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Posté par le 13 mai 2007 dans Cinéma, Philosophie-politique

The Thing (Analyse du film)

analyse du film

Ayant écris précédemment un article baignant dans l’esprit de la théorie de Gaïa, m’apprêtant à écrire une longue analyse sur les médias québécois à propos de leur couverture sur la souveraineté, sachant que l’ennemi politique est souvent dissimulé dans sa propre formation, « trippant » sur la biologie… je vous fais part ici d’une analyse en profondeur du film The Thing. Un classique de l’horreur, donc. Trop méconnue; à voir et revoir, dans plusieurs perspectives. Bon cinéma!

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En hiver 1982, dans une base scientifique située en Antarctique, 12 étasuniens, dont des chercheurs, s’aperçoivent que leurs voisins norvégiens se sont entretués suite à la découverte d’un engin spatial enfoui sous la banquise. Ces derniers avaient, semble-t-il, libéré des glaces une créature capable d’imiter à la perfection n’importe quelle forme de vie. La paranoïa s’installe et chacun se met alors à douter des autres…

Dans le « remake » de The Thing de John Carpenter sorti en 1982, le monstre prend plusieurs dimensions de l’horreur que le cinéma peut propager. D’ailleurs, ce monstre est vraisemblablement la pire entité menaçant l’humanité jamais inventée au cinéma. En effet, il s’avérerait probable que le monstre de The Thing mis en contact avec n’importe quel autre monstre de l’univers du cinéma l’emporterait facilement sur celui-ci de par ses qualités d’absorption et d’adaptation extra-ordinaires; or ses possibilités sont sans limites. Subséquemment, il est le pire cauchemar auquel pouvaient être confrontés les douze hommes isolés de l’avant-poste 31 en Antarctique. De la sorte que dans cette incroyable épreuve pour la survie, il se déclenchera chez le téléspectateur les mécanismes essentiels du suspense et de l’horreur. Comment et lesquels exactement? C’est ce que j’analyserai ici.

The thing

Le génie du film réside sans nul doute dans la capacité qu’a Carpenter de nous faire douter de chaque personnage et de filmer la peur et la méfiance qui s’emparent de chacun d’eux au fur et à mesure des révélations.

The Thing nous inquiète, nous déstabilise, nous alarme puis nous attaque fondamentalement quand nous constatons l’ampleur de la menace qu’il représente exactement. Il n’est pas qu’un monstre sanguinaire suivant linéairement son instinct, mais plutôt une entité multidimensionnelle se propageant insidieusement dans une communauté humaine. Cet ennemi intérieur est invisible, vit en nous de nos capacités intellectuelles et détient le potentiel d’atteindre virtuellement l’humanité au complet… il est le virus mortel contaminant une à une les cellules du corps humain. Nous assistons donc dans ce combat «immunitaire» à la lutte que mène la ligne de front pour la préservation de l’intégrité humaine. Nous sommes donc liés virtuellement à ces scientifiques devenus dans les circonstances les soldats de notre identité. En nous défendant pour garder notre intégrité corporelle et identitaire, ils représentent notre dernier espoir, le dernier rempart pour endiguer le mal voulant se répandre jusqu’à nous. Or, le processus d’identification fonctionne à merveille. (Fait à noter : en n’étant confinée qu’à un rôle de téléspectateur, notre impuissance à aider nos frères de sang agit dans The Thing comme un catalyseur de suspense; nous n’avons aucun contrôle sur le destin de l’humanité).

Mac Ready face à l'horreur

L’interprétation de Kurt Russell fait date également dans ce personnage de cowboy solitaire et froid, personnage mythique qui livre une bataille sans merci contre la chose, ne laissant la place ni à la pitié ni aux doutes.

Cependant, en imitant les formes de vie lorsqu’en présence de celles-ci, le monstre dans The Thing peut avoir l’apparence totale de n’importe quel homme et devenir littéralement celui a qui il à volé l’identité. C’est d’ailleurs un viol absolu si l’on considère l’aspect sexuel que j’aborderai un peu plus tard. Le suspense repose donc ici sur une paranoïa grandissante, et la tension est à son comble quand nous constatons que l’ennemi est définitivement à l’intérieur de nous. C’est lors de ce constat que l’intrigue dramatique entre brillamment en jeu: qui est qui? Et en même temps, que sommes-nous une fois contaminé? Si il est normalement facile de se prémunir du mal en définissant le monstre par des traits différents, il n’en est rien de tel avec celui dans The Thing qui camoufle son identité dans la notre. Comment alors reconnaître le monstre puisque celui-ci porte en surface l’identité de l’homme? Et donc aussi, comment se reconnaître entre intègres? La chose est donc sans identité définissable puisqu’elle imite la nôtre. Elle n’a pas de nom, elle est l’innommable… elle est nous. La question du moi est ici d’importance, ce n’est certainement pas notre apparence, donc notre extérieur, qui constitue notre identité. (D’ailleurs, la scène du test sanguin et celle du chien contaminé au milieu des autres chiens illustre à merveille le problème de la normalité au sein du groupe). Le moi comme le mal est donc insaisissable, croit-on le tenir qu’il est déjà ailleurs, déjà un autre. Ne serions-nous donc qu’une image, une représentation de l’altérité? Le moi ne se connaît donc jamais. Nous devenons un autre par la contamination, notre identité nous échappe et la chose devient la parfaite assimilation de cette apparence qui nous constitue tout entier. Finalement, on en arrive tranquillement à s’identifier malgré nous à cet assaillant qui confond par tous ses masques notre identité à la sienne. On ne sait jamais qui est la chose terrée dans notre intérieur, mais pourtant si fondamentalement extérieure à notre monde et notre à nature. La question du mal se trouve tout entière ici, extérieure ou intérieure, de nous ou en nous? Ainsi, selon l’angle du film, une personne en soi est à la fois la normalité et le monstre puisque que chacun peut être le monstre ou normal aux yeux de l’autre. « La Chose » est donc en sorte une forme d’alter ego de l’homme.

En ce sens, The Thing est métaphorique, car il joue sur le thème de l’incertitude de l’homme… face à l’homme lui-même. Le problème de la confiance est donc abordé dans le film à maintes reprises. Le manque de confiance des gens envers leur identité et donc des intentions de leurs semblables génère les incertitudes, les paranoïas, les peurs… et les conflits. De ce fait, il est intéressant de relater que le récit original ayant inspiré The Thing de John Carpenter, Who goes there, a été écrit au début des années 50, soit exactement pendant la chasse aux communistes provoquée par le sénateur républicain Joseph Mccarthy. À ce moment, la névrose collective des étasuniens était à son paroxysme et chacun soupçonnait son voisin d’avoir potentiellement des allégeances communistes (cela souvent sans même savoir de quoi il en était exactement du communisme). On peut donc soupçonner l’écrivain John W. Campbell de s’être servi de cet état d’esprit pour alimenter la peur de son monstre dans son récit Who goes there. Ainsi, le monstre dans The Thing pourrait très bien représenter la révolution, la menace contre la sérénité du système, mais aussi la destruction de la famille nucléaire patriarcale à cause d’une idéologie alternative qui corrompt l’identité de ses membres. En détruisant la cellule communautaire par l’intérieur, The Thing nous démontre aussi que notre société s’appuyant sur la famille ne tient que sur des petites brindilles à la merci de forces pouvant les couper sans trop de difficultés. Le groupe uni à l’origine comme les cellules du corps peut se scinder devant le danger et se retrancher dans l’isolement. De plus, le film illustre l’idée que nous ne pouvons séparer l’humain de ses instincts primaires et bestiaux. Dans The Thing, les repères instituant la civilisation explosent face à l’adversité, et chaque être humain retourne dans une sorte d’état primitif ne comptant plus que sur son instinct de conservation pour survivre en tant qu’individu.

La survivance de l’individu et la perpétuation de l’espèce sont des caractéristiques de toute forme de vie. Mais la chose est elle vraiment vivante? Pour y répondre, puisque la nature de la chose demeure en grand parti un mystère, je préconise l’analogie avec le virus. Rappelons que le virus est un agent infectieux, spécifiquement une simple chaîne d’informations génétiques (ADN) qui ne peut se reproduire qu’en parasitant une cellule en y détournant ces mécanismes internes. Le virus est donc à la frontière du vivant, car : il ne respire pas, ne se nourrit pas, mais s’adapte et se reproduit. Néanmoins, sa nature est liée à la nôtre, car nous sommes le relais, l’usine de transformation, entre l’individu contaminant et sa propre survie en tant qu’espèce. Ainsi, pour les virus nous sommes bien plus que de simple réserve de nourriture, des proies, mais bien plutôt des hôtes. C’est à dire un toit, un moyen de transport, un milieu propice au développement de la reproduction. Toutefois, si la chose n’était qu’un virus, il finirait par se développer une relation entre l‘hôte et le parasite s’inscrivant dans la durée et ne prenant fin qu’à la mort naturelle de l’hôte. Mais la chose elle n’est pas vraiment cachée à l’intérieur de l’individu, elle le devient en le répliquant totalement après l’avoir absorbé. En conséquence, bien que la chose ait besoin des formes de vie pour se reproduire, elle se fout carrément de la survie de l’espèce de ses hôtes de par son indépendance à une espèce spécifique. Élément d’autant plus troublant, la simple existence de la chose est une menace fondamentale à la survie de notre espèce. Avec la chose, la vie humaine perd son sens et les corps sont immoralement mutilés, déformés, défigurés et déchiquetés comme de vulgaires poupées en plastique. L’homme n’est plus qu’une sorte de « défouloir » pour elle qui n’a finalement besoin des formes de vies que pour se cacher et se reproduire. S’ensuit donc un genre de relation sado-masochisme entre la chose et nous.

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La vie n’est elle que combat et confrontation ? Dans la lutte sans merci entre les molécules d’ADN agissant par l’intermédiaire des organismes qu’elle fabrique, la notion de bien et de mal n’est déterminée que par l’efficacité à survivre. Pour l’évolution, les individus ne comptent pas. L’homme souffre de cette observation, parce qu’il en est conscient, et il ne peut justifier de manière rationnelle la raison apparente de son existence. Ainsi, même si nous vivons avec l’idéal de créer de nouvelles lois pour le monde favorisant une évolution plus «humanitaire» (par conséquent moins compétitive, donc… contre-nature), la vraie nature de l’homme n’entendra pas nous laisser faire, car chacun des dominants veut influencer le monde pour lui. Comme dit Sartre, en considérant nos choix individuels comme valables pour tous les autres hommes, nous devenons une image de l’homme tel que nous estimons qu’il doit être, nous commandons donc implicitement par notre modèle l’existence d’autrui. Or il a autant de modèles qu’il y a d’humains sur Terre. Les luttes de pouvoir sont l’enjeu de tous ceux qui veulent imprégner leur vision à l’avenir, tel est le sens de la vie et de la folie humaine.

La fin du film est elle aussi assez dramatique puisqu’il ne reste plus que deux survivants inévitablement voués à mourir de froid… à moins qu’un des deux ne soit pas de constitution humaine. Comme une nouvelle figure de western, deux hommes face à face dans un duel… une partie d’échec entre le blanc et le noir ou l’action du mal justifie celle du bien. L’un d’eux est peut-être la chose. Le sacrifice des survivants aura t’-il servi à sauver l’humanité? À écouter la musique du début recommencer… non. Le film se termine donc sur un constat terrible, son histoire aura été circulaire et nous renvoie au début, un épisode précédent dont il n’est que la répétition dans un éternel retour. Le désespoir fait donc aussi partie des thèmes du film de par la réelle absence d’espérance, d’autant plus que le froid glacial de l’antarctique, cet environnement hostile et désertique où l’homme n’a pas réellement sa place, pourrait bien représenter symboliquement la mort qui envahit l’homme et éteint ses espoirs de conquête spatiale.

Jusqu'au bout de la terreur

Si le jeu des acteurs est sans reproches, la mise en scène de John Carpenter est ici proche de la perfection, plans séquences rappelant les plus grands westerns, caméras subjectives, travelling arrières qui donnent le tournis, dans le décor unique d’une base scientifique de l’Antarctique, il filme une histoire intemporelle, extrêmement sombre et étouffante qui laisse sur la scène finale, le spectateur vidé et terrassé, s’interrogeant sur les chances qu’il reste à l’humanité. Ce sont sans doute tous ces éléments réunis qui font que le film n’a pas pris une ride, 25 ans plus tard.

En conclusion, John Carpenter a su avec The Thing créer une ambiance unique en son genre, un enfer froid paranoïde où l’on ne sait jamais si l’homme en face de vous est un authentique humain ou une partie de la chose vous traquant. Voilà ce qui pourrait donc expliquer l’immense popularité qu’a connue le film bien après sa sortie en salle, les spectateurs n’ayant sûrement pas bien compris au premier coup d’œil toutes les subtilités du film et de sa mise en scène. The Thing est donc un film de répertoire que l’on apprécie après maintes visions et analyses personnelles, ce qui nous conviendrons, n’a absolument rien à voir avec la grande majorité des «blockbusters» hollywoodiens prévisibles et délavés dont nous tairons les noms. Bref, The Thing va jusqu’au bout de son implacable logique, tout cela bien entendu en contradiction totale avec les productions habituelles des grands studios étasuniens. Une magnifique analogie avec ce que pourrait être le monde de notre système immunitaire. Une vraie merveille.

Les grands auteurs arrivent parmi nous tels de nouveaux fléaux – menaçants, puissants, à l’affût de celui qui ne pourra pas résister à leur contamination.
– Craig Raine

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6 Commentaires

  1. génialissime ….

  2. Spoiler sur la fin de the thing de carpenter:

    Je suis allé sur plusieurs sites afin de comprendre la fin,et bien même après plusieurs années je n’avais pas compris,j’avais un doute mais pas de certitude.
    Il suffit de voir l’haleine des protagonistes pour comprendre qui est quoi.Je n’avais jamais fait attention.Même après plusieurs années je suis surpris par ce film.lol sans doute que je suis une légende.

  3. J’ai revu ce film hier soir, et je suis d’accord sur votre analyse, et sur la fin.
    L’histoire de l’haleine est tellement mise en évidence dans les dernières images que, forcément, l’un d’eux est « la chose »….
    Et l’homme, dans ces températures si basses a l’haleine « blanche », donc, je penche pour celui qui ne l’a pas.
    Très bon film en tout cas.
    Cordialement

  4. Je n’ai pas vu l’haleine… Mais j’ai vu quelque chose qui m’a frappé, et c’est pas du au hasard je pense : durant tout le film, le personnage de Kurt Russel boit de l’alcool par ci par là… Pourquoi le montrer ? :))
    Justement, à la fin, l’autre boit (la Chose n’en a pas besoin a priori en plus, non ?), et le perso de Russell, lui qui avait l’habitude de boire, ne le fait pas… (enfin, en tous cas ce n’est pas montré et du coup le doute s’installe sur le perso de Russell…)

  5. la seule creature que la chose ,ne peux pas reproduirt est un alien avec son sang acide qui la brulerai a coup sur !

  6. Bonne remarque hanzarazor.. L’alien est une créature trop parfaite selon « H » :p.. A moins qu’au fil du temps la chose serait capable d’assimiler cette acide…

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