The Last House : Une famille crédible dans un monde invraisemblable
Avec The Last House, Louis Leterrier propose un huis clos fantastique reposant sur une prémisse aussi simple qu’efficace : une famille se retrouve mystérieusement prisonnière de sa propre maison, incapable d’en franchir les portes ou les fenêtres. Tandis que les ressources s’épuisent et qu’une menace inexplicable se manifeste à l’extérieur, le foyer familial, traditionnellement associé à la sécurité et à l’intimité, devient paradoxalement un espace d’angoisse et de survie. Le concept possède un potentiel indéniable, évoquant autant le traumatisme collectif de la pandémie que les grands classiques du cinéma apocalyptique. Derrière son dispositif fantastique se dessine une interrogation plus contemporaine sur notre dépendance au confort matériel et sur la fragilité de cette civilisation que nous croyons acquise.
La première partie constitue assurément la plus convaincante. Leterrier exploite habilement les contraintes de l’espace domestique, transformant un environnement familier en piège oppressant. La photographie sombre, les silhouettes inquiétantes derrière les fenêtres et une utilisation judicieuse du hors-champ entretiennent une tension appréciable, précisément parce que la menace demeure longtemps insaisissable. La mise en scène tire ainsi sa force de ce qu’elle refuse momentanément de montrer. Greta Lee et Wagner Moura apportent une crédibilité bienvenue à ce couple confronté à l’effondrement progressif de ses certitudes. Leur jeu relativement sobre permet d’ancrer le fantastique dans une réalité familiale reconnaissable. Car, à bien y réfléchir, ce sont moins les manifestations surnaturelles que les relations familiales qui constituent le véritable sujet du film. Les personnages demeurent certes relativement conventionnels, mais leurs interactions, leurs contradictions et leur manière de composer avec l’enfermement possèdent une authenticité appréciable. J’ai d’ailleurs pris un certain plaisir à partager leur quotidien, à observer cette cellule familiale contrainte de réinventer ses rapports à l’espace, au temps et à la nécessité.
Malheureusement, le scénario de Matthew Robinson peine à soutenir durablement son excellente idée de départ. L’évolution temporelle du récit, qui étire le confinement sur plusieurs années, constitue une proposition audacieuse, mais elle fragilise progressivement la vraisemblance de l’ensemble. Les stratégies de survie deviennent parfois difficiles à accepter, tandis que les mécanismes régissant la menace extérieure soulèvent davantage de questions qu’ils n’apportent de réponses satisfaisantes. Surtout, le film abandonne peu à peu son suspense psychologique au profit d’une science-fiction horrifique plus démonstrative, mais nettement moins maîtrisée. À mesure que le mystère se précise, l’angoisse se dissipe. Ce qui relevait initialement de la suggestion bascule vers un spectacle dont les effets visuels et les révélations ne possèdent pas toujours la puissance de l’imaginaire qu’ils viennent remplacer. Je reconnais néanmoins avoir été quelque peu surpris par la nature véritable de l’élément fantastique, dont la révélation évoque, non sans une certaine parenté, The Abyss de James Cameron, mais dans un registre sensiblement plus violent. Une orientation inattendue qui ne suffit toutefois pas à résoudre les faiblesses de la construction narrative.
Cette hésitation entre drame familial, allégorie du confinement et divertissement fantastique empêche l’œuvre de développer pleinement sa personnalité. On pense notamment à A Quiet Place, de John Krasinski, pour sa manière de transformer les contraintes de survie en langage cinématographique, ou encore à The Mist, de Frank Darabont, où l’enfermement révèle progressivement les tensions sociales et les rapports de pouvoir. Sans atteindre leur cohérence respective, The Last House emprunte à ces deux traditions sans parvenir à les réconcilier. Sa dimension symbolique reste néanmoins intéressante : en privant ses personnages de toute possibilité de fuite, le film semble interroger une société dont l’autonomie repose sur des infrastructures invisibles et des ressources considérées comme inépuisables. Mais cette réflexion sur la vulnérabilité du monde moderne demeure largement subordonnée aux impératifs du spectacle. Le récit aurait gagné à faire davantage confiance à sa portée métaphorique plutôt qu’à chercher à rationaliser son étrangeté.
Reste que mon appréciation de The Last House mérite d’être replacée dans un contexte particulier. Je l’ai regardé immédiatement après le franchement stupide The End of Oak Street, un film pourtant mieux accueilli par la critique, alors que celui de Leterrier avait suscité davantage de réserves. Comme quoi il ne faut pas toujours se fier aux jugements critiques, mais surtout demeurer cohérent avec ses propres critères d’appréciation. Pour ma part, j’inverserais volontiers les verdicts. Là où The End of Oak Street m’avait exaspéré par l’artificialité de ses personnages et de ses situations, The Last House m’a semblé infiniment plus crédible dans sa représentation des dynamiques familiales. La différence est suffisamment marquée pour que ce dernier prenne presque des allures de film d’auteur en comparaison avec le navet précédent. Une impression évidemment relative, qui rappelle combien le contexte d’un visionnement peut influencer notre perception d’une œuvre.

À lire également, ma critique de The End of Oak Street, visionné juste avant The Last House, un intéressant contrepoint où deux films aux ambitions fantastiques comparables se distinguent surtout par la crédibilité de leurs relations familiales.
The Last House demeure néanmoins un divertissement correct, porté par une réalisation compétente, quelques séquences véritablement efficaces et une distribution investie. Leterrier démontre qu’il sait construire une tension et exploiter les possibilités visuelles d’un espace restreint, sans toutefois parvenir à maintenir cette rigueur jusqu’au dénouement. Le film possède suffisamment d’idées, de qualités techniques et surtout d’humanité dans ses rapports familiaux pour susciter l’intérêt, mais pas assez de cohérence ni de profondeur pour laisser une impression durable. Il illustre finalement les limites d’un cinéma de genre contemporain qui confond parfois l’accumulation des péripéties avec l’approfondissement de son propos. Une proposition sympathique, mais inégale, dont j’ai apprécié l’expérience davantage que je ne l’aurais peut-être fait dans d’autres circonstances. Je lui accorde donc une note quelque peu généreuse, tout en reconnaissant qu’il ne dépasse guère le stade du film moyen, correct sans plus.
★★★★★★☆☆☆☆ 6/10 | Pas mal
Le Dernier Refuge
- -Des forces inexplicables enferment une famille de quatre personnes à l'intérieur de leur maison indéfiniment. Alors que les luxes modernes et les nécessités vitales commencent à manquer, la famille doit apprendre à être ingénieuse pour survivre et déjouer celui - ou ce qui - les maintient prisonniers…

