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Posté par le 24 septembre 2008 dans Politique nationale

La propagande du journal La Presse

propagande

À chaque jour de l’actuelle campagne électorale, le Bloc québécois lance des nouveaux thèmes afin d’engager des débats d’idées… mais il est rare que ces derniers franchissent le mur médiatique. Aussi aberrant que cela puisse paraître pour une «démocratie », ce ne sont pas les partis de l’opposition qui lancent les débats dans notre pays … mais définitivement les médias de masse qui orchestrent le grand scénario électoral. À cet effet, il faut d’ailleurs constater le revirement politique de La Presse (Power Corporation), qui a délaissé son appui historique aux Libéraux à la faveur du Parti conservateur. Mais ce journal ne se contente pas que de promouvoir la salade du Parti conservateur (et ses intérêts), il s’acharne aussi à discréditer le Bloc québécois…. méthodiquement.

Une campagne sur l’existence du Bloc québécois plutôt que sur le programme du Parti conservateur

D’entrée, à chaque élection fédérale depuis le référendum de 1995, il est vrai que nous étions déjà habitués à la sempiternelle propagande que le Bloc est menacé de disparition imminente. Or, bien qu’une vague conservatrice est cette fois inévitable, la réalité demeure que seul le Bloc québécois pourra «bloquer» cette dernière (et la majorité conservatrice). Si bien que cette fois-ci, les stratèges conservateurs auront décidé d’accentuer l’emphase sur la pertinence existentielle du Bloc québécois… thématique redondante s’il est une dans cette campagne.

Bizarre, on dissertera à qui mieux mieux sur la pertinence existentielle du Bloc, un parti d’opposition (donc passif)… mais pas sur la convenance (active) du parti au pouvoir désirant la majorité. Ici, c’est un peu comme interroger les désirs du passager d’une automobile plutôt que de questionner la destination que choisira le pilote. Puis, tant qu’à évoquer l’affaiblissement du Bloc, il faudrait peut-être en faire autant avec le bas-fond historique des Libéraux. En effet, avec près de 24% au Canada et moins de 10% dans le Québec français pour le PLC, il s’avère que personne au Royaume de Paul Desmarais ne s’en formalise pour autant.

Dans le fond, ce qu’il faut comprendre dans le refrain des sirènes canadiennes «le Bloc québécois disparaitra», ce n’est pas tant le fait que le Bloc québécois n’a pas sa raison d’être au Canada (et sa démocratie), mais plutôt l’objectif de celui qui a composé cette chanson. Effectivement, discernez-vous ici la volonté du colonisateur canadian, qui est celle de nous faire accepter l’idée de notre « inévitable » disparation?

D’après l’actuelle propagande de La Presse, les souverainistes sont vieux et dépassés… l’avenir et la jeunesse serait résolument de droite et fédéralistes :

Et le « nous » dont je vous parle ici, c’est celui de la spécificité québécoise : c’est-à-dire notre culture, notre langue, et notre modèle social-démocrate. Ironiquement, comme quoi tout n’est plus qu’image et slogan, c’est le parti conservateur qui se prétend maintenant le parti des nationalistes ?!? Nationaliste soit-il, mais de quelle nation est-il vraiment question ici?

Par ailleurs, pendant que l’on « débat » sur la pertinence du Bloc québécois, pendant que ce dernier doit constamment répondre à des attaques montées en épingles contre lui… hé bien nous n’arrivons pas à parler des vrais enjeux. La stratégie est efficace : non seulement le Bloc doit disposer de ses énergies à composer des répliques, mais ce dernier est maintenu en défensive… et le programme du Parti conservateur échappe ainsi à l’attention collective.

Scotty Bowman n’a t-il pas dit un jour, que la meilleure défensive était l’attaque massive?

La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures
Noam Chomsky

Première page typique du Journal la Presse en période électorale

Première page typique du Journal la Presse en période électorale

Ce que moi je vois en regardant cette page

J’ai trop aimé l’analyse de Pierre Dubuc sur l’actuelle propagande de La Presse; à un point tel que je vous la refile ci-dessous.

Bloc-Bashing: Parizeau a raison

12 septembre 2008
Pierre Dubuc

« L’empire Desmarais a pris la chronique de Jacques Brassard, d’habitude obscure, et l’a diffusée partout au Québec pour nuire au Bloc », a déclaré Jacques Parizeau au Journal de Montréal. C’est l’effet de la concentration de la presse; c’est l’effet de cette concentration entre les mains d’un fédéraliste qui croit, comme le rappelait Bernard Landry, que «l’indépendance, c’est la fin du Québec» en faisant référence à l’entrevue que Paul Desmarais a accordé au magazine français Le Point.

Desmarais sur un pied de guerre

Dans la même entrevue, Desmarais affirme qu’après avoir longtemps été libéral, il est maintenant un «conservateur». La couverture de la première semaine de la campagne électorale par La Presse démontre que le message s’est bien rendu à la direction du journal et chez ses éditorialistes.

Jour 1. Lundi, 8 septembre

La Presse publie en première page les résultats du sondage SEGMA, commandé par Gesca (la filiale de Power Corporation qui gère ses journaux), qui prédisent un gouvernement majoritaire conservateur avec 43% des intentions de vote à l’échelle nationale. « Déjà loin devant », titre le journal en première page. « Départ canon pour les conservateurs », peut-on lire en pages A2-A3.

C’est le sondage le plus favorable à Harper publié à date. Avis aux indécis : Embarquez dans le train, on roule vers la victoire ! On a le momentum!

Les autres titres du premier cahier sont à l’avenant. « La crise économique favorise les conservateurs » (page A4). « Avantage Harper », nous dit le titre de la chronique de Vincent Marissal (page A5). « Harper, premier de classe », peut-on aussi lire dans la même page.

Les phtotos de Stepen Harper de La Presse sont toujours prisent sous un angle favorable

Les photos de Stepen Harper de La Presse sont toujours prisent sous un angle favorable

Pour qu’il n’y ait pas de malentendu et sans doute pour faire oublier la mort d’un 97e soldat en Afghanistan (reléguée en page A14), l’éditorialiste en chef André Pratte nous dit que « Harper n’est pas Bush ». Armes à feu, avortement, politique étrangère, faut avoir l’esprit tordu pour voir du Bush dans Harper sur ces questions, dit en substance Pratte. Harper n’est pas d’extrême-droite, mais de centre-droit. Comme La Presse sans doute. Aux Etats-Unis, il serait considéré comme un conservateur très modéré. Par contre, Duceppe, lui, serait perçu comme un socialiste radical.

Jour 2. Mardi 9, septembre

« Une candidate du PCC, membre de l’Opus Dei », apprend-on en première page avec un renvoi à l’excellent article de Denis Lessard. Vous pensez que cela va avantager le Bloc? Attendez de voir le traitement au cours des prochains jours.

En page éditoriale, Chapleau reprend l’idée exprimée la veille par Pratte dans une caricature intitulée « La stratégie de Duceppe » où on voit le chef bloquiste se braquer une lampe de poche sous le menton pour se faire peur accompagnée d’une bulle où on peut lire : « Ouuhhhh !!! Ouuhhh !!! Ouhh !! Harper = Bush = violence = guerre, génocide, famine Ouuuhh!!!.

Reconnaissons toutefois une petite éclaircie dans la page Forum avec la réplique de Bernard Landry, un commentaire de l’ancien leader du Bloc Michel Gauthier et Lysiane Gagnon qui reconnaît que « les bloquistes ont raison de dire qu’ils sont les seuls capables d’empêcher Harper de former un gouvernement majoritaire ».

Par contre, dans la section Affaires, on a droit à une « analyse économique » de l’ineffable Claude Picher coiffée du titre : « Harper : un bilan qui se défend ».

Jour 3, Mercredi, 10 septembre

C’est la « bombe » de Jacques Brassard. Présentée en première page comme une « lettre ouverte » alors que c’est sa chronique habituelle dans le Quotidien au Saguenay, La Presse titre : « Le Bloc est devenu le clone du NPD ». Le message est clair : pourquoi ne pas alors voter tout simplement pour Layton! En divisant ainsi le vote, on favorise l’élection de Harper.

En plus de la première page, on fait l’honneur de deux pleines pages à la lettre de Brassard. En page A8, sous le titre « Jacques Brassard varlope le Bloc », le journaliste résume la lettre ouverte pour les lecteurs pressés qui n’auraient pas le temps de se rendre en page A31 où elle est publiée sous le titre « Les vieilles picouilles ». À noter le choix des photos. Un Brassard radieux et un Duceppe affublé d’écouteurs qui ressemble à E.T.

En page A7, on revient sur la candidate de l’Opus Dei, mais… pour s’en prendre au Bloc! On titre : « Le Bloc est intolérant, dit Cannon ». Faut le faire! À croire que personne n’a lu l’article de Lessard, car côté intolérance, il est difficile de surpasser l’Opus Dei.

En page A10, Mario Dumont accroche son wagon au train en marche. « Dumont se porte à la défense de Harper. Le chef de l’ADQ dénonce la « campagne de peur » du Bloc québécois envers le Parti conservateur », lit-on sur cinq colonnes avec une belle photo de Dumont.

En page éditoriale, André Pratte poursuit son œuvre de réhabilitation de Stephen Harper. Cette fois, il réplique aux artistes qui se plaignent des coupures dans les programmes culturels. Le titre de son éditorial est un morceau d’anthologie : « Harper, le mécène ».

Dans la page Forum, sous le titre « Diesel, La méthode Harper », son collègue Alain Dubuc nous explique comment une mauvaise politique – la réduction de 2 cents de la taxe sur le diesel – devient avec le talent politique de Harper qu’il vénère « une bonne politique ».

Jour 4. Jeudi, 11 septembre

En page frontispice, un autre titre favorable à Harper : « L’ADQ fera campagne pour les conservateurs ». Le titre est repris sous une autre forme en page A7 : « Pour aider les conservateurs, l’ADQ monte au front ».

Vous croyez Harper trop militariste pour un Québec trop pacifiste avec plus de 70% de la population s’opposant à la mission en Afghanistan? Prenez votre mal en patience, ce n’est qu’un mauvais moment à passer comme nous l’apprend le titre en page A6: « Intervention militaire en Afghanistan. Harper promet le retrait des troupes en 2011 ».

En référence à la candidate conservatrice membre de l’Opus Dei et à la « lettre ouverte » de Brassard, on titre en page A8: « Mis sur la sellette à propos de la religion et de l’orientation du parti. Gilles Duceppe sur la défensive »

En page 13, on rapporte les résultats d’un sondage Ekos : « Le PC près de la majorité ». Lundi, on nous disait qu’il était majoritaire! Est-ce parce que le sondage Ekos n’est pas financé par Gesca?

En page A25, droit de réplique oblige, on publie la réponse du vice-président du Bloc Jacques Léonard à la lettre de Jacques Brassard (Vieille picouille, mon œil! ». Mais, sans doute par souci d’ « objectivité », on publie immédiatement dessous un texte de François Juteau, qui se présente comme un ex-militant péquiste sous le titre : « Le piège de la gauche. Méfions-nous des vieux canassons de la gauche, comme dit Jacques Brassard, qui doivent mener la cause aux lendemains qui chantent » (Ouf!). C’est un truc éprouvé que de faire intervenir un ancien membre de la famille, c’est plus crédible.

Comme toujours, Chapleau est là pour renforcer le message. Sa caricature présente Duceppe en Che Guevara en surimprimé sur un t-shirt.

Jour 5. Vendredi, 12 septembre.

En première page, une photo de Jack Layton et une entrevue exclusive avec le chef du NPD. Le titre : « Jack Layton un « vert » avant l’heure? » En page 2, le titre est la réplique du NPD à Brassard : « Le Bloc n’est pas un clone du NPD ». En page A3, un beau portrait de son père, l’écologiste, par le chroniqueur Yves Boisvert sous le titre : « Les rêves de son père ». Sympathique, Monsieur Layton, surtout si on le compare à l’affreux Gilles Duceppe.

En page 3, un titre : « Le PCC recrute un pentecôtiste ». Avis à Gilles Duceppe : ne dis rien si tu ne veux pas être accusé d’intolérance.

En page éditoriale, le « sage » de l’équipe éditorialiste, Mario Roy, revient sur la promesse de Stephen Harper de quitter l’Afghanistan en 2011. Il aimait mieux l’idée initiale que le Canada retire ses troupes des zones de combat à cette date. Mais, que voulez-vous, Monsieur Harper est un pacifiste!

Dans la page Forum, dans une chronique intitulée « Le doigt sur le bobo », Alain Dubuc donne raison à Jacques Brassard. Le Bloc est très à gauche et « bien des électeurs ne se reconnaissent pas dans la gauche du Plateau Mont-Royal ». La preuve : M. Duceppe a dénoncé les idées de l’Opus Dei, qui ne serait pas, selon Alain Dubuc, comparable à « une secte évangélique du Mississipi », mais est un « mouvement catholique qui défend la doctrine de l’Église »!!! Alain Dubuc devrait relire l’article de son collègue Lessard sur les pratiques de l’Opus Dei, une secte élitiste, dont les membres s’infligent des mortifications physiques! Est-ce là « défendre la doctrine de l’Église ».

À la fin de la semaine, le message est clair : l’intolérant n’est pas Harper, mais Duceppe. Harper est presque devenu un pacifiste, un mécène et un partisan de la séparation de l’Église et de l’État. Si vous n’en êtes pas encore convaincu, vous pouvez toujours envisager de voter pour Jack Layton. Il est tellement sympathique. Et, en divisant ainsi le vote, le résultat sera le même : vous ferez élire plus de députés conservateurs.

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5 Commentaires

  1. Excellent texte Carl! Re-excellent numéro 1! Nos deux billets auraient dû faire partie d’un seul et même dossier; ils se complètent à merveille!

  2. Tiens tiens… depuis hier, il n’y a plus aucun hyperlien de valide menant à la cyberpresse… serait-ce ici une astuce afin d’éliminer les références des blogueurs, voire éviter d’avoir des comptes à rendre l’histoire.

    Comme quoi, ce journal s’oriente encore plus vers un modèle d’information quotidienne fast-food, un gros torrent d’information que nous n’avons même plus le temps d’analyser.

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