Colony : La horde évolue, la formule résiste
Avec Colony, Yeon Sang-ho retrouve le cinéma de contamination et l’enfermement de Dernier train pour Busan. Dans un immeuble en quarantaine, une attaque biologique engendre des infectés qui évoluent en partageant leurs acquis. L’idée nourrit la tension : toute parade risque de devenir obsolète. La menace apprend, obligeant les survivants à réinventer leurs gestes.
La réussite tient à la traduction physique de ce principe. Les mouvements synchronisés, chorégraphiés par Jeon Young, transforment les corps en membres d’un organisme unique. Cette intelligence collective rappelle le réseau du cordyceps dans la série The Last of Us, mais la chorégraphie des mutations donne à Colony une personnalité propre. Le titre prend son sens : la colonie abolit l’individu pour gagner en efficacité. Comme dans L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman, l’horreur réside dans l’effacement de soi. On peut aussi y lire une angoisse liée aux réseaux numériques : l’information circule instantanément, sans préserver l’autonomie du jugement.
Cette proposition se heurte pourtant à une dramaturgie plus convenue. Les personnages existent souvent par leur fonction, et certains revirements servent surtout à relancer l’action. Là où Dernier train pour Busan nouait la tension à l’attachement, l’accumulation des péripéties tend ici à les dissocier. La solidarité devrait opposer à l’uniformité des infectés la valeur des liens choisis ; faute de personnalités assez incarnées, cette opposition demeure plus intellectuelle qu’émouvante. La fin, bancale, confirme les limites d’un récit moins abouti que son concept.
Il reste un divertissement généreux, dont l’imagination corporelle renouvelle un genre encombré. Colony impressionne davantage par sa horde que par ses survivants, mais il a réussi à me divertir et même à me faire un peu réfléchir. La mission est donc accomplie. Je lui accorde cette note avec générosité, pour son énergie et son ambition de faire évoluer le monstre autant que la formule.
★★★★★★☆☆☆☆ 6/10 | Pas mal
Colony
- -Se-jeong, professeure de biotechnologie, assiste à une conférence sur le sujet, mais la situation dégénère rapidement lorsqu'un virus à mutation fulgurante se propage. Alors que l'épidémie s'étend et que les personnes infectées commencent à se transformer, les autorités bouclent l'ensemble du complexe, piégeant les survivants face à une menace grandissante…

