The Jackal : Un thriller ordinaire devenu témoin de son époque
The Jackal (1997), réalisé par Michael Caton-Jones, appartient à cette catégorie particulière de thrillers d’action que l’on revoit moins pour leur perfection que pour ce qu’ils condensent d’une époque. Librement inspiré du roman The Day of the Jackal de Frederick Forsyth et du film de Fred Zinnemann sorti en 1973, ce remake hollywoodien met en scène Bruce Willis, Richard Gere et Sidney Poitier dans une traque internationale où un tueur professionnel, insaisissable et méthodique, devient la cible d’une coalition policière et politique. Près de trente ans plus tard, The Jackal apparaît moins comme un grand film que comme un objet culturel daté, traversé par les codes, les peurs et les automatismes du cinéma d’action de la fin des années 1990.
Le film a pour lui une prémisse efficace. Bruce Willis y joue contre son image habituelle de héros ironique et cabossé. Son Jackal est un homme sans centre, presque sans affect, qui change de visage, d’accent, de costume et d’identité comme s’il n’était déjà plus un individu, mais une fonction meurtrière. Cette dimension mécanique constitue sans doute le meilleur aspect du film. Michael Caton-Jones le filme souvent dans des espaces impersonnels, chambres d’hôtel, véhicules, ateliers ou lieux de transit, comme si le personnage appartenait moins au monde réel qu’à une logique abstraite de circulation, de préparation et d’exécution. La scène avec le personnage interprété par Jack Black, brutale et presque grotesque dans sa cruauté, demeure à ce titre l’un des moments les plus mémorables du film.
Mais cette froideur prometteuse se heurte rapidement à la forme même du blockbuster de son époque. The Jackal voudrait retrouver la tension méthodique du thriller paranoïaque des années 1970, mais il ne résiste jamais longtemps à la tentation du spectacle. Là où The Day of the Jackal misait sur la patience, la précision et l’observation des procédures, cette version cherche constamment à hausser le volume. Les scènes d’action, les déplacements internationaux, les déguisements et les retournements donnent parfois l’impression d’un film qui confond vitesse et intensité. Le résultat demeure professionnel, mais linéaire. La traque avance sans véritable surprise structurelle, comme si le film suivait docilement le manuel du thriller d’action de son temps.
C’est là que la nostalgie devient intéressante. Revoir The Jackal aujourd’hui, ce n’est pas seulement revoir un film moyen. C’est retrouver une certaine idée du cinéma commercial américain d’avant l’hégémonie numérique contemporaine. Les corps circulent encore dans des décors physiques. Les personnages consultent des dossiers, se déplacent, se rencontrent, téléphonent, mentent en personne. La menace technologique existe, mais elle n’a pas encore avalé toute la mise en scène. Le film appartient à cette période intermédiaire où l’action hollywoodienne voulait déjà paraître globale et post-guerre froide, tout en conservant une matérialité très concrète : armes, voitures, métros, frontières, billets et faux passeports.
Cette matérialité se ressent particulièrement dans la présence de Montréal. Le film ne se contente pas d’utiliser la ville comme simple décor déguisé. Montréal existe réellement dans le scénario et dans la géographie du récit. Plusieurs lieux montréalais apparaissent clairement à l’écran, notamment les stations de métro Lionel-Groulx et Radisson utilisées dans la séquence finale. Pour un spectateur québécois, cette présence crée un léger décalage affectif. Hollywood utilise encore Montréal comme espace nord-américain crédible, intégré au territoire narratif du film, plutôt que comme simple copie anonyme de New York ou Chicago.
Avec le recul, The Jackal agit presque comme une capsule temporelle du rapport entre Hollywood et le Québec à cette époque. Montréal accueillait alors un nombre important de productions américaines, attirées par ses infrastructures, ses crédits d’impôt et sa capacité à représenter plusieurs villes occidentales à moindre coût. Le film s’inscrit dans une période où des productions comme 12 Monkeys, The Long Kiss Goodnight, Snake Eyes ou The Bone Collector transformaient régulièrement Montréal en terrain de jeu pour le cinéma américain. Aujourd’hui, cette époque possède presque une dimension patrimoniale pour les cinéphiles québécois.
Sur le plan dramatique, Richard Gere demeure plus problématique. Son personnage devrait fonctionner comme le miroir moral du tueur, mais l’écriture ne lui donne jamais toute l’épaisseur nécessaire. Le film veut opposer deux professionnels hantés par leur passé, mais cette symétrie reste souvent théorique. Sidney Poitier apporte une gravité certaine, presque institutionnelle, mais le scénario l’utilise davantage comme figure d’autorité que comme véritable moteur dramatique.
La lecture culturelle du film est finalement plus riche que son efficacité strictement cinématographique. The Jackal traduit les angoisses d’un monde d’après-guerre froide : mafia russe, terrorisme transnational, frontières poreuses et circulation des identités. Pourtant, cette complexité géopolitique demeure surtout un décor de genre. Le film évoque un monde instable sans réellement l’analyser. Il transforme la mondialisation criminelle en carburant spectaculaire sans pousser très loin ce qu’elle révèle des rapports de pouvoir ou de l’effritement des souverainetés nationales.
C’est pourquoi le film laisse une impression mitigée, mais pas entièrement désagréable. Sa plus grande qualité est d’être un modèle assez pur du film d’action moyen des années 1990 : efficace, carré, parfois invraisemblable, mais encore lisible et physiquement incarné. Son principal défaut est cette linéarité qui empêche la tension de véritablement se densifier. Il avance, il exécute, il conclut, sans jamais atteindre la précision clinique ni la puissance paranoïaque auxquelles son sujet semblait pourtant destiné.
Au final, The Jackal n’est ni un désastre ni une réussite majeure. C’est un thriller regardable, daté dans ses codes, mais curieusement attachant par ce qu’il laisse filtrer du temps qui passe. On y retrouve une manière de filmer l’action, les villes, les menaces et même Montréal qui appartient déjà à une autre époque. Le film vaut peut-être moins pour son intrigue que pour cette mémoire diffuse d’un Hollywood de transition, encore analogique, déjà globalisé, fasciné par les tueurs sans visage et les métropoles interchangeables.
★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10 | Moyen
Le Chacal
- -Le FBI est sur les dents. Un tueur implacable a été engagé par une mystérieuse organisation pour supprimer l'une des plus importantes personnalités politiques des États-Unis. Surnommé le Chacal, cet homme reste insaisissable, changeant constamment d'identité. Carter Preston, directeur adjoint du FBI, affronte la plus difficile mission de sa carrière. Pour la circonstance, il fait équipe avec Valentina Koslova, major des services de renseignement russes. Ils demandent à Declan Mulqueen, un familier de l'espionnage et du terrorisme ayant côtoyé le Chacal, de s'associer avec eux.

