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À propos

À propos

Je suis moi-même la matière de mon livre
– Michel de Montaigne

Avec le recul, je comprends que certaines vies se racontent moins par les événements que par les lieux qui les ont vues naître.

Dans le Plateau-Mont-Royal de mon enfance, les soirées prenaient souvent la forme de longues discussions politiques. Les cuisines d’appartements et les salles paroissiales devenaient alors des lieux de débats où l’on parlait de langue, de culture, d’indépendance et de justice sociale. Pour l’enfant que j’étais, ces conversations formaient le paysage sonore d’un quartier où la politique n’était pas une abstraction, mais une présence vivante.

Lorsque mon père s’est installé dans le quartier au début des années 1980, le Québec sortait tout juste de la défaite du référendum sur la souveraineté. Pour plusieurs militants indépendantistes, il fallait déjà penser à la suite et retrouver l’élan nécessaire pour relancer le mouvement. Mon père a alors trouvé tout naturel de s’impliquer dans la vie politique du quartier en se joignant à l’organisation du légendaire député Gérald Godin. Ainsi, la vie militante est entrée très tôt dans le décor de mon enfance, presque comme une seconde respiration du quotidien.

À cette époque, bien avant l’arrivée d’Internet et des courriels, la communication politique passait encore largement par le papier. Distribuer des lettres, des bulletins et des documents faisait partie du travail militant ordinaire. Très tôt, j’ai moi-même participé à cette activité en agissant comme facteur régulier auprès des membres du Parti québécois de mon quartier; et cela durant plusieurs années.

Photographie de Carl Boileau adolescent dans le Plateau-Mont-Royal, alors qu’il participe à la vie militante du Parti québécois en distribuant du matériel pour l’équipe du député Gérald Godin. Cette image évoque les débuts d’un engagement politique formé dans l’effervescence militante du quartier.

En 1989, je participais déjà à la vie militante de mon quartier en distribuant du matériel politique pour l’équipe du député de Mercier Gérald Godin.

Peu à peu, ces conversations et cette vie militante sont devenues le décor familier de mon enfance.

C’est dans cet environnement, fait de discussions animées et d’engagement citoyen, que s’est formée une grande partie de ma conscience politique.

J’ai donc grandi sur le Plateau-Mont-Royal, qui demeure pour moi une véritable terre d’origine. C’est dans ces rues, ces ruelles et ces parcs que j’ai appris à regarder le monde et à comprendre peu à peu la société dans laquelle je vivais.

Le Plateau a été mon point de départ, mais le Québec est devenu mon horizon.


Je m’appelle Carl Boileau. Diplômé en multimédia au tournant du millénaire, j’ai très tôt vu dans le web un espace de création et de réflexion, un territoire nouveau où la parole pouvait circuler librement et où l’on pouvait tenter de donner forme aux idées, aux souvenirs et aux questions qui traversent une vie.

Au début des années 2000, mon engagement politique m’a conduit vers la politique municipale. J’ai participé à la fondation du parti Projet Montréal.

Lors des élections municipales de 2005, je me suis présenté dans le district De Lorimier comme candidat colistier du chef du parti, Richard Bergeron. Cette année-là, je surprenais les pronostics en remportant mon élection, devenant ainsi le seul élu de Projet Montréal lors de ce scrutin. Cette victoire a permis au parti de faire son entrée à l’hôtel de ville et d’y établir sa première présence politique.

Après cette première expérience politique concluante et la mission que j’avais remplie comme colistier, on m’a proposé de poursuivre cet apprentissage autrement. L’année suivante, en 2006, j’ai eu l’occasion de me rendre en France pour effectuer un stage politique à l’Hôtel de Ville de Paris. Je me suis alors retrouvé à travailler comme attaché politique auprès des Verts dans la capitale française, où j’observais de près les politiques urbaines et environnementales mises en œuvre dans une ville alors dirigée pour la première fois de son histoire par un maire socialiste.

C’est dans ce contexte que j’ai lancé ce blogue en 2006, à une époque où les médias sociaux n’avaient pas encore transformé notre manière de communiquer. Il me permettait de maintenir un lien vivant avec le Québec et de raconter, au fil des semaines, cette expérience politique vécue à distance de mon milieu. Au départ, il ne s’agissait que d’un carnet de bord.

Paradoxalement, c’est aussi en habitant en Europe que j’ai pris conscience plus clairement de mon appartenance au Québec et à l’Amérique du Nord. La densité des villes européennes et leur rapport au territoire m’ont fait mesurer à quel point notre relation à l’espace est différente ici.

Le Québec est vaste, ouvert, traversé d’un immense fleuve et de forêts, de distances qui façonnent notre imaginaire collectif. C’est dans cet écart entre deux continents que j’ai redécouvert, presque instinctivement, mon attachement à cette terre.

Sans l’avoir vraiment prévu, cet espace d’écriture s’est prolongé bien au-delà de ce séjour et est devenu, avec les années, un fil discret mais constant à travers ma vie.

Pour ceux qui souhaitent comprendre plus intimement le sens que j’accorde à cette idée de cheminement, j’ai raconté ce moment charnière dans un texte plus personnel : Éveil et ascension : mon long parcours vers le mont Washington.

 


De retour à Montréal, je me suis réengagé dans la vie municipale et j’ai été élu conseiller d’arrondissement du district De Lorimier dans le Plateau-Mont-Royal, un mandat que j’ai exercé jusqu’en 2013.

Équipe de Projet Montréal célébrant les premiers résultats électoraux lors de la soirée du 1er novembre 2009 dans le Plateau-Mont-Royal.

Soirée électorale de Projet Montréal dans le Plateau-Mont-Royal en 2009

Ma défaite électorale cette année-là a marqué un tournant important dans ma vie. Avec le recul, ce moment s’est révélé presque providentiel. Il m’a ouvert la porte d’un nouveau parcours professionnel, celui de l’horticulture.

Aujourd’hui, je travaille comme horticulteur à Montréal et je poursuis en parallèle un baccalauréat en enseignement. Le contact quotidien avec les plantes, les arbres, les saisons et les paysages m’a rapproché d’un monde qui m’a toujours attiré.

Carl Boileau dans son bureau à Montréal tenant sa chatte Jade près de la fenêtre entourée de plantes.

Dans mon bureau à Montréal, accompagné de Jade, ma fidèle compagne féline, entre livres, plantes et écrans où prennent forme mes réflexions.

Avec le temps, j’ai compris que ma vie s’était organisée autour de deux fidélités profondes. L’une appartient à la terre, aux paysages et aux saisons qui façonnent le territoire du Québec. L’autre relève d’une idée, celle de voir un jour ce peuple devenir pleinement maître de son destin.

Si je devais résumer le fil de mon parcours, je dirais qu’il oscille depuis toujours entre deux attachements, la beauté sauvage du territoire québécois et le rêve tranquille de le voir un jour devenir un pays.


Au fil des années, ce blogue est devenu un lieu où plusieurs dimensions de mon existence se rencontrent. J’y écris sur la nature, la mémoire, la politique québécoise, la culture et le cinéma.

D’ailleurs, le cinéma occupe toujours une place particulière dans mon parcours. J’ai étudié la scénarisation cinématographique en 2004 à l’UQAM, une formation qui nourrit aujourd’hui ma manière d’aborder les œuvres. Depuis 2024, l’écriture de critiques de films est devenue l’un de mes nouveaux dadas.

La musique demeure également au centre de ma vie. J’en écoute énormément. Je suis aussi réputé auprès de mes proches pour prendre une quantité presque astronomique de photos.

Mes plaisirs peuvent être simples. J’aime évidement regarder des films, écrire sur ce blogue et me balader toujours plus loin dans les espaces naturels qui entourent la ville. Et lorsqu’il est temps de décrocher complètement, suivre un match de football américain avec une bonne bière de microbrasserie reste l’une de mes pauses favorites.

À force d’écrire dans ces pages, je me surprends aussi à nourrir une certaine ambition littéraire. De manière parfois fragmentaire, j’y raconte des souvenirs, des lieux, des rencontres et des morceaux d’époque.

Peut-être est-ce simplement cela, au fond, que je continue d’y chercher. Garder une trace du temps qui passe, en espérant que ces fragments racontent un peu de l’époque que nous aurons traversée, comme se poursuivraient autrement ces longues conversations qui animaient autrefois les soirées du Plateau de mon enfance.

Car au-delà des analyses, des récits ou des réflexions, ce blogue est peut-être aussi devenu autre chose. Une manière de déposer, page après page, les traces d’une vie vécue dans un lieu précis, à une époque particulière de l’histoire du Québec.

Et si ces pages doivent un jour survivre à leur auteur, j’aimerais croire qu’elles raconteront encore un peu de ce que nous aurons été.

Carl Boileau au sommet d’une montagne les bras ouverts devant un vaste paysage du Québec.

Au sommet de la montagne, face à l’immensité du territoire québécois. Je suis arrivé à ce qui commence…

La vie est courte, mais elle est assez longue pour qu’on y laisse une trace
– Gilles Vigneault