Hope : Un film démesuré qui n’a pas l’intelligence de son ambition
Avec Hope, Na Hong-jin ambitionne de faire entrer son cinéma dans la cour des grandes fresques de science-fiction. Un village sud-coréen, une créature mystérieuse, des chasseurs devenus proies : ce renversement promet une catastrophe où l’incompréhension humaine devient aussi dangereuse que la menace elle-même. La mise en contexte m’a d’abord convaincu. On entre rapidement dans l’intrigue, porté par une proximité naturelle avec les protagonistes, précipités dans des événements dont ils ignorent tout. Cette immersion donne au chaos une échelle humaine et au récit une immédiateté prenante.
La mise en scène possède alors une puissance certaine. En révélant d’abord les traces de la destruction, le cinéaste laisse le hors-champ nourrir la peur et nous fait longuement languir avant de montrer sa première créature. L’attente fonctionne. C’est pourtant lorsque les monstres se dévoilent que j’ai commencé à décrocher. Leur laideur numérique me paraît si artificielle que je cesse de croire à leur présence physique. Les visages humains reconnaissables sous cet habillage, dont celui d’un Michael Fassbender inattendu, accentuent ce décalage. La direction d’acteurs ajoute à cette distance : les exclamations et les réactions théâtrales donnent aux personnages une allure grand-guignolesque qui désamorce trop souvent l’angoisse.
C’est surtout dans sa gestion du temps que le film échoue à me captiver. Là où The Wailing faisait du doute un piège moral, Hope s’enlise dans des courses-poursuites interminables, devenues l’essentiel d’un récit famélique. Le montage relance l’action sans assez transformer les enjeux ni approfondir l’attachement aux personnages. Je me suis profondément ennuyé devant ces deux heures et demie d’agitation. Même l’isolement du village finit par paraître commode : les incendies mobilisant les renforts et les communications coupées expliquent l’absence initiale de secours, mais peinent à justifier durablement l’absence d’une réponse extérieure à une menace aussi considérable.
L’idée demeure pourtant féconde. Cette peur de l’inconnu ouvre une réflexion sur la xénophobie et notre empressement à désigner un ennemi. Le déplacement du regard vers les extraterrestres participe bien de cette volonté de questionner nos perceptions. Mais le retournement échoue à mes yeux : après avoir longuement insisté sur leur bestialité meurtrière, le film nous demande de reconnaître des êtres évolués et incompris, sans donner à cette réinterprétation une force émotionnelle suffisante. Leur souffrance explique leur colère, mais ne résout pas la disproportion de leur violence. La complexité morale recherchée se réduit ainsi à un renversement démonstratif. Le film n’a pas l’intelligence de son ambition.
Quelques visions impressionnantes et une réelle maîtrise technique tempèrent ce jugement, sans dissiper la frustration. À la réflexion, je range même Hope parmi les nanars, tant la frontière entre farce volontaire et ridicule involontaire devient incertaine. L’humour est manifeste, mais je doute que tous mes sourires aient été ceux recherchés. Dans le cinéma de genre sud-coréen de 2026, j’ai de loin préféré Colony. Il reste ici un spectacle démesuré, trop peu habité pour que sa puissance visuelle devienne une émotion durable.
★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10 | Moyen
Hope
- -Le chef de la police de Hope Harbor, un petit village situé près de la zone coréenne démilitarisée, enquêtee sur le cas d'une vache morte portant des blessures béantes. Des chasseurs affirment qu'un tigre errant serait responsable de l'attaque, mais ils découvrent plus tard d'autres bovins morts ainsi que le corps du propriétaire de la ferme voisine...

