Exit 8 : Un couloir pour décor, l’esprit pour labyrinthe
Avec Exit 8, Genki Kawamura transforme un banal couloir de métro en piège pour le regard. Adapté du jeu vidéo de Kotake Create, ce film d’horreur psychologique impose une règle simple : repérer les anomalies et rebrousser chemin lorsqu’elles apparaissent, sous peine de recommencer. Il prouve qu’un décor minimal peut encore nourrir un cinéma original : presque un huis clos où l’esprit voyage bien au-delà des limites physiques du lieu.
Le cadrage et le montage organisent une vigilance inconfortable. Murs, affiches et passant deviennent des repères dont chaque retour ébranle la fiabilité. Comme dans Shining, la rigueur géométrique des lieux nourrit paradoxalement la désorientation. Le spectateur scrute, compare et doute : privé de manette, il conserve l’incertitude du joueur. L’expérience prend alors l’allure d’un trip sous acide, tant l’espace familier semble se dérober à la raison.
Sous cette mécanique se dessine une angoisse intime : la perspective de devenir père. Kazunari Ninomiya donne à l’hésitation du protagoniste une fragilité qui dépasse l’exercice de style. Son errance peut se lire comme un refus d’avancer dans sa propre vie, mais aussi comme l’expression d’une indifférence aux autres. Apprendre à regarder prend alors une portée morale : la sortie semble exiger une présence au monde que la routine avait émoussée. Le couloir matérialise ce blocage avec une simplicité convaincante.
L’ensemble n’échappe pas à l’usure de son principe : certaines répétitions étirent le suspense sans renouveler l’inquiétude, tandis que le symbolisme devient parfois trop explicite. Le film convainc davantage lorsqu’il nous laisse chercher que lorsqu’il explique ce que nous devons comprendre. Ces limites tempèrent mon enthousiasme sans effacer le plaisir de la découverte. Je recommande ce petit film inventif à ceux qui aiment voir le cinéma explorer leurs perceptions et faire de ses contraintes un terrain d’expérimentation sensorielle.
★★★★★★★☆☆☆ 7/10 | Bon
Exit 8
- -Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. Mais s’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?

