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Posté par le 16 avril 2008 dans Écologie, Politique

Le paradoxal discours vert de La Presse

La Presse

Cet article est en réaction à l’éditorial d’Alain Dubuc : Le messager et le message

Il y a quelques jours, Al Gore tenait une conférence à Montréal sur la réalité du réchauffement climatique. Or, l’événement avait ceci de particulier qu’il était organisé par le Journal La Presse, c’est-à-dire la très néolibérale Power Corporation. Puis, dans un inhabituel élan écologique, l’éditorialiste Alain Dubuc s’est même permis d’autocongratuler l’entreprise «verte» de son employeur. Bon, cette fois, si dans cet éditorial je ne peux m’opposer aux propos de ce valet, il faudra plonger sous la surface du message pour discerner certains objectifs politiques du messager.

De mon côté, comme je le relate dans cet article, j'ai déjà eu la chance d'assister à une conférence de M. Gore à Paris

De mon côté, comme je le relate dans l’un de mes précédent article, j’ai déjà eu la chance d’assister à une conférence de M. Gore à Paris

À l’exception des dinosaures conservateurs et des industrielles, qui ne peut encourager la croisade d’Al Gore sur cet enjeu aussi crucial pour l’humanité? Puis, parce que ce combat l’a depuis nobélisé et oscarisé, toute association à la personne d’Al Gore est un gage de sympathie assurée… surtout par ces temps conservateurs au Canada. Or, comprenant que Power Corporation (Paul Desmarais) est au Parti libéral du Canada ce que News Corporation (Rupert Murdoch) est au parti républicain étasunien, il m’apparait évident que cet événement s’inscrit dans une stratégie marketing pour le PLC. Et d’ailleurs, la conclusion de l’éditorial de Dubuc est très équivoque à ce sujet : «S’il y avait un problème avec la conférence d’Al Gore, c’est qu’il manquait quelqu’un dans l’assistance, qui en aurait pourtant beaucoup profité. Son nom? Stephen Harper».

Ainsi, parce la mode est au vert (le Parti Vert du Canada atteint présentement un sommet historique), parce que les conservateurs canadiens sont électoralement vulnérables en bloquant le protocole de Kyoto, cet axe politique sera certainement le bélier du PLC à la prochaine élection fédérale. Alors ici, il m’apparait évident que le réel intérêt écologique de Power Corporation est davantage une relation de mise en marché de ses intérêts politiques qu’un réel souci pour la préservation de l’environnement… du « Greenwashing » donc.

Le marketing vert est constitué de l’ensemble des actions qui visent à utiliser le positionnement écologique d’une marque ou d’un produit pour augmenter les ventes et améliorer l’image de l’entreprise. Le marketing vert peut se baser sur les caractéristiques écologiques d’un produit (matières premières écologiques, produit recyclable ou biodégradable, etc.), sur des promotions vertes (1 arbre planté pour un achat) ou sur les promesses environnementales de l’entreprise (fondation, actions écologiques). Dans le cadre du marketing vert, il est parfois difficile de distinguer les objectifs purement marketing d’une véritable démarche citoyenne.

Or, vous l’aurez remarqué, le marketing vert est actuellement un fléau sévissant dans le monde publicitaire; aujourd’hui, tous se réclament écologiques afin de mieux vendre son image :

  • Wal-Mart se prétend respectueuse de l’environnement par ce qu’elle à décidé d’intégrer des fluocompactes dans ses magasins (et parlons-en donc de l’environnement… de travail).
  • Ford se prétend écolo parce qu’il y a maintenant davantage de pièces recyclables composant ses automobiles.
  • Ensuite, justement, je n’ai pas à vous décrire la multitude «annonces de chars» associant leur produit à la nature (en passant, une petite automobile est-elle vraiment plus «écologique» parce qu’elle économise davantage sur sa consommation d’essence au kilomètre?).
  • Puis franchement, l’éthanol là, cet alcool qui réduit de 10% la consommation d’essence à laquelle elle est mélangée… est-ce vraiment écologique que de diminuer sa pollution de 10% ? (et on ne parle pas ici de l’énergie pétrolière qu’implique la conversion du maïs en éthanol et de son déplacement).
  • Dans un même ordre d’idée, l’éthanol devenant controversé, le biocarburant se pointe à l’horizon… au point que même les Hummers auront l’honneur de devenir un porte-étendard de cette avancée écologique. À dire vrai, cette formule est un paravent pour protéger le lobby pétrolier contre le développement d’une réelle alternative au moteur à combustion.

Bref, l’utilisation du marketing vert par le lobby pétrolier a non seulement l’avantage d’utiliser les vertus morales de son adversaire idéologique, mais elle est surtout une façon de freiner les réels changements écologiques dans la motorisation de nos transports.

Image de prévisualisation YouTubeVoir en référence l’excellent documentaire Who Killed the Electric Car?

Puis, n’oublions pas, Power Corporation a des ramifications internationales dans une myriade de lobbys… dont justement celui du pétrole. Il faut savoir en effet que Power Corporation est un des principaux actionnaires de la pétrolière Total. D’ailleurs, Paul Desmarais (fils) est membre du Conseil d’Administration de Total… ainsi que du groupe Suez. Or, bizarrement, il n’est pas inutile de se rappeler qu’en France, le président Sarkozy (un intime de Paul Desmarais) a dernièrement autorisé la privatisation de Gaz de France au profit du groupe Suez. Ensuite, l’actionnaire principal de Suez étant le milliardaire Albert Frère, ce dernier s’avère aussi un associé du groupe financier… Power Corporation. Et d’ailleurs, faut-il vraiment s’étonner que Gaz de France soit maintenant intéressé au projet de port méthanier Rabaska au Québec. Alors, quand il est question ici de faire transiter de gaz naturel sur le fleuve Saint-Laurent, quand il est question de favoriser l’incessante demande énergétique des États-Unis… permettez-moi de remettre en question la réelle volonté écologique de Power Corporation.

Power Corp chart.jpg

Ma source de départ se retrouve ici, dans l’article Desmarais impliqué dans le rapprochement Sarkozy-Bush? de Pierre Dubuc. D’autre part, comme je l’explique dans un ancien article ici, plus de 50% des revenus du journal La Presse proviennent de la publicité de voiture. Pas étonnant que la section du journal, Mon Volant, soit si haut dans la page d’accueil de la Cyberpresse.

Paul Desmarais

Il y a quelques années, les (réels) écologistes se démenaient afin de promouvoir les concepts du développement durable. Heureusement, ces concepts (étant totalement logiques et nécessaires à notre avenir) trouvent dorénavant résonances parmi une masse critique de la population. Si bien qu’aujourd’hui, les élites économiques ne peuvent plus s’opposer ouvertement à la logique du développement durable. Pour les écologistes, ce fait est une victoire et démontre l’évolution possible des comportements économiques des sociétés. Pour nous toutefois, la prochaine étape du processus et réel enjeu… c’est la décroissance économique. Et c’est là tout le problème de l’actuel système économique, un système où la «création» de richesse est basée sur une théorique croissance «infinie» de la consommation/production. Qu’ont se le dise, on ne peut pas se prétendre écologiste et défendre en même temps le néolibéralisme… c’est aussi absurde que de se dire athée en continuant d’aller prier à l’église.

Diagramme Développement durable

Schéma du développement durable : à la confluence de trois préoccupations, dites « les trois piliers du développement durable »

Pour revenir au texte d’Alain Dubuc, la clef de la ligne éditoriale de son employeur se retrouve certainement dans ce paragraphe : «Le fait que M. Gore ne soit pas un militant écologiste, mais un politicien traditionnel, issu d’un courant traditionnel, le Parti démocrate, aide à faire passer ces messages. Al Gore est un politicien classique, qui ne prône pas de révolution, qui ne remet pas en cause le mode de vie occidental, et qui ne participe pas à un complot caché pour nous transformer en cyclistes végétariens.»

Alors, voilà donc le message : si La Presse accepte la réalité du changement climatique et cautionne moralement la croisade d’Al gore, il ne faudrait pas pour autant modifier notre mode de vie «occidentale» (plutôt traduire ici par consumiste). Bref, je pense qu’actuellement, Power Corporation et son porte-voix de journal utilisent principalement le courant vert afin de pousser l’élection du parti Libéral (au détriment du parti conservateur). Et si une fois élu, nous pouvons croire que le PLC appliquera finalement le protocole de Kyoto, il faut tout de même réaliser que cet accord est un ridicule minimum par rapport à la solution s’imposant réellement.

Par ailleurs, plutôt que de réduire les émissions de GES au Canada, mon intuition porte à penser que le PLC priorisera davantage l’élaboration de la bourse mondiale du carbone. He oui, suivant la logique du marché, le Canada en arrivera certainement à vendre ses «crédits de pollution» à son énergivore voisin du sud. En conclusion, en matière de réduction des GES, que ce soit avec ou sans Kyoto, il n’y aura aucun changement concret au Canada… si ce n’est l’arrivée d’une invisible taxe en provenance des États-Unis. Or, tant qu’à verser de l’argent au gouvernement canadien afin de ne pas réduire leur consommation d’énergie, il est fort à penser que les Américains monnaieront adéquatement l’achat de nos crédits de carbone. Genre ici, par la construction d’une centrale thermique à Beauharnois… où la mise en place d’un port méthanier aux abords du Fleuve Saint-Laurent. De quoi, d’ailleurs, discréditer internationalement la pression politique issue de l’énergie propre générée au Québec.

canada-USA

À votre avis, de quoi parlent-ils durant les grands sommets économiques ?

Pour l’ordre néolibéral donc, face à la montée des solutions vertes sollicitées par l’opinion publique, l’objectif est donc de gagner du temps en ralentissant au maximum les changements écologiques. Pour ce faire, la récupération du discours écologique est de mise afin de confondre l’esprit populaire. Puis, en gardant ainsi la maîtrise gouvernementale de l’agenda politique, en repoussant la fin de l’ère pétrolière, l’objectif est de permettre à la classe dirigeante d’organiser sa transition.

Le système néolibérale

Tel je l’explique dans mon article En ce jour de la Terre, je considère le système néolibéral comme un agent faisant de l’homme un virus planétaire.

Mais si leur pouvoir s’appuie toujours sur l’exploitation du pétrole, une ressource gérant actuellement le transport de nos véhicules et des marchandises (les échanges commerciaux), il est encore plus inquiétant d’appréhender un prochain système qui trouverait sa puissance dans la gestion de l’eau (douce) dans le monde. En effet, si comme le pétrole, l’eau peut aussi générer de l’énergie, d’un point de vue géostratégique cependant… sa répartition gérerait aussi l’accès à la vie. À l’heure du réchauffement climatique, de la désertification progressive, de la surpopulation mondiale et des problèmes de famine inhérente à cette situation, comprenez donc l’importance que représente l’eau douce; comprenons la nécessité de défendre cette vitale ressource de la convoitise des forces néolibérales. (lire ici un article de la Cyberpresse au sujet d’une éventuelle guerre de l’eau pour les ressources des Grands Lacs). Puis aussi, un dossier complet sur l’eau.

Dans mon article L’eau à Paris, petite histoire de sa gestion… petite histoire de la privatisation, j’explique des enjeux internationaux liés à la gestion de l’eau. Par ailleurs, bizarre, La Lyonnaise des eaux, la compagnie qui gère en partie l’eau à Paris… est justement fusionnée avec le groupe Suez. Comme quoi finalement, il y a des intérêts croisés entre le lobby du pétrole et celui de l’eau. En définitive, le vrai pouvoir ne se trouve pas dans l’argent ou le pétrole, mais réside dans l’organisation des ressources convertibles en énergie.

Dans mon article L’eau à Paris, petite histoire de sa gestion… petite histoire de la privatisation, j’explique des enjeux internationaux liés à la gestion de l’eau. Par ailleurs, bizarre, La Lyonnaise des eaux, la compagnie qui gère en partie l’eau à Paris… est justement fusionnée avec le groupe Suez. Comme quoi finalement, il y a des intérêts croisés entre le lobby du pétrole et celui de l’eau. En définitive, le vrai pouvoir ne se trouve pas dans l’argent ou le pétrole, mais réside dans l’organisation des ressources convertibles en énergie.

Avec plus de 3% des ressources d’eau douce dans le monde, croyez-vous toujours que le Québec est une province pauvre du Canada ? Déjà que la richesse est un concept relatif, j’ai bien hâte de recomparer le niveau de vie des Québécois à celui des Albertains lorsque l’âge du pétrole sera terminé.

Mais bon, en attendant la fin de l’ère pétrolière, que pouvons-nous faire de plus, citoyenNEs, que de se maintenir informé. Paradoxalement, en termes d’informations écologiques, je dois vous avouer m’alimenter quotidiennement à l’excellente section environnement… du Cyberpresse (Power Corporation). Et comment dire, je suis complètement accroc. Comme quoi, dans cette histoire, nous ne sommes pas à un paradoxe près.

La dictature c’est ferme la; la démocratie c’est cause toujours

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3 Commentaires

  1. Les fluocompactes c’est une idée du gnochon à Baird.

    Elles contiennent du mercure.

    TRÈS écologique.

    Non moi non plus je ne suis pas dupe du Parti libéral.
    http://www.tni.org/detail_page.phtml?page=archives_tblick_aruba On parle de Gagliano et de l’enquête avant sa nomination au psote de minsitre, qui a été très commodément arrêtée par qui? par la GRC!

    La belette lachinoise— voir ici son dernier article : Déménagement en cours

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  1. La trinité Radio-Canada-La Presse-Rockland MD « Renart L’éveillé / Carnet résistant - [...] Pour une lecture des prétentions vertes de La Presse, RadiCarl a pondu une excellente analyse, et c’est ici. [...]

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