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Posté par le 22 juillet 2008 dans Journal de bord

L’esprit d’un festival

Festival Juste pour rire

Tentaculaire et ténébreuse, ci-haut le logo de la centrale radio

Mon contrat au festival Juste pour rire s’étant terminé, je vous relaterai donc aujourd’hui l’atmosphère unique autour de cette dernière expérience.

Formellement, c’est en juin 2007 que je me suis embarqué une première fois dans l’aventure JPR. Sincèrement, je dois vous avouer que ce travail n’était pas mon premier choix. En effet, il faut dire qu’en 1998, j’avais déjà travaillé pour un contractuel de JPR : un emploi au salaire minimum qui consistait à compter la foule aux portes à divers point d’entrées menant au site. Ici, ais-je vraiment besoin de spécifier comment ce travail pouvait être abrutissant… surtout lorsque tu te fais prendre (pratiquement enchaîné à ta fonction) à dénombrer l’assistance d’un spectacle (pénible) de Jean-Marc Parent.

Il est vrai, je n’avais pas encore alors réalisé à quel point un «spectacle» de JMP pouvait être aussi pathétique (lui, son «humour», son public). Et dans son cas, devrions-nous vraiment catégoriser ce genre d’animation publique dans le domaine de l’humour (est-ce vraiment drôle de faire le YMCA pendant 15 minutes)? Quant à moi, ce genre d’agglutinement populaire captivé par les insipides niaiseries d’un animateur de foule, j’appellerais plutôt ça une thérapie collective pour âmes pauvres. En tout cas, disons que je suis encore traumatisé par cette expérience ; une expérience, d’ailleurs, qui me fit alors surnommer ce festival, le festival Juste pour rien.

Flash tes lumières, si t’en à envie
Flash tes lumières, si tu t’ennuies
Flash tes lumières, donne signe de vie
Flash tes lumières, au maximum
Flash tes lumières, attends pas que ton heure sonne
Flash tes lumières, juste pour le fun

-Jean-Marc Parent

•En référence, lire ici l’excellent texte Juste pour rire… dans ma cour ! par Jean-Yves Girard

Confidence pour confidence, si vous êtes de mes lecteurs réguliers, vous aurez remarqué que j’apprécie rarement d’être (pris) dans une foule. Sans être agoraphobe, je déteste avoir chaud et supporter la perte de ma mobilité. Puis, les comportements primaires de la majorité des individus composant la foule me ramènent toujours à la pathétique réalité de notre société… cette même réalité que j’essaye d’échapper par toutes les façons inimaginables. Finalement, je saisis souvent mal l’intérêt de perdre une soirée (d’écriture) afin de me regrouper dans une foule; d’ailleurs, j’ai la profonde conviction que les gens s’imaginent moins s’ennuyer lorsqu’ils s’ennuient en groupe. Bref, vous pourrez déduire que je n’ai pas vraiment l’âme d’un festivalier.

Toutefois, bien que je saisisse mal les raisons qui attroupent les gens en tapon, je ne suis pas un «antifestival» pour autant. En effet, je pense que l’ensemble des festivals à Montréal donne une certaine vitalité culturelle et économique à ma ville. Puis, tant que je ne suis pas pris dans une foule de tapons, j’admettrai quand même apprécier l’atmosphère entourant un festival. Ensuite, même dans son salon, un festival amène toujours divers sujets de discussion ; de quoi certainement oxygéner notre diversité culturelle. Voyez-vous, à Montréal l’été, tout en baignant dans une culture où l’humour est à l’honneur, nous vibrons au son du Jazz puis à celle de l’actuelle musique francophone, pour conclure notre saison (f)estivale avec une séance de cinéma internationale. En ce sens, je défends de facto l’existence des festivals à Montréal, des activités contribuant à l’identité de la deuxième métropole francophone au monde.

Bon, pour en revenir au sujet, j’étais donc perplexe quant à travailler au festival Juste pour rire. Mais lorsque mon ami Rico (alors le directeur de la sécurité au festival JPR) me proposa le poste d’opérateur de la centrale radio en 2007, l’expérience du festival se présentait dans une perspective singulière. En effet, l’idée de vivre intégralement un festival par l’écoute, d’y discerner ses moindres rouages techniques, de surcroit, dans le confort d’un bureau, hé bien, cela me paraissait drôlement intéressant.

Le contrat signé, c’est ainsi que j’ai rencontré PAC, celui qui fut mon coéquipier à la centrale radio. Bien sûr, le fait d’avoir été tous deux engagés par Rico nous assurait d’entrée une compatibilité idéologique (il faut connaitre Rico pour comprendre), mais sincèrement, une chance que je travaillais avec un gars aussi sympathique, parce que le métier en question pouvait-être franchement éprouvant.

Concrètement au festival, la fonction d’opérateur radio consiste à écouter l’ensemble des fréquences sur le site puis de répartir l’information à bon escient. Et là, comprenez bien que je vous parle de 10 fréquences cacophoniques. Oui, oui, vous avez bien compris… il nous fallait écouter 10 fréquences en même temps! Or, pour y arriver, bien que nous avions certains trucs afin d’efficacement gérer nos ondes, un constant niveau de concentration était de mise. À cet effet, le cerveau consommant davantage de calories dans cette dynamique, la commandite de Guru était ESSENTIELLE selon PAC. (Tiens, j’y pense en passant, je vais m’ouvrir une cannette de Guru moi).

Par ailleurs en 2007, Rico ayant décidé d’intégrer la centrale radio dans son propre département de sécurité, «la centrale» y avait donc un rôle prépondérant quant à cette responsabilité. Dans un premier temps, avec nos 150 agents d’accueils, nous avions le mandat de coordonner la fermeture du site à la circulation automobile. À vrai dire, je dis nous, mais c’était plutôt PAC qui s’occupait de la fréquence «sécurité» et celles des urgences (police, ambulance). Il faut dire qu’avec sa formation de militaire spécialisé en communication radio, PAC (littéralement dénommé le bull-dog des ondes) avait le profil de l’emploi pour maintenir la discipline sur ses fréquences… un fondement de base quant à la sécurité. De mon côté, je m’occupais de toutes les autres fréquences, c’est-à-dire pèle-mêle : la technique, la régie, les opérations, les commandites, les entretiens, la scéno, aménagements, les événements spéciaux. Si bien qu’avec mon côté sympathique et diplomate, j’étais plutôt le versant «bon cop» de la centrale radio.

Pierre-André Champoux

Bref, en ayant intégré la centrale radio dans son département (et sa roulotte), Rico avait une oreille sur tout ce qui se passait dans l’ensemble du site, et donc, détenait un taux de réactivité accru face aux imprévus. (Assurément, je parierais que son surnom au festival, KGB, signifiait qu’il avait certainement compris le lien entre l’accès aux renseignements et la capacité d’intervention… un des fondements élémentaires en matière de sécurité). Puis, si la sécurité implique aussi de faire face à l’inattendu, nos «volants», (les agents d’accueils mobiles et polyvalents) étaient cette ressource sûre afin de pouvoir s’adapter à n’importe quelle situation. Pour ma part sur les fréquences, je devais ainsi gérer les demandes de volants, ce qui impliquait de faire le suivi du déplacement de «nos troupes sur le champ de bataille». En définitive, au département de sécurité, nous aimions nous considérer comme des soldats ; d’autant plus qu’une discipline spartiate s’imposait pour assurer un travail efficace durant les 16 jours du festival. D’ailleurs, c’était l’une raison pourquoi Rico avait favorisé l’embauche de certains militants politiques habitués au rythme des exigeantes campagnes électorales.

Soldat de jour, bête festive la nuit

Parce que s’il est intense de travailler au festival, c’est aussi parce que c’est un gros party de 16 nuits en ligne. À cet effet, lorsque vers 1 heure du matin le travail était enfin terminé, je vous laisse deviner à quel point la bière rentrait bien au poste après (même la Labatt Bleu en arrive à devenir digeste). Puis de mon côté, imaginez mon plaisir d’être au courant de tout; celui aussi de reconnaitre mes collègues à leurs voix… c’est-à-dire cette capacité de pouvoir aborder n’importe qui en narrant les faits saillants de sa propre fréquence radio. Si bien qu’au festival, comme le disait PAC, une bonne «journée de travail» devait se terminer avec le lever du soleil ; voire idéalement dans les bras d’un «dossier de travail». Alors, à ce rythme de fou, carburant le jour aux commandites de Guru et la nuit à celles de Labatt Bleu, vous déduirez qu’il pouvait nous «manquer quelques bouts» les lendemains. Pire, durant notre sommeil paradoxal, Pac et moi pouvions même souffrir d’un syndrome commun, celui d’entendre une myriade de voix dans nos têtes (D’ailleurs, je ne vous dis pas à quel point je pouvais faire des rêves bizarres durant cette période). Dans ces circonstances, vous comprendrez donc ici l’importance de bien nous alimenter durant le travail. Or à la centrale radio, nous avions alors notre propre spécialité gastronomique… le panini grillé au four.

Le four à panini était prêt, nous pouvions commencer le travail

Le four à panini était prêt, nous pouvions alors commencer à travailler

« CB à PAC, Opération P en cours ! »

J’ai découvert ce format de pain à Paris, un sandwich qui devint rapidement un dépanneur par excellence durant ce stage. Si bien qu’à mon retour à Montréal, j’avais ainsi acheté un petit four à panini portatif afin de faire mes propres sandwiches. Or, il s’avéra vite que l’importation du four à paninis au travail fut une formule économiquement géniale. Imaginez, pour une centaine de dollars, nous avions 32 sandwichs gargantuesques (16 jours x 2) bien bourrés avec des saveurs variées; concrètement, une nutritive formule qui nous faisait gagner temps et argent. Puis, comme il y a autant de recettes de sandwich panini qu’il y a de saveurs dans la nature (tout est une question d’imagination), chaque jour avait son propre «goût» à découvrir (de quoi un peu briser la monotonie). Ah là là que nous faisions des jaloux avec nos sandwichs paninis ! Effectivement, non seulement mes paninis étaient élaborés selon un guide spécialisé, mais en plus, disons que nos collègues subissaient les appétissants effluves de mes préparations. En définitive, ce fait pourra peut-être vous paraître singulier, mais mon passage au festival aura certainement amélioré mes aptitudes culinaires.

D’autre part, l’heure à laquelle nous réchauffions les paninis était un choix stratégique. En effet, certains moments de la journée étaient plus exigeants que d’autres. L’apothéose ici de ce grand délire festif étant le fameux carnaval à la dernière journée. Sur les ondes, tout le monde énervé parlait alors en même temps, c’était complètement dément à gérer. Juste pour vous dire lors de ma première année en 2007, le département de sécurité avait en charge la responsabilité de 400 000 personnes sur le site (soit près d’une personne sur 20 au Québec). D’ailleurs, lors de cette année-là, ce ne fut pas moins de 22 appels d’ambulance que notre centrale avait transités. Vous comprendrez alors toute l’importance de maintenir fluide le fameux couloir de sécurité dans le site.

Une deuxième année… à l’heure du PPP

Mais là, je me rends compte que je ne vous ai narré que ma première année à Juste pour rire. D’entrée en 2008, il eut un gros changement dans l’organisation du festival… et non le moindre socialement. En effet, le P.D.G. Gilbert Rozon aura cédé aux pressions du SPVM (service de police de la Ville de Montréal) quant à essayer leur nouveau service de sécurité. Concrètement cette année, vous devez ainsi déduire que les cadets (de la police) avaient littéralement remplacé l’ensemble de notre ancien département de sécurité. Alors, non seulement Rico n’était plus de la partie, mais PAC et moi étions en quelque sorte orphelins de département.

Vous comprendrez ici que le sujet était sensible : d’un côté, dans l’âme nous étions solidaire à nos anciens camarades (et du système nous faisant travailler), de l’autre, nous étions tout de même engagés au succès de l’entreprise. Puis, en tant que socialiste, j’ai beau craindre les PPP et la privatisation de la sécurité/police (avec les fonds publics), sur le plan humain toutefois, j’aurai tout de même apprécié travailler avec la police.

•En référence, lire ici sur la Cyberpresse, Des cadets rivalisent avec le privé

Mais bon, peu importe mon rapport courtois avec les forces policières, je dois avouer que d’un point vue professionnel justement, le fait que notre centrale ne pouvait plus directement diriger les agents d’accueil, il y a avait une grosse perte d’efficacité quant au transfert de la communication. Concrètement, au début du festival, il prenait près d’une demi-heure aux cadets pour fermer le site à la circulation automobile (en comparaison avec le département de sécurité en 2007, notre pire score fut de 11 minutes). La résultante est que toutes les activités artistiques s’en retrouvaient ainsi décalées (je vous laisse deviner après qui devait négocier avec la régie). Toutefois, je dois admettre que la situation s’améliora considérablement… lorsque PAC prit en main l’opération de fermeture sur la fréquence policière. Franchement, des fois, je pense que nous avons été principalement réengagés afin de transmettre notre expérience logistique au SPVM.

Image de prévisualisation YouTube Voir ici un extrait d’ambiance du travail à la centrale radio
Image de prévisualisation YouTubePuis parlant de la régie et sa directrice, je vous offre ici une perspective originale sur Chantale Poirier et le festival.

Bref, cette année à la centrale radio, si d’un côté nous avons été déchargés de plusieurs responsabilités, nous avons pu davantage profiter de notre expérience. D’ailleurs, ayant plus de temps à ma disposition, je me suis développé une spécialité à suivre et prédire la météo pour le festival. Et là, comprenez que je ne vous parle pas de simplement lire les petites prévisions sous les icônes du site Météo-Matante, mais bien d’évaluer l’évolution de la température à chaque demi-heure. En effet, non seulement les techniciens sur le site veulent évidement être avertis d’avance en cas de flotte, mais il en va aussi de l’ensemble des activités artistiques. Alors, je vous jure que ce n’est pas toujours évident d’être le quasi-responsable de la fermeture de pareille entreprise.

Image de prévisualisation YouTubeJe vous laisse ici un fragment d’ambiance d’une alerte météo à la centrale radio. Puis ci-bas, les liens Internet que je consultais afin de faire mes topos météo.

A la dernière journée finalement, au bout du rouleau, ayant 16 jours de fatigue cumulés dans le corps et l’esprit, PAC et moi avons convenu avoir été au bout de notre expérience au festival. Sur le coup, un peu tannés de composer avec les divers égos de nos collègues, nous avions juste hâte de retrouver le silence radio. Pire encore, nous avons même questionné le sens existentiel du festival (de l’hérésie). Mais avec du recul, je constate que travailler au festival fut une expérience très enrichissante ; et je parle surtout ici dans la dimension humaine.

Le travail est fini, mais quand même, il faudrait bien se revoir un jour mon PAC

Bien sûr, je n’aurai jamais l’âme d’un festivalier ; mais d’avoir pu travailler dans l’organisation d’un festival, ce fut tellement plus intéressant que d’y assister publiquement. Et surtout, quoi que puissent être les frictions de nos personnalités excentriques (on est tous zinzins dans ce festival), le festival m’aura fait rencontrer une myriade de personnes en marge des conventions.

En conclusion, je pense que le festival Juste pour rire est un genre d’hommage à la vie : un chaotique torrent humain exprimant la folie des forces nous animant. Mais sincèrement, ou est-ce que tout cela nous mène ?

J’ai reçu mon invitation au festival du monde, et j’ai joué tant que j’ai pu
Rabindranàth Tagore

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2 Commentaires

  1. -Pac à CB…

    -CB à l’écoute…

    -Excellent blog mon CB, que de bon souvenirs tu me rappel. Ce fut un plaisir de travailler avec toi. Autant que j’étais écœurer du JPR la dernière journée, autant la lecture de ton texte me redonne encore l’envie de me lancer dans cette folie pour une 3e année. Qui sait…on verra bien. On s’appel sous peu pour une bière

    -Terminé…

  2. J’ai souri d’un bout à l’autre.
    J’aurais toujours le souvenir des fins de nuit folles dans le sous-sol d’appart… Merci encore de m’avoir fait bénéficier de tes privilèges VIP.

    Anne-Marie Provost| lire ici le dernier article de son blogue: Début de campagne personnel

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