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Posté par le 2 janvier 2026
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Predator – Badlands : Du cauchemar original au divertissement familial

Image du film ""

Avec Predator: Badlands (2025), Dan Trachtenberg entreprend une transformation radicale de la célèbre franchise de science-fiction horrifique, au point d’en dénaturer profondément l’identité. Après un Prey (2022) dont les orientations idéologiques m’avaient laissé perplexe, le réalisateur semblait pourtant avoir remis la franchise sur des rails plus solides avec Predator: Killer of Killers (2025), une anthologie d’animation qui renouait intelligemment avec la chasse, le duel et la tension. Cette nouvelle proposition prend cependant une direction aussi surprenante que décevante. En faisant du chasseur impitoyable le protagoniste vulnérable d’un récit initiatique, Trachtenberg inverse les fondements mêmes de la série. Le renversement n’est pas dépourvu d’audace, mais encore faudrait-il qu’il ouvre de nouvelles perspectives dramatiques. Or, cette transgression semble surtout répondre à une volonté de rendre la créature plus accessible, plus attachante et, ultimement, plus commercialisable. Le monstre devient un personnage auquel il faut désormais s’identifier. Plus révélateur encore, le film nous donne accès à sa langue, désormais traduite par des sous-titres, dissipant une part supplémentaire du mystère qui entourait cette créature autrefois presque mythologique. À vouloir tout expliquer, jusqu’aux pensées les plus élémentaires de la bête, Trachtenberg achève de la désacraliser. Nous voilà finalement devant une sorte de production familiale à la Walt Disney, dépourvue de personnages humains, de sang rouge et de cette cruauté viscérale qui caractérisait les premiers épisodes. Un Predator conçu pour séduire le public le plus large possible, quitte à sacrifier l’essentiel de son héritage horrifique.

Le jeune Dek, rejeté par son clan et désireux de prouver sa valeur à un père tyrannique, incarne cette nouvelle orientation. Son parcours aurait pu nourrir une réflexion intéressante sur la violence des sociétés guerrières, la transmission des rapports de domination et cette conception de la virilité qui assimile toute faiblesse à une indignité. Mais le scénario préfère emprunter les chemins convenus d’une aventure familiale où l’exclu doit apprendre à accepter sa différence. La lecture très contemporaine, voire « woke », de la masculinité toxique s’impose alors avec une lourdeur démonstrative, opposant un patriarcat guerrier caricatural aux vertus rédemptrices de l’empathie et de la solidarité. Les personnages, essentiellement manichéens, ne possèdent guère la profondeur nécessaire pour donner une véritable substance à cette opposition. L’association avec Thia, une androïde interprétée par Elle Fanning, transforme progressivement le film en comédie de compagnonnage, multipliant les échanges humoristiques dans un registre puéril rappelant les productions Marvel. Même cette androïde maîtrise la langue des Predators, comme si plus aucune barrière culturelle ou biologique ne devait subsister entre le spectateur et ces créatures. L’arrivée de Bud, une petite créature extraterrestre aux grands yeux attendrissants, achève de désamorcer la menace. Son intégration comme compagnon animal du héros s’inscrit dans un imaginaire fantastique familial qui évoque immédiatement l’univers de Star Wars, avec ses petites créatures attachantes dont le potentiel commercial semble parfois primer sur leur fonction narrative. Difficile de ne pas voir dans Bud une mascotte destinée à séduire un public plus jeune, avec tout ce que cela suppose de possibilités pour les produits dérivés. Cette logique de marchandisation contribue à éloigner davantage la franchise de ses origines horrifiques. Le Predator, autrefois incarnation de la terreur et d’une altérité irréductible, ressemble désormais à un adolescent incompris entouré de compagnons aussi improbables qu’adorables. Nous sommes bien loin de l’inquiétante présence qui hantait la jungle du Predator de John McTiernan en 1987.

Image du film ""

Bud

Cette mutation du personnage s’accompagne d’une transformation tout aussi significative du langage cinématographique. Dans le Predator original, la mise en scène reposait sur l’invisibilité, l’attente et la vulnérabilité croissante de soldats pourtant habitués à exercer la violence. La menace existait d’abord par ce qu’on ne pouvait ni comprendre ni voir. Trachtenberg substitue à cette économie du suspense une succession presque ininterrompue d’affrontements spectaculaires, dont la répétition finit par banaliser le danger. Malgré quelques séquences d’action inventives et un environnement extraterrestre visuellement imaginatif, la prolifération des effets numériques donne à l’ensemble une esthétique artificielle, tandis que le montage privilégie l’accumulation au détriment de la tension. Le scénario, désespérément linéaire, évoque d’ailleurs la progression mécanique d’un jeu vidéo : traverser un nouvel environnement hostile, affronter une créature toujours plus redoutable, acquérir de nouvelles ressources et poursuivre sa route jusqu’au prochain adversaire. Voilà qui rappelle étrangement les faiblesses que je dénonçais déjà dans Alien vs. Predator en 2007, où la surabondance d’action et la prévisibilité du récit finissaient par étouffer le suspense. Ce film possédait néanmoins le mérite d’explorer les rites guerriers et la culture des Yautjas, même si cette démystification se faisait au détriment de leur aura inquiétante. Près de vingt ans plus tard, Badlands pousse cette logique encore davantage, mais sans apporter la richesse mythologique qui aurait pu justifier une telle exposition. Les combats deviennent autant d’épreuves interchangeables, dépourvues de véritables conséquences dramatiques, avant l’inévitable affrontement final. Le problème n’est donc pas tant l’efficacité technique du spectacle que son incapacité à produire la moindre inquiétude. À force de tout montrer, de tout expliquer et de multiplier les affrontements sans véritable enjeu émotionnel, le film ne laisse presque plus rien à redouter. La peur a disparu, remplacée par une violence chorégraphiée, répétitive et finalement inoffensive.

Image du film "Predator : Killer of Killers"

En juin 2025, je saluais le retour aux fondements de la franchise : la chasse, le duel et une violence assumée. Sans être un chef-d’œuvre, cette anthologie démontrait qu’il était encore possible de renouveler les Predators sans les apprivoiser. Predator: Killer of Killers : L’instinct de survie retrouvé

L’intégration de la corporation Weyland-Yutani, empruntée à l’univers d’Alien, ajoute une autre dimension à cette entreprise de recyclage. Elle permet certes d’opposer la brutalité des traditions guerrières à la froide rationalité d’une organisation capitaliste obsédée par l’exploitation du vivant. Pourtant, cette opposition demeure relativement superficielle, tant les enjeux idéologiques sont rapidement absorbés par les impératifs du divertissement. Plus troublant encore, cette présence laisse entrevoir de nouveaux croisements entre deux univers désormais réunis sous la propriété de Disney, prolongeant une logique commerciale qui existait déjà à l’époque de la 20th Century Fox. Difficile de ne pas y voir les prémices d’une exploitation toujours plus intégrée, d’autant que cette orientation rappelle la désolante série Alien: Earth (2025), autre symptôme, à mes yeux, de la dégradation artistique de la franchise imaginée par Ridley Scott.

Alien: Earth : La déchéance d’une saga mythique signée Disney

Avant Predator: Badlands, je dénonçais déjà dans Alien: Earth la dénaturation d’un autre monstre mythique du cinéma. Deux franchises, une même dérive : l’infantilisation de l’horreur au profit des impératifs commerciaux de Disney.

On y retrouve cette même propension à multiplier les personnages artificiellement caractérisés, les situations invraisemblables et les développements scénaristiques qui finissent par trahir l’esprit des œuvres originales. La dénonciation de l’instrumentalisation du vivant prend ici une dimension presque ironique, puisqu’elle se déploie au sein d’une production qui transforme elle-même ses créatures emblématiques en propriétés intellectuelles toujours plus polyvalentes. Après avoir exploité Star Wars jusqu’à l’épuisement de ses possibilités narratives, Disney semble désormais disposée à appliquer une logique comparable à Predator et Alien. La perspective de voir ces deux mythologies progressivement absorbées dans une mécanique d’univers partagés et de nouvelles déclinaisons commerciales n’a franchement rien de rassurant. L’univers partagé apparaît alors moins comme une nécessité artistique que comme une stratégie d’expansion industrielle.

Alien vs Predator poster

Dès 2007, je dénonçais les risques de la démystification des monstres et leur exploitation commerciale. Une critique où s’exprimaient déjà mes réserves devant le sacrifice du suspense et de la profondeur au profit du spectacle

C’est précisément là que Predator: Badlands me semble échouer le plus profondément. Je ne reproche pas à Trachtenberg d’avoir voulu renouveler une franchise dont les recettes commençaient à s’épuiser. Le cinéma de genre a toujours progressé grâce aux détournements, aux hybridations et aux remises en question de ses propres conventions. Encore faut-il distinguer la subversion véritable d’une simple inversion des rôles. Faire du monstre un héros ne constitue pas automatiquement une proposition audacieuse, surtout lorsqu’on l’enferme dans les mécanismes les plus prévisibles du cinéma d’aventures contemporain. Killer of Killers avait pourtant démontré, quelques mois plus tôt, qu’il était encore possible d’explorer de nouveaux territoires narratifs sans renoncer à la brutalité ni à la dimension prédatrice des Yautjas. Badlands, au contraire, semble croire que l’humanisation suffit à produire de la profondeur. Or, derrière son discours sur la différence, la famille choisie et le dépassement des modèles virilistes, le film ne propose finalement qu’une morale consensuelle, des personnages sans véritable complexité et un spectacle dépourvu de personnalité. En voulant nous faire aimer ce que nous avions appris à craindre, il renonce paradoxalement à ce qui faisait toute sa singularité. Cette domestication du monstre apparaît finalement comme le symptôme d’un Hollywood qui confond renouvellement et neutralisation, transgression et standardisation. Une proposition techniquement compétente, mais artistiquement désolante, dont l’audace affichée débouche sur un produit terriblement conventionnel. À ce rythme, après avoir vidé ses monstres de leur substance, Disney risque bien de ne nous laisser que leurs marques de commerce. ★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10 | Pas terrible

Affiche du film ""

Predator : Badlands (2025)

PG-13 107 min - Action, Science Fiction, Aventure - 5 novembre 2025
Votre note :

Jugé trop faible et indigne par son père, chef de la tribu des Yautja, Dek est sur le point de se faire exécuter par son frère Kwei. Mais au dernier moment, celui-ci préfère se sacrifier pour favoriser sa fuite. Décidé à prouver son courage, le jeune paria se rend sur la planète Genna pour y capturer le Kalisk, un monstre réputé invincible. Confronté à une nature hostile et imprévisible, le guerrier inexpérimenté doit sa survie à Thia, une androïde privée de la partie inférieure de son corps depuis son affrontement avec le Kalisk. Avec l'aide de celle-ci, Dek amorce sa traque de la terrible créature, convoitée par des scientifiques pour ses formidables dons de régénération.

Réalisateur :  Dan Trachtenberg

Photos

Histoire

Jugé trop faible et indigne par son père, chef de la tribu des Yautja, Dek est sur le point de se faire exécuter par son frère Kwei. Mais au dernier moment, celui-ci préfère se sacrifier pour favoriser sa fuite. Décidé à prouver son courage, le jeune paria se rend sur la planète Genna pour y capturer le Kalisk, un monstre réputé invincible. Confronté à une nature hostile et imprévisible, le guerrier inexpérimenté doit sa survie à Thia, une androïde privée de la partie inférieure de son corps depuis son affrontement avec le Kalisk. Avec l'aide de celle-ci, Dek amorce sa traque de la terrible créature, convoitée par des scientifiques pour ses formidables dons de régénération.


Collections : Films de 2025

Slogan : Début de la chasse. Dernière chance.

Détails

Site officiel :  —
Pays :   États-Unis
Langue :  Anglais, Français
Date de sortie :  5 novembre 2025

Box Office

Budget :  $105 000 000
Recettes :  $184 500 000

Détails techniques

Durée :  1 h 47 min
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