The Running Man : Une dystopie vide, sans mordant ni véritable satire
The Running Man (2025), nouvelle adaptation du roman The Running Man réalisée par Edgar Wright, s’inscrit dans une double filiation, celle du récit dystopique et celle du spectacle télévisuel extrême. Présenté comme une relecture contemporaine du matériau original, le film ambitionne de reconnecter avec la dimension satirique du texte de Stephen King, tout en s’inscrivant dans la tradition cinématographique inaugurée par le film de 1987 avec Arnold Schwarzenegger. Pourtant, dès sa mise en place, le film peine à justifier pleinement son existence, oscillant entre modernisation esthétique et recyclage d’un imaginaire déjà largement exploré dans des œuvres comme Hunger Games ou Battle Royale.
J’abordais pourtant cette nouvelle version avec une curiosité réelle. Adolescent, la lecture du roman m’avait marqué, et je constatais déjà à quel point le film de 1987 s’en éloignait. Mais avec le recul, une forme de nostalgie s’impose. Cette adaptation libre, portée par l’énergie brute d’Arnold Schwarzenegger, assumait son côté spectaculaire et même kitsch, là où la version de Wright semble écrasée par son propre sérieux. Elle se prenait moins au sérieux, mais paradoxalement, elle divertissait davantage.
Le premier échec majeur du film réside dans ses personnages. Ben Richards, pourtant conçu comme un père acculé et moralement noble, devient ici étonnamment monotone. Sa trajectoire manque de relief, comme si elle était entièrement dictée par une fonction narrative plutôt que par une évolution dramatique. Les personnages secondaires n’offrent pas davantage de consistance. Ils apparaissent comme des coquilles vides, voire franchement absurdes dans leurs comportements, comme si leurs décisions répondaient moins à une logique interne qu’aux nécessités arbitraires d’un scénario mal maîtrisé. Cette impression d’artificialité constante mine la crédibilité du récit et installe une distance durable avec le spectateur.
La mise en scène, habituellement nerveuse et inventive chez Wright, semble ici étrangement contrainte. Le montage rapide, signature du cinéaste, est bien présent, mais il devient répétitif et mécanique, donnant l’impression d’un procédé appliqué plutôt que d’une véritable dynamique dramatique. Les séquences d’action, bien que techniquement solides, manquent de lisibilité émotionnelle. Le cadrage privilégie l’efficacité au détriment de l’immersion, et le rythme, censé être haletant, finit par produire une forme de saturation sensorielle. Cette surcharge visuelle affaiblit paradoxalement la tension, qui repose davantage sur des effets que sur une construction progressive du suspense.
Sur le plan narratif, le film adopte une structure linéaire qui simplifie excessivement les enjeux du récit. Cette linéarité s’accompagne d’une prévisibilité presque systématique, chaque rebondissement semblant annoncé bien avant qu’il ne survienne, au point de rendre l’ensemble étonnamment ennuyeux pour un film censé reposer sur la tension et l’urgence. L’élargissement du jeu à une traque nationale sur plusieurs jours, censé amplifier la portée du concept, dilue en réalité la mécanique dramatique. Le spectacle perd en clarté, en brutalité, et surtout en crédibilité comme phénomène médiatique central. Là où le film de 1987 transformait le jeu en arène immédiatement lisible, presque sportive dans sa logique, cette version propose un dispositif plus abstrait, moins incarné, et donc moins percutant.
Cette faiblesse dramatique se double d’une hésitation tonale. Le film oscille entre satire et divertissement pur, sans jamais trancher. Là où Wright excelle habituellement dans l’équilibre entre ironie et sincérité, comme dans Shaun of the Dead ou Hot Fuzz, il semble ici perdre le contrôle de son propre registre. Le résultat est un objet hybride, ni véritablement critique ni totalement ludique, qui dilue son propos au lieu de le renforcer.
Sur le plan symbolique, The Running Man cherche manifestement à interroger notre rapport contemporain aux médias, à la surveillance et à la spectacularisation du réel. Toutefois, cette intention reste en surface. Le film accumule les signaux contemporains sans jamais parvenir à les transformer en véritable démonstration. Il évoque plus qu’il n’analyse, suggère plus qu’il n’incarne. En comparaison avec des œuvres plus incisives comme Black Mirror, il apparaît comme une variation affaiblie d’un discours déjà bien installé. Au final, cette accumulation d’éléments déjà vus renforce l’impression d’un film qui n’apporte rien d’original à son matériau.
En définitive, The Running Man version 2025 apparaît comme une œuvre paradoxale, techniquement maîtrisée mais dramatiquement creuse, ambitieuse dans son intention mais limitée dans son exécution. Là où l’ancienne version assumait son efficacité brute et son plaisir immédiat, celle-ci se perd dans une volonté de modernité qui la rend plus lourde que percutante. Film linéaire, prévisible et étonnamment ennuyeux, peuplé de personnages peu crédibles et idiots, il échoue à susciter une véritable implication. Mieux vaut sans doute passer son chemin. ★★★★☆☆☆☆☆☆
Running Man
- -Dans un futur proche, les participants du jeu télévisé Running Man sont traqués en direct par des chasseurs professionnels. Ils doivent survivre 30 jours sous les yeux d’un public avide de violence. Ben Richards, prêt à tout pour sauver sa fille malade, est forcé de participer par un producteur impitoyable. Mais son courage et sa révolte feront de lui le favori du public… et la pire menace du système.



