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Totalitarisme blogosphérique

samedi 13 octobre 2007

Bien honnêtement, je dois avouer avoir été traumatisé par la lecture d’un récent billet publié sur un blog nommé Radicarl.

Ce dernier, tout en espérant la venue d’« une loi formelle pour réglementer la blogosphère politique au Québec »*, œuvre activement à lutter contre « la mise en application de la philosophie néolibérale dans notre blogosphère politique »*, et ce, tout en ayant bien évidemment le noble objectif de « faire de la blogosphère un sain espace de délibération citoyenne. »*

Tout « en attendant un retour en force de l’étatisme au pays »*, Radicarl s’insurge de ce que la droite rejette « l’intérêt collectif… et donc celui de la blogosphère »*. Souhaitant « encadrer le développement de notre blogosphère »*, il se révolte contre l’idée selon laquelle « le concept de liberté d’expression primerait sur celui d’authenticité »*, et ce, en même temps qu’il s’étonne paradoxalement de ce que « la droite martèle incessamment le droit à la liberté d’expression. »*

Typiquement collectiviste, il soutient qu’une « société intelligente doit savoir protéger sa réflexion collective, qu’une société responsable doit développer des mécanismes qui encadrent l’évolution de son ensemble vers l’amélioration. »*

Bon… tout ça me paraît tellement aberrant que je ne sais même pas où débuter…

Allons-y donc, pour commencer, avec le concept de « blogosphère ». La « blogosphère » n’est pas une chose concrète. Plutôt, c’est un concept taxinomique employé par certaines personnes de manière à se représenter une diversité de phénomènes disjoints mais similaires au plan fonctionnel. Radicarl, comme bien des gauchistes, semble à ce niveau confondre le signe et la chose, le concept et l’objet, le symbole et le réel. Hayek avait bien cerné tout cela à travers sa vision de la fallacy of misplaced concreteness, c’est-à-dire l’erreur, très courante chez les collectivistes, de penser qu’à une représentation mentale donnée correspond nécessairement une réalité unitaire concrète.

Ainsi, à partir de quelque chose qui n’existe pas vraiment, c’est-à-dire « la blogosphère », on passe très rapidement à « notre blogosphère », à « notre évolution collective », à « notre intérêt collectif », à la nécessité d’une « régulation étatique de notre nouvelle totalité » et d’une « direction centralisée de l’évolution de notre bel ensemble ». Soudainement, une vaste multitude de bits aussi libres que planétairement disséminés se retrouve collectivisée, du moins mentalement… Alors que l’inscription d’informations discursives sur un blog relève beaucoup plus de la grosse conversation de cuisine que de l’univers mass-médiatique, la pratique devrait soudainement être policée de manière à atteindre le degré d’aseptisation d’un « sain espace de délibération citoyenne », peu importe ce que ça peut bien vouloir dire…

Aussi, il faudrait bien comprendre que la liberté d’expression est totale ou sinon n’est rien. La liberté d’expression est totalement antithétique à des volontés comme celles de « protéger sa réflexion collective » (mais quelle idée atroce…), de défendre « l’authenticité » ou encore d’instaurer une « société responsable ». La liberté d’expression est un concept libéral, et un collectiviste ne pourra jamais le comprendre. La liberté d’expression est là et n’est là que pour défendre les propos hérétiques, les propos indécents. Si elle n’était là que pour « protéger » le conformisme et le consensualisme discursif, eh bien on n’aurait jamais eu besoin de créer le concept même de « liberté d’expression ».

Mais tout ça me dégoûte… voilons ce corps que vous ne sauriez voir… voilons ces mots que vous ne sauriez lire… déployons la police des moeurs dans les rues… déployons la police des moeurs sur le web… tous les mêmes connards… tous…

La blogosphère n’a pas d’intérêts. Et le dirigisme blogosphérique, de son côté, n’aura tout simplement pas eu lieu.

Des bits sur des serveurs… rien de plus… Deal with it…