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Posté par le 2 juillet 2008 dans Souvenirs, Sports

La Coupe du monde et moi

école St-Enfant-Jésus

Fort de l’apogée de l’Euro ayant culminée dimanche dernier, je vous présente aujourd’hui un article que j’avais entamé durant la Coupe du monde en 2006… mais puisque les Bleus ont finalement perdu cette coupe en finale, disons que j’avais perdu le goût de le terminer

Comme pour la grande majorité des Québécois d’origine, le football (désigné soccer en Amérique du Nord) et sa consécration ultime, la coupe du monde, nous est au départ relativement peu familier. Mon premier contact avec le phénomène remonte à 1982… et je me souviens exactement du moment.

À ce moment, pour mes 7 ans, mon père m’avait amené découvrir le sud de l’Ontario en voiture. Ainsi, dans la journée du retour au Québec, nous avions croisé des cortèges d’automobiles drapés aux couleurs de l’Italie. D’ailleurs, sur l’autoroute transcanadienne, je me rappelle particulièrement de l’indescriptible expression de cet italien qui m’avait dévisagé en hurlant à tue-tête «Italiaaaaa!!!»: Le corps complètement sorti de la fenêtre coté passager, faisant flotter au vent son drapeau tricolore, le regard ivre de joie… l’homme avait pris le temps de me regarder dans les yeux à travers notre véhicule. C’était fascinant, voire peut-être épeurant selon le point de vue. Résigné sur l’autoroute à fuir le passage à ces déments défilés d’automobilistes italiens (klaxon enfoncé et zigzaguant frénétiquement d’une voie à l’autre à des vitesses excessives), mon père ne comprenait absolument rien à la situation. «Probablement leur fête nationale» s’était-il borné à dire en guise d’explication; mais la réponse clochait, et il était évident que la réaction de ces Italiens était disproportionnée. Or, ce fut quatre années plus tard que j’ai saisi la réponse, soit en 1986.

À ce moment, j’étais à la fin de ma cinquième année primaire. D’entrée de jeu, mon école primaire, l’école St-Enfant-Jésus, étant située dans le très multiethnique quartier du Mile-End (partie ouest du Plateau Mont-Royal), elle était composée d’enfants venant de partout autour du monde. Mais cette école étant aussi spécifiquement en plein cœur de la communauté portugaise de Montréal, c’est surtout par l’intermédiaire de mes camarades portugais que la passion du football me fut transmise dans la cour d’école. Il faut dire aussi que le «soccer» y était notre sport de prédilection pendant les récréations. Notre vie sociale gravitait donc autour du ballon rond, et règle maison, tous les conflits de classe devaient se régler dans le cadre de ce jeu.

D’autre part, du fait de la composition multiethnique des élèves, nos enseignants se faisaient carrément un protocole de valoriser cette distinction. Au début d’une année de classe, les élèves étaient systématiquement présentés par leurs origines, et chaque fête nationale était l’occasion d’un cours d’histoire, exposé oral à l’appui, pour comprendre les coutumes de tous et chacun. En conséquence, à l’école St-Enfant-Jésus, l’inter-culturalisme était quelque part la constitution de notre équilibre social. Ainsi, ce bouillon d’origines diverses favorisait l’intérêt à la différence d’autrui, voire la reconnaissance de toutes les autres identités nationales… sauf peut-être celle du Québec.

En effet, bien que la culture Québécoise était celle de la société d’accueil par le cadre de l’institution académique, (langue française et enseignantEs d’origine québécoisE), il y avait toujours cette tergiversation quant venait notre tour de présenter notre identité nationale. En effet, cette ambiguïté de vouloir se présenter comme Québécois sans en avoir nationalement le privilège, génère assurément un malaise. Pour nous québécois, il est toujours potentiellement conflictuel de trop exposer notre existence nationale… Car après tout, nous sommes toujours au Canada, et ce pays, dans une logique compréhensible de domination, nie l’existence d’une nation québécoise autonome du cadre canadien.

Peu importe, moi déjà, je ne craignais pas de manifester mon identité québécoise; et d’ailleurs, histoire de défier les règles établies, j’appuyais fanatiquement l’équipe de hockey qui avait le courage de porter les armoiries québécoises. Or croyez-moi, ce n’était pas facile de porter mon chandail des Nordiques de Québec dans la cour d’école (équipe rivale par excellence du Canadien de Montréal et transférée à Denver en 1995), d’autant plus, quand dans votre dos était écrit le nom de celui qui était la peste des Nordiques : Dale Hunter). Ainsi, c’est dans ce contexte qu’en quatrième année, j’ai logiquement rencontré à mon école primaire l’autre seul partisan des Nordiques, Frédéric Poulin.

Fred, l’expatrié de la capitale nationale, Fred, que j’ai par après amené dans mon périple aux études secondaires à Outremont… Fred le plus ancien de mes amis avec lequel je suis toujours en contact. Par ailleurs, de ma vie, je ne pense pas avoir rencontré des «fans» de hockey accotant le niveau auquel moi, Fred et les Portugais de notre classe étions rendus à ce moment. En effet, non seulement nous regardions systématiquement les matchs «Canadiens-vs-Nordiques», mais le lendemain nous commentions en détail les faits saillants dans la cour d’école. Évidemment, l’apogée de cette passion était ici les échanges de cartes et d’autocollants des joueurs de hockey… exercice qui engouffraient aussi tout ce que nous pouvions avoir comme économies.

Bref, nous étions tellement captivés par le hockey, qu’il était aussi logique de vouloir le pratiquer. C’est ainsi qu’en quatrième année, Fred et moi nous nous sommes embarqués pour l’équipe de la paroisse St-Enfant-Jésus. Cette année-là, notre rendement fut pathétique, mais lorsque mon propre père pris les rennes de l’équipe en devenant le coach pour notre deuxième année niveau atome, nous eûmes une saison régulière sans la moindre défaite. À vrai dire, cette année fut personnellement un calvaire : mon père hurlant constamment après moi, et n’hésitant pas à me faire «bencher» à la moindre de mes erreurs. Toutefois, bien que notre équipe ait terminé en tête du classement, c’est une grève des employés des arénas qui mit fin à notre saison parfaite… et finalement aussi, à ma modeste carrière comme joueur de hockey.

Mike Riberiro

De cinq ans mon cadet, le joueur de hockey Mike Ribeiro aura tout de même appris son sport dans le même environnement que moi. En effet, ce dernier à aussi fréquenté l’école Saint-Enfant-Jésus durant son primaire.

Image de prévisualisation YouTubeDécouvrir ici la culture « football » de Mike Ribeiro :wink:

Pour revenir au sujet de mon article, puisqu’en définitive je n’étais pas très bon au hockey (et que je commençais déjà à repousser la présence de mon père), je me suis investi alors dans le sport de la cour d’école… le soccer. Il faut dire aussi qu’en fin de cinquième année, en 1986 donc, la coupe du monde se pointait le nez à l’horizon, et bien que nos médias étaient relativement muets sur ce phénomène, la cour d’école, elle, vibrait à son arrivée. Évidemment, à ce moment, le nom mythique de Diego Maradona était sur toutes les lèvres de mes camarades.

Pour ma part, c’est par un extrait à la télévision que je finis par apercevoir le «demi-dieu» en question. En effet, alors en quart de finale contre l’équipe d’Angleterre, partant de son camp et passant la défense anglaise avant de déjouer le gardien, Maradona inscrivit ainsi l’un des plus beaux buts de l’histoire de la Coupe du monde.

Image de prévisualisation YouTubeCe but éliminait pratiquement l’Angleterre de la coupe du monde de Mexico

Lors de ce match, Diego Maradona avait préalablement marqué son célèbre but dit «de la main de Dieu». En conférence de presse, l’athlète adulé dans le monde entier avait conclu que l’un des deux buts avait été marqué «en partie avec sa tête et en partie avec la main de Dieu», en faisait référence à sa main qui avait effleuré le ballon, ce qui est interdit. «Plus qu’une idole populaire, Maradona est alors devenu un dieu», comme l’évoque Maximiliano Pelayes dans cet excellent article dans le journal Le Devoir.

Image de prévisualisation YouTubeVoir ici le but en question

Diego Maradona, tout comme moi issu d’un milieu pauvre, tout comme moi physiquement petit, avait ainsi éliminé les Anglais à lui seul … il avait vengé son peuple de la Guerre des Malouines; et par-dessus tout, il lui avait redonné sa fierté perdue dans la consécration de la victoire ultime. L’Argentine, pays sous-estimé, mais victorieux des Anglais (et en finale de l’Allemagne). L’Argentine, pays drapé dans divers teintes de ma couleur préférée. L’Argentine… pays utopique de mon imagination d’enfant. Je n’avais aucune idée de ce qu’était en personne un Argentin, mais assurément, je les idéalisais. Et lorsque que finalement sur l’avenue St-Urbain, je les ai vus, ces Argentins défiler avec une émule de la coupe du monde en tête de proue… je fus totalement subjugué. À ce moment, seul et invisible face au cortège argentin, comme si celui-ci sortait pratiquement de mes rêves; je constatai qu’il me manquait quelque chose, un concept abstrait qu’aujourd’hui encore j’ai de la misère à définir… peut-être la fierté d’appartenir à une nation victorieuse.

Je rêvais donc de devenir le Maradona du Québec…et je devais jouer au plus vite dans une équipe de soccer. C’est pourquoi, quelques jours après l’apparition quasi mystique des Argentins dans ma vie, je fis le premier réel achat de ma vie avec l’argent reçu à mon anniversaire : je me suis acheté un vieux maillot argentin dans une friperie sur St-Laurent. Il n’avait pas de chiffre ni de nom, même pas de sigle argentin, mais il était rayé bleu pale et blanc comme le maillot officiel. Bien sûr, il fallait d’emblée connaître le soccer pour reconnaitre l’évocation de mon maillot (ce qui d’ailleurs échappa totalement à mon père, qui qualifia alors de «fif» la couleur de mon maillot). De la sorte, en vue de jouer à un niveau supérieur, j’ai donc passé une bonne partie de l’été 86 à pratiquer des «penaltys shots» sur Ugo Carrobene, mon jeune voisin d’en haut. Cependant, lorsqu’à la rentrée scolaire en septembre, j’en arrivai à porter mon maillot argentin en classe, cette initiative fut pratiquement rejetée par l’ensemble de mes camarades. Effectivement, pour ces derniers, je commettais une grave hérésie culturel en portant le maillot d’une équipe nationale qui n’était pas en lien avec mes origines. Si bien qu’à force de systématiquement me faire tirailler à ce propos, je me résignai à remiser mon maillot argentin… et par le fait même aussi mes rêves maradoniens.

Diego maradona

Diego Maradona

Sincèrement, moi, dans ma vie, j’aurais bien porté un maillot de football québécois; mais puisque ce dernier n’existe simplement pas dans aucun sport (et n’existera peut-être jamais), puisqu’il m’est simplement impensable de porter les couleurs de mon pays officiel (c’est-à-dire celles du colonisateur anglais, le Canada), je dus attendre plusieurs années avant de pouvoir, à nouveau, porter un maillot de football. Mais ça, c’est-à-dire ma relation avec l’équipe nationale de France, ce sera le sujet d’un prochain article.

En conclusion, vous l’aurez compris, le football est l’un des fondements à la base de ma vie sociale. Puis aujourd’hui, si la coupe du monde demeure une célébration du sport et de la diversité, il n’y a aucune raison d’attendre un pays pour pouvoir y participer.

Le football est inscrit dans les gênes des hommes et chacun de ses spermatozoïdes est un footballeur en puissance qui rêve d’être un jour sélectionné pour aller en finale !
– Vincent Roca (Extrait de la chronique, De quelques mécanismes névrotiques dans le football)

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2 Commentaires

  1. Une équipe Québec!

    Une équipe Québec est tout à fait réaliste dans un Québec indépendant bien sûr.

    L’autre jour a eu lieu à Montréal un match entre le Canada et Saint-Vincent pour la qualification au mondial de 2010. Oui une île dont la population est celle du Plateau. 500 personnes ont crié à la suite du but de Saint-Vincent. Oui la fierté de ce pays séparé de la Grande-Bretagne en 1979 y était.

    Toutefois, ce qui est plus important à retenir pour les Québécois, c’est qu’un Ali Ngon Gerba né à Montréal en 1982 a marqué 2 des buts du Canada. Plusieurs joueurs du Québec jouent à Montréal (dans une ligue équivalente à une troisième division pro je le concède) mais quand même. Il y a même quelques joueurs comme Bernier et Gerba en Europe.

    L’intérêt d’une équipe du Québec est d’autant plus grand qu’un nombre de matchs au Québec contre des équipes tel que le Mexique, le Costa-Rica et éventuellement des matchs amicaux contre la France ou l’Argentine. Le match du Canada contre Saint-Vincent était une exception. Par le passé le Canada a préféré jouer à Vancouver, Edmonton et parfois Toronto.

    Bref un Québec indépendant ne peut être que bénéfique pour la popularité du foot ici!

  2. Salut Carl !
    Dans ton article tu mentionnes que l’argentine était un sous estimé par les anglais.-Je comprends en un sens ce que tu as voulus dire.
    Mais ce n’est pas tout a fait vrai car à cette époque quantre années avant le mundial 82, l’équipe d’Argentine était déjà un gros morceau avec une autre coupe du monde au compteur gagnée en 1978 avec le grand Mario Alberto Kempes.
    Malgré la guerre des malouines les rosbeefs britanique savaient et redoutaient un peu Maradona, pour l’avoir vu évoluer quatre ans plus tôt lors de la coupe du monde 1982 en Espagne (C’est là que j’ai eu la chance de le voir jouer pour la première fois).
    Ce que les buveurs de thé lipton n’avaient pas prévus c’est la belle main de Dieu qui selon moi est le plus bel acte sportif suivis du coup de boule de Zidane.
    Maradona a eu d’autres grands exploits lors du mundial 86 comme la victoire sur l’équipe de Belgique.
    On a dis ce jour là que Maradona a joué à un contre onze car il a effacé à lui tout seul les diables rouges d’une manière magique.

    Zak| lire ici le dernier article de son blogue: Swedish duo leave CFR Cluj

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