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Posté par le 31 janvier 2019 dans Bloc Québécois

Le Bloc est mort! Vive le Bloc !

Bloc québécois
Depuis le défait référendaire de 1995, le Bloc québécois a constamment été annoncé mort avant chaque élection fédérale. Or, si cette sempiternelle ritournelle des médias fédéralistes a su faire son chemin dans l’esprit populaire, le Bloc n’est toujours pas mort pour autant. Du moins, pas encore.

Disons que sans le retour de son ancien chef, Gilles Duceppe, à la dernière élection fédérale en 2015, l’aile parlementaire du Bloc aurait assurément été anéantie. Mais comme si sa précarité existentielle n’était pas alors considérée par les officiers du Bloc, ce parti s’est embourbé dans une absurde lutte fratricide durant le règne de Martine Ouellet à sa direction. Une supposée fracture entre ceux qui voulait promouvoir l’indépendance par rapport à ceux voulant plutôt défendre les intérêts du Québec à Ottawa avait en effet prétexté un climat de guerre civile (quant à moi, il fut plutôt question d’un amateurisme sectaire relié à la marginalisation du parti). Mais bon, l’abcès a depuis été crevé avec le départ de Martine Ouellet via l’intermédiaire d’un vote de confiance unilatéral. Ainsi, si tout laissait entendre à la fin du Bloc après plus d’une année stérilement perdue dans des luttes byzantines entre souverainistes, l’actuel contexte électoral, lui, laisse heureusement une opportunité de sauver sa mise… voire de retrouver un second souffle existentiel à travers une fenêtre de croissance.

Effectivement, le départ de Maxime Bernier du Parti conservateur pour fonder son machin libertarien (le People’s party) aura déstabilisé l’organisation dudit parti au Québec; à un point tel que son chef inconnu des Québécois (Andrew Scheer) aurait déjà concédé notre province au PLC afin de concentrer ses effectifs dans le Canada anglais. Parallèlement, l’élection de Jagmeet Singh à la chefferie du NPD, un sikh portant ostentatoirement un symbole religieux en guise de coiffure, aura définitivement achevé la crédibilité de ce parti aux yeux des Québécois. Déjà que cet aspirant, cherchant à incarner l’image du Canada moderne dans le monde, n’est pas du tout en phase idéologique avec le nouveau premier ministre québécois, M. François Legault. En effet, Singh considère le peuple québécois comme des immigrants dans « leur propre pays ». Bref, bien que tout laisse à priori le champ libre au PLC de Justin Trudeau au Québec… la politique a toujours horreur du vide. Or, si le peuple n’est pas trop blasé par la politique canadienne pour aller voter, parions que le Bloc pourrait certainement canaliser le vote de l’opposition.

Alors, voilà le résultat de l’enchâssement du multiculturalisme dans la constitution canadienne : c’est rendu que nous sommes, Québécois, considérés comme une simple ethnie issue de l’immigration plutôt qu’un peuple fondateur. Merci NPD !

Cependant, il est bien beau de saisir l’opportunité électorale du Bloc, encore faut-il que ce parti fasse preuve de vision en proposant une plate-forme tout autant cohérente à ses membres qu’intéressante pour la population. Or, puisque plusieurs orientations s’offrent au Bloc, je saisirai l’opportunité de vous proposer mes choix en ce sens.

Le nouveau chef a réussi à refaire l’unité de l’aile parlementaire… ce qui n’est pas rien

Sous quelle égide l’ère d’Yves-François Blanchet (YFB) se fera ?

Depuis quelques jours, le Bloc s’est doté d’un nouveau chef via la nomination d’Yves-François Blanchet, un ancien ministre péquiste de l’environnement qui était devenu animateur politique à la SRC (les EX). Bien que je me rallie pragmatiquement à ce candidat médiatique ayant réussi à refaire l’unité de l’aile parlementaire (ce qui n’est pas rien), j’aurais personnellement préféré une course à la direction afin de mieux connaitre sa vision pour le parti et le mouvement souverainiste dans son ensemble. En ce sens, j’avais d’ailleurs signé le bulletin de mise en candidature de Jean-Jacques Nantel. Mais bon, puisque ce candidat de l’aile radicale indépendantiste n’aura pas réussi à remplir les conditions nécessaires pour être admissible à une course, il y aura finalement une trêve de débat dans cet axe.

D’ailleurs, à quelques mois des élections, il faudra bien aussi réfléchir à la place des « radicaux » dans le Bloc québécois. Pour ma part, étant fondamentalement anti-sectaire, j’ai toujours été naturellement porté à défendre les groupes faisant face à l’exclusion par rapport à un autre. En ce sens, si j’ai défendu ce qu’il restait de « modéré » durant le règne de Martine Ouellet, je souhaiterais maintenant que le nouveau chef fasse preuve d’inclusion quant aux militants indépendantistes voulant encore s’investir au Bloc (dans la mesure où il y ait de réelles actions indépendantistes prévues à l’agenda bloquiste). Or, parlant d’inclusion au sens large, voilà qui nous amène justement à la position globale du Bloc dans le paysage politique de l’Assemblée nationale.

Faisons de l’Environnement notre priorité de campagne !

Étant un ancien député péquiste, Yves-François Blanchet retrouvera naturellement en son ancien parti, le Parti québécois, un allié de sur qui compter. Mais le piège ici serait de sceller l’alliance Bloc/PQ en mode « machine à perdre », c’est-à-dire sans considérer la perspective d’ouvrir l’alliance vers d’autres organisations. En effet, le contexte a bien changé depuis l’âge d’or du Bloc québécois où l’Assemblée nationale était conduite par le bipartisme entre fédéraliste libéral et souverainiste péquiste. Depuis la dernière élection, c’est la CAQ qui est désormais au pouvoir; et peut-être pour plus qu’un mandat. Puis, suivant la polarisation du vote francophone dans une dynamique gauche contre droite, Québec solidaire semble parallèlement en croissance… au point de désormais obtenir le même nombre de députés que le PQ. Mais si le PQ est sur le respirateur artificiel jusqu’à la prochaine élection, la base du PLQ demeure solide grâce aux votes ethniques, les ressources du patronat et la propagande médiatique du fédéral. Alors, voilà la question : vers qui (quel électorat, quels partis politiques, quelles orientations) ouvrir le Bloc avant le déclenchement de l’élection fédérale en automne prochain ? Voici donc des pistes d’orientation que je propose aux membres et à la direction du Bloc :

  1. Se radicaliser davantage : Ici, il me semble pertinent de préciser d’emblée de jeu que se radicaliser n’est pas synonyme d’extrémisme, mais bien de maximalisme, qui s’approche davantage d’une esthétique de l’excès et de la redondance. Ainsi, l’indépendance du Québec doit être au centre des intérêts du Bloc québécois et martelée sur toutes les tribunes. Cette idée s’est popularisée dans la culture d’Option nationale; c’est-à-dire qu’il faille davantage parler d’indépendance et en faire la pédagogie pour retrouver l’appui des indépendantistes et convaincre de nouveaux électeurs… quitte à délaisser le rôle parlementaire des députés à la Chambre des communes.

    A cet effet, je vous invite à relire la plate-forme que je proposais au Bloc au congrès de 2014. C’est-à-dire un juste milieu entre promotion de l’indépendance et défense des intérêts du Québec

    Pour ma part, si je conviens parfaitement qu’il fallait tenter quelque chose de nouveau par rapport à l’ancien establishment, l’expérience s’est conclue sur un échec. En effet, durant l’élection in extremis de Mario Beaulieu à la direction du Bloc en 2014, l’aile radicale semblait, pour la première fois dans l’histoire québécoise, pouvoir diriger l’une des grandes formations souverainistes. Mais face à l’échec appréhendé du test électoral, Mario Beaulieu sauva le Bloc de la disparition en ramenant Gille Duceppe à sa direction. Puis, la nomination de Martine Ouellet à la direction redonna un second souffle aux tenants d’un agenda plus radical. Toutefois, cette dernière partit en roue libre en se séparant d’emblée de l’aile parlementaire du parti. Plutôt que de renforcer le Bloc en y ramenant de nouveaux citoyens, elle y enferma celui-ci dans une logique de guerre civile en ciblant essentiellement ses énergies contre d’autres souverainistes. Alors, si les meilleurs militants viennent souvent de la base radicale, force est de constater toutefois que cette culture ne forme ni de bon stratège, ni de bon diplomate, ni des chefs rassembleurs (du moins, pas dans le contexte actuel). Bref, je pense malheureusement que l’aile radicale doit passer son tour et laisser la chance au nouveau chef d’orienter ses énergies vers la mission électorale. Et si les radicaux doivent toujours trouver une place dans un mouvement pour en éviter sa dérive, je leur proposerai plutôt de s’impliquer dans une éventuelle réforme du PQ (à suivre dans mon prochain article).

    Dans ce vieux article, j’explique en quoi le radicalisme est un aspect normal dans tout mouvement idéologique.

  2. Cristalliser l’alliance souverainiste entre le Bloc et le PQ : Comme je l’expliquais dans le préambule de cet article, on peut très bien maintenir le statu quo et consacrer le Bloc comme étant la succursale fédérale du PQ. Ainsi, on ne remet rien en question, on reste dans le déni quant à la « popularité » du PQ ; mais bon, cela aura le mérite de maintenir nos professionnels de la politique dans leur zone de confort. Et puis, simplement par la fenêtre politique qui s’ouvre pour la prochaine élection fédérale, il pourrait être possible de paresseusement faire élire des députés souverainistes… pour la dernière fois avant la mort du PQ.

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  3. De s’ouvrir vers la gauche dans une alliance environnementaliste/sociale-démocrate : Considérant que le NPD est en chute libre au Québec et risque d’y disparaître TOTALEMENT, l’alliance tacite entre ce parti et Québec solidaire est logiquement en péril. Ainsi, le Bloc pourrait tenter de précipiter ce divorce en y présentant des membres actifs de QS comme candidats. Idéalement, il faudrait préalablement repêcher quelques députés du NPD avant l’élection afin d’initier le transfert voire de pouvoir redevenir un parti officiellement reconnu avec 12 députés. Par après, pendant une conférence de presse, nous devrions inviter publiquement Alexandre Boulerice à intégrer le Bloc en lui présentant une plate-forme sociale-démocrate. Car, quand bien même il refuserait cette offre, nous enverrions tout de même un message à l’électorat de QS quant à notre ouverture envers les souverainistes de gauche.

    L’exploitation du pétrole issu des sables bitumineux en Alberta est un boulet pour la crédibilité du NPD en matière de développement durable et d’écologie. Alexandre Boulerice tient-il vraiment à s’associer à la promotion de cette industrie ?

    Pour ma part, je persiste à penser que l’axe environnemental serait l’un des plus profitables au Bloc. En effet, le Bloc est le meilleur parti fédéral pour défendre notre territoire des oléoducs de pétrole canadien issu des sables bitumineux (rappelons-nous ici que le NPD est en conflit d’intérêts sur cet enjeu depuis le gouvernement du NPD en Alberta fait activement la promotion de cette industrie, c’est-à-dire la plus polluante au monde). À ce propos, je vois parfaitement le Bloc faire de ce sujet une priorité de campagne. Fort de son expérience en tant que ministre de l’Environnement, YFB pourrait même présenter un modèle vert viable uniquement dans un Québec indépendant. Il y a d’ailleurs matière à rejoindre les jeunes sur cet enjeu.

    À ce jour, QS a toujours refusé toute convergence avec un autre Parti souverainiste… même sur la scène fédérale ?!? Or, ne soyons pas naïfs quant au nombre croissant de fédéralistes dans ce parti via ses réseaux du NPD

  4. Se mettre au diapason avec le gouvernement caquiste : Cette option a le mérite de s’inscrire dans l’air du temps. Dans sa lutte nationaliste pour réduire l’immigration afin de favoriser une meilleure intégration des nouveaux citoyens à la société québécoise, par rapport aussi à son projet laïc d’interdire les symboles religieux ostentatoires dans les postes d’autorités, le gouvernement québécois va vraisemblablement frapper un mur constitutionnel avec l’ordre fédéral. Ainsi, il serait judicieux de pouvoir soutenir le gouvernement québécois à la Chambre des communes et faire écho à la majorité des électeurs québécois. Si cette formule conservatrice peut virtuellement donner au Bloc les circonscriptions d’emblée représentées par des députés caquistes, cela impliquerait en contrepartie de mettre en bémol la promotion de l’indépendance… et d’oublier l’implication de la base radicale pour le prochain mandat. Si le Bloc entérine cette orientation, il n’aura jamais été si vrai que ce parti prioriserait la défense des intérêts du Québec à Ottawa… par rapport à faire la promotion de l’indépendance.

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  5. Tenter d’instiguer la convergence souverainiste : De mon point de vue, c’est la position qu’aurait dû développer le Bloc avant la cristallisation de l’alliance entre QS et le NPD en 2011. Mais bon, bien que QS ait depuis avalé Option nationale et que son porte-parole GND ait déclaré aujourd’hui la neutralité officielle de ce parti pour la prochaine élection fédérale, il faudrait bien penser à se servir de la position unique du Bloc pour tenter d’y fédérer l’ensemble des souverainistes. Afin de ramener à la même table les souverainistes de QS, ce qui reste du PQ, les radicaux libres de tout organisations politiques, puis éventuellement les nationalistes déçus de la CAQ. Il faudra toutefois un nouveau contexte à développer. En ce sens, il m’apparaît évident de préalablement laisser l’expérience autonomiste de la CAQ aller naturellement vers son échec annoncé. De la sorte, ce serait peut-être plutôt au PQ de se réformer dans le sens d’une convergence (mais ça, je l’élaborerai dans mon prochain article).

En guise conclusion

Plutôt que de choisir spécifiquement l’une des orientations que je viens de vous illustrer, l’idéal serait plutôt une formule hybride afin de se rapprocher de l’objectif du fameux « consensus québécois ». C’est-à-dire :

  1. De sceller le plus tôt possible l’alliance naturelle du Bloc avec le PQ… en autant que le Bloc s’ouvre après à d’autres partis provinciaux.
  2. De proposer à Alexandre Boulerice de devenir « directeur du Bloc à Montréal » et de favoriser des candidats issus de QS dans la métropole.
  3. Que l’environnement soit au cœur de la prochaine campagne bloquiste (particulièrement dans la circonscription de Boulerice si celui-ci s’entête à demeurer dans sa formation fédéraliste).
  4. De proposer à un « lieutenant » du premier ministre Legault d’organiser la campagne ailleurs qu’à Montréal, et de laisser ce parti proposer des candidats issus de leurs rangs.
  5. De respecter le dernier référendum des membres du Bloc quant ils ont limogé Martine Ouelet : à savoir, d’utiliser les ressources du Parti pour faire la promotion de l’indépendance du Québec. À cet effet, une idée de Mario Beaulieu consiste que chaque député pourrait verser une partie de son salaire aux organismes civils qui font la promotion de l’indépendance. Puis, depuis qu’un conseiller municipal ontarien, Gaëtan Baillargeon, a créé un précédent au Canada en maintenant son siège sans préalablement prêter serment à la Reine d’Angleterre, je ne vois pas pourquoi les plus indépendantistes du Parti ne pourraient pas en faire autant. Cette action de défiance du système fédéral s’appuierait sur une logique républicaine interpellant le rôle du citoyen dans une démocratie. Ce qui permettrait non seulement de promouvoir notre idéal républicain, mais ainsi une réforme démocratique pour le Québec… voire le Canada.

En tout cas, si le Bloc n’est pas fort… il n’est pas encore mort. Et singulièrement, pour la première fois de notre histoire, c’est au tour du Bloc de tirer le mouvement souverainiste vers l’avant… en ouvrant le passage à ce qui reste du Parti québécois.

Rendez-vous au prochain congrès

Simple et efficace : un bon slogan qui va à l’essentiel

 

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