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Posté par le 19 septembre 2007 dans Politique nationale

Entre les lignes du droit d’auteur… Êtes-vous vigilant ?

logo de Vigile

logo du site Web Vigile

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Vigile est un site Web souverainiste, plus particulièrement un portail servant de revue de presse quotidienne se rapportant à l’indépendance du Québec. Mais encore, Vigile diffuse ses propres éditoriaux ainsi que des lettres d’opinion du public. (Dans mon historique personnel, c’est d’ailleurs Vigile qui fut le premier à diffuser mes articles).

Vigile, c’est aussi un homme; Bernard Frappier de son nom. Depuis onze ans maintenant (bien avant l’existence de l’expression Web 2.0 donc), ce dernier s’impose une discipline spartiate pour maintenir Vigile, un nœud de réseau de l’intelligence souverainiste au Québec. En effet, à chaque jour, dès les petites heures du matin, Bernard Frappier sélectionne pour nous dans la presse, les articles traitant d’une quelconque manière notre sujet politique… articles évidemment, que nous pouvons par après analyser et commenter. Puis, inscrivant sa démarche dans une logique historique, M. Frappier dispose le tout chronologiquement. Si bien que Vigile n’est pas juste un espace unique de réflexion démocratique, c’est aussi par ses archives un portrait chronologique de la politique au Québec. Subséquemment, j’ai pour dire que cet ensemble fait partie du patrimoine de notre histoire… un patrimoine culturel que nous devons protéger.

Cependant, l’existence de Vigile est actuellement compromise…

En effet, la compagnie CEDROM-SNI s’est adjoint les services du Devoir et de Cyberpresse pour requérir, via des mises en demeure agressives, l’élimination de l’archivage sur Vigile. Effectivement, il faut dire que Vigile reproduit quotidiennement sur son site, et sans autorisation, environ une dizaine d’articles provenant de sources diverses.

De la sorte, c’est encore le concept de droit d’auteur qui introduit l’agression juridique. Or, ce concept (capitaliste) justifie-t-il pour autant la suppression de notre patrimoine historique, d’autant plus que sur Vigile, ce patrimoine s’inscrit dans le développement de l’indépendance du Québec ? Alors, la question, qu’est-ce qui devrait primer entre la libre circulation des idées (l’intérêt collectif) et l’exclusivité corporatiste de diffusion (l’intérêt privé) ? Lequel des deux modèles est orienté vers le bien commun d’une société démocratique ? Lequel des deux modèles nous rend globalement plus intelligents? Les idées sont elles vraiment la propriété des consortiums médiatiques qui les diffusent, ces mêmes consortiums qui puisent eux-mêmes ces idées un peu partout… dans l’objectif fondamental de vendre de la publicité ?

L’hyperactif internaute Zach Gebello répond très bien ici à cette question :

Et de toute façon, il ne s’agit pas ici de romans ou de créations artistiques ! Est-ce qu’on devient automatiquement « auteur » parce qu’on a une « opinion » sur quelque chose ou qu’on rapporte un événement ?

L’opinion d’un journaliste ou chroniqueur est en lui-même un événement prémédité. Il se veut une influence sur la société et surtout sur l’opinion publique. Il est conçu dans ce but précis, contrairement à l’œuvre artistique qui peut très bien cueillir son inspiration de l’intérieur de l’auteur et ne paraître nulle part d’autre que pour le plaisir d’appréciation de l’auteur lui-même. Et contrairement à un « événement » croqué par l’œil artistique qui en donne une impression totalement personnelle et nouvelle (création).

Les journalistes et chroniqueurs n’ont pas à demander la permission aux politiciens pour reproduire leurs opinions ou discours, or ils leur doivent tout le sujet. Ils ne considèrent pas ces politiciens comme des « auteurs ». Or, ces journalistes et chroniqueurs font autant de la politique que les politiciens. Ils sont intimement liés.

Avec la concentration très particulière des médias au Québec et leurs propriétaires corporatifs étroitement liés et actifs dans l’influence politique en fonction de leurs intérêts ainsi que dans l’intercession à grands moyens dans les choix des candidats et leurs nominations, les journalistes et chroniqueurs à leur service sont bien plus des politiciens que des auteurs, et leurs journaux bien plus des campagnes électorales que des contenus créatifs. Ils n’ont plus rien de l’indépendance de l’auteur. Ils sont aussi publics que les politiciens.

Vigile ne reproduit pas les critiques de vins, les nouvelles du jour, les comptes-rendus d’écrasements d’avions, les descriptions de meurtres, de critiques d’œuvres artistiques, etc. Uniquement des opinions et discours, essentiellement politiques, qui sont dans l’intérêt fondamental pour des décisions éclairées quant à l’avenir de tous les citoyens québécois et de la nation. C’est un droit fondamental pour toute la société.

D’autre part, il ne faut pas être naïf, sous le couvert du droit d’auteur, les mises en demeure ciblées spécifiquement contre Vigile et le journal Le Québécois sont bel et bien du ressort politique. Cette opération recherche vraisemblablement à annihiler au Québec les derniers pôles de résistance au système néolibéral/fédéraliste; ou du moins, assure de nous retrancher un certain temps dans un mode défensif. Le principal concerné est d’ailleurs très conscient de cette dynamique :

Alors je pose la question : pourquoi un site qui lutte avec un certain succès pour promouvoir l’indépendance du Québec, reconnu pour la qualité de son contenu, de sa présentation et de sa langue, et ce, depuis maintenant plus de 10 ans, pourquoi tout à coup fait-il l’objet d’une charge combinée qui cherche à l’écraser?

Pourquoi un site qui donne libre accès aux différents discours sur la question nationale, en protégeant par l’archivage la suite et la cohérence des acteurs, fait-il l’objet d’une charge par des opérateurs médiatiques dont la puissance est accrue démesurément par la convergence et la concentration de la presse?

Pourquoi un site reconnu autant pour sa qualité intellectuelle que pour la variété des positions exposées dans le débat national, et ce, dans une période du « déclin annoncé » – quand ce n’est pas « célébré » (mais jamais constaté) – de l’option souverainiste, dans une période d’affaissement des partis fédéralistes au Québec, fait-il l’objet d’une attaque concertée… au nom du « droit d’auteur »… ?

La réponse qui me vient à l’esprit est celle-ci : la disparition de Vigile porterait un coup sévère au mouvement souverainiste québécois. Je le dis sans états d’âme et sans orgueil. Ce n’est pas le droit d’auteur qui est en jeu ici. C’est la libre circulation des idées et la liberté des lieux de débat qui échappent encore à la convergence et à la concentration de la propriété des agents d’information au Québec. Qui bono ?

Réponse officielle de Vigile au Devoir, à La Presse et à CEDROM-SNI

Depuis plus d’une décennie, Vigile garde un fort de notre combat politique; c’est à dire un avant-poste maintenant un territoire libre à la réflexion indépendantiste au Québec. Si bien que nous pouvons considéré son gardien, Bernard Frappier, comme un soldat de première ligne. Par ailleurs, de par les archives de Vigile, en nous permettant de relier l’information quotidienne avec celle du passé, Vigile garde actifs notre mémoire, notre intelligence collective et nos capacité d’action politique. Toutefois, dans cette dynamique, le plus étonnant n’est pas que l’existence de Vigile soit l’initiative d’un seul militant, mais bien que Vigile n’ait jamais reçu la moindre subvention directe du Parti québécois. Or, si le nerf de la guerre et vraiment l’argent, force est d’admettre ici que la supposée machine de guerre de l’option indépendantiste n’a jamais été opérationnelle. Subséquemment, comment le PQ peut-il se prétendre motivé par l’indépendance du Québec quant il n’a jamais eu la volonté de développer un média convenable pour l’expression de nos idées. Formellement, s’il faut toujours se battre sur le terrain (médiatique) de l’ennemi, il est indéniable que nous ne pourrons jamais gagner la guerre du pays.

Image de prévisualisation YouTube Dans le jeu Alpha Centauri, le « repérage » des forces ennemis est de mise avant toute action hostile contre une autre faction

Faute d’un réel média professionnel donc, Vigile demeure l’une des dernières zones de libre communication pour les souverainistes. Or, en limitant le droit d’auteur au nom du principe démocratique de la liberté d’expression, nous arrivons ainsi à contrecarrer l’absolu contrôle de nos adversaires politiques sur les médias. Pour la suite des choses donc, nos adversaires (qui sont malheureusement beaucoup plus intelligents que les actuels politiciens du PQ) saisissent l’enjeu politique que représente la « reproduction sans autorisation ». En conséquence, avant que Vigile puisse devenir un modèle d’inspiration légale, le système fédéraliste/néolibéral a juridiquement ciblé le gardien opérant le fort Vigile… ce héros de notre résistance.

Le héros, selon Wikipedia:

Un héros est un personnage réel ou fictif de l’histoire ou de la mythologie humaine, dont les hauts faits valent qu’on chante son geste. […] Le rôle du héros se situe entre l’aspiration métaphysique, presque religieuse, de dépasser la condition humaine, notamment d’un point de vue physique et entre l’aspiration plus réaliste d’oeuvrer pour le bien de la communauté, d’un point de vue moral.

Pour reprendre donc l’expression à la mode, le Parti Québécois trouvera-t-il l’intelligence de «Nous» défendre.

Il est donc temps d’être solidaire, et de se serrer les coudes… l’option indépendantiste est concrètement attaquée. Et comme l’exprime Andrée Ferretti, souhaitons que les PQ, BQ et autres prétendants et prétendus défenseurs de l’indépendance du Québec se mobilisent, pour défendre le seul quotidien indépendantiste du Québec… celui qu’ils n’ont jamais été capables de se doter, de nous doter.

D’autre part, nous devons concevoir ce conflit « juridique » comme étant la pointe d’un iceberg, l’avant-garde d’un système voulant s’imposer partout dans les sociétés « démocratiques» de l’occident. Effectivement, par le monde, trois phénomènes frappent actuellement l’industrie des médias :

  •  la concentration;
  •  la déréglementation (du CRTC);
  •  la mondialisation

De la sorte, le PQ doit comprendre que la « reproduction sans autorisation » est un réel rempart démocratique pour protéger nos sociétés de glisser davantage vers le despotisme de l’économie de marché. À chaque jour, par les trois phénomènes mentionnés ci-haut, le système néolibéral raffermit ainsi son contrôle sur l’information.

Wiki-Wars

Lire ici , mon précédent article s’attachant à ce sujet« Wiki Wars » – Les fenêtres d’une guerre fondamentale

Encore une fois donc, Vigile est en première ligne sur le front de la liberté d’opinion… mais qui sait ce la suite des choses si cette avant-garde en arrivait un jour à céder. Et là, je m’adresse à vous, collègues et camarades blogueurs : saisissez-vous qu’advennant Vigile tombe sous les attaques juridiques, après, c’est les blogues qui seront les prochaines cibles des forces despotiques? Or, ne serait-il pas temps d’aller prêter main-forte à notre vigile, voire, d’aller ravitailler son gardien?

Vigile-patriotes.gif

En attendant donc les renforts de « l’état-major », j’exprime moi aussi mon admiration pour le dévouement , la persévérance et le courage du créateur et animateur de Vigile. Aujourd’hui, plus que jamais, je le redis : au nom de tous les militants souverainistes, Bernard Frappier devrait être nommé patriote de l’année par la SSJB. Pour hier, aujourd’hui et demain, il est temps de reconnaitre son apport exceptionnel à la cause du Québec libre.

je me souviens

Les forces du marché libre parviendront-elles un jour à faire disparaitre la devise du Québec

Vigile: L’origine de la décision de prendre le nom vigile pour la dénomination du site Web provient de sa polysémie. Une vigile signifie d’une part la veille d’une grande fête, et un vigile est le gardien dans la nuit. Deux métaphores faisant référence au Grand Soir, et l’attente du jour de l’indépendance du Québec.

L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat.
Sun Tzu

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1 commentaire

  1. Encore une fois, Bravo !
    En tant que juriste en herbe, je dois dire que les arguments apportés sont forts. Ce qui les rend encore plus forts c’est le collectif d’opinion entre les tiens Carl et ceux de Zach. Autre preuve qu’il faut parfois passer outre la loi? Je crois oui, vous avez réussis à me convaincre.

    Toutefois, sans être défaitiste je dois dire que littéralement la loi sur le droit d’auteur est en faveur des grands magnats de la presse. Le problème avec le droit en général c’est qu’il ne change pas vite; il change suite à des protestations de la société. Le mariage gay ainsi que la double filiation unisexe en est un bon exemple. En plus, le droit québécois change, habituellement, plus rapidement que le droit fédéral. Par exemple, l’union civile est arrivée avant le mariage gay.

    Or, le cas ici présent relève du fédéral entièrement. Ce n’est qu’une cour fédérale qui pourra entendre le litige… C’est dans la constitution…. Donc, j’ai bien peur que cette cause soit, juridiquement perdue.

    Mais, j’espère de tout mon coeur que vous tous les blogeurs allez réveiller les dirigeants, j’espèque qu’un bon avocat défendra la cause de Vigile et fera avancer le droit. La loi sur le droit d’auteur en est une qui mérite un grand changement avec l’arrivée des nouvelles technologies (mp3s, photos, internet, etc). Il faut se rappeler qu’une loi ça se change lorsque la société en fait la demande.

    Reste à voir si le fédéral est assez ouvert.

    Lâchez pas et continuer de protester!

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