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Posté par le 10 septembre 2007 dans Histoire

Les galériens athéniens et la naissance de la démocratie

Pericles

Demain soir, j’assisterai à une assemblée du budget participatif dans le Plateau Mont-Royal (district De Lorimier). Ici, vous devez savoir qu’à Montréal, cette activité est, pour l’instant, unique à mon arrondissement. En effet, s’inspirant théoriquement du modèle de Porto Allegre et des vieux rêves du défunt RCM, nous devons cette initiative à la mairesse du Plateau Mont-Royal, Mme Helen Fotopulos (UCIM). Or, si l’exercice est, certes, un pas dans la bonne direction, il en demeure pas moins limité par le ridicule montant alloué à la décision citoyenne. Avant donc de faire une analyse plus approfondie de l’exercice, histoire de me remettre dans le contexte, je vous propose donc ici un vieux travail académique sur les origines de la démocratie. En effet, mes travaux dans le cours Histoire des Grecs contribua à mon extraordinaire note de 94% puis l’obtention de la mention d’honneur en Histoire au gala du Conservatoire Lassalle en 1997.

Les galériens athéniens… ou la naissance de la démocratie

Au Ve siècle av. J.-C. Thémistocle cita cette phrase qui devint par après une sentence célèbre: «Celui qui est maître de la mer le sera tôt ou tard de l’empire». Cette phrase, qui résume bien la marque laissée par Thémistocle, introduit merveilleusement bien mon travail de synthèse portant sur le texte de Jean Rougé «Les galériens d’Athènes». M. Rougé, qui est un spécialiste de l’histoire maritime antique, a notamment démontré par cet ouvrage le lien étroit entre le développement de la flotte athénienne et le début de la démocratie. Ainsi, dans ma rédaction, j’essaierai d’expliquer chronologiquement en quoi Athènes (et peut-être l’Occident) doit l’émergence de sa démocratie à une situation qui mit en valeur le rôle des simples galériens, et des moins fortunés.

Selon l’auteur, il n’y a aucun peuple à vocation maritime, car la vaste étendue d’eau salée qu’est l’océan, est un élément imprévisible et hostile sur lequel l’homme ne se lance que contraint et forcé. Toute civilisation est d’abord un espace où elle prend racine et qui exerce sur son développement une certaine influence. Si bien que la mer fera des premiers Grecs, venus des steppes du Caucase, un peuple de marins et de commerçants. Ainsi, ils apprendront à construire des bateaux pour affronter le royaume des vagues, et aller jusqu’au-delà de la mer Noire, échanger leurs huiles et leurs vins contre le blé indispensable aux villes naissantes. Non sans peine et dommage, ils étendent leur puissance commerciale sur toute la Méditerranée orientale, et par le fait même, s’assureront par la mer une voie de communication par excellence, qui unit ce pays que le relief divise. Enrichis de connaissances, ils attireront la convoitise des Perses.

Lors de la fin de la première guerre médique contre les Perses à Marathon (-490), les escadres grecques n’y jouèrent aucun rôle. Thémistocle (général et homme d’État athénien) est alors préoccupé par les problèmes de la défense maritime de sa cité. La découverte de minerais argentifère dans les mines du Laurion en Attique, coïncidera avec ses plans. C’est ainsi que Thémistocle voudra consacrer cet argent à la construction d’une puissante flotte ainsi qu’a l’aménagement du Pirée. Thémistocle réussira à faire triompher l’idée de sa politique maritime en laissant miroiter la possibilité d’une revanche perse, et ira jusqu’à ostraciser son rival Aristide, (une médecine qu’il apprendra d’ailleurs à connaître ultérieurement). Débarrassé de ses adversaires, Thémistocle distribuera l’argent aux cent plus riches citoyens athéniens, et les chargera de leur faire construire chacun un trirème. Il dotera ainsi Athènes, avec deux cents trières, de la plus forte puissance navale. De quoi accueillir Artaxerxès pour la seconde guerre médique.

trière

La trière fut le premier bateau de l’histoire désigné pour la guerre. Stable que par calme plat, il ne devait jamais s’aventurer longtemps loin des côtes, car l’orage pouvait lui être fatal. Probablement inventée en Phénicie, la trière était longue, étroite, et peu élevée sur l’eau. La trière se propulsait grâce à une grand-voile carrée, mais au combat, ou par temps défavorable, elle se muait par la force de ses 170 rameurs. Avec son éperon de bronze, ce type de bâtiment était l’arme navale par excellence.

Après la victoire décisive de la deuxième guerre médique à Salamine, Athènes poursuivit une politique antiperse et créa avec les cités des îles et de l’Asie Mineure, la ligue de Délos. Une ligne qui devint vite un empire athénien contrôlant l’Égée. Nous comprenons donc que c’est à ses vaisseaux qu’Athènes doit son empire. De la sorte, elle lui devra aussi l’établissement d’un régime démocratique. La démocratie n’a pas été instaurée aussitôt après les guerres médiques cite M. Rougé, mais aux termes de longues et violentes luttes politiques entre Athéniens.

Étant donné qu’il fallait beaucoup de rameurs pour remplir la flotte de ses trois-cents trières, environ 51 000 hommes, les équipages se recrutaient autant que possible parmi les citoyens athéniens. Vu que les riches fournissaient l’infanterie des hoplites, c’est donc les plus pauvres de la cité qui méritèrent le pénible service de la mer. Participant désormais à la défense, il était normal qu’ils aient leurs mots à dire. Ainsi, les fonctions politiques furent progressivement ouvertes aux moins fortunés.

Pour les cités états de la Grèce classique, comme Athènes, et pour la république romaine à ses débuts, la démocratie signifiait d’abord indépendance vis-à-vis de l’extérieur, condition de la libre expression des citoyens de la cité. Ces états pratiquaient la démocratie directe : tous les citoyens pouvaient prendre la parole et voter à l’agora, l’assemblée de la cité. Cependant, la démocratie antique ne reposait pas sur l’égalité de tous les hommes. Les esclaves, les «métèques», et les femmes, exclus de la citoyenneté, n’avaient aucun droit politique.

Malheureusement, comme n’importe quel système, il fallait y injecter des ressources financières pour indemniser le citoyen pauvre qui se consacrait aux services de sa cité. Par conséquent, cette démocratie désigna aux plus riches le rôle de s’occuper chacun d’une trière, une charge que l’on appelait triérarchie. Ils avançaient en compensation la solde des marins et les dépenses en cours de campagne, c’est ainsi que le triérarque méritera le commandement « nominal » de la trirème dont il est responsable.

Finalement, Jean Rougé conclut sa thèse en affirmant que les riches acceptaient volontiers les lourds sacrifices de la triérarchie. L’ensemble était en effet d’une remarquable cohérence. La flotte permettait de tenir l’empire qui fournissait les subsides nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie. Et celle-ci reconnaissait ,sur le plan politique, le rôle militaire éminent de la flotte des galériens.

Bref, l’union économique des gens et la redistribution sociale parmi une société quelconque ne se feront au cours de l’histoire que lors des luttes contre des menaces communes. En attendant que cela change, je vous laisse avec cette citation d’Homère tirée de l’Odyssée :

Il n’est rien de plus terrible que la mer pour dompter un homme -Homère 

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