelle. Finalement, j’ai bien peur que la société québécoise manquera l’occasion de faire respecter la neutralité religieuse de son espace public… voire, le maintient de notre culture issue de la Révolution tranquille. Ce crucifix au parlement laisse à l’avenir la voie ouverte à l’expression des pires comportements sociaux. De la sorte, en espérant qu’aucune religion étrangère ne puisse un jour prendre le contrôle de notre territoire politique, je vous invite à éviter le chemin de croix.

En référence, je vous propose la lecture :

Ah oui, je viens de créer un groupe facebook pour l’éjection du crucifix à l’Assemblée nationale du Québec

Les hommes couverts de croix me font penser à un cimetière
- Francis Picabia (Extrait du Manifeste Funny-Guy)

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    4 réponses à l'article “Pour l’éjection du crucifix à l’Assemblée nationale”

    1. 1. MichelNo Gravatar dit:

      Vous parlez de la religion catholique, sans doute parce qu’elle est la plus importante en nombre d’adhérents, mais il ne faudrait pas oublier les deux autres religions monothéistes, la juive, et la musulmane surtout, qui comprennent leur lot de fanatiques. Mais il est vrai que la religion qui a le plus intérêt à un retour aux années noires est la religion catholique. L’émule du pape Ratzinger ou Benoît XVI de son nom d’artiste, le cardinal Ouellette, est en campagne pour ramener l’enseignement religieux dans les écoles. J’ai même reçu un exemplaire du journal Vers demain ( journal des Bérêts blancs, si je me souviens bien) appuyant notre petit Inquisiteur québécois.

      Je vois que le rapport de la très branchée commission des serviteurs de Jésus, Élohim et Mahomet, ne vous étonne pas. Ce que je ne comprends pas, c’est que des gens aient été assez naïfs pour se présenter à la commission bidon Bouchard-Taylor, dont le rapport final était déjà écrit dans la tête de ces messieurs, avant même le début des audiences.

      Je pense que l’État devrait adopter une loi qui donne le ton, comme la loi de 1905, en France, qui dit : « Article 1. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. Article 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. ».

      Il faudrait surtout que cette loi soit appliquée. Présentement en France, les monothéistes et les branchés de la rectitude politique, de gauche et de droite, sont à la contourner avec, par exemple, un bail emphytéotique accordé aux musulmans, leur accordant la jouissance d’un terrain, payé par l’État, sur lequel sera construite une mosquée. Cela dit, je ne m’illusionne pas. D’abord, nous ne sommes pas une république et n’avons pas l’esprit républicain. Aucun de nos pseudos partis indépendantistes ne souhaite aller dans cette direction. Ensuite, l’Assemblée nationale est constituée d’électoralistes insignifiants, sans idées et sans principes, tous partis confondus.

      Il ne faut rien attendre des politiciens en place. La lutte pour le progrès des idées, de la pensée, doit se faire par des voies alternatives comme votre site.

    2. 2. EmmanuelNo Gravatar dit:

      Je suis d’accord avec vous. Nous devrions pousser la logique de la laïcité jusqu’au bout et enlever le crucifix de notre parlement. L’empressement du gouvernement Charest à faire passer une motion pour le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale avant même que la population ait le temps d’en discuter est tout à fait déplorable.

      Emmanuel| lire ici le dernier article de son blogue :Rapport Bouchard-Taylor : rien pour consolider l’identité nationale

    3. 3. SimeonNo Gravatar dit:

      Cette différentiation entre l’èspace privé et publique est un peu artificiel. Les gens ne changent pas de croyances quand ils passent la porte de leurs maisons. Avoir ou pas avoir le crucifix, c’est pas une question de moralité mais de force; elle est aussi cependant très symbolique; le symbole ici est de montrer « qui est le maître chez nous », de montrer qui a le pouvoir. Mais c’est pas nécessaire, vraiment. Dans une fédération le pouvoir est divisé; dans certains cas, les « maître sont vous », dans d’autres c’est pas vous; avoir ou n’avoir pas un crucifix ne change pas rien entre Québec et Ottawa.

    4. 4. Carl BoileauNo Gravatar dit:

      Encore une fois, je constate ici que je suis sur la même longueur d’onde que François Parenteau :

      http://www.voir.ca/blogs/franois_parenteau/archive/2008/05/28/avec-une-brique-et-un-crucifix.aspx

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