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Un PQ souverainiste, Un repositionnement électoralement rentable

Dans un texte récent, j’ai proposé que le Parti Québécois procède à un repositionnement politique fondamental en plaçant la souveraineté au cœur de son programme et de son action politique et en renonçant d’avance à gouverner le Québec-province. J’en ai donné les raisons d’intérêt national pour le développement et l’épanouissement de la nation québécoise. Je voudrais maintenant en donner les raisons d’ordre électoral pour le Parti Québécois lui-même.

Plusieurs, tout en admettant la logique de ma proposition, ont refusé de l’accepter pour des raisons de rentabilité électorale. Ce serait, dit-on, suicidaire que de mettre aussi radicalement l’accent sur la souveraineté. À mon avis, c’est tout à fait le contraire.

J’affirme qu’il est dans l’intérêt électoral du Parti Québécois, non seulement à long mais même à court terme, de mettre la souveraineté du Québec au centre de son programme et de son action politique. Et, à l’inverse, je soutiens que prendre ses distances à l’égard de la souveraineté serait catastrophique électoralement pour le PQ et risquerait d’amener sa disparition rapide.

Le tripartisme change radicalement la donne politique québécoise en faisant disparaître l’alternance automatique entre le gouvernement et l’opposition. Dorénavant, le PQ n’est plus assuré d’être la solution de rechange et peut très bien s’enliser dans son statut de tiers-parti. Il pourrait même disparaître, comme cela est arrivé à l’Union nationale et aux Crédit-social. Cela lui arrivera fatalement s’il n’a plus sa raison d’être.

La marque de commerce du PQ, c’est d’être souverainiste. Son bassin électoral principal, ce sont les souverainistes et les nationalistes. De toutes les tendances : droite, centre et gauche. Il s’agit-là d’ailleurs du bassin électoral qui, au Québec, est de loin le plus large de tous, du moins chez les francophones. C’est donc sur cette cible naturelle que le PQ doit concentrer ses efforts non seulement à long terme mais surtout à court terme. Car quand les temps sont difficiles, il faut, de toute évidence, s’appuyer sur ses assises les plus solides.

Pour faire un meilleur score la prochaine fois, le PQ doit d’abord identifier quels sont les électeurs qui, le 26 mars dernier, auraient pu voter pour le PQ, mais qui ne l’ont pas fait. Je ne crois pas me tromper en disant qu’une bonne majorité d’entre eux sont des souverainistes déçus ou démotivés qui ont soit perdu l’espoir que le PQ fasse l’indépendance ou qui ont craint que, ne l’ayant pas bien préparé, le PQ perde le référendum qu’il s’était engagé à faire « le plus tôt possible » au cours de son mandat. Ce sont ces électeurs que le Parti Québécois doit chercher à rallier à sa cause afin d’améliorer ses résultats électoraux.

D’ailleurs, quoi faire d’autre ? Y a-t-il une autre voie qui promette des meilleurs résultats lors de la prochaine élection ? Serait-il plus rentable de mettre la souveraineté en veilleuse ?

Pense-t-on vraiment que le PQ pourrait avoir de meilleurs résultats la prochaine fois avec la même plate-forme qu’il a mise de l’avant lors des dernières élections, tout simplement en la libérant de la promesse d’un référendum au cours du mandat ? Ce programme de gouvernement, malgré sa valeur, est-il à ce point emballant qu’il pourra contrebalancer la fatigue ressentie à l’égard des « vieux partis » et l’attrait de la nouveauté incarnée par l’ADQ ? Personnellement, j’en doute fort.

Il faut également se demander quelle serait la proportion des 28% d’électeurs qui ont voté pour le PQ, souvent après avoir hésité, et qui voudront encore le faire la prochaine fois s’ils ont le sentiment que la souveraineté est considérée par le PQ comme un boulet à traîner plutôt que comme un attrait et une motivation. N’y aura-t-il pas plus de pertes que de gains ?

À l’inverse, penser que ce sont des non-souverainistes qui, aux prochaines élections, vont en grand nombre se décider à voter pour le PQ, relève, à mon sens, de la pensée magique. Cela n’a aucune chance de se produire. Mais si, par impossible, cela se produisait, permettant ainsi au PQ de gagner les élections, ce serait pour faire quoi ? Pour gérer le Québec-province à la petite semaine, dans les limites imposées par la situation constitutionnelle actuelle du Québec ? Certainement pas, en tout cas, pour faire l’indépendance.

Les années que j’ai vécues au service du Québec dans le giron du Parti Québécois m’ont convaincu que le Québec ne parviendra jamais à la souveraineté par la voie du bon gouvernement. René Lévesque a pu le croire de bonne foi dans les premières années du mouvement souverainiste, mais il n’est plus possible d’entretenir cette illusion. C’est d’ailleurs pourquoi M. Jacques Parizeau s’était engagé à tenir le référendum de 1995 dans la première année de son mandat.

Le Parti Québécois est en sérieuse perte de vitesse. De 45% en 1994, il est passé à 43% en 1998, puis à 33% en 2003, et maintenant à 28%. Par contre, le soutien à la souveraineté, sans que le PQ y consacre le moindre effort, s’est constamment maintenu en haut de 40 %. Il doit y avoir là un certain message. Ce serait bien le comble que le PQ s’éloigne de cette clientèle naturelle pour partir à la recherche d’électeurs non souverainistes.

La meilleure mise électorale du PQ, c’est donc, à court terme, de convaincre tous les souverainistes qu’il est sérieux dans son intention de faire l’indépendance du Québec en renonçant d’avance à gouverner le Québec-province. À plus long terme, c’est de convaincre un nombre toujours plus grand de Québécois que la souveraineté est non seulement nécessaire au développement et à l’épanouissement de la nation mais que c’est la première des priorités. Dans l’immédiat, il s’agit de rassembler d’urgence tous les souverainistes actuels afin d’obtenir leur vote aux prochaines élections ; à plus long terme, il s’agit d’augmenter le nombre de souverainistes afin de faire l’indépendance du Québec aussitôt que possible. Voilà où, à mon avis, se trouvent l’intérêt électoral du PQ et l’intérêt national du Québec.

Louis Bernard

Texte publié dans Le Devoir du 17 avril 2007.