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Posté par le 22 août 2008 dans Interpersonnelle, Portraits

Hommage à Mimi

Plongeon

Je ne suis pas un fan des Jeux olympiques; d’ailleurs, les jeux 2008 à Pékin, je ne les ai toujours pas encore regardés. Mon boycottage n’est pas idéologique (quoique l’image insidieuse des athlètes québécois drapés dans l’unifolié m’horripile), simplement que l’intérêt me manque… il y a beaucoup d’épreuves fastidieuses, beaucoup trop de publicité aussi. Mais pour nous les Boileau, il y a aura toujours une épreuve qui demeura spéciale ; ceux qui connaissent Myriam Boileau comprendront de quelle épreuve il s’agit.

Alors oui, je l’avoue, je suis personnellement affecté par la médaille d’argent obtenue hier par Émilie Heymans en plongeon. En effet, pour avoir encouragé ma cousine durant autant d’années dans cette épreuve, je saisis très bien la valeur de cet objet métallique ; expression ultime d’une vie de travail et d’excellence. Mais à dire vrai, mon sentiment est trouble… je ne suis pas si heureux de réaliser que l’historique rivale de Myriam sera maintenant perçue comme «notre» championne. D’accord, d’accord… il n’y a aucune objectivité dans mon sentiment ; mais c’est vrai, la championne pour moi ce sera toujours Mimi.

D’un point de vue rationnel toutefois, il faut dire que tout peut se jouer sur des détails (surtout en plongeon) ; et pouvoir remonter le temps et refaire l’histoire, je suis convaincu que Myriam pourrait certainement atteindre l’or olympique à son cou. D’ailleurs, Mimi a bel et bien été championne du monde à la tour de 10 mètres; mais c’était en 1997… entre deux Jeux olympiques. Tout cela est bien abstrait, voire quelquefois injuste.

Je me rappelle en 1996, Mimi était alors classé 9e au monde. À ce moment-là dans l’ombre de la fédéraliste Annie Pelletier, la séance de qualification canadienne en vue des jeux d’Atlanta se déroulait à Victoria. Malheureusement pour Mimi, nous n’avions même pas besoin d’être expert en plongeon pour nous apercevoir que les juges favorisaient l’espoir local, une dénommée Paige Gordon. Effectivement, il était révoltant de constater que Gordon avait des notes surévaluées malgré qu’elle ratait systématiquement ses entrées à l’eau (autant d’éclaboussures pour un gabarit aussi menu étaient même un exploit selon le point de vue). D’un autre côté, Myriam avait des notes moyennes malgré son habituelle chorégraphie. Mais voilà, que pouvons-nous faire quand tout est joué d’avance ?

Quand Myriam en arriva finalement à fondre en larmes devant tout le «pays», moi je hurlais de rage devant la télévision, maudissant les Anglais… allégeant même une quelconque décision politique. Imaginez un peu, cette arbitraire séance de qualification éliminait le rêve olympique de la 9e plongeuse mondiale, refilant plutôt sa place à une obscure participante. Franchement, non seulement il aurait été plus «winner» de déterminer les deux plongeuses canadiennes selon leur classement mondial, mais dans un pays indépendant, je saisissais que Myriam aurait été notre représentante (à ce moment, je vous rappelle que nous étions une année après le référendum). Finalement, la prestation de Paige Gordon à Atlanta fut évidemment catastrophique.

La revanche de Mimi

Mimi aurait très bien pu se laisser décourager en  abandonnant la compétition, elle aurait aussi très bien pu écouter le délire politique de son cousin et s’expatrier en France. Mais mimi aura préférer se cracher dans les mains et focaliser sur l’entraînement. Puis, vous l’aurez compris, Myriam aura finalement terminé avec la médaille d’or aux jeux mondiaux de Mexico en 1997. Toutefois, puisqu’il est dit que l’or des jeux mondiaux n’est rien à comparer de l’expérience olympique, Myriam visa alors les Jeux de Sydney. Mais voilà, il n’y avait plus juste Annie Pelletier dans le décor, mais bien cette nouvelle prétendante dénommée Heymans.

Nous revoilà donc à l’an 2000 en séance de qualification.  Mais cette fois-ci à Montréal, la réelle compétition se déroulera formellement entre les trois Québécoises. L’ambiance est lourde ; l’assistance est vraisemblablement surtout composée par les proches des plongeuses. Je suis d’ailleurs toujours surpris par ce silence de mort régnant dans la piscine lorsqu’une plongeuse se prépare à sauter. Mais horreur, je me rappelle très bien de ce retentissement toussotement déchirant le silence lorsque Myriam enchaina son 4e plongeon. Myriam ratera ainsi complètement sa figure ; il nous restait alors qu’à prier qu’Heymans rate elle aussi son dernier plongeon. Désespéré, je ferai discrètement le petit signe que Zak m’a enseigné afin de jeter un mauvais sort à Heymans, mais peine perdue, cette dernière se classera pour le Jeux de Sydney.

«En 2000, je me souviens que l’épreuve de sélection à Montréal avait été très serrée entre Myriam Boileau et moi. Myriam avait trois points d’avance sur moi en finale. Mais j’avais réussi deux très bons plongeons avec des coefficients de difficultés élevés. Obtenir mon billet pour aller aux Jeux de Sydney demeure l’un des plus beaux moments de ma vie.»
– Émilie Heymans

Myriam Boileau, un réel exemple de détermination

Il faudra ainsi attendre quatre années de plus avant que Myriam puisse finalement vivre son rêve olympique. Et encore là, Myriam aura surmonté une sévère blessure au dos (hernie discale) à l’aide d’un traitement expérimental afin de pouvoir revenir au sommet de la compétition.  A ce moment-là en 2004, Myriam finira 7e à Athènes. De mon côté, lorsque je regarda Myriam monter une cinquième et dernière fois sur la tour de 10 mètres… un mélange de fierté et d’ivresse envahissa mon être. Je sais comment Myriam a vraiment bavée pour s’être rendue là.

Image de prévisualisation YouTube2004 Olympic Games Visa Commercial – Nicole Forrester, Myriam Boileau, Brent Hayden, Jody Holden

Biographie de Myriam Boileau

Myriam s’intéresse au plongeon depuis l’âge de dix ans et elle se spécialise dans l’épreuve à la tour de 10 m. Un moment-phare de sa carrière a été sa victoire d’une médaille d’or de la Coupe du Monde en 1997. Cette victoire lui a valu l’honneur distinctif d’être la première plongeuse canadienne à remporter une médaille d’or sur la scène internationale depuis 1984.

En 2002, au sommet de sa carrière, Myriam a subi une blessure grave au dos qui l’a empêché de participer aux compétitions pendant plus d’une année. Après sa guérison, sa détermination et ses talents lui ont permis ce qui pour elle est le point saillant de sa carrière, la participation aux Jeux Olympiques de 2004 à Athènes.

Myriam est née et a grandi à Blainville. Elle étudie actuellement à l’Université de Montréal dans le but d’obtenir un diplôme de travailleuse sociale. Myriam a récemment pris sa retraite de la compétition.

Image de prévisualisation YouTubeEntrevue avec Myriam Boileau

Fait Saillants de la carrière sportive de Mimi

Championnats nationaux séniors d’été, 2006
A obtenu la 4e place au 10 m
Championnats nationaux séniors d’été, 2005
Performance qui lui a permis de décrocher la médaille d’argent au 10 m
Grand prix chinois, 2005
7e place au 10 m
Jeux Olympiques été 2004, Athènes
7e place au 10 m
Essais pour les Jeux Olympiques, 2004
Gagnante de la médaille d’argent au 10 m
Championnats nationaux séniors d’hiver
Remporte la médaille d’argent au 10 m
Jeux du Commonwealth, Melbourne, 2003
5e place au 10 m
Championnats nationaux séniors d’hiver
Gagnante de la médaille d’argent au 10 m
Championnats du monde des sports aquatiques
Remporte la 5e place au 10 m
Grand prix FINA, Mexique, 2002
Obtient la médaille d’or au 10 m

Alors aujourd’hui, bien sûr, à chaque fois que j’entends parler de plongeon durant les Jeux de Pékin, je pense à ma cousine avec un petit pincement au cœur. Mais je me console, se rendre aux jeux olympiques était déjà un exploit. Puis, comme vous le constaterez dans la publicité de Visa ci-dessous, Mimi a l’air sereine dans sa retraite sportive.

Image de prévisualisation YouTubePublicité de Visa (2008) à propos de la carrière de plongeuse de Myriam Boileau

Mais quand même… ne me demandez pour autant de faire la paix avec Émilie Heymans. 😈

La valeur d’une personne se mesure non pas à la quantité des ses actes mais au degré d’amour et de persévérance qu’elle met pour les accomplir
– Cécile Fortier Keays

Je vous laisse, ci-dessous, avec cette lettre que j’avais écrite à Mimi et ma famille après sa prestation olympique en 2004…

—————

Chère Mimi…

C’est avec une excitation hors du commun que j’ai suivi les trois étapes de ta compétition à Athènes. Présent de cœur et d’esprit, je peux même t’affirmer que tu étais le centre de mes préoccupations pendant ces trois journées. Et d’ailleurs, c’est tellement vrai que, pour la première fois de ma vie, je me suis trouvé à pleurer de joie lorsque je t’ai vue interviewée après la demi-finale. Tu étais tellement heureuse et rayonnante, tu ne peux pas savoir à quel point j’étais ravi pour toi. À ce moment, ma nervosité a diminué; je comprenais que tu avais atteint ton objectif, le reste était du bonus… ou plutôt, la réelle gratification de ta carrière de plongeuse. Pour rien au monde, je n’aurais raté ce rendez-vous en temps réel avec toi, ton passage dans la conscience mondiale, ta grande sortie de piste du monde du plongeon.

Et comme de fait, le lendemain tu nous es apparue à la hauteur du moment, trônant au sommet de la tour au paroxysme de ton charme. Sereine, gracieuse et détendue, c’était une réelle joie de te voir profiter au maximum de ce chapitre ultime de ta vie d’athlète, de voir aussi tes parents autant fiers de toi (J’ai presque même fait abstraction du drapeau canadien de Mariette). À chacun de tes plongeons, je retenais littéralement mon souffle, au point des fois que s’en était presque incommodant. Mais heureusement pour nous, tu as été d’une constance exemplaire. D’ailleurs, je n’oublierai jamais ce puissant geste de satisfaction que tu as fait sous l’eau tout juste après ton dernier saut… tellement évocateur. Tu as su, Mimi, donner le meilleur de toi-même au moment de la compétition ultime.

Vraiment, en réussissant ta meilleure performance internationale aux jeux olympiques, tu as terminé ta carrière avec panache. Et même sans médaille olympique, tu dois vivre le dépassement comme une victoire; toi qui, de deux fois rien, n’avais pu prendre part aux Jeux d’Atlanta et de Sydney. Mimi, tu as enfin pu vivre ton rêve olympique… tu as célébré de belle façon ton passage dans le spectacle de l’humanité. Ce chapitre final boucle à merveille ce qui aura été une fabuleuse aventure à travers le monde.

Cependant, la vie continue. Sois sûre toutefois que toutes ces années à t’entraîner auront vraiment servi à te dépasser pour le mieux. Le monde ne te regardera plus jamais de la même façon, et toi non plus, tu ne regarderas plus jamais le monde dans la même perspective. Le devoir accompli, en équilibre avec toi-même, tu es maintenant prête à sublimer ton expérience de plongeuse et commencer ta nouvelle vie professionnelle. En effet, tu es rendue tout un exemple social de persévérance et de détermination; et ta propre excellence ne s’applique pas seulement à toi Mimi, mais a chacun d’entre nous. Ton histoire olympique est un peu la synthèse du sens de la vie, notre recherche de bien-être par la volonté d’évolution.

La consécration des efforts sportifs de toute une vie ce n’est pas rien. Bravo à toi Mimi! Et merci pour tout. Grâce à toi, j’ai le profond sentiment d’avoir vécu l’émotion des jeux olympiques.

Au plaisir de te revoir, toujours, en chair et en os.

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2 Commentaires

  1. En effet, bravo à nos meilleurs athlètes qui ont bien représenté notre pays.

    Les jeux olympiques (TM) ont perdu beaucoup de leur lustre. C’est une histoire de gros sous, d’avocats et d’intérêts privés aux dents longues.

    En passant, les olympiques s’écoutaient mieux avec un PVR parce qu’on peut « skipper » toutes les annonces (et il y en avait une tonne — toujours les mêmes).

    Claude Gélinas| lire ici le dernier article de son blogue: Nous sommes en élections fédérales!

  2. Myriam nous a fait vivre bien des émotions, et ce tout au long de sa carière. Dans mon cas, bien évidemment, je ne l’ai connue que lorsqu’elle a atteint des niveaux élevés de compétition. Je ne l’ai pas connue « personnellement », juste parce que je suivais les compétitions.

    On pourrait parler longtemps de sa personnalité, de sa persévérance, de son élégance et de ses qualités esthétiques. J’ajouterai que « photographiquement » elle était vraiment spectaculaire. Elle était grande, musclée à souhait, avec de longues (très longues) jambes, bref un corps assurément harmonieux qui cadrait parfaitement avec la grâce requise pour son sport. Ce fut absolument un plaisir de la voir évoluer, et réussir!

    On lui souhaite toutes les chances dans la poursuite de ses rêves.

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