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Posté par le 20 mai 2021
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La nuit où je me suis retourné

Rêve onirique à la Nouvelle-Orléans où mémoire, désir et deuil s’entrelacent lors d’une fête de Mardi Gras, jusqu’au choix lucide de se retourner.

Dans la chaleur enveloppante d’une nuit de La Nouvelle-Orléans, je me retrouve subitement plongé au cœur d’une fête exubérante, évoquant les débordements du Mardi Gras. La célébration se déploie dans une villa majestueuse. Au milieu de la cour intérieure, je me tiens seul, immobile, absorbé par l’ampleur de l’événement.

Étrangement, bien que tous les visages autour de moi me soient étrangers, une intuition profonde m’envahit. Chaque porte de l’étage supérieur semble ouvrir sur un album de ma mémoire, comme un écho direct aux souvenirs que je viens tout juste de trier dans Google Photos. Cette demeure prend alors l’allure d’une métaphore vivante de mon esprit. Chaque porte devient une invitation vers un fragment oublié de mon passé.

Dans les dédales de cet étage, je croise le regard de Florence, mon ex-compagne. Elle, un Margarita vert à la main, m’invite à la rejoindre, un sourire aux lèvres. Derrière elle, le Baron Samedi, figure associée au vaudou haïtien, rit mystérieusement, suggérant une intimité troublante entre eux. Mon cœur se déchire entre la crainte et la curiosité, mais le désir de la retrouver demeure intact.

Cependant, alors que je m’approche d’elle, une figure familière surgit et m’intercepte. C’est Jean-Pierre Douville, mon beau-père récemment disparu. Vêtu d’une chemise hawaïenne, d’un collier de fleurs et de lunettes noires, il est entouré de deux jolies femmes et tient à la main son célèbre Black Russian. Dans cette tenue décontractée, il me conseille de quitter cet endroit, affirmant calmement que je ne suis pas à ma place dans ce monde où la fête ne s’arrête jamais. Sa voix est si réelle que j’ai l’impression troublante qu’il est encore vivant.

Ce conseil paternel, traversant littéralement les frontières de la réalité et de la mémoire du temps, me pousse à choisir la sagesse. Fuir ce rêve, ce mirage. En me retournant pour de bon sur mon passé, je quitte la villa, puis la Nouvelle-Orléans elle-même, laissant derrière moi le Baron, Florence et Jean-Pierre, non sans emporter avec moi les leçons de ce voyage onirique.

Je me réveille alors, envahi par une paix nouvelle, profondément ému par cette rencontre spectrale avec mon beau-père. Ses mots résonnent encore clairement en moi, éclairant les chemins que je dois désormais emprunter dans ma réalité.

Les morts continuent de nous parler, à condition que nous acceptions de nous taire
– Christian Bobin

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