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Posté par le 16 janvier 2007 dans Humeur, Journal de bord, Stage Paris-2006

Dur retour à la réalité

miroir

La réalité, c’est ce qui fait mal quand on éteint l’ordinateur
– John Warsen

Le 1er février prochain, cela fera exactement sept années que je vis dans mon logement sur la rue Berri dans le Plateau. Ici, c’est tout dire comment l’environnement de ma chambre dans laquelle je vous écris présentement m’est familier… c’est tout dire aussi à quel point j’ai l’impression d’avoir rêvé une vie à Paris. En effet, je viens à peine de me réveiller, et sur le coup, en cherchant l’interrupteur de la lumière, j’ai pendant quelques secondes cru être dans mon ancienne chambre à Paris. Je regarde autour de moi, je suis bel et bien de retour dans mes meubles à Montréal. Ais-je vraiment vécu quatre mois en Europe, est-ce que ce périple a réellement existé?

Sincèrement, sans les nombreux souvenirs que j’ai rapportés de mon escapade parisienne, je pourrais avoir des doutes. C’est vrai, vivre la vie est avant tout une histoire de perception relative entre nous-même et l’environnement présent. Mais bon, peu importe l’endroit, la vie continue. Cela me fait du bien de pouvoir enfin écrire. En effet, ayant été en cavale autour de l’Europe durant les deux dernières semaines de 2006, je n’avais accès à l’Internet que par de brèves périodes intermittentes. Puis, en guise de bienvenue depuis mon retour au Québec, j’ai reçu une série de tuiles sur la tête… dont celle de réaliser que mon ordinateur ne démarrait plus (ne prêter jamais votre ordinateur personnel, même pas à votre petit frère). Il faut dire que de nos jours, ne pas avoir l’usage d’un ordinateur, dans mon cas, équivaut à : ne pas pouvoir répondre à ses courriels, ne pas avoir accès à son répertoire téléphonique dans Outlook, ne pas pouvoir écouter de musique, être déconnecté des nouvelles de l’actualité, ne pas pouvoir écrire dans un traitement de texte… ne pas pouvoir postuler pour un emploi. De plus, puisque les problèmes sont toujours moins lourds lorsqu’ils sont partagés, avoir un blogue à sa disposition s’avère finalement générer un effet thérapeutique. Bref, sans l’accès à l’Internet, j’ai carrément l’impression d’errer dans les limbes, voire… de ne plus exister.

Redémarrer le système

Donc, voilà, bien que mon réel ordinateur est toujours en réparation, mon coloc Jules, question de me remettre en marche tranquillement, m’aura tout de même prêté l’ordinateur à l’usage habituel de notre salon. Il est vrai, je dois répondre à plusieurs courriels, je dois me trouver en emploi convenable puis entamer la rédaction de mon rapport de stage. D’autre part, avant que la réalité n’accapare trop les ressources de mon cerveau, il m’est aussi impératif de terminer pour ce blogue une dizaine d’articles sur mon stage à Paris. En effet, c’est dans cet exercice de rédaction que j’intégrerai un maximum de matière issue de cette exceptionnelle expérience. Formellement, je dois donc me dépêcher à me mettre dans une position de rédaction, car déjà, des problèmes quotidiens accaparent mon temps libre et repousse ainsi lentement mon état d’esprit parisien que je veux perpétuer par écrit. Ici, je pense être dans le schéma de la pyramide de Maslow : en effet, je me dois de consolider les besoins fondamentaux à la base de ma pyramide avant de pouvoir vraiment élever mon esprit par l’écriture.

Pyramide de Maslow

la pyramide de Maslow

Et il y a tellement de sujets d’articles que je veux écrire, tellement de photos de mon passage en Europe à déposer ici. D’ailleurs, j’ai pris une soirée complète juste pour ordonner mes 14 giga-octets de photos/vidéo… et je n’ai même pas encore commencé à classer l’ensemble des fichiers qui étaient dans mes deux ordinateurs à Paris (celui dans ma chambre et celui du bureau). Des fois aussi, c’est à se demander s’il est sensé de dépenser du temps à classer des photos… photos que je n’aurai peut-être plus jamais l’occasion de regarder à nouveau. Après tout, ces moments font partie du passé, et mon fragile avenir économique aurait plutôt besoin d’une autre disposition de mon temps libre. Mais bon, il faut bien relativiser ; l’attachement aux souvenirs est aussi absurde que de perdre sa vie à la raconter… comme sur un blogue d’ailleurs. Cependant, à ma décharge, il est peut-être mieux de vivre dans des souvenirs heureux devant un ordinateur que dehors dans une réalité déprimante.

Dur retour au Québec

Il faut dire que dehors présentement à Montréal, rien ne va plus : la météo est totalement déboussolée. Effectivement, jusqu’à avant-hier, il n’avait pas encore neigé de l’hiver. Mais le pire, c’est qu’il y a des cruches présentant la météo sur les réseaux de télévision Quebecor (TVA, TQS et LCN) pour s’en réjouir. En effet, celles-ci (trop maquillées d’ailleurs) nous annoncent jovialement (à l’aide de gros sourires niais) qu’il fait encore à l’extérieur des températures fluctuant autour des 15° degré au dessus du zéro Celsius. OK, je peux comprendre qu’a priori, le «monde» est heureux d’avoirs des températures clémentes… mais maudit, y-a-tu juste moi pour trouver inquiétant le fait que ces températures sont inhabituelles en plein mois de janvier au Québec? D’ailleurs, côté température, plutôt que de nous suggérer que tout va pour le mieux, il serait socialement plus intelligent d’évoquer la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique, voire, de carrément sonner l’alarme. Mais non, puisqu’il est politiquement incorrect aux présentateurs de sortir du cadre de formatage de leur employeur Québécon, si bien qu’ils se doivent de continuer à nous sourire comme si rien n’était. Or, justement, il s’avère finalement politique de ne rien dire et de continuer à faire dormir au gaz la population. D’ailleurs, quand je regarde les bulletins météos de Québécon, je devine presque la voix de Pierre-Con Péladeau : « Toi, la présentatrice, contente-toi d’être belle… et vous, les abrutis qui nous regardez dans vos divans, ne pensez à rien et continuez de consommer ce qu’on vous dicte ». Ainsi, bien que nous allons à l’abattoir, nous sourions bêtement, car aujourd’hui, c’est tout de même une belle journée… une belle journée pour mourir oui !

Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible
Patrick Le Lay, PDG de la chaîne de télévision française TF1

Ah pis criss que regarder la «Ti-Vi» ça m’horripile, surtout ici au Québec. L’abominable mairesse Boucher, l’hyper énervante Virginie qui ne se résout pas à disparaître, le délire autour des accommodements raisonnables, le soldat abruti présenté comme un héros national pour avoir perdu un pied en Afghanistan, les interminables quiproquos sur les joueurs du Canadien de Montréal, les annonces de chars martelés à répétitions… Eh Oui ! Je suis bel et bien revenu au Québec, ou plutôt, devrais-je dire, la «colonie du p’tit Québec».

p'tit quebec

Sans commentaires…

La mairesse Boucher et jacques Chirac

La mairesse de Québec André Boucher…
Avons-nous vraiment les représentants politique que nous méritons ?

Il faut dire que ces derniers jours, sans l’usage de mon ordinateur, je regardais davantage la télévision ; une activité que j’avais pourtant réussi à éviter durant ma vie parisienne. D’ailleurs, l’unique télévision de mon ancien coloc à Paris ne pouvait capter aucun poste ; et finalement, notre appartement était très zen. Mais là, je suis de retour dans un environnement qui diffuse des pubs tonitruantes dans mon salon, je revis les débordements de vaisselle (nous sommes 4 colocs à vivre dans mon logement), j’ai renoué avec le son de la sirène qui sert de «réveille-matin» à mon coloc Jules, et surtout… la tasse de café classique en Amérique goutte définitivement l’eau.

Mais une chose a changé cependant… certaines de mes perceptions. En effet, si mon accent québécois ne s’est pas modifié durant mon passage en France, mon « oreille », elle, n’est plus la même. Inévitablement, je m’étais habitué à être entouré par l’accent français. Or, dès mon arrivée à l’aéroport de Montréal, je fus quelquepeu «choqué» (dans le sens français du terme) d’entendre à nouveau l’accent québécois. Finalement, bien que j’aime l’accent habituel de mon pays, depuis mon retour, j’ai davantage de misère à supporter la vulgarité, le joual et l’accent grassement prononcé. Autre perception différente, celle du trafic à Montréal ; qui finalement, en comparaison à Paris, m’apparaît maintenant plutôt comme celle d’un gros village. Quand je pense que certains de nos banlieusards décrivent Montréal comme étant le « boutte d’la marde » en terme de stress urbain, c’est très évident que ces gens n’ont pas beaucoup de référence avec d’autres grandes métropoles dans le monde. Or, maintenant, au risque de décevoir Richard Bergeron et les militants de Projet Montréal, je trouve, somme toute, ma ville plutôt calme. Et dire aussi que le quartier où j’habite est l’endroit le plus densément peuplé du Canada (16 000h au KM²), c’est donc comprendre à quel point nous avons encore beaucoup d’espace disponible ici. (Du moins, d’espace physique… car pour ce qui est de l’espace intellectuel, à regarder la nouvelle génération de politiciens québécois, il me semble que la tendance sociale est à sa réduction). Voyez-vous, d’un côté, si à Paris je nageais littéralement dans une orgiaque soupe culturelle, physiquement, le manque d’espace disponible commençait à réellement m’étouffer. Or, au Québec, c’est tout le contraire, car si je retrouve l’espace qui me faisait tant défaut en Europe, je suis cependant, déjà, en manque d’oxygène culturel.

Sincèrement, c’est ici que j’aurais dû réactiver mon cercle social avec un bon gros party ; mon retour étant un prétexte idéal. Mais bon, sans Internet (donc sans mes numéros de téléphone), j’étais résigné au mutisme social; et maintenant, il me semble trop tard pour initier une fête en raison de mon retour. Mais bon, il faut s’adapter ; alors tant qu’à être privé de mes amis et d’Internet, j’ai plutôt entamé la réinstallation complète de ma chambre. Il faut dire que j’avais préalablement vidé celle-ci de tout son contenu, disposant le tout dans des boîtes… à l’exception toutefois des centaines de livres constituant ma bibliothèque. Or, petite surprise le jour de mon arrivée, je constate qu’environ le quart de ma collection de BD a disparu. Effectivement, pendant mon séjour parisien, le « gros-plein-de-marde » qui louait ma chambre s’est octroyé le privilège d’aller vendre certains de mes livres, (question de payer son «pot» et ses cigarettes, je suppose). De son propre aveu, ce n’est pas grave, car ce n’était que des «comics» et des «p’tits livres». Mais bon, cette anecdote est une histoire en soit que je vous raconterai ultérieurement dans un prochain article consacré. Bref, une fois ma chambre délogée du gros imbécile qui la louait (le bail est à mon nom), histoire de psychologiquement reprendre possession avec mon espace intime, je fis un méga ménage ; allant jusqu’à réaménager complètement le fond de tout mes tiroirs. Durant cette première semaine québécoise de 2007 donc, j’ai pris plusieurs jours pour simplement réactiver mon quartier général.

Puis, la réalité économique, qui m’attendait de pied ferme à Montréal, n’a pas attendu la réparation de mon ordinateur pour venir me saluer. En effet, mes premiers courriers seront, par ordre d’entrée en scène : la facture de mon dernier cours d’écologie à l’Université (maintenant rendu en recouvrement), une facture surprise de 40$ de la Bibliothèque Nationale (me faisant comprendre, qu’avant de partir en France, j’ai oublié de rapporter la carte géographique d’un document). Puis, les factures d’Hydro-Québec et Vidéotron (qui sont elles aussi à mon nom) avec, en guise de cerise sur le Sunday, des «appels de cul» facturés à ma ligne personnelle?!? Si on considère maintenant que je dois payer mon loyer (et accessoirement manger), je n’ai pas vraiment eu le choix… je suis de retour sur l’aide sociale. Or, faire une demande d’aide sociale, c’est laborieux, surtout lorsque tu reviens de la Mairie de Paris ; d’autant plus qu’il y a des dizaines d’étapes à franchir avant de voir la couleur d’un premier chèque.

Mais une chance, bien qu’elle soit éclatée, j’ai quand même une famille sur qui je peux compter. Toutefois, qu’elle ne sera pas ma surprise d’apprendre que celle-ci, du côté de ma mère, ne s’est pas complètement réunie pour les festivités de Noël. L’esprit de famille étant pour moi une valeur importante, je me suis donc résigné à faire une priorité de son rétablissement. Mettant donc mes aptitudes diplomatiques à contribution pour atténuer certaines frictions, je fis plusieurs téléphones pour éteindre quelques feux allumés durant mon absence. Mais bon, il faut dire aussi, que revenant au pays, je voulais aussi revoir ma famille; or, ce n’est pas des perturbations externes à ma personne qui allait m’en empêcher.

Et parlant de famille, il y a l’autre aussi… le père. En effet, ma relation avec ce dernier est à couteaux tirés depuis deux décennies. Mais bon, dans un esprit de famille encore, avant mon départ pour Paris en août dernier, j’avais quand même donné la mission à ce dernier de transporter mon ordinateur chez son autre fils (histoire de nous remettre tous en contexte car il s’en est jamais occupé). Or, si je voulais réactiver ma vie quotidienne rapidement, il me fallait impérativement enclencher la suite de cette opération pour me réapproprier mon ordinateur. Je rappelle donc mon paternel à cet effet, qui me fixe un rendez-vous au coin des rues Laurier et Saint-Hubert. Coïncidence, en allant au point de rencontre ce 4 janvier 2007, je croise ma copine Mandy, que je comptais de toute façon revoir bientôt.

Mandy à l'intersection St-Hubert et Duluth

Dans ma jeunesse, je considérais ce carrefour comme étant l’endroit au monde le plus périlleux sur terre. Depuis, j’ai vécu à Paris…

Puis, mon père se pointe au rendez-vous… en compagnie de Marc Tessier. Le moment est singulier, il faut dire que tous les quatre, nous avions activement milité pour le OUI au référendum de 1995, de surcroît, directement sous les directives de mon père. En effet, mon père y était l’un des organisateurs officiels de l’option dans le Plateau Mont-Royal (le pinacle de son cheminement quant à moi). Mais bon, ce fut finalement plus l’histoire d’une photo que celle d’une grande rencontre.

Marc, Carl et Mandy

Marc, Carl et Mandy… à la croisée des chemins

Revenant chez moi, ayant ainsi repris physiquement mon ordinateur, je ne pense qu’à une chose. Ainsi, ploguant de nouveau chacun des fils composant mon système informatique, le rituel est pour moi carrément sacré. Puis, la grande «opération à cœur ouvert» : je déballe de sa boîte mon disque dur que j’avais confié à ma mère. Je constate avec émotion que celle-ci lui a rajouté plusieurs couches d’emballement de tissus en tout genre ; et le soin apporté à l’objet est équivoque. Ensuite, j’enclenche l’alimentation électrique du monstre… et je prie pour son réveil. Comme de fait, mes prières ne fonctionnent jamais… et tel qu’évoqué au début de cet article, je me suis retrouvé devant un écran noir. La situation est inopportune, mais je ne panique pas, ayant préalablement eu l’initiative de porter un ghost de mon disque dur dans un coffret de sûreté à la caisse populaire.

Alors, voilà, je suis revenu dans ma vie québécoise; et si vivre en France m’avait libéré un temps de celle-ci, nous ne pouvons finalement échapper longtemps à notre vie passé.

La rue Berri coin Duluth (Montréal) en janvier

Carrefour Berri/Duluth en janvier

Aujourd’hui, la neige est revenue, et il fait finalement froid dehors. Ah, comme la ville est calme durant une tempête de neige. En ces moments, je me sens en communion avec ma ville, voire presque seul au monde… et je suis très serein ainsi! En définitive, je suis bien quand il fait froid… et oui, je l’admets, les bancs de neige québécois me manquaient.

La rue Berri en janvier

Ma rue enneigé me montre une perspective vers mon destin

Et maintenant

Ma chambre est hyperfonctionnelle, mes Saints de la Nouvelle-Orléans sont finalement rendus en ronde éliminatoire, mon chèque de «BS» est arrivé… et mon rhume irlandais, lui, est presque parti. Ah, oui, je me suis réinscrit à l’inter-crosse, il y a un congrès de Projet Montréal le 3 février… et Florence m’a écris dans l’intention de me revoir. Ici, il ne me manque plus que le retour en fonction de mon ordi pour reprendre mon ancienne vie en main.

Allo… la Terre! Ici la sonde d’exploration radiCarl-2006 en provenance d’Europe!
… Atterrissage réussi!

Ah comme la neige a neigé

Ah comme la neige a neigé
Ma vitre est un jardin de givre
Ah comme la neige a neigé
Qu’est-ce que le spasme de vivre
Ah la douleur que j’ai que j’ai!

Tous les étangs gisent gelés
Mon âme est noire où vis-je où vais-je
Tous mes espoirs gisent gelés
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez oiseaux de février
Au sinistre frisson des choses
Pleurez oiseaux de février
Pleurez mes pleurs pleurez mes roses
Aux branches du genévrier.

Ah comme la neige a neigé
Ma vitre est un jardin de givre
Ah comme la neige a neigé
Qu’est-ce que le spasme de vivre
Ah tout l’ennui que j’ai que j’ai.

Émile Nelligan

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1 commentaire

  1. Que d’émotions j’ai eu énormément de plaisir à lire ce post. Les choses que tu racontes sont joliment interprêté j’ai reste sur le cul.

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