Pages Menu
Menu catégories

Posté par le 4 octobre 2026
0 commentaire

Le PQ trumpiste de Dumas à l’épreuve des faits

Une accusation peut faire le tour du Québec avant qu’on ait eu le temps d’ouvrir les sources qui la soutiennent. Réponse point par point au statut d’Alexandre Dumas du 25 septembre, intitulé « La trumpisation du PQ »

Il faut quelques secondes pour qualifier le Parti québécois de « trumpiste ». Il en faut beaucoup plus pour retrouver une entrevue entière, lire une motion ou comparer une accusation au programme du parti. Dans son statut publié à quelques jours du scrutin, Alexandre Dumas accumule les rapprochements jusqu’à présenter Paul St-Pierre Plamondon comme une menace pour la démocratie. J’ai repris ses arguments dans l’ordre et vérifié ce que les documents établissent réellement. Mon désaccord avec Dumas est politique, mais la question que je pose au lecteur est vérifiable : à quel moment un fait devient-il, sous sa plume, une intention prêtée au PQ, puis le portrait de tout un parti?


Il faut quelques secondes pour écrire « PQ trumpiste ». Il faut des heures pour retrouver l’entrevue entière, lire la motion, vérifier le programme et défaire les associations ajoutées autour d’une citation. C’est le déséquilibre dont profite Alexandre Dumas dans « La trumpisation du PQ », la publication qu’il a mise sur son mur Facebook le 25 septembre et à laquelle je réponds ici. Son statut a beaucoup trop circulé sans que ceux qui le relaient prennent toujours le temps d’aller au fond des choses : ils reconnaissent le portrait du PQ qu’il leur présente avant de vérifier comment il l’a construit. À quelques jours du vote, Dumas affirme que Paul St-Pierre Plamondon a copié « plusieurs pages du manuel du fasciste de la Maison-Blanche ». Une accusation pareille peut finir par tenir lieu de preuve à force de façonner la perception d’un parti. Je vais donc reprendre son statut dans l’ordre et vérifier, pièce par pièce, si les faits soutiennent cette image ou si Dumas l’a fabriquée.

L’enjeu dépasse une querelle d’étiquettes. En démocratie, la vérité ne se décide pas à la majorité, mais la réalité politique se construit aussi dans la convergence de ce qu’une majorité finit par croire vrai. Si l’image d’un PQ trumpiste s’installe chez des progressistes, elle peut peser sur leur vote avant que les rapprochements qui la composent aient été vérifiés. Répéter une accusation demande peu d’effort. Refaire le chemin jusqu’aux faits en demande beaucoup plus.

Cette question de perception m’a aussi amené à regarder la place que le PQ occupe dans la production électorale de Dumas. Plusieurs mois avant la campagne, j’avais parié dans un commentaire sur Facebook qu’il consacrerait plus de la moitié de ses publications électorales à attaquer le parti. Dumas avait répondu à ce commentaire par un bonhomme sourire ironique. Ce n’était alors qu’une impression, mais elle avait l’avantage de pouvoir être vérifiée. Le mème qu’il a publié par la suite préfère rire de ce que les péquistes auraient « dans la tête ». Moi, je voulais savoir ce qu’il y avait sur son mur.

Quelque temps plus tard, il publiait ce mème, toujours aussi laid, « Alexandre Dumas dans la tête des péespépistes ».

J’ai donc recensé les publications publiques accessibles sur sa page Facebook du 28 août au 2 octobre et classé les 43 interventions conservées dans mon relevé. Voici le résultat. Le compte rendu de l’analyse, avec les dates, les critères de classement et les captures disponibles, se trouve dans l’annexe Un mois dans le mur d’Alexandre Dumas :

Activité recensée Nombre Part du corpus
Publications étudiées 43 100 %
Critique négative du PQ, de PSPP ou d’un conflit associé 25 58,1 %
PQ ou PSPP comme cible principale 18 41,9 %
Publications explicitement favorables à QS 9 20,9 %

Les catégories se recoupent. Les dates, les critères de classement et les captures disponibles figurent en annexe.

Vingt-cinq sur quarante-trois. Le pari dont Dumas souriait se vérifie dans ce corpus. Le décompte ne rend pas ses critiques nécessairement fausses; il montre où il porte l’essentiel de ses coups. Son appui à QS est public. Mais à force de présenter le principal parti de l’opposition qui propose l’indépendance politique comme une menace fasciste, il rend aussi un service politique au statu quo fédéral : il invite des progressistes à considérer le PQ comme infréquentable avant même de discuter de son projet.

N’importe qui de moindrement sérieux qui prend le temps d’observer les sources peut voir le procédé : une phrase raccourcie, une proximité changée en complicité, une intention prêtée à PSPP, puis le portrait de tout un parti. Nous sommes de plus en plus nombreux à reconnaître cette démarche fourbe qui le caractérise. Dumas assure pourtant que ses contradicteurs ne lui répondent jamais « sur le fond ». J’aurais volontiers eu cet échange sur son mur, mais son accueil de la contradiction me laisse peu d’illusions : je m’attendrais à être bloqué illico presto. Curieuse posture pour quelqu’un qui accuse le PQ d’intolérance à la critique.

Je lui réponds donc ici, là où chacun pourra vérifier les pièces. Je suivrai son statut dans l’ordre : ce qu’il affirme, ce que dit la source originale, ce qu’il en retire et ce qu’il ajoute. C’est sur cet écart entre les documents et son récit, et non sur mon seul jugement de ses intentions, que je veux établir le caractère malhonnête de sa démarche.

La « complaisance envers l’extrême droite »

1. « Anti-gauche radicale ». Dans l’entrevue de PSPP avec Derek Fildebrandt, Dumas ne retient que « anti-radical left » et en fait le centre de l’idéologie du PQ. Pourtant, Jonathan Durand-Folco, lui aussi très critique du parti, cite une réponse plus longue : « I think we could say we’re anti-radical left social democrats. » Même un adversaire du PQ conserve les mots « social democrats » que Dumas laisse tomber. La notice Wikipédia situe d’ailleurs le PQ du centre gauche au centre. Elle ne remplace pas l’examen du programme, mais rappelle pourquoi trois mots isolés ne suffisent pas à redéfinir un parti. C’est cette guerre des étiquettes que je dénonce : on coupe ce qui complique le portrait, puis on présente le résultat comme une évidence.

Nature rhétorique : sélection de citation.

2. Nouvelle Alliance et le mot « jamais ». Noovo a repéré des membres de Nouvelle Alliance dans des activités du PQ. Dumas en déduit que PSPP craindrait de perdre le vote d’extrême droite. C’est un saut considérable : ce groupuscule d’environ 50 membres et proches sympathisants ne définit ni la ligne du parti ni les intentions de son chef. PSPP a rappelé à Noovo que les discours haineux sont interdits dans les instances du PQ et passibles de sanctions.

Le « jamais » reste faux. En mai 2026, PSPP a dénoncé publiquement des suprémacistes blancs liés à Second Sons Canada, un réseau pancanadien qui communique surtout en anglais. Des voix fédéralistes proches du rassemblement s’en prennent aux indépendantistes. Faudrait-il, par la même logique, rendre tous les fédéralistes responsables de Second Sons? Dumas n’accepterait probablement pas cet amalgame. Pourquoi l’impose-t-il au PQ?

Nature rhétorique : culpabilité par association.

3. Le masculinisme. Dumas reproche à PSPP de parler d’islamisme plutôt que de masculinisme, puis suppose qu’il ménage ainsi l’extrême droite. Pourtant, le rapport de la FAE relève des comportements misogynes et homophobes chez des élèves de différents milieux, y compris chez certains élèves musulmans invoquant leur religion. Pourquoi faudrait-il fermer les yeux sur cette partie du rapport pour combattre le masculinisme? On peut dénoncer les deux. Rien, dans cette étude, ne démontre le calcul électoral que Dumas prête à PSPP.

Nature rhétorique : procès d’intention.

4. Rebel News. Dumas part d’un fait : PSPP a accordé une entrevue à Alexandra Lavoie. Le Conseil de presse considère Rebel News comme une organisation militante. Le choix de cette tribune mérite d’être discuté. Mais Dumas ressort ensuite une fausse insinuation de Faith Goldy sur l’attentat de Québec et la place dans le portrait de PSPP. Où est la citation dans laquelle PSPP reprend ou approuve cette insinuation? Il n’en donne aucune. Une entrevue et un compliment adressé à Lavoie ne rendent pas le chef du PQ responsable de tout ce qu’une autre collaboratrice du réseau a raconté en 2017.

Nature rhétorique : culpabilité par association.

5. Danielle Smith et l’école. PSPP répète « ils ont raison » à propos de la volonté albertaine de retirer la politique et l’idéologie des classes. Qu’approuve-t-il précisément? Dumas n’en sait pas assez pour le dire : dans son texte long, il reconnaît lui-même que PSPP n’a pas dit vouloir retirer l’enseignement du genre, du climat ou de la souveraineté autochtone. Cette réserve disparaît de sa version abrégée. Plus gênant encore pour son portrait, la loi albertaine présentée par le gouvernement n’énonce pas l’interdiction d’enseigner ces trois sujets, et son projet de programme de sciences traite toujours des changements climatiques. Dumas transforme une approbation imprécise en adhésion à une purge qu’il ne démontre pas.

Nature rhétorique : extrapolation.

La « fabrication d’un ennemi imaginaire »

6. Le point de presse de mars 2023. Dumas retient le refus de PSPP de donner des noms et en fait la preuve d’un « ennemi imaginaire ». Mais que disait PSPP dans ce point de presse? Que le Canada et les États-Unis venaient de s’entendre pour fermer le chemin Roxham, après qu’on eut rapproché de l’extrême droite le PQ qui réclamait cette fermeture. Il se réclame alors explicitement de la social-démocratie, défend l’État-providence et demande pourquoi la même étiquette n’est pas collée à Trudeau et à Biden. Dumas garde l’échange embarrassant avec les journalistes et retire le débat politique qui lui donnait son sens. Trois ans plus tard, il compare lui-même PSPP au « manuel du fasciste ».

Nature rhétorique : omission de contexte.

7. Le « wokisme » sans définition. Dumas cite les premiers mots de PSPP à Tout le monde en parle : « C’est pas tant la définition du wokisme qui importe. » Puis il s’arrête là. Dans l’extrait que j’ai archivé, PSPP décrit pourtant, dès les secondes suivantes, trois comportements qu’il dénonce : déformer les propos, intimider par des accusations de racisme ou de xénophobie, puis se poser en victime pour éviter le débat. Il distingue aussi cette critique de la lutte contre les inégalités. Et quatre jours avant l’émission, il avait déjà nommé à l’Assemblée nationale les concepts qu’il associait à cette mouvance. Dumas peut juger cette définition mauvaise. Mais présenter PSPP comme incapable d’en donner une, puis le rapprocher de Duplessis, exige de fermer la vidéo après cinq secondes et d’ignorer sa déclaration précédente. www.assnat.qc.ca

Nature rhétorique : sélection de citation.

8. L’immigration « illimitée ». Dumas joue sur les mots : comme personne ne revendique officiellement une immigration « incontrôlée et illimitée », il conclut que PSPP combat un ennemi imaginaire. Une politique se juge pourtant à ses résultats, pas seulement à la manière dont ses auteurs la présentent. Selon l’Institut de la statistique du Québec, le nombre de résidents non permanents a augmenté de 174 200 en 2023, pour atteindre 560 200 au 1er janvier 2024. Ottawa n’a intégré des cibles d’arrivées temporaires à son plan d’immigration qu’en octobre 2024, et Trudeau a reconnu que son gouvernement aurait pu agir plus vite. Selon l’économiste Pierre Fortin, Québec ne pouvait délivrer un certificat d’acceptation que pour environ 35 % des résidents temporaires présents en janvier 2024. Ottawa peut bien consulter Québec : si Québec ne peut pas fixer les volumes d’une grande part des arrivées qu’il doit accueillir, il ne planifie pas véritablement avec lui. C’est ce problème que PSPP dénonce. Dumas préfère prendre « illimitée » au pied de la lettre pour ne pas y répondre.

Nature rhétorique : homme de paille.

L’« intolérance aux critiques »

9. Les chroniqueurs. Dumas reprend le portrait médiatique d’un PSPP « soupe au lait », qui aurait « la mèche courte », puis aligne huit noms pour lui donner l’apparence d’une preuve. Il manque pourtant chaque fois la pièce essentielle : qu’a-t-on dit de PSPP, et à quoi répondait-il exactement? J’y vois un cadrage médiatique fédéraliste que les indépendantistes connaissent bien. Nos paroles sont recadrées; lorsque nous contestons ce recadrage, notre riposte devient la nouvelle histoire. L’environnement médiatique n’est pas neutre devant un parti qui propose de rompre avec l’ordre canadien. Dumas aurait pu comparer les critiques originales aux réponses de PSPP. Il préfère compter ses répliques et appeler cela un tempérament. carlboileau.com

Nature rhétorique : généralisation.

10. Régis Labeaume. La réplique intégrale des six députés permet de vérifier ce que Dumas laisse de côté. Ils répondent aux accusations de Labeaume, défendent leur plan d’immigration et contestent qu’on leur prête la volonté de faire haïr les immigrants. Ils reprochent aussi à La Presse d’avoir publié sa chronique. Leur formule selon laquelle l’immigration serait la « cause prépondérante » de trois crises mérite elle-même une preuve plus solide. Mais Dumas écrit « plutôt que de simplement répondre sur le fond » alors que la lettre répond bel et bien sur le fond. Le PQ affirme que La Presse a refusé d’en publier la version intégrale; il l’a publiée lui-même. Aucune poursuite contre Labeaume n’est citée. Parti Québécois

Nature rhétorique : omission de contexte.

11. Xavier Brouillette. Dumas rapporte la formule excessive de PSPP sur les « idéologues marxistes » qui auraient « envahi » Radio-Canada. Il oublie ce qui a déclenché la réplique : dans le segment original de Tout peut arriver, Brouillette présente lui-même son analyse comme relevant de perspectives « féministes marxistes » et associe les politiques natalistes du PQ à une instrumentalisation du corps des femmes. PSPP grossit le trait en parlant des « ondes » de Radio-Canada; cela ne fait pas de cette émission une doctrine officielle du diffuseur. Mais raconter sa riposte sans raconter l’accusation à laquelle elle répond, comme le montre aussi cette vérification de Claude Desjardins, fausse la scène. claudedesjardins.substack.com

Nature rhétorique : omission de contexte.

12. Rachel Chagnon. Pascal Bérubé s’est plaint à l’ombudsman après que Rachel Chagnon eut demandé, à propos des élèves, « pourquoi pas tous blonds aux yeux bleus? ». On peut débattre de la pertinence de cette plainte. Dumas va plus loin : il affirme que Bérubé savait qu’elle serait sans conséquence et que son but était « simplement d’intimider ». Il ne produit ni échange interne ni déclaration de Bérubé établissant ce calcul. La plainte est un fait; l’intention que Dumas lui attribue est une hypothèse présentée comme une certitude. Alexandre Dumas, historien québécois

Nature rhétorique : procès d’intention.

13. Marie-Ève Cotton. Dumas prétend ne pas revenir sur l’affaire, puis accuse le PQ d’avoir voulu « réduire une opposante au silence ». Dans mon enquête, je montre ce qu’il efface : Cotton diffame publiquement la réputation de péquistes et leur prête des problèmes psychologiques, avec tout le poids que lui donne son titre de psychiatre. Jean-François Lisée l’a dénoncé. Les personnes visées portent plainte; leurs plaintes sont rejetées; Dumas transforme alors leur droit de répliquer en preuve qu’elles voulaient faire taire leur adversaire. carlboileau.com

En pleine campagne, Amnistie internationale dénonce un « schéma de harcèlement orchestré » sans en publier la démonstration dans son communiqué. Frédéric Bérard, ancien parrain d’honneur de l’organisme, défend cette conclusion dans les médias. Dumas l’intègre à son portrait d’un PQ autoritaire. La directrice générale d’Amnistie, France-Isabelle Langlois, est la conjointe de Pierre Céré selon une source familiale publique, lui aussi engagé dans la critique de PSPP. Richard Martineau questionne le moment choisi pour cette intervention. Voilà l’instrumentalisation partisane que je dénonce : le récit passe de la plainte au communiqué, des médias au réquisitoire électoral de Dumas. À chaque étape, les attaques initiales s’effacent et ceux qui y ont répondu deviennent les intimidateurs

Faire de la politique autrement, avec le ti-réseau de Dumas et Pierre Céré

Nature rhétorique : inversion accusatoire.

14. Vincent Boulay. Dumas raconte l’histoire comme si Boulay avait été chassé du PQ pour avoir osé contredire PSPP. Il omet le motif central de son retrait de la commission politique : le parti lui reprochait un bris de confidentialité. Une lettre interne consultée par La Presse Canadienne l’accusait d’avoir transmis des informations du PQ à un chroniqueur radio. Boulay pouvait défendre publiquement ses opinions, même contre son chef. Siéger à une instance politique tout en divulguant ses échanges internes, c’est une autre affaire. Aucun parti n’est tenu de confier cette responsabilité à quelqu’un à qui il reproche un tel manquement. Boulay a perdu son poste à la commission, pas sa carte de membre. Dumas efface cette distinction pour vendre une sanction interne comme une preuve de despotisme. TVA Nouvelles

Nature rhétorique : omission de contexte.

16. Gabriel Pallotta. Le 23 septembre, Pallotta a maintenu qu’il voulait « assainir » le discours du PQ, tout en reconnaissant avoir inventé l’histoire d’un groupe de « 30 ou 40 » candidats faisant pression sur la direction. Sa rétractation est embarrassante et appelle des questions. Dumas affirme pourtant que le candidat a préféré passer pour fabulateur plutôt que d’assumer sa critique. Préféré selon qui? La déclaration de Pallotta établit une invention et des excuses; elle ne révèle ni son calcul intime ni une consigne du parti. C’est précisément au moment où le fait devient intéressant que Dumas remplace l’enquête par une intention supposée. Le Sherbrooke

Nature rhétorique : procès d’intention.

15. Louise Harel et Pierre Céré. Les deux anciens péquistes ont cosigné une critique de la publicité du PQ sur l’immigration. Dans la réplique reproduite par Dumas, PSPP évoque « quelques idéologues de la gauche radicale » sans les nommer dans cette phrase. Dumas peut se demander s’ils étaient visés. Affirmer qu’ils ont été étiquetés ainsi pour avoir osé contredire le chef, c’est lui prêter une intention que la citation ne démontre pas. www.lautjournal.info

J’ai décrit dans mon texte sur Dumas un procédé autrement plus dommageable : son article sur une rencontre supposée entre PSPP et Éric Zemmour. Dumas reconnaît ne pas avoir établi la rencontre, mais publie la rumeur et développe aussitôt ce qu’elle suggérerait sur les fréquentations politiques de PSPP. La question reste dans la tête du lecteur même si la preuve ne vient jamais. C’est ainsi qu’on fabrique une ressemblance par insinuation. Patrick Lagacé a bien fait de recadrer publiquement cette méthode. Quant à l’identité des sources péquistes de Dumas, je peux me poser la question; je ne présenterai pas Harel ou Céré comme les auteurs de la rumeur sans élément qui les relie à elle 😉

Nature rhétorique : insinuation.

L’immigration comme explication de tout

16. Huit problèmes, une cause. Dumas empile français, logement, écoles, services, homophobie, criminalité, natalité et PIB pour fabriquer une phrase que PSPP n’a pas prononcée : l’immigration expliquerait tout. Or ces sujets n’ont ni les mêmes causes ni le même poids dans le discours péquiste. La Banque du Canada reconnaît, par exemple, que la croissance démographique accentue la pression sur les loyers, tandis que l’insuffisance de la construction aggrave la crise. Le PQ désigne explicitement les politiques fédérales, et non les immigrants, lorsqu’il parle du logement, du français et des services. Dumas efface cette distinction. Même le chiffre de 20 % qu’il relève dans l’entrevue à Rebel News, faute de données hospitalières publiées, ne prouve pas que PSPP attribue tous les problèmes du Québec à l’immigration. On passe d’une série de déclarations à une doctrine inventée.

Nature rhétorique : généralisation.

17. Le « pompier pyromane ». Dumas prétend que PSPP fabrique l’inquiétude qu’il invoque ensuite. Pourtant, dès 2024, 61 % des Québécois interrogés par Léger souhaitaient réduire l’immigration au Québec. La frustration tient aussi à une question de pouvoir : Ottawa conserve des leviers décisifs, notamment sur l’admission, les visas et certaines catégories de résidents temporaires, tandis que Québec doit planifier l’accueil et fournir les services. Dans son point de presse de 2023, PSPP disait chercher un modèle durable pour éviter la montée des extrêmes. Dumas inverse le propos : celui qui veut répondre à une inquiétude documentée devient celui qui l’aurait allumée. Voilà comment on disqualifie une revendication politique sans discuter du système qui la nourrit.

Nature rhétorique : procès d’intention.

18. Le voile au primaire. « On n’avait littéralement jamais entendu parler » du sujet avant le PQ, écrit Dumas. Faux. Dès 2016, devant une commission de l’Assemblée nationale, un organisme demandait d’interdire les signes religieux aux élèves du primaire et du secondaire et abordait expressément le voile des fillettes. Dumas est libre de combattre la proposition péquiste. Il ne peut pas soutenir que le parti a « fabriqué de toute pièce » un débat dont le Parlement conserve la trace dix ans plus tôt. Son « littéralement jamais » s’écroule à la lecture d’une seule archive.

Nature rhétorique : omission de contexte.

19. Le Danemark. PSPP a vécu au Danemark. Quand il évoque un modèle d’immigration durable, il précise ce qu’il veut protéger : les services publics et l’égalité des chances. Le plan du PQ présente la réduction des seuils comme un moyen d’ajuster l’accueil aux capacités de logement, de santé et d’éducation afin de préserver un État-providence généreux. C’est un raisonnement social-démocrate, que l’on peut discuter sur ses effets, mais que Dumas retire du portrait.

Dumas délaisse cette explication pour nous emmener au Rwanda et aux « camps de concentration ». Or, lorsque Boissonneault cite le Danemark, il ne propose aucun transfert de demandeurs d’asile et le projet danois n’était toujours pas réalisé en 2025. Le renversement est commode : Dumas colle l’extrême droite à un projet qui prétend défendre les services publics, sans examiner la logique néolibérale qui consiste à augmenter la main-d’œuvre sans planifier ces services. Qui protège ici le modèle social, et qui évite d’en parler?

Nature rhétorique : culpabilité par association.

La diversité de genre

20. Mx Martine, pronoms et toilettes. Dans le point de presse original, c’est un journaliste qui introduit le cas de Mx Martine. PSPP répond en parlant des règles à établir dans les écoles : pronoms, toilettes et écriture inclusive devraient, selon lui, faire l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale. Il emploie l’expression « gauche radicale » pour critiquer ce qu’il perçoit comme une imposition de changements, mais il ne désigne pas cette enseignante comme une militante de ce mouvement. Dumas personnalise le conflit, puis reproche à PSPP d’avoir pris pour cible une personne que le journaliste avait lui-même amenée dans l’échange.

Nature rhétorique : personnalisation.

21. La motion de février 2025. Le PQ s’est abstenu; Dumas a raison sur le vote, mais il en change le sens. La motion complète dénonçait l’intolérance envers les jeunes LGBTQ et demandait aux élus d’approuver plusieurs jugements sur le programme d’éducation à la sexualité, notamment son traitement de l’identité de genre. Refuser ce paquet ne revient pas à voter contre la protection des jeunes. Dumas isole le premier objet de la motion et fait disparaître les autres pour présenter une abstention sur un texte composite comme une profession de transphobie.

Nature rhétorique : omission de contexte.

22. Catherine Gentilcore. La lettre de Gentilcore contenait une affirmation inexacte sur ce que le ministère recommandait d’enseigner aux enfants de 3 à 7 ans. La Presse l’a corrigée; la précision publiée est reproduite ici. Dumas franchit pourtant une étape supplémentaire en écrivant qu’elle a « menti ». Une correction établit une erreur; elle n’établit pas que Gentilcore connaissait la bonne information lorsqu’elle a écrit sa lettre. En remplaçant « s’est trompée » par « a menti », Dumas transforme un fait vérifiable en accusation sur son intention.

Nature rhétorique : procès d’intention.

23. Les cours d’éducation sexuelle. Dumas crie au MAGA. Pourtant, le PQ propose une commission publique sur l’éducation à la sexualité et veut cesser de financer les écoles privées confessionnelles. Le programme républicain de Trump, lui, défend la prière et la lecture de la Bible à l’école. Belle ressemblance!

Notre position est laïque : des cours adaptés à l’âge, fondés sur la science, dont les contenus sont connus des parents. Aucun groupe militant ne devrait pouvoir contourner ce cadre. Demander qu’on examine publiquement ce qui est enseigné n’équivaut ni à supprimer l’éducation sexuelle ni à rejeter les jeunes LGBTQ. C’est pourtant le portrait que Dumas fabrique avec son étiquette MAGA.

Nature rhétorique : culpabilité par association.

24. Espaces réservés aux femmes. Ici encore, lisons les mots votés. Le projet national du PQ veut réaffirmer des espaces non mixtes et distinguer le sexe du genre dans certaines lois et statistiques « lorsque cette distinction est nécessaire », notamment pour mieux comprendre des formes distinctes de discrimination. Ces orientations soulèvent de vraies questions sur leurs modalités d’application. Mais Dumas les réécrit en interdiction générale d’accès aux toilettes, aux refuges et aux organismes pour toutes les femmes trans, puis en effacement de celles-ci de toutes les politiques destinées aux femmes. Le document ne formule pas ces interdictions. Dumas présente les conséquences qu’il redoute comme si elles figuraient déjà dans le programme, avant de crier au MAGA.

Nature rhétorique : homme de paille.

La « complaisance envers Trump »

25. Le fentanyl. Dumas cite « on a été de mauvais voisins » et saute à sa conclusion : PSPP donnerait raison à Trump. Or, dans son point de presse, PSPP parle de sécurité à la frontière, y compris des armes qui entrent au Québec, puis propose de diversifier nos exportations devant la menace tarifaire. Le chiffre de 0,2 % invoqué par Dumas renseigne sur les saisies américaines; il ne fait pas disparaître les autres enjeux frontaliers. Surtout, PSPP n’y approuve ni les tarifs ni la politique de Trump. Dumas transforme un désaccord sur la gestion de la frontière en allégeance politique. www.tvanouvelles.ca

Nature rhétorique : extrapolation.

26. Économie et défense. PSPP décrit les rapports qu’un Québec indépendant devrait entretenir avec son principal voisin commercial. Dumas présente cette réflexion comme un signe de « trumpisation ». Pourtant, dans l’entrevue qu’il exploite, PSPP parle de stabilité, de géographie, du Mexique, du Canada et de défense face à la Russie. Chercher des alliances pour un Québec souverain ne revient pas à importer l’idéologie du président américain. Dumas confond délibérément les deux plans dans son portrait du PQ. www.journaldequebec.com

Nature rhétorique : culpabilité par association.

27. La Chine. Dumas reproche à PSPP sa prudence envers Pékin comme s’il fallait choisir entre se méfier du régime chinois et s’opposer à Trump. Dans son texte sur la visite de Carney, Pascal Paradis vise notamment un rapprochement en matière de sécurité avec la Chine. PSPP, lui, explique les risques géopolitiques qu’il voit pour un Québec indépendant. On peut examiner cette stratégie pour ce qu’elle est. Dumas préfère y chercher un nouvel accessoire pour son portrait trumpiste. www.journaldequebec.com

Nature rhétorique : étiquetage moral.

28. Trump, jamais critiqué? C’est ici que le montage cède devant les archives. Le 4 février 2025, PSPP parle de « guerres tarifaires » et réclame une diversification pour réduire notre dépendance aux États-Unis. Le 11 février, il qualifie Trump d’« hostile à nos intérêts » et dénonce sa « stratégie de déstabilisation ». Dumas affirme pourtant que PSPP refuse le terme guerre tarifaire et s’abstient de critiquer l’administration Trump sur ce dossier. Il suffit de lire les transcriptions pour voir que son accusation ne tient pas.

Nature rhétorique : omission de preuves contraires.

L’« anti-intellectualisme »

29. Des chercheurs traités de militants. Dumas empile « militants », « idéologues » et « charlatans », puis affirme que PSPP rejette les recherches qui le contredisent. Où sont les études réfutées sans examen? Sa démonstration repose notamment sur une seule référence conservatrice dans la bibliographie du PQ. Elle y figure, mais le document, daté d’octobre 2024 et non de 2025, cite aussi la SCHL, HEC Montréal, Oxford Economics et des chercheurs universitaires. Dumas extrait la référence qui choque, fait disparaître les autres et conclut que le PQ écarte la recherche. C’est sa sélection qui produit ce portrait. Alexandre Dumas, historien québécois

Nature rhétorique : sélection asymétrique des sources.

30. Rupinder Liddar. Dans l’article de David Baxter, Liddar témoigne de la montée du racisme anti-indien et attribue une part du climat hostile aux discours liant immigration et difficultés économiques. Dumas transforme la contestation du choix des intervenants et de cette explication en rejet de la compétence de Liddar, puis en règle générale : les péquistes n’accepteraient que les experts qui leur donnent raison. Or des statistiques sur les crimes haineux ne suffisent pas, à elles seules, à établir quel discours politique a causé quelle hausse. Discuter ce lien causal, ce n’est pas nier le racisme ni bannir les chercheurs du débat. barrie360.com

Nature rhétorique : généralisation.

31. Les universités. Au Frenchcast, PSPP propose une commission parlementaire réunissant experts et citoyens pour discuter du contenu en éducation. Dumas traduit aussitôt cette proposition par « on en aura fini avec la liberté académique ». Il saute l’étape décisive : quelle mesure retirerait aux professeurs le droit d’enseigner ou de publier leurs recherches? Le projet national du PQ défend au contraire expressément la liberté académique et propose des protections pour la liberté d’expression dans les universités. Dumas peut s’opposer à la commission. Il ne peut pas présenter une censure universitaire comme une mesure annoncée par le PQ. Pivot

Nature rhétorique : extrapolation.

Conclusion : le verdict était écrit avant la preuve

Dumas termine en affirmant que PSPP aurait copié « plusieurs pages du manuel du fasciste de la Maison-Blanche ». Il espère ensuite que les Québécois refuseront de lui confier le pouvoir le 5 octobre, comme les Canadiens l’ont refusé à Pierre Poilievre. Voilà où mène son texte : faire passer un vote pour le PQ pour un risque démocratique comparable à l’élection de Trump. Une accusation de cette gravité exige autre chose qu’une collection de rapprochements.

Reprenons ce qu’il a fallu faire pour obtenir cette image. Couper « social democrats » lorsque PSPP décrit son parti. Transformer la présence de quelques membres d’un groupuscule à des activités politiques en volonté secrète de séduire l’extrême droite. Présenter une commission parlementaire comme la fin annoncée de la liberté académique, alors que le projet national du PQ défend expressément cette liberté. Affirmer enfin que PSPP refuse de parler de guerre tarifaire, malgré ses propos à l’Assemblée nationale. Ce ne sont pas quatre preuves du fascisme. Ce sont quatre endroits où le portrait de Dumas résiste mal au retour aux sources.

Pendant qu’il cherche Trump dans chaque désaccord sur l’immigration, le genre ou les médias, où sont passées les propositions péquistes sur les logements sociaux, les CPE et le RQAP? On peut débattre de ces politiques comme de celles qui divisent davantage. On ne peut pas retirer la moitié sociale du programme, grossir chaque ressemblance avec la droite américaine, puis annoncer qu’on a découvert l’identité véritable du PQ.

Dumas a lui-même proposé une curieuse comptabilité politique. À propos du « Parti Québecor », il demande si les salaires des animateurs et chroniqueurs de QUB devraient être inscrits aux dépenses électorales du PQ tant il est allergique à la diversité d’opinions dans les médias. Appliquons sa règle, pour voir, à ses 25 publications de campagne dirigées contre le PQ. À ce compte, sa production devrait figurer dans la colonne des dépenses du camp du NON, avant même qu’une campagne référendaire commence. Au temps des commandites, il fallait dépenser des fortunes pour vendre le Canada; lui offre au statu quo fédéral un PQ grimé en menace fasciste, sous un emballage progressiste. Et personne n’a besoin de lui envoyer la facture semble t’il.

Dumas souhaite la défaite du PQ. Il l’écrit noir sur blanc; c’est son droit. Mais une consigne de vote ne tient pas lieu de preuve. Le « PQ fasciste » de sa conclusion est le produit d’un montage partisan : citations raccourcies, associations grossies, intentions prêtées à PSPP et programme social laissé hors champ. Je refuse qu’on demande aux progressistes d’écarter le programme du PQ, voire le projet indépendantiste lui-même, parce qu’on leur a d’abord appris à craindre une étiquette. Le 5 octobre, c’est le PQ réel qu’il faut juger : ses propositions, ses décisions, ses contradictions aussi. Pas l’homme de paille que Dumas et ses acolytes ont sournoisement fabriqué pour tenter de le battre.

Le contraire des bruits qui courent des affaires ou des personnes est souvent la vérité
-La Bruyère

Annexe : le relevé des publications

Le tableau présenté au début de cet article résume mon relevé de la page Facebook publique d’Alexandre Dumas pendant la campagne. Pour examiner le corpus derrière ces chiffres et juger par vous-mêmes de la place qu’y occupe le PQ, consultez Un mois dans le mur d’Alexandre Dumas.

38 visionnements
Article précédent «

Article suivant

Laisser un commentaire