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Posté par le 21 septembre 2006 dans Politique municipale, Stage Paris-2006

Un spectacle dénommé Delanoë

Bertrand Delanoë

Voilà, c’est fait, l’apothéose du côté superficiel de mon stage est déjà réalisée. J’ai rencontré le maire de Paris, monsieur Bertrand Delanoë. Ou du moins, je devrais plutôt dire : le maire de Paris est venu, lundi dernier, rencontrer à huis clos les 22 conseillers Verts de sa coalition… et j’avais le privilège d’être des leurs comme observateur. Peu importe le contexte, cette expérience m’est très enrichissante, puisque d’entrée de jeu, elle me permet de mieux comprendre la dynamique du milieu que j’étudie. D’ailleurs, à ma troisième semaine depuis mon entrée à l’Hôtel de Ville seulement, mes perceptions ont déjà drastiquement évolué quant au contexte politique ici; à commencer par l’image que je portais sur le maire Delanoë. Comme quoi, la réalité d’un sujet est souvent loin de l’image perçue, voire carrément dégagée. Comme quoi, il est nécessaire de s’approcher au maximum d’un sujet avant de se permettre un jugement raisonnable. Et encore là, tout est une question de point de vue et de relation… particulièrement en politique. Mais bon, de toute façon, puisqu’en définitive nous nous jugeons tous les uns les autres, je me lance à l’eau sur mes nouvelles perceptions du maire socialiste, Bertrand Delanoë.

Delanoë Autophobe

Une histoire de perception…

Premier contact

Vous rappelez-vous, en mars 2001, la gauche remporte pour une première fois les élections municipales à Paris. C’est une onde de choc mondiale. En moins de temps qu’il faudra, Delanoë personnalisera le symbole humain de ce tour de force historique… et un espoir certain d’un changement de paradigme dans les mœurs politiques. L’homme en question n’est pas conventionnel : il paraît relativement jeune pour un politicien, déambule en banal chemisier, vraisemblablement très articulé, mais surtout… il compte dans sa majorité des écologistes et parle ouvertement de révolution des transports. Or, l’image imprégnée que je porte encore en moi de cet événement, est l’arrivée à l’Hôtel de Ville des nouveaux conseillers de ville élus… en bicyclette ! C’est une secousse médiatique, l’image fait le tour du monde. Du plus profond de mon Québec, je m’imagine qu’un nouveau vent de fraîcheur souffle peut-être dans nos esprits. Sacrés Français, me dis-je, vous êtes encore une étincelle qui éclaire l’humanité! Mais tout cela, c’était évidemment une perception idéalisée du militant que je suis.

Sur la piste des Verts

En relatant cette image à Richard Bergeron l’année dernière, celui-ci m’aligne dans l’angle que cette révolution des transports entamée à Paris, appartient plutôt au groupe des élus Verts de la coalition Delanoë ; et, dans cette formation particulièrement, au maire adjoint de Paris en matière de transport, monsieur Denis Baupin. Après quelques recherches via Internet sur le sujet, j’en arrive à déduire que le travail du cabinet Baupin a inspiré les études de Richard Bergeron dans le cadre de son poste à l’agence métropolitaine de transport. Serait-ce dire ici que les Verts de Paris seraient quelque part précurseurs du programme de Projet Montréal ? Peu importe la réponse, en politique, c’est le résultat qui compte. Mais ainsi, j’en arrive à me demander quelles ont été l’ensemble des réalisations des Verts dans la position exceptionnelle comme partenaire de la majorité du maire… et surtout, lesquelles de ces réalisations pourraient être exportables pour Montréal ? Voilà en gros le point de départ de mon stage d’étude chez Les Verts à Paris… voilà la piste qui m’a amené dans l’épicentre de mon sujet.

Réalité

Ainsi, je me retrouve un 18 septembre 2006 à l’Hôtel de ville de Paris, entouré exactement par les mêmes personnes, qui, un certain jour de mars 2001, ont fait leur entrée légendaire en ce lieu à vélo. Vraisemblablement, je me suis considérablement rapproché de ces mythiques silhouettes hantant mes souvenirs. En effet, ces « velorutionnaires » ont maintenant pour moi des noms… et surtout, des visages. Et puis, finalement, le maire de Paris se présente en personne pour faire le point avec notre formation. Pincez-moi, je dois rêver ? Bertrand Delanoë à manifestement beaucoup de présence: à son arrivée dans la salle, un silence instantané s’impose d’emblée. Malgré les incessantes critiques émanant de mes collègues à son sujet, je saisis assez vite que ce moment est important pour tous. Effectivement, ce rendez-vous n’arrive que deux fois par année. Le maire s’assit donc a l’extrémité centrale de la table, entame rapidement la tournée des visages en guise de salutation… et s’arrête sur moi quelques secondes. Et tel un maître de jeu voulant connaître la nature de toutes les pièces sur son échiquier, Bertrand Delanoë s’exclame « Il y a des nouveaux visages… des nouveaux collaborateurs! ». Je ne peux m’empêcher de contenir une certaine admiration avant de détourner le regard. Je m’asseois donc confortablement dans mon siège; le spectacle peut commencer.

Un spectacle dénommé Delanoë

Ainsi, à l’aide d’un talent pur pour l’animation, le maire Delanoë entame un long monologue relatant ses impressions sur les derniers événements. De prime abord captivant, il s’étend toutefois en longueur sur les moindres détails. Modulant allégrement son intonation, le regard vif, hyperattentionné, il n’en demeure pas moins peu substantiel et très aérien. Vraisemblablement, il m’apparaît plus comme un charismatique performeur plutôt qu’un politicien maîtrisant vraiment ses dossiers. Je qualifierais donc sa « prestation » comme un déluge de paroles… dans un désert d’idées. (Faites-moi penser de le présenter au nouveau chef du Parti Québécois. Le temps filant à vive allure, l’impatience se manifeste de plus en plus dans nos rangs. C’est ainsi que le sympathique président du groupe Les Verts, René Dutray, casse alors la glace… et change le mode de la discussion. En effet, celui-ci ira de cette question, aussi lourde de sens que de conséquence « Est-ce que nous (Les Verts) sommes toujours considérés commepartenaire dans la majorité du maire? ». La question, bien que posée bonnement, arrive comme un coup de poing dans la gueule du maire. En effet, le faciès de celui-ci se glace, et, plissant les yeux dans un regard équivoque envers René, Bertrand Delanoë réfléchit à sa repartie. Et nous voilà dans le vif du sujet ; la toile de fond sous-entendue est la renégociation de l’appui des Verts dans la coalition du maire socialiste pour la prochaine élection en mars 2008 rien de moins.

Delanoë

La tentation est trop forte de prendre discrètement une photo du moment

Se posant allègrement dans le rôle d’une victime incomprise, susceptible, très irascible, n’aucunement tolérant face à la critique, Bertrand Delanoë prend au mot le moindre qualificatif… ce qui lui permet vraisemblablement de couper les interventions et garder l’initiative de la discussion. Ainsi, le maire ne laisse pas vraiment de place aux tentatives de débats initiés par Les Verts et rapporte tous les sujets à sa propre personne. C’est une discussion à sens unique, un « one man show » plutôt qu’un échange interactif. (Monsieur Delanoë devrait sincèrement penser à s’ouvrir un blogue). Avec un ton des plus paternalistes, voire condescendant, tel un professeur devant ses élèves d’un niveau élémentaire, le maire Delanoë se permet même de nous faire des leçons morales comme à propos de notre soi-disant psychologie intégriste. Le concept évident, étant ici de se poser politiquement comme le grand rassembleur au centre, Bertrand Delanoë n’hésitera pas en ce sens, à affirmer que les Verts n’accepteraient supposément pas « les différences ». (Il est intéressant de noter ici sa stratégie de renverser le sens de la critique).

Le PDP

Si tout cela était demeuré au niveau de l’insulte primaire, nous aurions pu encaisser sans broncher; mais le problème politique, c’est que certaines expressions du maire relèvent de ses nouvelles lignes de communication sur des dossiers portés par Les Verts. Comme le PDP (Plan de Déplacement de Paris), dossier majeur développé par le cabinet Baupin, que le maire qualifiera comme pouvant devenir un «sac d’emmerdes», voire, carrément être perçu de « délire idéologique » par les Parisiens. Ici, il n’est pas difficile à comprendre que le maire est dorénavant plus préoccupé par sa victoire aux prochaines élections que par l’avancement de dossiers audacieux, comme pour celui du PDP. A l’autre bout de la table, diamétralement physiquement à l’opposée du maire, le silence de Denis Baupin est éloquent. Mais la joute évoluera toutefois le lendemain par Politiquement ici, le risque c’est que Delanoë récupère le crédit de tous les bons coups instigués par les Verts (Paris-Plage, politique emblématique des transports, le prochain tramway) en caricaturant préalablement ses partenaires écologistes pour mieux s’en distancer… de surcroît, en canalisant ainsi sur les Verts, les critiques de l’opinion publique, elle-même conditionnée par l’opposition de la droite via les médias. Je crois donc, ici, que Les Verts de Paris doivent choisir entre promouvoir le PDP, préalablement emballé comme un argument électoraliste pour le prochain mandat (ce qui implique préalablement la fin des chantiers actuels pour calmer les détracteurs), ou, faire avancer le maximum de dossiers pendant qu’ils sont encore dans la majorité au pouvoir.

Vinaigrette

Voilà donc le carcan actuel, comme quoi la politique à notre époque, peu importe l’endroit, c’est a peu près toujours le même histoire. Or, comme pour la composition d’une vinaigrette, l’huile remontant toujours à la surface après un brassage de la mixture, les vrais militants en arrivent toujours à se faire récupérer leurs idées… les vrais politiciens, trouvent toujours le pouvoir grâce à ces mêmes idées récupérées (pour autant qu’elles soient à la mode, on s’entend). Et donc, c’est dans leur nature, il faut comprendre que les politiciens ne se battront pas pour ces idées si elles ne sont plus rentables électoralement … à moins qu’ils y soient forcés par des négociations internes. Ainsi, dans la politique actuelle, vous avez beau avoir les meilleures idées au monde, ce n’est en définitive que le rapport de force politique que vous détenez qui décidera de la concrétisation desdites idées. Maintenant, dans ce contexte « démocratique », comprenez-vous aussi l’importance de la mise en marché des idées politiques et du rôle déterminant par lequel son image s’exprimera, c’est-à-dire les médias ? Comme tout cela est triste de remettre notre évolution dans les mains des perceptions malléables du petit peuple aliéné par la télévision. Sincèrement, dans un contexte de réchauffement climatique, je n’aime pas savoir que notre destinée se trouve dans les mains des gens qui ne comprennent pas encore que le mode de combustion de nos voitures menace globalement l’équilibre climatique. Et puisque les médias sont de plus en plus l’apanage des publicistes, à commencer par celui du lobby de la voiture, il faudra peut-être un jour choisir entre changer la démocratie actuelle… ou le suicide collectif. Rien de moins.

Valse démocratique

Mais bon, pour revenir à mon sujet, je dois avouer que du Québec, je pensais plus harmonieuses les relations entre les Verts et les socialistes; que je qualifierais finalement d’amour-haine (un peu comme si PQet QS au Québec avait à composer ensemble). Toutefois, les Français sont portés à l’oublier, mais leur système électoral (mode proportionnel sur deux tours, possibilité de fusionner des listes) permet la genèse de cette valse politique créatrice, subtile et politiquement fascinante. Et comment dire, cette valse, bien qu’à priori frustrante, aura tout de même réussi à accomplir de grandes réalisations. En comparaison, le système électoral canadien m’apparaît totalement figé et conçu d’emblée pour restreindre l’émergence de nouveaux courants d’idées. Sincèrement, j’espère que Verts et socialistes trouveront l’intelligence, ici, d’ajuster leurs violons. En effet, le succès de la gauche n’est possible que par une alliance désirée, réfléchie et structurée ; une coalition qui maximisera une fois de plus, la portée électorale par la reconnaissance de ses différences intrinsèque.

« Vert » un Québec libre !

En conclusion, j’ai été impressionné… puis déçu par le maire Delanoé. Comme mes camarades du groupe Les Verts, je partage une amertume certaine de cette rencontre (ce qui toutefois, une fois la tension relâchée, ne nous empêche pas pour autant de prendre tout cela au deuxième degré). Par ailleurs, contrairement à leur réputation d’être constamment divisé, le groupe Les Verts aura resté uni et cohérent dans cette rencontre. Pour ma part, ma perte d’intérêt pour le maire Delanoë me permettra de concentrer mon attention sur le groupe des Verts, une organisation qui me réconcilie avec la politique; le genre de professionnels de la politique qui n’existe malheureusement pas encore au Québec. D’ailleurs, je vous les présenterai bientôt en détail dans un prochain article.

Qu’importe qu’un chat soit noir ou gris, pourvu qu’il attrape les souris
– proverbe d’origine chinoise

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4 Commentaires

  1. En effet tout est une question de perception. Les Verts ont du travail sur la planche à ce que je vois.
    Merci pour ce point de vue « d’insider ». Et quel plaisir à lire! Je vais revenir souvent.

  2. Très brièvement, je vous félicite pour votre initiative !

    Le jeune que je suis encore à 69 ans se réjouit de constater qu’il y a une relève québécoise dynamique, critique et imaginative.

    Continuez votre combat ! J’espère que des milliers d’autres jeunes Québécois suivront votre exemple d’implication dans la lutte pour la démocratie, la justice et l’indépendance.

    Personnellement, je suis impliqué dans la lutte pour la République du Québec depuis le début des années 1960, avec Marcel Chaput, Pierre Bourgault, René Lévesque, Jacques Parizeau…

    Je publie assez régulièrement pour une liste un petit bulletin que j’ai appelé « Le Bulletin de la République ». Si ça vous intéresse, écrivez-moi !

    Cordialement,

    Jean-Luc Dion, ing.

    Trois-Rivières
    COURRIEL (et non mail…): JL.Dion@TR.cgocable.ca

  3. Je viens de tomber encore une fois sur ton site internet. Sais-tu ce que c’est que d’avoir de la culture politique mon gars? C’est ce que tu as à revendre. Excellente présentation sur Delanoé. J’ai regardé en vitesse. Continue mon gars. On va finir par comprendre que sans culture politique à Montréal, il n’y a pas d’avenir. J’ai décidé de faire un petit travail sur toutes les élections municipales depuis celle du FRAP en 1970. J’ai découvert que tous les partis qui ont occupé le pouvoir ont eu des majorités de sièges soviétiques dans la très grande majorité des cas, 100% pour Drapeau en 1970, 96% pour Drapeau et 1978, 98% pour Doré en 1986 85% pour Bourque en 1994, et je n’ai pas encore analysé les majorités de Tremblay. Mais je continue…

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