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Posté par le 16 octobre 2026
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Un Québec plus progressiste que ses caricatures

Le progressisme du PQ à travers la parité, la diversité des élus, le serment au peuple et les engagements sociaux du nouveau gouvernement.

Représentativité, émancipation et justice sociale : laisser sa chance au renouveau péquiste.

Pourquoi l’image d’un PQ progressiste semble-t-elle si difficile à admettre dans certains milieux qui se réclament du progrès? Au lendemain de l’assermentation des députés péquistes, je regarde les personnes élues, les avancées démocratiques et les engagements sociaux qui dessinent un Québec plus moderne que ses caricatures. De la quasi-parité au serment envers le peuple québécois, ces changements méritent d’être reconnus. Ils éclairent aussi un paradoxe : sous le vocabulaire du progrès peut se dissimuler une défense de l’ordre établi. Aussi minoritaire soit-il, ce nouveau gouvernement ouvre une possibilité que nous avons intérêt à saisir ensemble.


À lire certaines réactions d’une partie de la gauche néoprogressiste à la victoire du PQ, on croirait le Québec en route vers les années 1930. Le texte d’Alexandre Dumas sur la « trumpisation » du parti a d’ailleurs été trop allègrement partagé, comme si dénoncer le supposé fascisme dispensait de vérifier l’accusation. Dans certains milieux progressistes, le relayer semblait tenir lieu de certificat de vertu, même lorsque les rapprochements relevaient davantage de la caricature que de la démonstration.

Cette mécanique sert aussi, à mes yeux, les défenseurs de l’ordre fédéral : le maintien du régime se trouve présenté comme une résistance au fascisme. J’ai examiné ce procédé dans ma réponse à Dumas. Mais au lendemain de l’assermentation des députés péquistes, regardons plutôt les personnes élues et le sens de leur engagement envers le peuple du Québec.

Partager une accusation ne la transforme pas en preuve. Dans Le PQ trumpiste de Dumas à l’épreuve des faits, je confronte le réquisitoire de Dumas aux sources originales.

Je suis fier de plusieurs choses dans cette élection. Fier de la place qu’occupent les femmes, des parcours qui se rencontrent dans la députation péquiste, mais aussi de ce que révèle l’ensemble de notre vie politique. Cette fierté ne m’oblige à considérer aucun gouvernement comme irréprochable. Elle m’amène simplement à poser une question : sommes-nous encore capables de reconnaître les progrès accomplis quand ils ne portent pas tous l’étiquette de notre famille politique?

L’assermentation des députés péquistes, le 15 octobre, donne justement chair à une idée républicaine dont nous devrions être fiers : des élus qui s’engagent envers le peuple du Québec, sans avoir à jurer allégeance au roi. Leur serment le dit explicitement :

« Je, (nom du député), déclare sous serment que je serai loyal envers le peuple du Québec et que j’exercerai mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec. »

Le serment au peuple est inscrit dans la loi depuis 1982. L’avancée de décembre 2022 consiste à en avoir fait le seul serment obligatoire pour siéger à l’Assemblée nationale. En refusant de jurer allégeance au roi, Paul St-Pierre Plamondon et ses deux collègues péquistes s’étaient d’abord vu interdire l’accès au Salon bleu. Leur détermination a toutefois contribué à faire tomber cette obligation : le 9 décembre, l’Assemblée adoptait une loi en ce sens, portée par le gouvernement caquiste. Ce combat mené par PSPP et le Parti Québécois, résolument progressiste dans sa portée démocratique, a ainsi fait d’un refus de l’allégeance monarchique une règle commune. Cette avancée appartient désormais à toute la démocratie québécoise.

Pour moi, il y a là un progrès démocratique très concret : l’élu n’a plus à doubler sa promesse envers ses concitoyens d’une allégeance à un monarque héréditaire. Dans une société qui s’est affranchie de tant de tutelles, mettre à distance cet héritage de l’ordre impérial britannique a un sens politique. La tradition ne suffit pas à rendre une institution légitime.

Le commentaire de Léandre St-Laurent sur mon mur Facebook aide à comprendre ce qui est en jeu. Il invite à sortir de deux fictions politiques : celle d’un ordre monarchique auquel notre vie nationale devrait demeurer symboliquement subordonnée, et celle d’un Québec qui se croirait pleinement maître de lui-même parce qu’il possède déjà son État. Notre Assemblée est devenue nationale en 1968; notre pouvoir de décider reste pourtant partagé dans un cadre fédéral. Reconnaître ce décalage donne une portée concrète au projet d’émancipation.

Prendre au sérieux les mots « peuple du Québec » et « constitution du Québec », c’est alors vouloir que ce peuple puisse se donner démocratiquement les règles fondamentales de sa vie commune. Une démarche constituante devrait chercher une adhésion plus large que celle d’un parti, respecter les droits de chacun et permettre de débattre des institutions que nous voulons. C’est ainsi que l’affirmation nationale peut approfondir la démocratie.

Regardons aussi les cinq chefs qui ont participé aux débats. Deux femmes, Christine Fréchette et Ruba Ghazal, dont l’une est une Québécoise d’origine palestinienne. Deux hommes ouvertement homosexuels, Charles Milliard et Éric Duhaime. Ces parcours se retrouvaient au premier plan d’une campagne où l’on débattait du pouvoir d’achat, de la santé et de l’avenir national. Cela mérite mieux qu’un haussement d’épaules.

Reconnaître cette évolution n’exige pas d’endosser les programmes de chacun. Je peux combattre les idées d’Éric Duhaime tout en me réjouissant qu’un homme gai dirige un parti conservateur. Mon engagement péquiste ne m’empêche pas de reconnaître dans le parcours de Ruba Ghazal une réussite québécoise, ni de voir en Charles Milliard un interlocuteur sympathique et ouvert au dialogue. Cette ouverture tranche, à mes yeux, avec une certaine tradition de fermeture des libéraux envers leurs adversaires politiques. Une société gagne en liberté lorsque les origines ou l’orientation sexuelle ne dictent plus l’appartenance partisane, et que les désaccords n’empêchent pas de reconnaître les qualités de l’autre.

Claude Charron

Élus péquistes dès 1970, Claude Charron et Guy Joron étaient gais, sans l’affirmer publiquement. En 1977, le gouvernement Lévesque fait interdire la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle dans la Charte québécoise : une avancée majeure pour l’égalité.

Du côté du PQ, les chiffres sont éloquents : 28 femmes parmi 59 élus, soit 47,5 %. Selon le bilan du Groupe Femmes, Politique et Démocratie, c’est la plus forte proportion de femmes parmi les groupes issus du scrutin. Le groupe péquiste approche donc la parité dans les sièges effectivement remportés. On aurait tort de confondre ce résultat avec un brevet de féminisme sur tous les dossiers. On aurait tout aussi tort de le traiter comme un détail sans importance.

Le progrès n’est d’ailleurs pas une ligne droite : l’Assemblée dans son ensemble passe de 58 femmes sur 125 sièges en 2022 à 57 sur 127 en 2026. Il reste du travail. Mais rappelons-nous que la première femme élue au Parlement québécois, Marie-Claire Kirkland, n’y est entrée qu’en 1961. Voir aujourd’hui un parti appelé à former le gouvernement faire élire presque autant de femmes que d’hommes appartient bel et bien à l’histoire de notre émancipation collective.

Lise Payette

En 1979, sous René Lévesque, Lise Payette devient la première ministre d’État à la Condition féminine et le gouvernement crée le Secrétariat du même nom. Un jalon de l’égalité auquel fait écho la quasi-parité péquiste actuelle.

Plusieurs nouveaux députés péquistes incarnent aussi cette ouverture. Dans Prévost, Anne Nguyen, Québécoise d’origine vietnamienne et fille d’immigrants, apporte une expertise en intelligence artificielle et en transformation numérique. Son élection marque aussi un jalon : elle devient la première femme d’origine vietnamienne élue à l’Assemblée nationale du Québec. Elle met cette expérience au service de la souveraineté numérique du Québec.

Dans Les Plaines, Dieudonné Ella Oyono, originaire du Gabon, a été élu sous la bannière péquiste. Arrivé à Montréal en 2001 pour poursuivre des études doctorales, cet économiste a enseigné à l’UQAM et travaillé au gouvernement du Québec ainsi qu’à la Ville de Montréal.

Jean Alfred

Son élection fait écho à un précédent qu’on aurait tort d’oublier : en 1976, Jean Alfred, né en Haïti, devenait le premier Noir élu à l’Assemblée nationale, dans Papineau, déjà sous la bannière du Parti Québécois. Cinquante ans plus tard, ces parcours rappellent que l’engagement indépendantiste peut rassembler des Québécois venus de plusieurs horizons.

Dans Taillon, Sandra Hernández, née d’un père espagnol et d’une mère québécoise, apporte seize années d’expérience auprès des Nations Unies, notamment dans des missions de paix et des missions politiques.

Ces élus ont une histoire, des compétences et des convictions. Les réduire à leur origine serait aussi appauvrissant que de prétendre que leur présence ne signifie rien. Ils montrent qu’on peut prendre part au projet indépendantiste à partir de trajectoires familiales très différentes. L’appartenance québécoise se construit aussi par la participation à une vie commune, dans une langue partagée, avec le désir d’en décider ensemble l’avenir.

La gauche qui se veut la plus attentive à la diversité devrait pouvoir reconnaître celle qui s’exprime hors de ses rangs. La représentativité deviendrait autrement un critère à géométrie partisane, célébré chez soi et escamoté chez les autres. La diversité ne perd pourtant pas sa valeur civique au moment où elle adhère au Parti Québécois.

Le PQ, un parti raciste? Antoine Robitaille revient sur cette accusation dans cet extrait de QUB, à mettre en parallèle avec les parcours et les avancées présentés ici.

Cette ouverture se mesure aussi à la diversité des expériences professionnelles. Camille Pellerin-Forget, élue dans Iberville, est physiothérapeute dans le réseau public. Odette Lavigne, élue dans René-Lévesque, a été éducatrice à la petite enfance et directrice générale du Regroupement des CPE de la Côte-Nord. Leur connaissance du terrain peut enrichir les décisions sur les services publics. La représentativité passe aussi par l’expérience des milieux que l’on souhaite servir.

Pour juger de l’orientation d’un parti, il faut ensuite regarder ses engagements. Le PQ a promis 20 000 logements sociaux et hors marché, dont 2 000 destinés aux personnes en situation d’itinérance. Il a annoncé un investissement d’un milliard de dollars sur quatre ans contre l’itinérance et la création de 10 000 nouvelles places en CPE, en supplément des places déjà en réalisation. On trouve là une volonté de répondre à des besoins sociaux par l’action collective et le financement public.

C’est l’ensemble qui compte : une représentation plus ouverte, un héritage de droits élargis et des engagements qui donnent à l’État une responsabilité dans la réduction des inégalités. Voilà sur quoi repose ma lecture d’un PQ moderne et progressiste.

Ces promesses devront se traduire dans les budgets et les services. Il faudra aussi examiner les arbitrages économiques du gouvernement avec toute la vigilance nécessaire. Mais cette orientation sociale fait partie du programme sur lequel le PQ a été élu. Une analyse qui la fait disparaître pour ne retenir que les sujets identitaires donne une image tronquée du parti et de ses électeurs.

J’aimerais donc que les chambres d’écho prennent parfois le temps de se parler. Que ceux qui voient du fascisme dans toute affirmation nationale rencontrent ceux pour qui l’intervention de l’État sent déjà le socialisme et la coopération internationale, le mondialisme. Ils auraient au moins quelques désaccords à régler avant de nous expliquer, chacun de leur côté, que le PQ incarne l’extrême opposé. À force d’annoncer l’apocalypse, on finit par ne plus décrire grand-chose.

À Dumas et compagnie, j’adresse donc cette question : quelle place accordent-ils à cette émancipation démocratique dans leur portrait d’un PQ en voie de « trumpisation »? Un discours peut se réclamer du progrès tout en produisant un effet conservateur. Lorsque l’affirmation nationale est systématiquement ramenée à une menace réactionnaire, le cadre fédéral, colonisateur et monarchique se trouve protégé de la remise en question. Voilà le paradoxe : ceux qui se réclament le plus bruyamment du progrès peuvent devenir les plus ardents défenseurs de l’ordre établi. Sous le vocabulaire néoprogressiste, j’y vois surtout une défense du régime fédéral. Il faut donc regarder au-delà des slogans : quels intérêts ce discours protège-t-il, et que permet-il réellement au peuple québécois d’accomplir?

À l’heure où la polarisation fragilise notre démocratie, je vois dans le PQ un centre politique capable d’offrir le point d’équilibre dont le Québec a besoin. Ce qui m’y intéresse, c’est la possibilité de tenir ensemble une ambition sociale et une volonté nationale, tout en ralliant des citoyens qui ne pensent pas tous pareil. Cet équilibre reste à consolider et à défendre : il exige de savoir dialoguer sans renoncer à ses convictions. Le gouvernement minoritaire issu du scrutin devra justement chercher des appuis au-delà de son propre groupe parlementaire.

L’entrevue du 11 octobre à Tout le monde en parle offre à cet égard une image encourageante. Ariane Boyer, du PQ, y était réunie avec Nada Boumeftah, du PLQ, Éloïse Coulombe, du PCQ, et Gisèle Pouhe Njall, de QS. Quatre nouvelles députées, quatre formations politiques. Le respect mutuel qui ressort de cet échange donne espoir qu’une collaboration demeure possible malgré les désaccords. Je vous invite à l’écouter : cette manière de se parler peut aussi faire progresser notre démocratie.

C’est ce Québec-là que j’ai envie de voir grandir : une société qui reconnaît le chemin parcouru et trouve dans ses progrès la confiance nécessaire pour aller plus loin. La diversité des personnes élues, la place des femmes et cet engagement envers le peuple québécois donnent un visage à cette espérance. Aussi minoritaire soit-il, le nouveau gouvernement péquiste représente pour moi un rayon de soleil dans un avenir que les crises, les divisions et la résignation avaient fini par obscurcir.

Le 15 octobre, lors de l’assermentation des députés, Paul St-Pierre Plamondon appelait justement à retrouver « confiance dans notre capacité à agir collectivement pour régler nos problèmes ». Il s’engageait aussi à tendre la main aux oppositions pour que les bonnes idées puissent contribuer au travail commun. J’y retrouve une ambition dont notre démocratie a besoin : montrer, par des améliorations concrètes dans la vie des gens, que nous pouvons encore accomplir de grandes choses ensemble et reprendre confiance en notre avenir national.

Laissons donc sa chance à cette nouvelle équipe. Elle devra convaincre, collaborer et mériter les espoirs qu’elle suscite; sa situation minoritaire peut aussi donner corps à cette culture du dialogue que nous réclamons. Notre intérêt collectif est de voir progresser la justice sociale, les services publics et notre capacité à décider de notre avenir. C’est sur ses réalisations et leurs effets dans nos vies qu’il faudra juger ce gouvernement, en lui laissant le temps de faire ses preuves.

Quand PSPP évoque ce « lys qui est en train de refleurir », j’y entends davantage que le retour d’un parti au pouvoir : la possibilité, pour tout un peuple, de retrouver le goût de l’avenir. Nous pouvons aujourd’hui mesurer les épreuves traversées, les barrières tombées et le chemin parcouru. Cette évolution mérite notre fierté et nourrit notre confiance. Mais le plus important reste devant nous : ce que nous ferons ensemble de cette liberté gagnée et des possibilités qui s’ouvrent. Soyons exigeants envers nos élus et assez confiants en nous-mêmes pour poursuivre notre émancipation. Regardons ensemble vers l’avenir.

Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver
– Gaston Miron

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