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Posté par le 28 novembre 2008 dans Politique nationale

110% débat

débat des chefs 2008

Si vous trempez, un tant soit peu, dans la culture entourant notre sport national (au Québec), vous devez connaitre l’émission de télévision, 110 %. Vous savez, ce dégénéré talk-show où quatre gérants d’estrade s’obstinent mutuellement à propos du hockey. Pour ma part, je suis simplement incapable de supporter ce cacophonique concept où tous les protagonistes parlent en même temps sans s’écouter. Un concept réduisant la communication comme un vecteur d’émotion unidirectionnelle. Une dynamique infantilisant le débat comme un simple jeu de société pour homme préhistorique imbibé de testostérone. A contrario, la communication réelle est un échange, et son pinacle s’exprime par une conversation intelligible… voire un échange d’idée. En ce sens, les débats politiques devraient être un outil social de réflexion collective plutôt qu’une joute partisane. Or, mardi soir dernier à la télé, en écoutant le pathétique débat des chefs, c’est plutôt le concept de 110 % qui m’est venu à l’esprit.

Pour une rare fois, je partage entièrement l'avis de Lysiane Gagnon sur le débat

Pour une rare fois, je partage entièrement l’avis de Lysiane Gagnon sur le débat en question

Un débat? Quel débat? Il n’y a pas eu de débat. Seulement la réédition des cassettes qui sont déjà familières pour ceux qui ont suivi cette campagne électorale. Aucun des chefs n’a eu le loisir d’expliciter ses projets ou d’étayer ses critiques. Si ce que voulaient les télédiffuseurs, dans leur pathétique recherche du plus bas commun dénominateur, c’était un talk-show divertissant, ils ont raté leur coup. Bien des gens, excédés, se sont empressés de zapper au plus vite, pour échapper à la cacophonie et à la vision, ô combien déprimante, que donnaient d’eux-mêmes ceux que l’on appelle nos chefs.
– Lysiane Gagnon dans l’article « Mauvais débat, piètre spectacle« 

Jean Charest était colérique, Pauline Marois suffisante, Mario Dumont… simplement impertinent.  Les chefs ne s’écoutaient pas et s’entrecoupaient allègrement, récitant machinalement leur casette en guise de réponse… tous voulaient marquer «des points». Un vrai débat de sourds; la langue de bois à son meilleur. Cette dynamique n’est pas digne d’une démocratie qui se respecte. En comparaison, j’admettrai avoir autrement mieux apprécié la formule du dernier débat de l’élection fédérale : les chefs y étaient beaucoup plus respectueux (des autres chefs et de  leurs idées, des électeurs et de la démocratie).

Puis, que dire de la totale absence du mot «environnement» dans ce pitoyable spectacle politique. Non, mais c’est incroyable : on est en plein réchauffement climatique, le parti vert atteint un sommet de popularité historique au pays… et  on trouve le moyen d’évacuer complètement la moindre allusion à l’écologie. Pas étonnant que les forces institutionnelles aient  exclu la présence du chef des verts au débat.

D’ailleurs, voilà tout «le génie» de déclencher une élection sous l’impérative de la priorité économique, on en arrive à présenter l’argumentaire écologique comme un luxe ne pouvant s’aborder qu’en période de prospérité. Pourtant, l’industrie des combustibles fossiles, la société de surconsommation et la théorique croissance infinie du système néolibéral ne prennent pas en compte la limite quantitative des ressources naturelles. Bref, notre système économique n’est pas réaliste… et s’avère maintenant une menace à l’environnement global. Et au moment où la solution à la crise économique internationale  consisterait à donner des milliards de fonds publics aux banques et autres spéculateurs capitalistes, il y a une urgence à envisager de nouveaux modèles. Nous n’avons plus les moyens de produire et consommer comme nous l’avons fait depuis le 19e siècle, or il serait démocratiquement pertinent de pouvoir reconsidérer l’économie sous l’angle de l’écologie.

Lire ici, en référence, concilier écologie, économie et socialisme pour promouvoir une croissance durable, équitable et créatrice d’emplois.

Et parlant d’économie, n’est-il pas ironique que Jean Charest s’en drape toujours comme étant un champion. Vraiment, comment qualifier un premier ministre qui a le culot de maquiller le déficit du Québec s’accumulant sous son régime (la dette du Québec serait maintenant de 148 milliards), qui refuse de dévoiler les pertes financières de la Caisse de dépôt et placement… mais qui nous impose une élection sur le sujet de l’économie ? Franchement, comme l’a dit Mario Dumont, si la priorité de Jean Charest était vraiment l’économie, nos élus  travailleraient présentement ensemble à trouver des solutions plutôt que de débattre stérilement en élection.

La vérité, c’est que Jean Charest se fout autant de notre économie que de la démocratie des Québécois. Ce qui lui importe, c’est de demeurer cinq années de plus au pouvoir… assez pour privatiser davantage le gouvernement Québécois. Voyez-vous, le programme du Parti libéral pourrait se résumer à privatiser les profits de l’État et socialiser la dette des intérêts capitalistes… voire, d’éventuellement «sauver  les banques» (au détriment de nos économies) avant l’inévitable crash du système néolibéral. Bref, la fixation d’imposer une campagne axée sur la prérogative économique n’est qu’un stratagème électorale afin d’occulter le traitement que nous devrions accorder aux dossiers fondamentaux d’une société démocratique (social, écologie, éducation, santé, souveraineté politique).

L’Avenir du Québec

Comme l’impose la tradition, le volet sur l’avenir du Québec concluait donc le débat ; une période déterminante, car c’est l’espace-temps où les chefs doivent projeter leur vision propre du pays. Et ici, force est d’admettre que nous en sommes rendus à avoir des «leaders» sans aucune vision. Dans un premier temps, Jean Charest passe à l’histoire en tant qu’unique premier ministre québécois à n’avoir rien revendiqué en matière de constitution. Pour cet agent mandaté de l’ordre fédéraliste, sa mission est d’avaliser le Québec au rang de simple province. En ce sens, Jean Charest s’avère d’une redoutable efficacité pour nous éviter les questionnements collectifs sur l’avenir de notre nation.

La conscience d’un «nous» se projetant dans l’avenir serait peut-être un élément de ce qui définit l’existence d’une nation.

Comble de populisme maintenant, Mario Dumont, lui, dilapidera son temps de parole sur l’avenir du Québec… en abordant le sujet de la contrebande de cigarettes?!? En effet, plutôt que d’en profiter pour aborder le concept creux de l’autonomie adéquiste, Mario Dumont aura préféré demander à Jean Charest si la loi pouvait «s’appliquer pour tout le monde», après avoir indiqué que la contrebande de tabac faisait perdre 300 millions $ en revenus de taxes au gouvernement. Incroyable, pincez-moi, je dois cauchemarder. Nous avons un seul débat des chefs par élection, il nous faudra vraisemblablement attendre cinq années avant le prochain débat… et l’avenir du Québec se réduirait à une simple question de taxes pour l’ADQ ?!? Vraiment, dans la misérable petite province du Québec, suis-je rendu le dernier à réagir face à l’impertinence adéquiste?

À ce moment, face au statu quo fédéraliste, c’est ici que le chef du Parti québécois devrait opposer l’argumentaire souverainiste. Mais non, Mme Marois fait de la rétention souverainiste… je ne suis même pas sûr qu’elle ait mentionné le mot « souveraineté » une seule fois du débat. Pire, en affirmant qu’elle a « les deux mains attachées au mouvement souverainiste», elle sous-entend presque que l’option serait un fardeau à représenter. D’ailleurs, il ne faudra pas s’étonner qu’après ce genre de propos «électoraliste», Gesca puisse applaudir la performance du PQ au débat. Mais, dites-moi maintenant, si ce n’est plus de l’option souverainiste, en quoi le Parti québécois se démarquerait-il des libéraux ?

Le cadre fédéraliste… l’emmurement des esprits

Or, si aucun des chefs provinciaux n’arrive à pouvoir sérieusement envisager l’avenir du Québec, logiquement, ces derniers ne devraient pas être aptes à prétendre « nous diriger »… du moins, pas dans un pays indépendant. Mais, puisque nous sommes formellement une colonie, de surcroit, qui s’est refusé deux fois l’indépendance, l’absence de vision de nos politiciens peut s’expliquer. Pour ainsi dire, le contexte fédéraliste serait si fort, que nous déclinerions subjectivement toute responsabilité à nous gouverner nous-mêmes. Alors, voilà, plutôt que d’envisager réellement notre avenir, nos provinciaux de politiciens préfèrent se chamailler pour la gestion du carré de sable québécois.

Bref, le cadre fédéraliste nous déresponsabilise politiquement, et puisque nous nous déresponsabilisons ainsi face à l’avenir, notre intelligence collective s’en retrouve profondément atteinte. La preuve, si les forces institutionnelles étaient vraiment dotées d’une intelligence démocratique, ils auraient permis l’intégration des Verts et de Québec solidaire aux débats des chefs.

Image de prévisualisation YouTubeConclusion – Françoise de Québec solidaire au «Débat des chefs»

La suite des choses

Pour ce qui est du débat des chefs, c’est maintenant du passé. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’après ce qu’on a vu à cet événement, la présence de QS à l’Assemblée nationale est absolument nécessaire. Parce que Québec solidaire, c’est l’opposition qui va parler de tout ce que les autres partis ont oublié durant le débat : de l’environnement, de la culture, de la répartition de la richesse… de la souveraineté du Québec. Car, oui, réalisez-le, force est d’admettre que le PQ n’évoque plus la souveraineté que du bout des lèvres. Alors, pour nous souverainistes, il m’apparait essentiel de nous dénombrer à l’extérieur du PQ afin de faire pression sur celui-ci pour  ranimer l’option. Pour relancer la souveraineté du Québec… il me semble impératif qu’Amir Khadir doit gagner le comté de Mercier !

Image de prévisualisation YouTubeUne voix solidaire à l’Assemblée nationale

À défaut de quoi, dans ce prochain mandat libéral s’inscrivant déjà dans une médiocrité historique, faute d’un idéal collectif, le peuple québécois se rabattra sur le pathétique rêve d’une coupe Stanley. A titre d’exutoire maintenant, allons plutôt débattre de politique sportive à  110 %. Car, la politique au Québec, pour le peuple… cela ne semble servir à rien.

Image de prévisualisation YouTubeCélébrer la conquête de la coupe Stanley… notre ultime rêve collectif :???:

Un adversaire politique ne devrait pas être un ennemi; mais bien un partenaire du débat démocratique
Ségolène Royal

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3 Commentaires

  1. Impossible d’être en désaccord.

    Mais je pose la question tout de même. La présence de QS, dans le cadre de notre réalité québécoise, est-elle même envisageable? Malheureusement, la réponse demeure encore aujourd’hui non.

    Seule l’indépendance peut régler cette question. Force est d’admettre que ce n’est pas un Québec libéral qui nous donnera cette chance. Citoyens, l’heure est à travailler derrière une bannière unique… jusqu’à l’aboutissement de notre rêve.

    Et soyons clair: je suis péquiste de force, plus de coeur…

    Radicarl, je sais que tu me comprends…

    Guillaume Simard| lire ici le dernier article de son blogue: En finir avec les libéraux

  2. La déchéance politique
    Julius Grey
    Le Journal de Montréal
    mardi 2 décembre 2008

    Les Québécois ne font plus confiance aux politiciens. Après les scandales de l’époque de Mulroney, les commandites libérales, les déboires du premier mandat Charest et les révélations qui sont en train d’engouffrer la Caisse de dépôt et placement et l’administration Tremblay à Montréal, rien ne nous surprend.

    À nos yeux, les politiciens sont des professionnels dévoués à l’obtention et au maintien du pouvoir, sans idéologie ni principe. Pourtant, cela n’a pas toujours été ainsi.

    Même leurs adversaires admettaient l’intégrité et l’intelligence de Lévesque, Trudeau, Lesage et Douglas. Leurs successeurs modernes sont des images sans substance.

    La présente campagne québécoise nous fournit un excellent exemple de cette déchéance. À part Québec solidaire qui n’a pas l’oreille de beaucoup d’électeurs, les partis s’échangent des programmes vides qui se ressemblent et auxquels personne ne croit. La rectitude politique est de rigueur. Nous sommes tous pour la compassion et l’assurance maladie. À l’unanimité, nous prêchons contre les déficits et les hausses d’impôts. Tout le monde répète que les temps sont durs, sans présenter un programme cohérent de relance.

    La question essentielle n’est pas posée. Comment préserver les acquis sociaux et culturels dans une époque de crise ? Où sont les priorités ?

    Le slogan de Jean Charest – « L’économie d’abord » – est particulièrement pernicieux. Bien sûr, l’économie doit être une préoccupation centrale pour un gouvernement, mais quand on dit « d’abord », il y a des choses cachées qu’on veut reléguer aux calendes grecques. Ce slogan prend pour acquis le dogme des adeptes du « Québec lucide » que la création de la richesse est distincte de la distribution et qu’il faut la créer avant de dépenser.

    L’ÉCONOMIE

    Or, la réalité est différente. Le développement économique, la justice sociale et la culture doivent être gérés en même temps pour atteindre une meilleure qualité de vie. Après l’expérience néolibérale, nous savons parfaitement qu’une croissance statistique peut ne rien apporter à la majorité et bénéficier seulement aux riches. « L’économie d’abord », c’est l’annonce de la continuation du système qui mesure le succès par le taux de croissance, sans se préoccuper de l’être humain.

    Le Parti québécois utilise un langage aussi étriqué et aussi peu humaniste sur les questions économiques.

    Puisque les gens qui votent s’identifient surtout comme membres de la classe moyenne, tous les partis se précipitent pour gagner l’appui de cette classe. Il n’est pas à la mode de parler des démunis. Pourtant, il existe énormément de pauvreté et, en temps de crise, beaucoup de soi-disant bourgeois sont en danger de tomber dans la pénurie. Personne n’en parle.

    Il y a un mois, les Québécois ont eu la sagesse de sauver le Canada d’un gouvernement conservateur majoritaire. Malgré ce succès, il n’existe pas d’opposition unifiée à Ottawa qui pourrait défendre la justice sociale. Un Québec cohérent pourrait devenir cette opposition. Voilà un sujet digne de débat que les partis évitent.

    Cela ne veut pas dire que les partis se valent. Très à droite sans le savoir, Mario Dumont est à la recherche désespérée d’un slogan nationaleux ou religieux qui lui permettrait de décoller. Il ne présente aucun attrait.

    Même s’il est permis de croire que, pour la justice sociale et l’humanisme, le Parti québécois est la moins terrible des trois options, ce parti n’a pas mené une campagne de renouveau social. La performance de Pauline Marois, au débat, était son seul grand succès. Il est déchirant de devoir voter sans avoir un choix social démocratique qui puisse gagner et sans une véritable discussion des priorités.

    Source
    http://www.canoe.com/infos/chroniques/juliusgrey/archives/2008/12/20081201-0 (…)

  3. Quatre ans de galère
    Les acquis de la Révolution tranquille et d’une mobilisation qui s’est étalée sur trois générations au moins sont gravement menacés.
    Robert Laplante
    L’Action nationale
    http://www.action-nationale.qc.ca
    vendredi 12 décembre 2008

    Éditorial, numéro Novembre-Décembre 2008

    Ces lignes sont écrites au lendemain du débat des chefs. Les bonimenteurs du cartel médiatique vont continuer leurs sparages pour alimenter le spectacle et se donner l’impression de faire comprendre quelque chose de ce qui se passe ici. Il s’en est évidemment trouvé pour faire plus finaud que les autres et déplorer le médiocre niveau des échanges en comparaison avec ceux de la campagne américaine qui les avait fait tant vibrer. Illustration parfaite de leur esprit provincial et des réactions compensatoires qui leur tiennent lieu de posture intellectuelle, ces internationalistes de pacotille n’ont même pas eu l’intelligence de comprendre que les échanges étant restés dans l’univers de la province de Québec, ils ne pouvaient en rien être comparés avec ceux d’un État indépendant, a fortiori, avec le plus puissant d’entre eux aux prises avec une crise de transition de son rôle impérial.

    Le résultat des élections n’est pas encore connu mais il est d’ores et déjà établi qu’il n’apportera rien d’autre qu’un coûteux détour. Luttant pour gérer l’alternance plutôt que pour changer le régime, le parti qui prendra le pouvoir ne fera rien de plus et rien de moins que ce la campagne a été  : un exercice surréaliste pour rester en marge des véritables solutions, un quasi-délire d’intendance pour mieux tenter de se convaincre que le gouvernement du Québec peut encore quelque chose pour orienter le destin de la province. Il s’en est trouvé quelques-uns des observateurs du spectacle pour s’étonner de ce que cette bizarre de campagne n’ait pas donné lieu à des débats sérieux sur une crise dont les enjeux et le dénouement incertain se jouent à l’échelle mondiale. Étonnement niais qui participe du même refus partagé par les principaux partis en lice de voir les choses comme elles sont.

    La campagne a été provinciale parce que le Québec ne peut aspirer à mieux dans le cadre canadian. Le Québec ne contrôle aucun des leviers stratégiques qui lui permettraient de planifier une réaction cohérente pour faire face à la crise. Pendant que les chefs mesurent la longueur des listes d’attentes des hôpitaux, c’est à Ottawa que se décide l’essentiel. Les choses sont encore dans le brouillard même si le dogme du laisser-faire continue d’inspirer le gouvernement Harper. Le Québec devra attendre et prendre acte. Et il s’organisera avec les moyens qu’on lui laisse pour bricoler des solutions avec des mesures de soutien à l’emploi amputées du contrôle sur les grands axes d’une politique nationale, sans caisse d’assurance-emploi, sans pouvoir de décision finale sur l’architecture des systèmes de soutien à la formation de la main-d’œuvre, sans financement adéquat pour son système scolaire, sans contrôle sur la politique de financement de la recherche et avec une crise universitaire qui ira en s’amplifiant. Les débats sur le déficit budgétaire et la dette vont devenir aussi lancinants qu’inutiles  : le gouvernement du Québec n’a plus les moyens d’assumer son héritage historique (programmes sociaux, institutions nationales, etc.) et il n’équilibrera ses finances qu’aux conditions d’Ottawa et au prix du sacrifice de plusieurs de ses joyaux acquis de haute lutte.

    Quatre ans de galère à l’horizon donc. Jean Charest, qui a fait ses choux gras de l’image des mains sur le gouvernail pour traverser la tempête, n’a jamais réalisé qu’un premier ministre du Québec n’est pas sur le pont mais dans la cale et que ce qu’il tient dans ses mains, c’est une rame enchaînée. En refusant de faire campagne sur l’essentiel, sur sa raison d’être et la seule voie d’émancipation pour notre peuple, le Parti québécois n’a fait que repousser les échéances contre lesquelles il s’arc-boute depuis trop longtemps. Les années qui viennent vont être celles de l’intransigeance. La complaisance provinciale a fait son temps et Ottawa a d’ores et déjà décidé d’en faire son affaire. Le seul véritable événement de cette campagne électorale aura été le Discours du Trône, une pièce fadasse, mais qui redit pourtant l’essentiel pour nous  : Ottawa poursuit ses efforts pour cadenasser à jamais le Québec dans le système électoral et les institutions canadian. La politique de Harper se fera revancharde et les artistes québécois ne seront pas les derniers à se faire servir des médecines amères.

    La logique du régime canadian va dévorer nos institutions les unes après les autres, les inféodant à des normes, des politiques et choix d’avenir qui conforteront ceux du nation building d’Ottawa. Les vraies décisions stratégiques se prennent désormais toutes à Ottawa. Le centre de gravité de notre vie collective a été déplacé contre notre gré. Le pouvoir de dépenser, les intrusions dans tous les champs de compétence, les calculs de péréquation ont réduit les marges de manœuvre de notre Assemblée nationale et la transforme de plus en plus en agence de livraison des services. L’écart grandit entre les aspirations et les attentes que nourrit notre peuple à l’endroit de son gouvernement et ce qu’il peut objectivement décider par lui-même et par lui-même seulement. De fait, il ne décide réellement que des modalités du ratatinement qu’Ottawa nous fait subir.

    Les partis politiques n’ont pas fait une campagne médiocre, ils ont fait la seule que le registre provincial autorise. Ils ne sont pas à la hauteur du destin de notre peuple mais ils satisfont amplement aux standards provinciaux. Tout franchement, ils sont au moins aussi bons que ceux du Nouveau-Brunswick ou de l’Île-du-Prince-Édouard. Il faudrait s’y faire ou refuser aux élites politiques cet espace dans lequel elles nous aménagent une vie médiocre, sans prise réelle sur les moyens qui nous permettraient d’aller au bout de notre potentiel.

    Il n’y aura plus d’autre politique provinciale que celle des lamentations et du quémandage. Nous n’aurons pour nous en distraire que les ratés des manœuvres de simulacre lancées, souhaitées et entretenues par le gouvernement qui en aura plein les bras avec les viaducs en lambeaux, les ponts qui chambranlent et les dérives des partenariats public-privé. Le Québec est une maison qu’on chauffe en brûlant les meubles. Les acquis de la Révolution tranquille et d’une mobilisation qui s’est étalée sur trois générations au moins sont gravement menacés. La campagne électorale qui s’achève aura été conduite avec la fausse assurance des peureux qui traversent les cimetières en sifflant pour couvrir leur désarroi intérieur. Mais les faits sont têtus.

    En refusant de poser le débat dans les catégories de l’intérêt national les partis politiques manquent à leur devoir. Ils revendiquent sur l’accessoire et cèdent sur l’essentiel en tolérant un ordre des choses contraire à notre épanouissement. Cela enferme notre débat démocratique dans la politique du simulacre. Les généralités sur l’avenir du Québec qu’on nous a servies pour conclure ce débat ont noyé dans les bons sentiments un navrant consentement au cadre canadian. Le ronron nationaliste ne trompe guère. Dans les faits, le PLQ et l’ADQ acceptent l’ordre constitutionnel illégitime du coup de force de 1982, le PQ s’en accommode comme si de rien n’était alors que son déploiement nous enferme chaque jour davantage. Il était désolant de voir Pauline Marois plaider la souveraineté culturelle et tenter de nous convaincre qu’elle veut faire avancer le Québec en le lançant sur les récifs où Robert Bourassa s’est échoué. Les trois chefs, ce soir-là, disaient vouloir faire avancer le Québec, personne ne voulant cependant tracer d’itinéraire précis et encore moins expliciter le sens de la trajectoire que le bricolage provincial les oblige à suivre. Tous trois dans la cale d’un rafiot vermoulu à la remorque d’Ottawa…

    Il faudrait une politique nationale, personne n’en a parlé ni formulé la moindre proposition. Le mandat qui sera inauguré le 8 décembre en imposera la nécessité dans le tumulte et les turbulences d’une crise majeure qui placera notre peuple devant des périls inédits. Les Québécois et les Québécoises vont devoir les affronter en s’infligeant, au surplus, le procès de leurs élites démissionnaires.

    Il est fini le temps de la confusion des genres  : nous saurons au cours de ce prochain mandat, peu importe qui gouvernera la province, si c’est le régime qui meurt ou si la logique politicienne servira d’alibi pour consentir à laisser le Québec se faire embaumer vivant.

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