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Posté par le 14 septembre 2026
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Rose of Nevada : Une expérience sensorielle où le mystère se noie dans la monotonie

Image du film ""

Avec Rose of Nevada, le cinéaste britannique Mark Jenkin propose une étrange traversée entre fantastique, drame social et voyage temporel. Lorsqu’un chalutier disparu depuis trente ans réapparaît mystérieusement dans un village de pêcheurs des Cornouailles, deux hommes embarquent pour une expédition qui bouleversera leur rapport au temps et à leur propre existence. Une prémisse intrigante, malheureusement desservie par une narration laborieuse et une monotonie persistante. Le réalisateur cherche manifestement à immerger le spectateur dans un univers où le quotidien, la mémoire et le surnaturel finissent par se confondre. Pourtant, malgré l’originalité du concept, j’ai eu beaucoup de difficulté à me laisser entraîner dans ce récit aussi déroutant que peu captivant.

Il faut néanmoins reconnaître au cinéaste une véritable identité visuelle, probablement la qualité la plus remarquable du film. Tourné en pellicule 16 mm avec une caméra mécanique Bolex H16 datant de 1976, Rose of Nevada cultive une esthétique granuleuse et anachronique qui évoque une vieille bobine retrouvée. Le grain apparent, les couleurs saturées et les imperfections de l’image donnent l’impression d’observer un monde appartenant déjà au passé. Cette démarche n’est pas simplement décorative : elle participe directement à un récit fondé sur le dérèglement du temps et l’effacement des repères. Jenkin pousse d’ailleurs cette logique jusqu’à conserver une photographie semblable entre les différentes époques, comme si le temps lui-même avait cessé d’exister. Les contraintes de sa caméra, qui impose des prises d’environ vingt-sept secondes, favorisent également un montage fragmenté, composé de gros plans sur les visages, les objets et les gestes du quotidien. Aucun son direct n’est enregistré pendant le tournage : les dialogues et les ambiances sont entièrement reconstruits en postproduction. Ce décalage entre l’image et le son confère aux scènes une étrangeté parfois fascinante, mais contribue aussi à leur caractère artificiel et émotionnellement distant.

Cette recherche formelle prend tout son sens dans la représentation de la vie maritime. Les gestes répétitifs des pêcheurs, l’existence circulaire à bord du chalutier, la météo humide et changeante des côtes britanniques ainsi que l’isolement d’une communauté entièrement organisée autour de la pêche composent un univers volontairement fermé. Je comprends l’intention immersive de Jenkin : faire ressentir physiquement le passage du temps, la répétition des journées et cette impression d’être prisonnier d’un horizon qui ne change jamais. Malheureusement, cette cohérence esthétique devient aussi la principale faiblesse du film. Les scènes s’étirent, les silences s’accumulent et les mêmes impressions se succèdent sans véritable progression dramatique. Malgré un montage constitué de plans souvent très courts, l’ensemble paraît interminable. À force de privilégier la contemplation, Jenkin semble confondre lenteur et profondeur. Les personnages, froids, énigmatiques et parfois franchement étranges, accentuent cette distance. Même les interprétations de George MacKay et Callum Turner peinent à susciter un véritable attachement. Leur comportement contribue certes au malaise recherché, mais il devient difficile de s’inquiéter du sort de personnages avec lesquels aucune proximité émotionnelle ne s’établit véritablement.

Le classement du film dans le registre de l’horreur me paraît d’ailleurs discutable. Rose of Nevada appartient davantage au fantastique existentiel qu’au cinéma d’épouvante. Il ne cherche ni à provoquer des sursauts ni à installer une menace concrète, mais plutôt à développer une angoisse abstraite autour de la disparition, de la mémoire et de la perte d’identité. Le chalutier devient progressivement une sorte de piège temporel, un espace où les existences semblent condamnées à se répéter jusqu’à perdre toute signification. Cette proposition rappelle certaines préoccupations de Enys Men, le précédent film de Jenkin, où l’isolement et la répétition participaient également à une expérience sensorielle troublante. Seulement, dans Rose of Nevada, même la dimension fantastique demeure étonnamment terne. Le mystère, d’abord stimulant, finit par s’épuiser dans une atmosphère uniforme, sans que l’inquiétude se transforme réellement en tension. Le spectateur se retrouve ainsi dans une position paradoxale : il comprend intellectuellement le malaise que le réalisateur cherche à produire, sans nécessairement parvenir à le ressentir.

Pourtant, derrière ce dispositif austère se dessine une réflexion intéressante sur la mémoire collective, la précarité économique et la disparition progressive des communautés traditionnelles. Comme dans Bait, Jenkin s’intéresse à un monde maritime fragilisé par les transformations économiques et la perte de ses activités historiques. Le retour du chalutier représente ainsi davantage qu’une anomalie temporelle : il réveille le souvenir d’une époque où la pêche structurait l’économie locale, mais aussi les relations humaines et le sentiment d’appartenance. Le contraste entre le village dévitalisé du présent et celui de 1993, encore animé par une certaine vitalité collective, donne au voyage temporel une résonance sociale. Cependant, le passé n’apparaît pas comme une véritable possibilité de renaissance. Il devient au contraire une prison pour ceux qui n’y ont plus leur place. C’est peut-être là que réside l’idée la plus forte du film : la nostalgie d’un monde disparu peut se transformer en une forme d’aliénation lorsqu’elle empêche toute réconciliation avec le présent.

Cette dimension prend toute son importance dans une conclusion qui refuse délibérément d’expliquer le mystère. Nick découvre qu’il a perdu son existence antérieure, sa femme et son enfant, tandis que Liam accepte presque naturellement l’identité que cette nouvelle réalité lui attribue. Deux réactions opposées devant une même dépossession : l’un s’accroche à ce qu’il était, l’autre trouve dans l’effacement de son passé la possibilité de recommencer. Lorsque Nick remonte finalement à bord du chalutier, j’y vois moins une véritable confiance dans la possibilité de retrouver sa vie qu’un dernier espoir auquel il ne peut renoncer. Le bateau semble alors condamné à poursuivre son cycle, sans que l’on sache si une issue demeure possible. L’horreur véritable ne réside donc pas dans une présence surnaturelle, mais dans l’idée de continuer à vivre tout en ayant été effacé de sa propre existence. Une perspective philosophiquement troublante, dont la portée aurait toutefois gagné à être soutenue par une progression dramatique plus engageante.

Rose of Nevada possède indéniablement une personnalité cinématographique et témoigne d’une maîtrise technique remarquable. Mais l’originalité esthétique ne garantit pas la réussite narrative. En cherchant à faire de la répétition et de l’immobilité les fondements mêmes de son langage, Mark Jenkin finit par accentuer l’ennui plutôt que le mystère. Je reconnais volontiers la cohérence de sa démarche, sans avoir été suffisamment touché ou captivé pour en apprécier pleinement le résultat. Une expérience singulière, plus admirable dans ses intentions que convaincante dans son exécution, et dont je retiens surtout la texture des images plutôt que la puissance du récit. Malgré quelques idées intéressantes, sa monotonie excessive m’empêche franchement de le recommander. ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10 | Moyen

Affiche du film ""

Rose of Nevada (2026)

NR 114 min - Mystère, Drame, Horreur, Fantastique - 24 avril 2026
Votre note :

Dans un village de pêcheurs, un bateau apparaît mystérieusement dans le vieux port. La Rose de Nevada, perdue en mer avec tous ses hommes il y a 30 ans, est de retour. Pour les quelques personnes qui s'en souviennent, c'est un signe. La Rose of Nevada doit reprendre la mer, peut-être qu'alors la chance du village dévasté tournera. Nick accepte un emploi à bord du bateau pour tenter de subvenir aux besoins de sa famille. À ses côtés, Liam, nouvellement arrivé, se joint à l'équipage, afin d'échapper à son passé. Ils prennent la mer et, après un voyage réussi, rentrent au port. Mais quelque chose ne va pas. Ils ont remonté le temps et les villageois les accueillent comme s'ils étaient l'équipage d'origine.

Réalisateur :  Mark Jenkin
Écrivains :  Mark Jenkin

Photos

Histoire

Dans un village de pêcheurs, un bateau apparaît mystérieusement dans le vieux port. La Rose de Nevada, perdue en mer avec tous ses hommes il y a 30 ans, est de retour. Pour les quelques personnes qui s'en souviennent, c'est un signe. La Rose of Nevada doit reprendre la mer, peut-être qu'alors la chance du village dévasté tournera. Nick accepte un emploi à bord du bateau pour tenter de subvenir aux besoins de sa famille. À ses côtés, Liam, nouvellement arrivé, se joint à l'équipage, afin d'échapper à son passé. Ils prennent la mer et, après un voyage réussi, rentrent au port. Mais quelque chose ne va pas. Ils ont remonté le temps et les villageois les accueillent comme s'ils étaient l'équipage d'origine.


Collections : Films de 2026

Détails

Site officiel :  —
Pays :   Royaume-Uni
Langue :  Anglais,
Date de sortie :  24 avril 2026

Box Office

Recettes :  $1 345 968

Détails techniques

Durée :  1 h 54 min
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