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Posté par le 8 mars 2007 dans Politique nationale, Souvenirs

L’arrivée de Josée Legault comme chroniqueuse au journal Voir

Josée Legault

L’histoire d’une boucle bouclée

Jeudi dernier, en allant payer mon loyer à la caisse populaire, quelle ne fut pas mon heureuse surprise de constater la présence de la politicologue Josée Legault en ouvrant le journal Voir. En effet, cette dernière vient d’y être embauchée comme chroniqueuse régulière : Voix publique est le nom de sa nouvelle rubrique. Assurément, Voir vient de faire un grand coup ici (sans jeu de mots). Déjà que j’applaudissais l’intégration du génial François Parenteau au journal, déjà que je me sentais soulagé par le départ de l’infect Richard Martineau, voilà que maintenant, ma chroniqueuse préférée y fait son entrée. Wow! En tout cas, pour ma part, il va sans dire que de facto, je redeviens un lecteur assidu du Voir.

Mais, quand j’y pense vraiment, c’est incroyable comment la vie peut mener à des tournants spectaculaires, des rebondissements de situations que jamais personne n’aurait par le passé appréhendés. Ainsi, des fois, nos destins se croisent et se décroisent : or c’est un peu mon cas ici avec Josée Legault et le journal Voir. Voici donc une narration de la genèse de mon historique avec mon illustre voisine.

L’histoire d’un combat

L’esprit collectif du Québec a probablement connu l’existence de Josée Legault durant le référendum de 1995. Alors chroniqueuse politique couvrant la scène parlementaire, le sénateur Jacques Hébert avait traité cette dernière de «vache séparatiste»… une phrase qui sera captée par une caméra et qui fera le tour du pays en ébullition. Puis, après l’amère défaite du OUI, ce fut la grande démobilisation. Cependant, par ses chroniques lucides et passionnées au journal Le Devoir, Josée Legault battait encore le tambour. Or, ce fait est d’autant plus méritoire, car à ce moment, il faut se rappeler que c’était une période sombre pour le mouvement souverainiste. En effet, alors dirigé par Lucien Bouchard, le PQ était dans une logique résignée de gouvernance provinciale, puis, celui-ci orienta le Québec vers la droite du spectre politique. Ainsi, par sa passion du pays à faire, Josée entretenait un espoir chez les militants de l’option… car oui, en ce temps-là elle était l’une des dernières à toujours parler de souveraineté.

Dans le Plateau Mont-Royal, précisément dans le comté de Mercier, des militants souverainistes voulurent donc envoyer un message concret de leur malaise à la direction de «leur» Parti. Pour se faire, nous allions contester au Parti québécois l’investiture de notre député sortant, Robert Perreault, en proposant un autre candidat. Puis, le nom de Josée Legault s’est logiquement imposé comme candidate de notre mouvement. Sincèrement, ce n’était pas une situation évidente pour personne, à commencer pour Josée (qui d’ailleurs dut préalablement quitter son emploi au Devoir avant de se lancer dans la piscine de l’histoire).

De mon côté, ce moment fut vraisemblablement aussi ma naissance politique. En effet, jusqu’alors, j’avais toujours été dans l’ombre à mon père à faire le bon soldat dans ses opérations politiques. Or ici, si je salue toujours son initiative d’avoir instigué le «mouvement Josée Legault 1998 », j’ai dû prendre mes distances avec mon père lorsqu’il se rebella (pour des raisons personnelles) contre notre candidate. En effet, je croyais profondément à la pertinence de notre action, et je trouvais totalement irresponsables les luttes intestines dans «le clan Josée». Puis, quand mon père commença à saboter le mouvement qu’il avait lui-même engendré, à mon tour, par association à ce dernier, je me retrouvai isolé de l’organisation de ma candidate. Ainsi, moi qui étais fan des chroniques de Josée Legault, moi qui avais tenté de raisonner mon père sur le sens de ses actions démobilisatrices, moi qui voulais vivement me battre pour faire gagner les (nos) idées de Josée… hé bien je me retrouvais sottement exclu du champ de bataille.

C’est donc dans ces circonstances que j’ai écrit mon premier texte politique. À dire vrai (comme il m’arrive si souvent), c’était un peu en désespoir de cause. En effet, si la campagne de Josée avait démarré en lion (grâce entre autres à l’effet de surprise) l’équipe de Robert Perreault (totalement appuyé par l’organisation nationale du Parti) devenait cependant plus forte à chaque jour. Ne sachant donc quoi faire, j’ai écris la situation telle je la concevais. Le résultat fut (je le constate maintenant) un texte au ton immature, agressif au possible et inutilement personnalisé… mais qui garde toutefois le mérite d’avoir été visionnaire sur la position du mouvement souverainiste dans le temps. Bref, après avoir terminé la rédaction du texte en question, j’ai cherché à trouver un moyen de le diffuser. Or, à ce moment, au début de l’Internet, n’étaient pas légion les médias permettant aux simples citoyens de pouvoir s’exprimer. Ainsi, allez savoir pourquoi, je m’étais mis dans la tête que le journal Voir allait diffuser ce texte dans la rubrique «Grandes-gueules ».

Il est vrai, à ce moment, je m’identifiais encore à ce journal culturel et gratuit. En effet, durant ma jeunesse, je me faisais une fierté de suivre la scène musicale «alternative» en lisant le Voir chaque jeudi. En ce sens, j’appréciais beaucoup le travail de Laurent Saulnier ; puis, je me suis mis à lire aussi l’excellente rubrique «Droit de Cité» d’Éric Grenier. Or, sans trop vraiment lire les contributions du rédacteur en Chef, Richard Martineau, je percevais tout de même ce dernier comme un indépendant d’esprit. Je pensais donc naïvement que sieur Martineau allait sympathiser avec les propos de mon texte. Évidemment, mon article ne fut jamais publié.

Complètement frustré, pris au dépourvu à moins de quatre jours de l’investiture en question, j’entrepris alors cette folle idée de porter mon texte, en personne, aux domiciles des membres du PQ de Mercier. Ce que je fis, donc, tout le samedi… jusqu’à ce que mon père téléphona pour me demander d’arrêter la distribution du texte, prétextant que sa diffusion était une dépense électorale non autorisée. Ainsi, après une longue réflexion, je suis arrivé au raisonnement que nul n’allait empêcher mon droit démocratique à l’expression. J’avais cette pulsion de transmettre une alarmante vision du futur, une conception politique que je croyais d’intérêt public pour le mouvement indépendantiste… or, ce n’était surtout pas une directive financière qui allait me résigner à la censure.

censure

(D’ailleurs, le sujet ici est plus que jamais d’actualité, quand avec la même logique argumentaire, le Directeur général des Élections du Québec à tenté de faire fermer des blogues de citoyens qui osent exprimer leurs opinions politiques en période électorale. Tant qu’à faire, le DGEQ devrait aussi demander des comptes aux journalistes du journal La Presse pour leurs opinions fédéralistes… voire, les opérations politiques de ce journal qui peut délibérément fabriquer des premiers titres mensongers. Ainsi, face à l’émergence des nouveaux médias, je constate à quel point, encore, le système politique de mes aînées intègre difficilement le concept de libre expression individuelle. En ce sens, j’espère que l’actuelle élection au Québec aidera à l’acceptation sociale du nouveau rôle démocratique des blogues.

Ainsi donc, faisant fi de la directive paternelle, complètement déchaîné, j’ai poussé ma démarche à un autre niveau en distribuant directement mon texte sur le plancher de l’investiture. En effet, peu m’importait alors les conséquences, l’intérêt collectif me commandait de foncer. À ce moment-là, c’était littéralement la cohue, l’atmosphère y était tellement survoltée que tout m’apparaissait surréel. Puis, la distribution de mon texte m’octroya le «privilège» de me faire reconduire à l’extérieur par deux gorilles du Parti, jusqu’à ce qu’une attachée de Gilles Duceppe les y rappelle à l’ordre. Finalement, il y eut une accalmie générale après le vote … puis Josée perdit face à Robert de quelques voix.

Après la défaite de Josée Legault à l’investiture péquiste de Mercier en 1998 donc, il y eut pendant plusieurs mois un réel ressac de l’activité politique dans le quartier. Les apparatchiks du Parti québécois avaient gagné quelques mois de salaire tranquille, les militants souverainistes étaient partis lécher leurs plaies dans leurs coins respectifs. Évidemment, Josée aussi avait disparu quelque temps des écrans radars; mais comme il arrive si souvent en politique, telle la marée pour la plage, il y a toujours des périodes naturelles de regain d’intérêt citoyen. Ainsi, finalement, cette accalmie préparait les circonstances du terrain pour l’élection partielle de 2001 dans Mercier, la défaite surprise du Parti Québécois dans celle-ci, l’émergence d’Amir Khadir et de l’UFP, puis, l’entrée de Josée Legault comme conseillère spéciale du premier ministre Landry… jusqu’à l’élection de Daniel Turp en tant que député de Mercier. Avec du recul, il est vraiment fascinant d’analyser la relation de notre contexte actuel en fonction des diverses circonstances du passé. Évidemment, de plusieurs façons, l’histoire nous révèle aujourd’hui que cette investiture fut une journée charnière dans le paysage politique du Québec. (D’ailleurs, projetant d’écrire un livre sur l’histoire politique du Plateau Mont-Royal, j’approfondirai bientôt le sujet pour l’occasion. Je l’avoue ici, tout le texte que vous lisez présentement est en quelque sorte un «teaser » pour mon livre projeté).

Tout cela pour dire que lorsque nous perdâmes en 1998 les chroniques de Josée Legault, ma première référence politique au Québec, je ressentis alors un grand vide intellectuel dans nos médias. Or, socialement désorienté, rempli de ressentiment à l’égard du système médiatique, je me suis rabbatu à ne lire que le quotidien indépendantiste sur Internet, Vigile. (Par ailleurs, c’est autour de cette communauté Web que j’ai commencé à promouvoir activement la révolution des médias par l’Internet. Nécessité oblige, j’évoquais déjà alors les concepts de ce que nous appelons maintenant le Web 2.0). C’est donc dans ce contexte que j’ai commencé à réellement m’intéresser aux articles de Richard Martineau.

En effet, j’étais furieux de constater que ce dernier émettait des grossières références à Josée Legault et son précédent mouvement politique (par déduction, j’avais ainsi compris qu’il avait finalement lu mon texte sur l’investiture péquiste Mercier). Par ailleurs, j’étais aussi stupéfait de découvrir que le rédacteur en chef du journal Voir, journal théoriquement de gauche et culturel, se servait de sa tribune pour attaquer sournoisement le mouvement souverainiste. Sa méthode : défendre le statu quo politique en ridiculisant par amalgame l’ensemble des forces progressistes de notre société. D’ailleurs, c’est ici que j’exècre davantage Martineau par rapport aux pathétiques éditorialistes de La Presse. Effectivement, ces derniers sont clairement identifiés à l’ordre fédéraliste, et n’ont en ce sens à mes yeux, aucune crédibilité (des fois cela en est presque drôle). Tandis que le Voir lui, ayant été un journal «alternatif» auquel je m’identifiais, il m’exprimait nettement ce sentiment d’avoir été trahi. Bref, en découvrant le réel positionnement politique de Richard Martineau, j’ai considéré alors ce dernier comme l’incarnation par excellence du parvenu prêt à toutes les acrobaties intellectuelles pour monter les échelons sociaux.

Mais bon, la vie peut être bien faite ; dorénavant, c’est bien des gens comme Josée Legault et François Parenteau qui écrivent dans le journal Voir. (Et d’ailleurs, Legault et Parenteau ont ceci en commun, qu’ils ont par le passé été «remerciés » par un employeur à cause de leurs opinions indépendantistes). De l’autre côté, si Ricky Martineau a bien réussi à monter d’un échelon salarial avec son nouveau poste au Journal de Montréal, il est toutefois rendu dans un endroit à la mesure de son réel niveau intellectuel.

Riri le clown

Riri le clown gagne sa vie à générer des contreverses socialement stériles :
Une recette facile… politiquement impertinent.

Finalement, pour le meilleur et pour le pire, n’importe quelle organisation peut radicalement muter dans le temps. Or, plus que jamais, je pense maintenant que c’est le positionnement d’une minorité d’individus dans une organisation donnée qui donne l’orientation globale à celle-ci. Un simple changement de poste quelque part, et paf, vous pouvez vous retrouver avec un Québec indépendant… voire, un Parti québécois fédéralisant. De la sorte, je pense qu’il est de la responsabilité collective de surveiller l’allégeance de ses représentants institutionnels. Aujourd’hui, je me suis réconcilié avec le journal Voir ; mais puisque tout est en évolution partout, ma fidélité ne sera jamais aveuglément acquise à rien ni personne.

En attendant de féliciter Josée au hasard d’une rue du Plateau, quitte à nous repartir encore dans une discussion interminable, je suis en extase d’avoir repris contact avec son bel esprit couché sur papier. D’ailleurs, comment dire ici que suis encore indécis quant à mon vote pour le prochain scrutin provincial le 26 mars… cependant, je peux tout de même affirmer que ce dernier sera toujours influencé par les propos de celle, qui à ce jour, demeure dans mon âme et conscience ma candidate. Il est vrai, Josée n’a plus rien à prouver sur la sincérité intellectuelle de ses propos.

Aujourd’hui, jeudi, je me suis empressé en avant-midi d’aller chercher le Voir au dépanneur du coin. J’y ai alors rencontré Bruno Bourret, l’un de mes anciens collègues livreur du Voir justement. En lui annonçant la bonne nouvelle sur l’embauche de Josée Legault au journal, celui-ci m’apprend que le patron recherche à engager deux nouveaux livreurs. Tiens, tiens… je pense bien que le destin me fait signe de reprendre du service. Cependant, cette fois-ci, je serai doublement motivé, car je crois profondément au bien-fondé de la conscience de Josée.

En 1998, je distribuais dans le Plateau des tracts péquistes pour l’élection de Josée Legault ; neuf ans plus tard, je distribuerai carrément ses chroniques partout à Montréal. Quelque part, finalement, je pense que c’est mieux ainsi. Mais une chose est sûre cependant, si au lendemain de l’investiture péquiste de Mercier en 1998, vous m’auriez dit que Josée Legault deviendrait chroniqueuse au journal Voir… et qu’en plus, je livrerais moi-même ce dernier ; hé bien, j’aurais assurément pouffé de rire.

Je vous laisse donc ici le lien du Voir à la rubrique Voix publique de Josée Legault. D’ailleurs, vous y constaterez l’extraordinaire qualité des interventions des internautes. Comme quoi, concrètement, Josée Legault contribue à l’évolution de la réflexion collective au Québec.

C’est son caractère qui fait à chacun sa destinée
Cornelius Nepos

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