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Posté par le 8 mars 2026
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Malartic : Un documentaire entre territoire habité et mine à ciel ouvert

Avec Malartic, Nicolas Paquet s’inscrit dans une tradition documentaire québécoise attentive aux tensions entre territoire, industrie et mémoire collective. Le film explore la réalité de cette ville abitibienne marquée par l’exploitation minière à ciel ouvert, en mettant en scène non seulement les transformations physiques du paysage, mais aussi les fractures intimes qu’elles provoquent chez les habitants. Dès les premières images, une impression d’irréversibilité s’installe, comme si le territoire lui-même portait les cicatrices d’un choix déjà consommé.

Sur le plan narratif, Paquet adopte une structure d’observation progressive. Plutôt que de construire un discours frontal, il laisse émerger les enjeux à travers une accumulation de témoignages et de situations concrètes. Cette approche rappelle une logique dramaturgique où le conflit, ici entre développement économique et enracinement identitaire, se dévoile par strates successives. Le spectateur est ainsi invité à recomposer lui-même le sens global, ce qui renforce l’impact du propos. Cette posture implique toutefois une certaine patience, le rythme contemplatif pouvant, par moments, diluer la tension dramatique. Le film m’a d’ailleurs fait penser à Chercher le courant, le film de Nicolas Boisclair, dans cette manière de faire émerger une réflexion politique à partir du terrain, sans jamais complètement la refermer.

Visuellement, le film joue sur un contraste fort entre l’immensité brute de la mine et l’échelle humaine des citoyens. Les cadres larges, presque écrasants, traduisent une forme de dépossession du territoire, tandis que les plans plus rapprochés redonnent une voix à ceux qui y vivent. Le travail sur la durée des plans et l’usage parcimonieux du montage participent à cette impression de lourdeur inévitable, comme si le temps lui-même s’était adapté au rythme de l’exploitation industrielle. Ce va-et-vient crée une tension esthétique cohérente avec le sujet, portée par une mise en scène discrète mais rigoureuse. J’ai particulièrement apprécié les pauses visuelles et ces prises de vue presque statiques, assumées dans leur subjectivité, qui laissent au regard le temps de s’installer.

Ce qui distingue surtout Malartic, c’est moins une neutralité absolue qu’une forme de retenue apparente, derrière laquelle se dessine tout de même un regard orienté. Le film évite le didactisme frontal et laisse émerger une réalité complexe où s’entrecroisent intérêts économiques, choix politiques et attachements affectifs, mais cette complexité demeure partielle. En effet, la parole accordée se concentre presque exclusivement sur les voix dissidentes, alors que les citoyens ayant accepté le projet, ou les compensations qui l’accompagnent, restent largement en marge du récit. Ce déséquilibre n’annule pas la force du propos, d’autant plus que la vision du réalisateur se révèle souvent convaincante, mais il en circonscrit la portée. On peut d’ailleurs difficilement faire abstraction de la tension fondamentale que le film met en lumière, même indirectement, soit celle entre la dévastation écologique indéniable de ces projets et leur rôle structurant dans le développement économique régional. Ces territoires, façonnés par l’exploitation, devront inévitablement composer avec l’après, lorsque les entreprises se retireront, laissant derrière elles des paysages transformés, des ressources épuisées et des passifs environnementaux durables.

Le film évoque avec force la réalité du territoire abitibien, au point de donner l’impression d’une proximité presque tangible avec les lieux filmés. Cette immersion rend d’autant plus perceptible l’ampleur du site, l’une des plus grandes mines à ciel ouvert au Canada, ainsi que les questions qu’elle soulève sur le temps long et l’impact écologique, laissant planer une impression persistante de « tout ça pour ça ». Cette mise en perspective fait aussi émerger un étonnement plus large, soit celui de constater à quel point cette réalité, incluant le déplacement d’une partie du village, demeure relativement peu présente dans l’espace médiatique québécois, malgré son caractère récent et structurant.

Par ailleurs, il faut souligner la pertinence du dispositif narratif qui traverse le film, soit ces tentatives répétées du cinéaste d’entrer en dialogue avec le maire de Malartic, une démarche qui, justement, n’aboutira jamais. Ce fil conducteur, discret mais structurant, incarne en lui-même une forme d’impasse, voire un refus de communication, qui vient renforcer le sentiment d’un territoire fragmenté, où les positions coexistent sans réellement se rencontrer.

Le film évoque avec force la réalité du territoire abitibien, au point de donner l’impression d’une proximité presque tangible avec les lieux filmés. Cette immersion rend d’autant plus perceptible l’ampleur du site, l’une des plus grandes mines à ciel ouvert au Canada, ainsi que les questions qu’elle soulève sur le temps long et l’impact écologique, laissant planer une impression persistante de « tout ça pour ça ». Cette mise en perspective fait aussi émerger un étonnement plus large, soit celui de constater à quel point cette réalité, incluant le déplacement d’une partie du village, demeure relativement peu présente dans l’espace médiatique québécois, malgré son caractère récent et structurant.

Dans le paysage du cinéma québécois, Malartic peut être rapproché d’œuvres comme celles de Pierre Perrault ou de Richard Desjardins, notamment pour son attention au territoire et à la parole citoyenne. Toutefois, Paquet propose une approche plus contemporaine, marquée par une certaine distance analytique, presque clinique, qui laisse au spectateur la responsabilité de combler les silences.

Voir Malartic en ligne
Pour prolonger la réflexion, le documentaire Malartic est disponible sur le site de l’Office national du film du Canada. Une bonne manière de découvrir directement cette œuvre consacrée aux tensions entre territoire, industrie et mémoire collective.


Accéder au film sur l’ONF

En somme, Malartic est un documentaire maîtrisé, à la fois sobre et profondément évocateur, qui réussit à transformer un enjeu local en réflexion universelle sur notre rapport au progrès et à l’environnement. Une œuvre pertinente, mais pas tant nuancée, dont les qualités formelles et la rigueur du regard gagnent à être mises en dialogue avec d’autres perspectives de terrain, afin d’en mesurer pleinement la portée.

Note : 3,5 étoiles sur 5 (équivalent à 7/10)

Malartic (2024)

— 88 min - Documentaire, Drame - 28 février 2024
Votre note :

Dix ans après le début des opérations d’une gigantesque mine d’or à ciel ouvert à Malartic, le miracle économique espéré n’est plus qu’un mirage. Le cinéaste Nicolas Paquet explore le contraste criant entre le déclin de la ville et la richesse de la société minière, ainsi que les mécanismes d’un système décisionnel opaque où les citoyens n’ont que peu de poids. À la fois enquête anthropologique et enquête dans les coulisses du pouvoir, Malartic aborde la question fondamentale de la gestion durable et équitable du territoire.

Réalisateur :  Nicolas Paquet
Écrivains :  Nicolas Paquet
Acteurs :  Réjean Gariépy, Ginette Trudel, Geneviève Gariépy, Geneviève Brisson, Robert Wares, Anne-Marie Voisard, Annabelle Blais, Anne-Julie Asselin, Carole St-Jarre, Nicole Dumas, Délisca Ritchie Roussy

Photos

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Histoire

Dix ans après le début des opérations d’une gigantesque mine d’or à ciel ouvert à Malartic, le miracle économique espéré n’est plus qu’un mirage. Le cinéaste Nicolas Paquet explore le contraste criant entre le déclin de la ville et la richesse de la société minière, ainsi que les mécanismes d’un système décisionnel opaque où les citoyens n’ont que peu de poids. À la fois enquête anthropologique et enquête dans les coulisses du pouvoir, Malartic aborde la question fondamentale de la gestion durable et équitable du territoire.


Genres : Documentaire, Drame

Détails

Site officiel :  —
Pays :   Canada
Langue :  Français
Date de sortie :  28 février 2024

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Compagnies

Compagnies de production :  franC doc, ONF | NFB

Détails techniques

Durée :  1 h 28 min
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