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Boisclair n’est pas le problème

André Boisclair n’a pas l’étoffe d’un chef. L’homme n’est tout simplement pas à sa place. Sous sa gouverne, le Parti Québécois a fait une chute vertigineuse, passant de 50 % à 28 % d’appuis. Mais Boisclair n’est pas LE problème. Il n’en est que la manifestation. Un effet, et non la cause.LE problème au PQ remonte à très loin. Le problème, c’est celui d’une base militante qui veut l’indépendance, mais qui se donne des chefs qui finissent par vouloir se contenter d’autre chose. D’où la collision frontale qui a opposé chacun des chefs du PQ à ses militants, incluant ce qui attend Boisclair. L’unique exception à cette règle: Jacques Parizeau, le seul à avoir toujours visé le même objectif que sa base, soit l’indépendance pure et simple.

Bref, le PQ « mange ses chefs », comme le veut le cliché, lorsque les militants finissent par constater que le patron veut passer à autre chose. René Lévesque l’a fait avec son « beau risque ». Pierre-Marc Johnson, avec l' »affirmation nationale ». Lucien Bouchard avait ses « conditions gagnantes » et Bernard Landry préférait le déséquilibre fiscal.

Et maintenant, Boisclair s’empresse de se servir de sa cuisante défaite pour remettre la souveraineté, et non seulement le référendum, aux calendes grecques. Alors, comment se surprendre que, hormis Bouchard, qui s’est sauvé avant que son parti ne l’empale, chacun de ces chefs ait été congédié par sa base?

Si Jean Charest avait mis son fédéralisme en veilleuse après sa défaite électorale de 1998, je vous passe un papier

que les libéraux, eux aussi, se seraient servi leur chef en escalope bordelaise…

En d’autres termes, méfiez-vous des clichés sur les « méchants purs et durs » « tueurs de chefs », ces ingrats qui ne méritent même pas leurs chefs! Et méfiez-vous de ceux qui disent vouloir « changer » le PQ, alors qu’ils n’aimeraient rien de mieux que d’échanger son option pour un nationalisme plus traditionnel.

La question à 20 millions $!

Mais, vous me demanderez, comment se fait-il qu’un parti de militants indépendantistes se soit presque toujours retrouvé avec des chefs qui finissaient par vouloir autre chose? La question à 20 millions $!

On arrive enfin au VRAI problème, soit le gigantesque malentendu qui s’est installé entre René Lévesque et ses militants dès le début, et qui perdure toujours.

En 1968, le PQ s’est présenté comme le véhicule de l’indépendance. Il n’y avait même pas de référendum de prévu. L’élection d’un gouvernement péquiste devait mener à l’indépendance. Le malentendu, le vice de fabrication au départ, c’est que Lévesque lui-même visait plutôt une nouvelle entente négociée d' »égal à égal » avec le Canada, une nouvelle confédération entre ce qu’on appelait les « deux peuples fondateurs ».

C’est d’ailleurs ce qui fut soumis au référendum de 1980. C’était du SUPER autonomisme. Lévesque fut un premier ministre exceptionnel. Mais contrairement à un Pierre Bourgault ou un Parizeau, il n’était pas indépendantiste. Ce qui fut aussi le cas pour Pierre-Marc Johnson, Lucien Bouchard, Bernard Landry (qui, en 2003, prônait une « union confédérale »), et Boisclair.

La plupart de ces chefs ont été de grands nationalistes, de grands défenseurs du Québec. Mais face aux obstacles, ils ont tous eu le réflexe de chercher à diluer l’option de leur parti ou de s’occuper à autre chose.

Je sais qu’il fait chic dans les beaux salons de caricaturer les militants d’un parti qui se prétend pourtant être le seul vrai « parti de base » en Amérique. Mais que l’on épouse ou non l’option indépendantiste, pourrait-on, au moins, avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que si ces chefs viennent à voir l’option du PQ comme un boulet, ou à considérer leurs propres militants comme de dangereux radicaux bons pour l’asile, ce sont peut-être ces mêmes chefs qui devraient se choisir un autre parti?

Et ça tombe bien. Il y a justement un parti nationaliste, non indépendantiste, pas radical du tout, propre de sa personne et en pleine montée qui recrute en ce moment. Ça s’appelle l’Action démocratique.

Et maintenant?

Alors, que reste-t-il pour les indépendantistes? Plutôt que de chercher un « sauveur », un charismatique illuminé ou un jeune pour faire jeune, choisir un chef qui veut VRAIMENT travailler à l’indépendance.

Refaire le pont entre la souveraineté et ce qu’on appelait le « projet de société ». Bref, retrouver son âme sociale-démocrate. Renouer avec la défense de l’identité québécoise. Le silence assourdissant du PQ sur les accommodements raisonnables a envoyé bien des souverainistes à l’ADQ.

Avec l’ADQ, le centre-droit et le terrain de l’affirmation nationale sont en de très bonnes mains. Mais si le PQ, comme l’annonce Boisclair, retourne jouer sur ce même terrain, il finira un jour dans le grand cimetière des partis politiques.

Face à l’ADQ de Mario Dumont, il deviendra tout simplement inutile.

Josée Legault