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Posté par le 20 septembre 2026
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Rosemont en campagne : l’opération politique qui tente d’inverser les rôles

Analyse du traitement médiatique de l’affaire Marie-Ève Cotton et de ses effets sur la campagne du Parti québécois dans Rosemont.

Comment une vieille plainte ressortie des boules à mites en pleine campagne sert à présenter Marie-Ève Cotton comme une victime et le PQ comme son agresseur.

Une plainte déposée des mois plus tôt revient à l’avant-scène en pleine campagne dans Rosemont. J’y vois le point de départ d’un récit où Marie-Ève Cotton apparaît en victime et où Pierre-Luc Brillant doit répondre d’une accusation d’intimidation, alors qu’il mène une campagne tournée vers ses projets. Du choix de la photographie aux interventions de Marianne Giguère et d’Alexandre Dumas, je suis la circulation de cette histoire et le renversement des rôles qu’elle permet. Je reviens aussi sur ma propre expérience : Cotton a déjà commenté mes mots devant un public auquel je ne pouvais pas répondre. Une question traverse ce texte : qui parvient à imposer l’image des indépendantistes?


Pourquoi publier, en plein milieu de campagne électorale, un reportage sur des plaintes déposées depuis des mois contre la psychiatre et activiste Marie-Ève Cotton, et déjà rejetées? Pourquoi présenter cette histoire à partir de la peur qu’elle dit ressentir, puis laisser les réseaux sociaux transformer Pierre-Luc Brillant en candidat qui voudrait « museler » une citoyenne? Pour moi, la réponse se trouve dans ce qui a suivi la publication du texte de Lisa-Marie Gervais dans Le Devoir. Une vieille affaire est devenue, en quelques heures, la matière première d’une opération politique contre le Parti québécois et son candidat vedette dans Rosemont, Pierre-Luc Brillant.

Une opération politique n’a pas besoin d’afficher son organigramme pour produire ses effets. Un reportage remet une histoire en circulation et lui donne un premier cadrage. Des relais militants s’en emparent, lui donnent une cible électorale, puis élargissent l’accusation à tout un parti. Pendant que Brillant parle positivement de l’avenir de Rosemont et du Québec, des adversaires voudraient le forcer à répondre à une accusation d’intimidation fabriquée à partir de vieilles plaintes.

Le coup de sifflet contre Pierre-Luc Brillant

Pour comprendre ce qui se passe, je pense aux « pestes » du hockey : ce type de joueurs qu’une équipe envoie sur la glace pour provoquer les meilleurs marqueurs adverses. La peste donne des coups bas dans le coin de la patinoire, attend que le joueur visé riposte, puis crie à la faute. L’arbitre voit la réaction; le pointeur vedette se retrouve au banc des punitions; l’équipe qui avait du mal à suivre peut enfin imposer son rythme. Ainsi, je vois Marie-Ève Cotton et son acolyte Alexandre Dumas remplir cette fonction perturbatrice dans le débat public : attaquer des réputations d’indépendantistes, provoquer la riposte, puis faire de cette riposte la preuve que le PQ voudrait les « annuler ».

Si je suis si attentif au coup de sifflet, c’est que j’ai déjà vu une campagne se jouer dans les journaux avant de se jouer dans les urnes. En 2013, j’étais conseiller municipal et candidat à ma réélection dans le district De Lorimier. J’estime que des articles de Lisa-Marie Gervais dans Le Devoir ont servi le récit de mon adversaire Marianne Giguère et contribué à ma défaite. Je n’ai pas oublié cette expérience. Aujourd’hui, les mêmes noms reviennent dans une séquence où le reportage de Gervais devient, entre les mains de Giguère, un appel à voter contre Brillant.

J’ai aussi connu de l’intérieur les échanges entre une formation politique et les médias : des scoops proposés au moment choisi, des sorties préparées selon un calendrier, mais aussi des récits adverses repris jusqu’à faire enfler une controverse. Cette expérience m’a appris à suivre une histoire au-delà de sa publication : pourquoi paraît-elle maintenant, qui place-t-elle au centre et qu’en font ensuite les acteurs politiques?

La vieille affaire et son nouvel emballage

Les dates comptent. La plainte de la direction du PQ dont Le Devoir précise la date remonte à décembre 2025. Le reportage fait aussi état d’une plainte déposée par Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant ainsi que d’une troisième démarche. Les trois ont été rejetées; deux demandes de révision l’ont également été. Leur issue peut intéresser le public. Mais l’acte qui surgit cette semaine, en pleine campagne, c’est la publication du reportage qui les rassemble et place immédiatement au premier plan la « tentative d’intimidation » dénoncée par Cotton.

Mais que reprochaient Blais et Brillant à Cotton? À propos d’un texte relayé par Isabelle Blais, qu’elle associait à la théorie du grand remplacement, Cotton écrivait : « Ça résulte dans la même haine, les mêmes Alexandre Bissonnette, la même détérioration de la cohésion sociale. » Elle associe ainsi la candidate à l’extrême droite et place son nom dans l’ombre d’un crime haineux. Dans les milieux antifa les plus vindicatifs, pareille étiquette peut tenir lieu de liste noire symbolique : une personne identifiable est désignée comme une menace à combattre , sans qu’on ait démontré qu’elle défend les idées qu’on lui prête. Cotton affirmait aussi que Pierre-Luc Brillant « ment éhontément » et qualifiait leurs échanges de « festival de la maladie mentale ». Sous la plume d’une psychiatre publiquement identifiée comme telle, cette dernière expression donne à l’attaque l’apparence d’un jugement professionnel. Le Devoir rapporte ces propos et la plainte des deux candidats.

Qui intimide qui, au juste? À mes yeux, le premier coup vient de Cotton. Blais et Brillant ont porté plainte pour défendre leur réputation, un droit protégé par la Charte québécoise. Le Collège des médecins a toutefois rejeté leur plainte sur le plan déontologique; mais il n’a ni confirmé la justesse des rapprochements de Cotton ni tranché une éventuelle atteinte civile à leur réputation. Commencer l’histoire à leur riposte, c’est faire des personnes visées les agresseurs et de celle qui les a visées la victime.

L’histoire qui fait le tour des réseaux n’est donc pas celle d’un nouvel acte commis par Brillant cette semaine. C’est une affaire antérieure sciemment remise à l’avant-scène au moment où sa campagne prend de l’élan. Le détail décisif se trouve dans l’écart entre la date des démarches et l’usage électoral qu’on en fait aujourd’hui.

Cette page anonyme transforme en mème calomnieux le cadrage de l’article de Lisa-Marie Gervais. Qui se cache derrière elle, et dans quel intérêt mène-t-elle cette campagne?

Même la présentation visuelle du reportage travaille ce récit. Sous un titre qui oppose « le PQ » à « une psychiatre », Le Devoir choisit une photo de Paul St-Pierre Plamondon au pupitre, la bouche ouverte, la main tendue, entouré de son équipe. Ce sont les gestes ordinaires d’un chef qui prononce un discours. Mais placée à côté du témoignage d’une femme qui se dit intimidée, l’image leur donne un autre sens : elle invite à voir un chef colérique, presque menaçant, à la tête d’un groupe qui chercherait à la faire taire. La photo n’établit rien de tel; son choix aide pourtant à installer cette impression avant même la lecture des faits.

Ce choix ne survient pas isolément. Pendant la campagne, le même procédé revient dans la couverture du PQ : retenir de PSPP l’instant où le front se crispe, où le bras se lève, où l’élan d’un discours peut être figé en accès de colère. Une photographie est toujours choisie parmi d’autres. Quand ce type d’image revient et qu’on l’associe, cette fois, à une accusation d’intimidation, le cadrage visuel prend une fonction politique précise : faire reconnaître au lecteur le chef autoritaire que le récit lui suggère déjà. L’image prépare ainsi un verdict qu’elle ne peut pas prouver.

À lire en complément : Pourquoi j’ai signé la lettre collective sur Christian Rioux, Le Devoir et la ligne invisible. J’y expliquais pourquoi le départ de Rioux me semblait révéler un recul des voix nationalistes au Devoir. Le traitement de l’affaire Cotton renforce à mes yeux cette impression : un néoprogressisme favorable au cadre fédéral y présente les nationalistes québécois comme une menace au régime en place.

Du reportage à la consigne de vote

Il suffit de regarder la suite. Marianne Giguère reproche à Brillant de « perdre son temps » de campagne à déposer des plaintes « irrecevables » pour « intimider et tenter de museler » Cotton. Cette façon de raconter l’affaire fausse la chronologie : les plaintes dont parle le reportage sont antérieures à la campagne. Brillant n’est pas en train de quitter le terrain pour multiplier les démarches contre Cotton. Giguère transforme pourtant cette vieille affaire en portrait d’un candidat occupé à faire taire une citoyenne, puis invite les électeurs de Rosemont à voter pour Québec solidaire et Gisèle Pouhe Njall.

À mes yeux, le reportage ne devient pas un outil de campagne seulement quand Giguère le partage : son cadrage prépare déjà cette utilisation. En plaçant la supposée peur de Cotton au premier plan, il offre aux relais un récit prêt à servir : une victime à défendre, un candidat à désigner comme intimidateur et, finalement, une consigne de vote.

Le glissement mérite qu’on s’y arrête. Le reportage parle de trois plaintes, dont une seule déposée conjointement par Isabelle Blais et Brillant. Giguère fait néanmoins de ce dernier le personnage central d’une histoire où l’on chercherait à faire taire Cotton. Des démarches distinctes et anciennes deviennent soudain un trait de caractère du candidat. On ne demande plus aux gens ce qu’ils pensent de ses propositions pour Rosemont; on leur demande s’ils veulent élire un intimidateur. Voilà une campagne négative qu’on tente d’accoler à Brillant pendant qu’il mène, lui, une campagne positive. Est-ce donc cela, « faire de la politique autrement », comme s’en targuent nos bons progressistes de salon?

Évidemment, le très prévisible Alexandre Dumas entre à son tour dans le jeu. On le voyait déjà attendre la passe. Le reportage du Devoir remet l’histoire des plaintes en circulation; Marianne Giguère s’en empare et, sous couvert de défendre Cotton, attaque Brillant dans Rosemont. Dumas récupère ensuite la rondelle et pousse l’offensive bien au-delà de la circonscription, jusque sur la patinoire nationale.

Dans son statut, « Quand le PQ veut annuler ses adversaires », Dumas ne s’en tient pas aux plaintes concernant Cotton. Il y ajoute une plainte de Pascal Bérubé à l’ombudsman de Radio-Canada, un différend avec La Presse, des critiques adressées à des chroniqueurs, puis ses propres démêlés avec PSPP. Au bout de cette accumulation, le lecteur est invité à craindre pour la liberté d’expression sous un gouvernement péquiste.

À lire en complément : Alexandre Dumas ou l’inquisiteur numérique de la gauche morale. J’y examine comment le soupçon et les rapprochements infamants peuvent rendre un adversaire politique suspect avant même que ses idées soient discutées. Dans l’affaire Cotton, je retrouve cette mécanique lorsque Dumas étend une accusation visant des personnes à l’ensemble du PQ, puis présente leur réplique comme la preuve de leur faute.

J’ai déjà décrit longuement la méthode de Dumas. Son texte du 23 février sur une prétendue rencontre entre PSPP et Éric Zemmour en donne un exemple frappant. Dumas disait tenir cette information de deux sources confidentielles, sans fournir de preuve publique de la rencontre. Puis il invoquait l’absence de réponse du PQ pour laisser planer le soupçon. La rencontre n’était pas établie, mais l’association avec Zemmour était lancée. Pour moi, c’est ainsi qu’une rumeur devient une arme de réputation : il suffit d’amener le lecteur à se demander si PSPP fréquente l’extrême droite. Dans son statut sur les plaintes, Dumas rapproche à nouveau des épisodes qui n’ont ni le même objet ni la même portée, jusqu’à ce que leur addition dessine le portrait d’un parti moralement dangereux.

À mes yeux, Cotton et Dumas, voire Frédéric Bérard, évoluent sur le même trio de soi-disant « progressiste ». Leur jeu consiste à présenter le PQ comme une menace fasciste pour pousser les électeurs progressistes à le combattre. Pendant que toute l’attention se porte sur cet adversaire désigné, le pouvoir central à Ottawa échappe à leur critique. Leurs passes profitent si bien au régime fédéraliste que je finis par me demander si le plan de match ne vient pas du même entraîneur.

C’est ici que mon image du hockey prend tout son sens. Cotton et Dumas déplacent le jeu des projets vers les réputations, les intentions et les étiquettes. Dès que le PQ ou ses candidats réagissent, la réaction devient l’événement médiatique et la provocation initiale s’efface. PSPP connaît lui aussi ce piège : lorsqu’il prend la parole pour corriger des faits à son sujet, sa réponse peut être recadrée comme un accès d’humeur. On ressort alors l’étiquette inventée du chef « soupe au lait ». Pourtant, comment concilier ce portrait avec la prestance posée qu’il a montrée pendant les débats des chefs? Le banc des punitions, ici, c’est une campagne condamnée à défendre son droit de répondre pendant que ses projets attendent.

Aux souverainistes de Québec solidaire : quand une page fédéraliste comme « L’anti-PQ » reprend vos attaques contre le PQ, êtes-vous vraiment encore dans l’équipe du Oui?

Dans Rosemont, ce déplacement est particulièrement utile à ceux qui veulent freiner l’élan de Brillant. Sa campagne est positive, mobilisatrice, tournée vers les projets concrets et les gens du quartier. Le 31 août, sur la promenade Masson, il a pris la pose avec Gisèle Pouhe Njall, sa sympathique adversaire de Québec solidaire. Ils se sont souhaité bonne chance; Brillant a publié la photo en rappelant que leurs divergences n’empêchaient ni le respect ni l’humanité. D’ailleurs, à l’échelle nationale, spécifions que Ruba Ghazal, co-porte-parole de QS, semble elle aussi privilégier un ton plus positif. Cette rencontre à Rosemont en donne une image simple : on peut défendre ses idées avec conviction sans faire de l’adversaire politique un ennemi.

C’est cette image qui dérange, je crois, certains activistes néoprogressistes : elle contredit le portrait d’un PQ « fasciste » qu’ils cherchent sournoisement à imposer. Brillant a le vent dans les voiles. Rosemont, dorénavant associé à Québec solidaire, est désormais projeté du côté du PQ : car si la tendance se maintient, Brillant devrait remporter la circonscription. Et pendant que ses adversaires tentent de lui coller des étiquettes, lui parle de ce qu’il veut faire avancer : la modernisation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, des logements qui permettent aux gens de rester dans le quartier et un meilleur soutien aux organismes d’aide alimentaire comme Bouffe-Action, d’autres voudraient que sa campagne porte sur sa réputation.

Allez donc constater par vous-même le dynamisme et la campagne positive de Pierre-Luc Brillant dans sa page Facebook

C’est là le procédé que je trouve particulièrement pervers : faire de la politique négative contre un candidat qui refuse d’en faire, puis présenter cette attaque comme un geste de vertu. On tente de salir Brillant tout en dénonçant chez lui une prétendue volonté de « museler » une adversaire. L’offensive peut circuler sans que Gisèle Pouhe Njall ou Ruba Ghazal aient à abandonner leur propre ton positif. Je crois que certains, dans l’entourage politique de QS, ont compris l’intérêt de ce détour. Mais le « camp du bien » saura-t-il vraiment reconnaître ici une campagne négative lorsqu’elle est menée en son nom?

Après l’affaire Cotton, des activistes proches de QS ont ouvertement appelé à vandaliser les pancartes du PQ. À croire que le message a été entendu : depuis, je constate que la majorité des pancartes du PQ dans Rosemont ont été détruites, tandis que celles des autres partis semblent épargnées.

J’ai déjà goûté à la médecine de Cotton

Si je réagis avec autant de force, c’est que Marie-Ève Cotton a déjà employé cette méthode contre moi. Le lundi de Pâques dernier, j’ai publié « Qui veut la peau de Paul St-Pierre Plamondon… et pourquoi? », un billet où je montrais comment les forces fédéralistes cherchent à détourner l’attention des idées de PSPP en le dépeignant comme un chef colérique, autoritaire ou « trumpiste ». Cotton a ensuite partagé une capture du statut dans lequel j’annonçais ce billet. L’ironie, c’est qu’elle a fait subir à mes mots le traitement même que je dénonçais.

Le PQ, donné pour moribond, revenait au centre du jeu politique. Comme je publiais mon billet le lundi de Pâques, j’ai joué avec le mot « résurrection » : une figure de style choisie pour des raisons littéraires, tout simplement. Dois-je vraiment rapeller ici que je suis profondément antireligieux et radicalement laïque? Il suffisait surtout de lire le texte pour comprendre que je parlais d’un parti et d’un projet de pays, pas d’une foi religieuse ni d’un messie. Cotton a pourtant surligné en jaune quelques mots de mon statut, comme elle le fait avec une insistance quasi compulsive, pour leur imposer une interprétation conforme à son agenda : elle y a vu un culte de la personnalité, puis a rapproché les péquistes des trumpistes et des adeptes de chefs autoritaires. On pouvait trouver mon image excessive ou contester mon appui indéfectible à PSPP. Mais transformer cette figure de style en symptôme d’autoritarisme, c’était me juger à partir d’un personnage fabriqué à ma place.

À lire en complément : Qui veut la peau de Paul St-Pierre Plamondon… et pourquoi?. Dès avril, j’y prévoyais une campagne sale contre le PQ : sortir des phrases de leur contexte, prêter des intentions inquiétantes aux indépendantistes et détourner l’attention de leurs idées. Je ne pensais pas toutefois que mon propre statut annonçant ce texte servirait à illustrer aussi directement la méthode que je dénonçais.

Et parlant d’autoritarisme, justement, je ne pouvais pas rétablir le contexte auprès des personnes qui réagissaient à sa publication. Cotton m’avait bloqué préventivement, avant même de publier à mon sujet. C’est sa méthode. Je n’avais pourtant jamais commenté le moindre statut sur son mur. Je comprends qu’on écarte des trolls ou qu’on se protège du harcèlement, mais ce n’était pas ce qui se passait entre elle et moi. Elle discutait publiquement de mon texte tout en m’empêchant, moi qui l’avais écrit, d’en expliquer le sens ou de répondre aux commentaires. La voilà qui se présente en victime du « muselage » péquiste, alors qu’elle retire elle-même la parole à la personne qu’elle met en cause sur son fil.

Ce blocage préventif n’est pas un détail : il permet à son interprétation de circuler sans contradiction là où elle est publiée. Son mur devient alors un bar ouvert aux propos hostiles, aux accusations arbitraires et à des affirmations que je considère diffamatoires. Paradoxalement, alors qu’on nous traite de « secte », c’est dans cette chambre d’écho que je reconnais les réflexes d’une communauté sectaire : on écarte la contradiction et chacun confirme le portrait tracé par les autres. À force d’y ajouter une couche, on fabriquait à ma place un personnage qui n’avait plus grand-chose à voir avec le sens réel de mes mots.

C’est cette méthode que je dénonce : isoler quelques mots, leur imposer le sens le plus compromettant, puis laisser le public juger une personne absente du fil. Les faits ne sont plus mis à l’épreuve par la contradiction; ils servent de point de départ à un verdict que chacun est invité à confirmer. N’est-ce pas aussi une forme d’intimidation que d’exposer ainsi quelqu’un à un déferlement d’accusations tout en l’empêchant de répondre là où elles circulent?

Ce qui précédait les plaintes

Mon expérience personnelle n’est qu’un petit exemple. Avant le reportage et avant la riposte du PQ, la plainte de la direction du parti évoquait plus d’une centaine de publications et décrivait des attaques répétées contre le PQ, son chef et même sa famille. Un relevé attribué à Gil de Presse en dénombre 221 visant PSPP, le PQ, ses membres ou ses sympathisants entre novembre 2024 et mai 2026, dont 42 pour les seuls mois de mars et avril 2026. À cette cadence, on ne parle plus d’une critique lancée au passage. Par son volume et sa régularité, cette activité ressemble davantage au travail d’un attaché politique rémunéré qu’aux interventions occasionnelles d’un citoyen engagé pendant ses temps libres. Cette comparaison ne prouve évidemment pas qu’elle soit payée pour publier. J’y vois néanmoins une démarche dont la répétition peut devenir harcelante et intimidatrice pour les personnes visées. Bref, les plaintes ne sont pas sorties de nulle part.

Gil de Presse décrit aussi un mécanisme que je reconnais. Cotton part d’un propos ou d’un désaccord politique, en retient les mots les plus faciles à détourner, puis prête à leur auteur des intentions plus graves que ce qu’il a exprimé. Le jugement porté sur une personne s’étend ensuite au parti entier, comme si ses membres et ses électeurs formaient un bloc moral homogène. La ligne de Cotton, à mes yeux, consiste à « fachiser » le PQ : l’associer sans relâche à Trump, au fascisme et à l’extrême droite, jusqu’à ce que ces étiquettes prennent la place des faits.

À lire en complément : Ce spin qui associe le PQ à l’extrême droite rejoint la stratégie par laquelle, selon moi, le régime fédéral cherche à contenir la menace politique d’un PQ aux portes du pouvoir. J’en développe l’analyse dans Le Canada libéral : comprendre le régime fédéral pour s’en libérer.

À cela s’ajoute une dimension particulièrement troublante chez une psychiatre. Lorsqu’elle parle de « maladie mentale », de fragilité ou de déséquilibre dans ses attaques politiques, elle emprunte le vocabulaire de sa profession pour jeter le soupçon sur les personnes qu’elle vise. Sans poser de diagnostic formel, elle présente ses jugements politiques devant une communauté qui connaît son titre de médecin, leur donnant ainsi une apparence d’autorité scientifique. Ses insinuations prennent alors un poids qu’elles n’auraient pas si elles venaient d’un commentateur sans cette crédibilité professionnelle.

Ce n’est donc pas son emploi qui était visé par la plainte, mais l’usage qu’elle fait de l’autorité morale et scientifique associée à son titre professionnel. La démarche demandait à l’organisme compétent de déterminer si cet usage respectait ses obligations. On peut la contester, mais la présenter comme une menace destinée à lui faire perdre son emploi évacue précisément la question soulevée. Soumettre la conduite publique d’une professionnelle à l’examen de son ordre, ce n’est ni prononcer sa culpabilité ni réclamer son congédiement.

Puis la personne ainsi dépeinte est exposée aux réactions de son public. Quand plusieurs indépendantistes répondent, leur réaction collective devient elle-même suspecte : on nous traite de « secte » ou de « bots », comme si nous étions incapables de penser et de réagir chacun pour soi. Mais de qui parle-t-on au juste? D’un groupe fermé obéissant à des consignes, ou de Québécois attachés à leur identité nationale et à l’idée de faire du Québec un pays? Ce travail d’étiquetage sert, à mes yeux, l’agenda du régime fédéraliste : rendre le mouvement indépendantiste suspect aux yeux des progressistes et détourner leur attention du pouvoir canadien.

Le paradoxe est là. Cotton présente les nationalistes québécois comme un groupe haineux devant une communauté où la contradiction a peu de place, puis les désigne elle-même comme des personnes dont il faudrait se méfier collectivement. À force de répéter qu’ils sont fascistes, dérangés ou dangereux, on rend l’hostilité à leur égard de plus en plus facile à exprimer. C’est cette dynamique que je dénonce : quand on fabrique une cible morale à partir de tout un groupe politique, on risque d’attiser la haine qu’on prétend combattre. Et lorsque l’une des personnes visées répond, sa riposte devient la prétendue preuve de l’autoritarisme qu’on lui attribuait déjà. L’étiquette prend la place de la démonstration; la réponse devient une faute.

Le Collège des médecins n’a pas retenu de manquement déontologique. C’est sa décision. Mais elle ne transforme pas chaque insinuation, chaque rapprochement avec l’extrême droite ou chaque jugement empruntant au vocabulaire psychiatrique en portrait juste et responsable. Cette distinction disparaît dès qu’on réduit l’affaire à un duel entre une « victime » et des « censeurs ».

Je ne réclame pas qu’on retire à Cotton le droit de critiquer le PQ. Je réclame le droit de lui répondre et de demander des faits lorsqu’elle prête à quelqu’un des idées qu’il conteste. Une plainte disciplinaire ne fait pas disparaître une voix : Cotton continue de publier, et son point de vue circule jusque dans Le Devoir. La liberté d’opinion appartient à tout le monde; elle ne donne à personne une immunité contre la contradiction ni contre la responsabilité attachée à ses propos. La diffamation peut engager la responsabilité de son auteur. Rappeler cette limite et défendre sa réputation, ce n’est pas de la censure. C’est du bon sens démocratique.

La Cour suprême rappelle que la liberté d’expression et la protection de la réputation doivent être conciliées.

Sortir de l’emprise toxique

Voilà le cœur de la méthode que je dénonce chez Cotton : dresser des portraits que je juge diffamatoires de péquistes, puis faire de leur riposte l’événement principal. Si l’histoire commence avec la plainte, elle apparaît comme la personne agressée. Si l’on remonte aux publications, aux propos retirés de leur contexte et aux personnes bloquées avant de pouvoir répondre, le récit change. Le joueur provoqué écope de la punition; le premier coup reste hors de l’écran. La question n’est donc pas seulement de savoir qui a réagi, mais qui a imposé le portrait auquel les autres doivent maintenant répondre.

Cette inversion me fait penser à ce qu’on appelle, dans le langage courant, une relation avec un « pervers narcissique ». Soyons clairs : je ne pose pas ici de diagnostic psychiatrique sur Cotton, même si elle se permet parfois, en tant que psychiatre, d’emprunter au vocabulaire de la santé mentale pour juger ses adversaires politiques. Je décris une mécanique d’emprise qu’elle devrait d’ailleurs savoir reconnaître : déformer les paroles de l’autre, lui attribuer les méthodes qu’on emploie soi-même, puis présenter sa colère ou son épuisement comme la preuve qu’il est le problème. À force d’être rabaissée, la personne visée finit par douter de son propre jugement. Elle consacre ses forces à se justifier, perd le fil de ce qu’elle voulait dire et finit par vivre dans le récit que quelqu’un d’autre a écrit pour elle

Le premier geste pour briser cette emprise, c’est de remettre l’histoire dans son ordre. Montrer les publications entières plutôt que des captures choisies. Rappeler qui parlait, qui était visé et qui ne pouvait pas répondre sur le même fil. C’est ce que je veux faire dans le second volet de cette enquête. Il ne s’agit pas seulement de défendre des réputations, mais d’empêcher que ceux qui lancent les accusations décident seuls, après coup, qui sera appelé victime et qui sera désigné bourreau.

Et ce n’est peut-être pas un hasard si je retrouve cette même mécanique, à l’échelle d’un peuple, dans le rapport du Québec au Canada. Le pouvoir fédéral occupe le centre des décisions et dispose des institutions de l’État. Il peut pourtant se présenter comme notre protecteur tout en décrivant notre volonté de décider par nous-mêmes comme un danger. Notre langue serait une fermeture, notre mémoire un embarras, notre désir de faire un pays une menace. À force d’être dénigrés, nous serions censés demander à ce même pouvoir de nous dire ce que nous avons le droit d’être. Et dès que nous voulons partir, c’est notre volonté de nous libérer qu’on raconte comme une agression. Qui détient ici le rapport de force? Qui gagne à nous voir plaider sans fin notre innocence?

L’argent fédéral dépensé pour combattre l’indépendantisme n’est pas une invention. Le rapport Gomery rappelle qu’après le référendum de 1995, Ottawa a décidé de financer une campagne destinée à rendre sa présence plus visible, particulièrement au Québec, afin de contrer le mouvement souverainiste. Ce précédent ne démontre pas qui soutient les interventions d’aujourd’hui. Il rappelle néanmoins que la bataille pour définir la perception que les Québécois ont d’eux-mêmes a déjà mobilisé les ressources de l’État fédéral.

À mes yeux, Cotton et Dumas agissent aujourd’hui comme des agents politiques de cette emprise : leurs interventions dirigent la colère de certains progressistes vers le PQ, accablent les indépendantistes d’étiquettes infamantes et laissent le pouvoir canadien hors du cadre. Je ne peux pas démontrer qu’ils reçoivent de l’argent, des consignes ou des ressources organisées. Cela ne veut pas dire qu’ils agissent sans bénéficier du système médiatique. Cotton tire une crédibilité publique de sa visibilité comme psychiatre, notamment à Radio-Canada. Dans le reportage du Devoir, sa crainte d’être intimidée occupe le premier plan; Dumas peut ensuite reprendre ce récit et l’étendre à tout le PQ. Une tribune, un titre professionnel mis en valeur et un cadrage favorable sont aussi des avantages politiques, même s’ils ne prouvent ni rémunération ni coordination avec Ottawa. Ce sont ces avantages visibles, et ce qu’ils permettent de faire circuler, que je veux examiner.

À mes yeux, cette visibilité est une forme de récompense médiatique : présenter la lutte contre le nationalisme québécois comme un combat progressiste ouvre des tribunes et confère de la crédibilité. Lorsque cette tribune est offerte par Radio-Canada, financée notamment par nos taxes, nous contribuons collectivement à la diffusion d’un récit qui sert, selon moi, les intérêts du régime fédéral.

L’emprise ne tient pas seulement aux institutions ou aux campagnes de perception. Elle devient plus profonde lorsque nous reprenons nous-mêmes les accusations dirigées contre notre nation, lorsque nous hésitons à parler du français, de notre histoire ou de l’indépendance de peur d’être immédiatement rangés parmi les « dangereux ». On n’a même plus besoin de nous faire taire si l’on nous a appris à surveiller nos propres mots.

À lire en complément : Sortir du Canada intérieur Dans ce texte, je pousse plus loin la réflexion qui traverse le présent article : que se passe-t-il lorsque les accusations portées contre le nationalisme québécois finissent par façonner le regard que nous portons sur nous-mêmes? Sortir de cette emprise, c’est aussi cesser de demander au pouvoir canadien de définir ce qui rend notre histoire, notre langue et notre désir d’indépendance légitimes.

Le rapport du Canada au Québec m’apparaît comme une relation de domination toxique, dont l’emprise coloniale ne tient pas seulement aux pouvoirs qu’Ottawa conserve. Elle tient aussi au récit qu’il impose sur nous. À la manière du « pervers narcissique » de mon analogie, le pouvoir dominant dénature les qualités de celui qu’il veut garder sous sa coupe : notre fidélité au français devient de la fermeture, notre solidarité nationale du sectarisme, notre désir de liberté une menace. Il nous prête sa propre volonté de domination, puis se présente comme la victime dès que nous cherchons à nous en affranchir. À mes yeux, le régime canadien voudrait réduire notre identité à un folklore sans pouvoir, jusqu’à ce que nous renoncions nous-mêmes à exister comme peuple politique.

C’est pourquoi les interventions de Cotton et de Dumas me paraissent si révélatrices. Je les vois comme des agents politiques de cette emprise : ils désignent les indépendantistes comme dangereux, déplacent le débat de nos projets vers nos prétendues tares, puis brandissent notre riposte comme preuve de l’agression qu’ils nous attribuaient déjà. Ils reproduisent, à leur échelle, le rapport que le pouvoir fédéral entretient avec le Québec : nous accabler, nous forcer à nous défendre dans ses termes et laisser le véritable rapport de force hors champ. Leur manière d’agir donne corps à cette dynamique, même si elle ne démontre pas qu’ils reçoivent des instructions ou de l’argent d’Ottawa.

Dans une telle relation toxique, on peut passer sa vie à préparer la réplique parfaite sans jamais reprendre sa liberté. À mes yeux, c’est ce que cherche à produire le récit du régime fédéral et de ses agents politiques : dénaturer ce que nous sommes jusqu’à ce que nous finissions par en avoir honte d’exister nationalement. Notre fidélité au français devient de l’intolérance, notre solidarité nationale du sectarisme, notre désir de nous gouverner une menace fachiste. Le pouvoir qui nous domine retourne ainsi nos aspirations contre nous, puis présente sa domination comme une protection. C’est une manière de corrompre le regard que nous portons sur notre propre identité.

La campagne négative tend le même piège à plus petite échelle. À force de répondre aux étiquettes qu’on nous colle, nous pourrions finir par ne plus parler que d’elles. Corrigeons les faits, mais ne leur laissons pas choisir notre ton, nos projets et notre avenir. Notre volonté de faire un pays vient de ce que nous voulons créer ensemble. Pourquoi rester dans un cadre qui nous condamne à plaider sans fin notre droit d’exister? Ma réponse politique, c’est l’indépendance, et cette libération commence par des choix concrets. Dans Rosemont, je veux voir élu Pierre-Luc Brillant et ouvrir la voie à un ministre de la Culture enraciné à Montréal. Je veux que le français rayonne de nouveau dans la métropole que nous avons fondée et que nous cessions de nous y sentir étrangers à notre propre histoire.

Au lieu de laisser notre avenir filer du mauvais coton, soyons brillants : faisons le choix de la confiance et élisons Pierre-Luc Brillant dans Rosemont. Donnons ainsi un nouvel élan à notre marche vers l’indépendance, avec l’espoir de bâtir notre pays ensemble. Le moment viendra de dire oui. Oui à notre avenir. Oui à l’indépendance du Québec.

Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres
– Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire

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2 Commentaires

  1. Comme souvent vous êtes clair et précis. Texte brillant.

    Merci!

  2. Dumas, il l’a dit lui-même, cherche à occuper l’espace dans les réseaux sociaux, pour ne pas, dit-il, le laisser entièrement à ce qu’il considère la droite. Cotton, technique du surligneur jaune à l’appui, fait la même chose. Ce qui est triste dans leur démarche c’est qu’ils pourraient contribuer tous les deux à élever le débat public. En lieu et place, ils cherchent à mettre le feu aux poudres. Possible que le PQ soit trop à droite à leur goût (ça se défend comme position), mais ce qui étonne c’est de les voir s’attaquer uniquement au PQ (ou disons presque uniquement), comme si la CAQ, le PCQ et le PLQ ne méritaient jamais une de leurs salves…

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