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Posté par le 5 décembre 2008 dans Politique nationale

La petite histoire du néolibéralisme au Québec (… et de l’ADQ)

néolibéralisme

Privatiser les profits, socialiser les dettes… telle est notre devise moderne!

L’Action démocratique du Québec a été fondée en 1994 par des nationalistes du Parti libéral qui appuyaient le «rapport Allaire», un document qui prônait un système de fédéralisme décentralisé afin d’accroître les pouvoirs du Québec dans le Canada. De la sorte, afin de s’assurer que la notion de négociation avec le reste du Canada serait présente dans la question référendaire, l’ADQ participa au Comité du Oui lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec. Mais après l’échec du camp du OUI, le chef de l’ADQ (Mario Dumont) réclama un moratoire de 10 ans sur tout référendum subséquent portant sur la question nationale. À ce moment-là, pris entre la polarisation des deux options nationales, ce parti était à la recherche d’une identité propre afin de justifier son existence politique. Ainsi, je désignerais cette période post-référendaire à l’ADQ : «le stationnement des insatisfaits». (D’ailleurs, il y avait même des gens qui y militaient pour une réforme du mode de scrutin).

Logo original de l'ADQ

Dès sa fondation, le logo de l’ADQ reflétait l’ambivalence idéologique de ce parti. Gauche-bleu/droite-rouge ?!? Style feuille d’érable/fleur de lys écrasé… souverainiste ou fédéraliste ???

A ce moment-là du côté du Parti québécois, l’ex-ministre conservateur (!!!),  Lucien Bouchard, est directement couronné chef le 27 janvier 1996… ce qui impliquait de facto le rôle de premier ministre du Québec. Sur la question de la souveraineté du Québec, Lucien Bouchard déclarera qu’à défaut de «conditions gagnantes», aucun référendum ne sera déclenché. C’est alors que se met concrètement en place l’agenda néolibéral au Québec. En effet, plutôt que de promouvoir la souveraineté du Québec, Lucien Bouchard plaidera que LA «condition gagnante» sera la récupération économique à travers le «déficit zéro». Le ratatinement du rôle de l’État démarra ainsi sur les chapeaux de roues.

Du côté du PLQ maintenant, alors à l’opposition officielle, les forces néolibérales mettront en place les structures nécessaires afin de préparer la succession du Parti québécois. C’est ainsi qu’en avril 1998, Jean Charest «se plie à la très grande pression publique» et politique en quittant le Parti conservateur (!!!)… pour être directement couronné chef du Parti libéral du Québec. C’est à partir de son arrivée que ce se propulseront alors les concepts de «réingénierie de l’État» et de «Partenariat-Public-Privé». Cependant, la base du PLQ est toujours attachée aux acquis de la Révolution tranquille, et fondamentalement, la population québécoise n’adhère pas au néolibéralisme lorsqu’elle y comprend les enjeux. Si bien qu’il est toujours problématique pour le PLQ d’aller gagner des élections en affichant ouvertement les idées néolibérales.

C’est donc ici que rentre en compte le rôle actif de l’ADQ en tant qu’agent du néolibéralisme. En effet, l’ADQ étant devenu un parti-girouette recherchant à occuper le moindre espace politique qui le démarquerait des deux autres partis traditionnels, les médias corporatifs lui ouvriront alors un courant de valeur à la droite du PLQ. De prime abord, le plan sera de «centraliser» le PLQ aux yeux des électeurs en y développant l’ADQ à sa droite.

La formule est simple. À chaque fois que Mario Dumont adoptera des idées du patronat néolibérales, LA Presse lui donnera un maximum d’attention positive. La recette colle, les grands oubliés des acquis de la Révolution tranquille, la génération X, y voit alors un tremplin politique. Puis, en utilisant le ressentiment populaire envers les élites métropolitaines et les représentants de la fonction publique, l’ADQ se dotera en plus  d’un nouveau combustible électoral. Pire encore, en associant directement le néolibéralisme à ce nouveau parti, en lui léguant la «jeunesse» de Mario Dumont, cette idéologie pourra alors s’inscrire dans l’ordre naturel du «changement».

Évidemment, le monde syndicaliste s’antagonisera l’ADQ, et mènera logiquement une campagne de relation publique contre ses idées néolibérales. Mais les centrales syndicales étant déjà en rupture avec le PQ depuis l’épisode du déficit zéro en 1998, celles-ci ne prendront pas position à la veille des élections de 2003. Si bien que le PLQ se présentera alors comme l’alternative naturelle au Parti québécois. Malheureusement, les Québécois constateront très rapidement que les Libéraux de Jean Charest n’ont plus rien à voir avec ceux, sociaux-démocrates, de Robert Bourassa.

Effectivement, sous le premier  règne majoritaire du PLQ de Jean Charest, les Québécois seront furieux par le projet de la centrale du Suroit, la privatisation du Mont-Orford, le financement des écoles privées juives via le triplement des frais de l’école publique. Pis encore, plutôt que d’améliorer le système de santé tel que promis durant la campagne électorale, le PLQ entamera sa privatisation progressive. Si bien qu’à l’élection provinciale de 2007, la colère populaire ayant trouvé un exutoire en l’ADQ, le PLQ ne sera réélu que minoritaire.

Et maintenant ?

A l’élection de lundi prochain, quels choix s’offrent aux Québécois ? Bien sûr, en concordance avec le Parti conservateur,  l’ADQ évoque toujours le ratatinement de l’État à sa plus simple expression. Le PLQ  lui, exprime sa «volonté de  régler» la crise économique… et évite admirablement de trop parler de son véritable agenda néolibéral. Mais, ce qu’il faut comprendre dans le slogan de campagne des Libéraux «L’économie d’abord», c’est que «d’abord», c’est des choses cachées qu’on veut reléguer aux calendes grecques. Si bien que ce slogan exprime le dogme des adeptes du «Québec lucide» que la création de la richesse est distincte de la distribution et qu’il faut la créer avant de dépenser.

De l’autre côté, le PQ parle de «moderniser» la social-démocratie ; ce qui n’est formellement qu’un ralentissement des politiques néolibérales.  Et d’ailleurs, pensez-vous vraiment que le PQ a vraiment changé sa politique depuis 1998? En effet, il faut se rappeler que durant la course à sa direction en 2005, le candidat victorieux a défendu la politique du déficit zéro sous le gouvernement de Lucien Bouchard. Ensuite, durant l’actuelle campagne électorale, en parlant alors de la mise à la retraite prématurée de milliers d’employés de l’État à la fin des années quatre-vingt-dix, Pauline Marois a dit que si c’était à refaire, « Je le referais ».

Bref, à part Québec solidaire, les trois partis en place s’échangent donc des programmes vides qui se ressemblent… et dans lesquels personne ne croit. Or, seul Québec solidaire aborde réellement les enjeux sociaux… et c’est là tout le problème du contexte démocratique au Québec.

En fait, cette réalité sociopolitique est le fruit d’un gros travail d’influence des consortiums médiatiques sur l’opinion publique. Une opinion conditionnant elle-même les politiciens électoralistes (à coup de sondage), ce qui, à leur tour… amène les élus à conditionner le traitement médiatique. Bref, il faut comprendre que depuis une vingtaine d’années, nous sommes littéralement captifs d’une spirale politique enfonçant notre société dans le néolibéralisme.

En conclusion, tant que la presse corporative tirera les ficelles du théâtre politique, il y aura une course électorale vers ses propres intérêts. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’ensemble des partis politiques soit tiré vers la droite. En ce sens, l’élection d’Amir Khadir, lundi, serait bénéfique à balancer l’équilibre démocratique à l’Assemblée nationale.

Ne laissons pas le PQ courir après le vote de l’ADQ en négligeant les électeurs progressistes… recentrons ce dernier par une nouvelle formation politique à sa gauche. Parce qu’en démocratie, puisque l’électeur moyen favorisera toujours ce qui lui semble être le centre… un parti prétendant au pouvoir se devrait toujours d’avoir des alliés sur ses flancs afin de normaliser ses idées.

L’histoire ne se répète pas, mais ses rendez-vous se ressemblent
– Gabriel de Broglie

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3 Commentaires

  1. Toujours étonnant de constater que la go-gauche pense toujours que le Québec tend vers la droite alors que notre droite la plus radicale au Québec serait à la gauche des démocrates aux USA.

    Encore les bons vieux termes de propagande gauchiste, néo-libéralisme, le méchant patronnat créateur d’emplois.

    Continuez votre bon travail, vous avez fait fuir de nombreux sièges sociaux avec vos politiques et vous continuerez jusqu’à ce qu’on finisse bon dernier sur le plan économique.

    Tym Machine| lire ici le dernier article de son blogue: Des sondages et encore d’autres sondages… 😉

  2. Salut Tym

    Évidemment, si ton cadre de référence démocratique est les États-Unis, tu dois trouver les partis québécois issus de la Révolution tranquille comme des ramassis de radicaux socialistes.

    Pour ma part, mes références démocratiques sont les pays d’Europe. Des pays ou les réels extrêmes font partie du paysage démocratique, une dynamique enrichissant la qualité des débats politiques. Ensuite, pour la grande majorité, ces pays sont aussi formés par des gouvernements de coalition (comprendre de concertation).

    Par ailleurs, par ton propos, je déduis qu’à tes yeux, seul l’angle économique (des dirigeants capitalistes) est justifiable comme sujet en politique. Si bien que tout ce qui ne fait pas de ce seul sujet une priorité devrait être qualifié de «radical».

    En passant, l’État aussi peut (et devrait) générer des emplois. Alors, je te pose la question, l’économie devrait-il être au service des gens, ou des intérêts capitaliste qui les ferait (théoriquement) travailler ? Quant à moi, il est temps de repenser globalement le modèle économique. Sincèrement, je comprends mal ton aliénation à défendre un système qui va à l’encontre de nos réels intérêts.

    Ah oui, sur l’actuel sondage dans ton blogue, j’aimerais pouvoir voter pour l’Électron libre. Je me demande bien pourquoi tu ne l’as pas mis dans ta liste ?

  3. Salut Carl,

    Excellente question, c’est juste que je ne pouvais pas tous les mettre et comme je fréquente évidemment davantage de blogue de droite, biais oblige, je n’ai pas pu insérer tout ceux que je voulais de la gauche ou du centre-gauche. J’ai par contre fait mon effort à ce chapitre en insérant Bon blogue, bad blog et Lutopium ainsi que Rénart Léveillé.

    En ce qui a trait à ton autre question, je crois y percevoir un autre « one liner » qu’aime nous servir Québec Solidaire, est-ce que je me trompe? Je veux bien croire que la go-gauche veuille notre bien et que les plus grands défenseurs de la gauche socialiste sont plus que sincère et honnête dans leurs propos, dans leurs désirs de changement et dans leurs revendications, il n’en demeure pas moins que dans mon école de pensée, le capitalisme pur est celui qui est le plus porteur de justice sociale et de changements.

    Ne nous mélangeons pas ici avec le capitalisme étatique et nos grands BS corporatifs qui sont très populaires ces temps ci avec tous les bails out au Canada et aux États-Unis et ils seront très locasses et très dans les manchettes en 2009 plus que jamais, les géants de l’automobiles, les grandes banques, les grandes multinationales qui veulent constamment éviter la faillite en faisant payer leurs insuccès, leur mauvaise gestion, leurs erreurs administratives, le poids de leurs syndicats et leurs déboires par les taxes de la population. Là dessus, je crois que la droite libertarienne rejoint très bien la gauche socialiste populiste en ce sens que ni l’un ni l’autre ne veut sauver le cul de ces riches pour des raisons différentes évidemment.

    Il ne s’agit même pas ici d’un débat gauche-droite, je connais des libertariens-anarchistes très à gauche, plus que je ne peux parfois le concevoir, je pense par exemple à Anarcho-Pragmatiste sur son blogue. D’ailleurs ce dernier préfère utiliser le terme libre marché au lieu de capitalisme afin j’imagine de ne pas trop effrayer les gauchistes nombreux sur son blogue qui vilipendent à qui mieux mieux le capitalisme comme étant le diable incarné et source de tous les maux de nos sociétés modernes.

    Bref, je ne crois pas que nous tombions d’accord du jour au lendemain mais il faut cependant j’en conviens savoir laisser tomber les étiquettes parfois les meilleures idées de droites sont implantés par des mouvements de gauche et vice-versa. Je crois que c’est le gros bon sens qui doit mener le monde au lieu de s’enfermer dans des dogmes intranchables.

    Salutations.

    TM

    Tym Machine| lire ici le dernier article de son blogue: Jean-François Mercier au Bye bye 2008, un autre artiste gauchiste comme le reste de la clique du plateau d’ailleurs.

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