Pages Menu
Menu catégories

Posté par le 6 avril 2026
10 commentaires

Qui veut la peau de Paul St-Pierre Plamondon… et pourquoi ?

Analyse des attaques contre PSPP et le PQ, entre médias biaisés, guerre des perceptions et retour de l’idée indépendantiste.
Je tiens d’abord à me situer, sans masque et sans détour. J’ai été l’un des premiers membres du Parti Québécois à écrire, noir sur blanc dans ce blogue, que Paul St-Pierre Plamondon était le bon candidat pour relever le parti, alors qu’il était encore perçu comme un outsider marginal, presque condamné d’avance à l’élégance stérile des candidatures lucides mais sans avenir. En janvier 2020, au moment où le PQ ressemblait moins à un parti d’avenir qu’à un meuble fatigué qu’on n’osait pas encore sortir de la maison, j’écrivais déjà que PSPP en était le dernier espoir. Je n’ai donc pas à me découvrir aujourd’hui une loyauté tardive. Je suis un partisan indéfectible de mon chef, et je le dis avec la franchise de ceux qui ont choisi leur camp avant que cela redevienne confortable.

Paul St-Pierre Plamondon

Bien avant que PSPP ne remonte dans les sondages, j’avais déjà pris position. Aujourd’hui, en voyant le chemin parcouru, ce texte prend un tout autre sens. Pour comprendre d’où l’on part, et pourquoi ce qui se joue aujourd’hui n’a rien d’un hasard

Le calendrier, cette fois, offre même une image qu’il serait dommage de laisser passer. Je publie ce texte un lundi de Pâques. Or il faut bien appeler les choses par leur nom, il y a, dans le parcours récent du Parti Québécois, quelque chose qui ressemble à une résurrection. PSPP a repris un parti que beaucoup regardaient déjà comme un organisme moribond, une vieille structure vidée de son sang, de sa foi et de sa fonction. Il ne s’est pas contenté de lui redonner un peu de pouls. Il lui a rendu une ossature, une parole, une direction, un sens du temps long. Il l’a remis debout. Il l’a ramené au centre du jeu politique. Et c’est précisément pour cela qu’on veut désormais lui faire la peau.

Car il faut cesser d’être naïf deux minutes. Ce qui se passe autour de PSPP n’est pas la simple conséquence normale d’une vie politique un peu rude, ni le lot ordinaire d’un chef exposé. Et l’argument voulant que le commentariat soit seulement plus sévère avec lui parce qu’il monte dans les sondages ne tient pas. Il ne tient même pas deux secondes. D’autres chefs, dans des contextes eux aussi sensibles, n’ont jamais droit à ce niveau d’obsession, de torsion, de malveillance interprétative. Ce qui se joue ici n’est pas la vigilance saine d’un écosystème démocratique. C’est autre chose. C’est une entreprise de disqualification politique, méthodique, cumulative, parfois grossière, parfois plus raffinée, mais toujours orientée vers le même objectif, empêcher qu’un chef indépendantiste crédible devienne, pour une majorité de Québécois, l’incarnation naturelle de la prochaine étape.

Ce que plusieurs refusent encore de voir, ou feignent de ne pas voir, c’est que PSPP n’est pas attaqué parce qu’il serait faible. Il est attaqué parce qu’il est fort. Il n’est pas attaqué parce qu’il serait confus. Il est attaqué parce qu’il est clair. Parce qu’il parle directement à l’intelligence des citoyens, sans langue de bois, avec une forme d’honnêteté intellectuelle devenue presque dérangeante dans un paysage saturé de calculs et d’ambiguïtés. Il n’est pas attaqué parce qu’il serait insignifiant. Il est attaqué parce qu’il remet en circulation une possibilité que le régime croyait à moitié neutralisée, celle d’un Québec qui recommence à se penser comme sujet politique, sérieusement, lucidement, sans demander pardon.

Et il faut ici nommer une évidence trop souvent contournée. Le Parti Québécois est aujourd’hui le seul parti qui incarne sans détour la rupture avec l’État canadien. C’est ce qui en fait, structurellement, l’adversaire désigné du régime. Les autres partis peuvent bien se chamailler entre eux, se relayer, se remplacer, se critiquer sur le ton, sur le dosage, sur la vitesse, sur la méthode. Ils demeurent, au fond, à l’intérieur du cadre. Ils disputent la gestion provinciale du Québec, mais non la légitimité de l’ordre canadien. Le PQ, lui, remet en cause le cadre lui-même. Il ne cherche pas à mieux occuper la cage. Il veut en sortir. Et c’est pour cela que le régime le traite autrement.

On a d’abord tenté la vieille recette, celle qu’on sort chaque fois que le système sent remonter l’odeur du pays. Réduire PSPP au référendum, puis réduire le référendum à un saut dans le vide, à une scène d’apocalypse, à un précipice, à une crise fabriquée dont le simple mot devrait suffire à figer l’électorat dans la peur. Or cette méthode ne mord plus comme avant. Elle continue de faire du bruit, bien sûr, mais elle ne parvient plus à étouffer entièrement le reste. Elle ne réussit plus à cacher le fait que la survie politique, culturelle et linguistique du Québec devient de plus en plus difficile à penser à l’intérieur du cadre canadien. Et comme cet argument-là gagne du terrain, il a fallu changer d’outil.

Quand on ne peut plus vraiment vaincre un homme sur le fond, on fabrique autour de lui un personnage de remplacement. Voilà où nous en sommes.

PSPP ne doit plus être vu pour ce qu’il est, un chef rigoureux, cohérent, discipliné, travailleur, capable d’argumenter, de tenir une ligne, de nommer le réel sans se dissoudre dans le bavardage tactique. Il faut désormais le transformer en autre chose. En homme arrogant. En homme colérique. En gaffeur. En chef inquiétant. En esprit fermé. En figure vaguement trumpiste pour les paresseux du raccourci, vaguement fascisante pour les pyromanes de l’amalgame. Peu importe le ridicule des comparaisons. Peu importe l’indécence des procès. Peu importe la disproportion des mots. L’essentiel est ailleurs. Il faut salir la perception avant même que le débat n’ait lieu.

C’est toujours la même méthode. On prend une phrase, on lui retire son contexte. On prend une idée, on la décale d’un cran. On prend un propos rationnel sur l’immigration, puis on le reformule comme une hostilité envers les immigrants. On prend une défense de l’identité québécoise, puis on la fait glisser du côté de la crispation ethnique. On prend une critique du wokisme, puis on la repeint en pulsion réactionnaire. On prend une parole nationale, puis on l’enveloppe d’un soupçon moral. Et lorsque même cela ne suffit plus, on ajoute des couches, de petites falsifications, des insinuations, des comparaisons grotesques, des titres calibrés pour intoxiquer l’ambiance, assez pour créer une impression diffuse, assez pour que le citoyen pressé retienne une impression sale même s’il n’a jamais vraiment lu, jamais vraiment entendu, jamais vraiment vérifié.

L’épisode complet avec Paul St-Pierre Plamondon du balado “Sans Filtre Podcast” est disponible ici

Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas une suite de coïncidences. Ce n’est pas davantage la preuve d’une vie démocratique particulièrement vigoureuse. C’est le comportement d’un régime qui se défend.

Et un régime qui se défend ne s’embarrasse pas toujours des principes qu’il prétend célébrer. Il ne faut pas se raconter d’histoires. L’État canadien investit depuis longtemps des ressources colossales, politiques, symboliques, institutionnelles, médiatiques, pour combattre la menace que représente l’indépendance du Québec. Le respect abstrait du fair play démocratique est le cadet de ses soucis dès lors qu’il s’agit de protéger sa continuité historique, son intégrité territoriale, son récit national et son rapport de domination sur notre peuple. Le système est prêt à déformer les faits, à déplacer le sens, à exagérer, à caricaturer, parfois à mentir sans gêne, parce qu’il sait qu’en démocratie la bataille décisive n’oppose pas toujours la réalité à la fiction, mais la perception dominante à ce qui s’est réellement passé. Et quand la majorité en vient à croire une version tordue des faits, cette version acquiert vite, politiquement, le statut de vérité.

Voilà pourquoi il faut parler franchement de l’environnement médiatique dans lequel nous évoluons. Il n’est pas neutre. Il ne l’a jamais été. Outre les partis fédéralistes, qui ne sont au fond que des déclinaisons concurrentes d’un même régime, il faut cesser d’imaginer Radio-Canada, La Presse et, désormais, même Le Devoir comme des lieux d’arbitrage. Ce sont des voix situées, chacune avec son registre, son style, sa manière de dire, mais toutes inscrites dans un même horizon où l’indépendantisme n’apparaît jamais simplement comme une option, mais toujours comme un problème, un risque, une dérive possible, quelque chose qu’il faudrait, au fond, contenir.

Ce constat ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une continuité. Au fil des derniers mois, il est devenu difficile de ne pas voir à quel point certains médias, de La Presse au Montreal Gazette, de Radio-Canada à CTV Montreal, de Noovo à Global, en passant par les grands réseaux liés à Bell et à Cogeco, participent, chacun à leur manière, à un même travail de cadrage. Non pas forcément par coordination explicite, mais par réflexe partagé, par culture commune, par alignement implicite sur ce qui peut être dit, et sur ce qui doit être neutralisé.

On appelle cela du « spin politique ». Une manière de tordre légèrement le réel, de déplacer les mots, de reconfigurer les intentions, de transformer une parole en problème. Pris isolément, chaque geste peut sembler anodin. Mais accumulés, répétés, amplifiés, ils finissent par produire une atmosphère. Et c’est dans cette atmosphère que se fabrique l’opinion.

Plus nous en serons conscients, plus nous pourrons nous affranchir de leur influence.

Il n’est pas inutile de se rappeler ce que révélait déjà le documentaire À hauteur d’homme. On y voyait, en temps réel, comment un chef péquiste Bernard Landry pouvait être scruté, cadré, interprété, parfois réduit à des impressions plutôt qu’à la substance de son propos. Plus de vingt ans plus tard, la leçon demeure. L’environnement médiatique n’est pas un simple miroir du réel, c’est un filtre. Et si nous ne prenons pas la peine de regarder au-delà de ce filtre, nous risquons de confondre perception fabriquée et réalité politique.

Cela ne veut pas dire qu’il faille cesser de les lire ou de les écouter. Cela veut dire qu’il faut les lire pour ce qu’ils sont, non comme des tribunaux impartiaux, mais comme des acteurs engagés dans une guerre de perceptions. Et dans cette guerre, une discipline de salubrité démocratique s’impose. Aller aux sources originales. Écouter le discours complet de PSPP. Lire ses propos entiers. Regarder les extraits non montés. Vérifier le sens avant d’avaler le cadrage. Revenir à la matière première des faits. Car ce qui est systématiquement déformé, ce ne sont pas seulement ses idées, mais l’atmosphère même dans laquelle elles sont reçues.

Le régime canadien, ses relais médiatiques, ses gardiens moraux, une partie du personnel politique, une certaine gauche profondément aliénée par un discours qui lui fait croire que l’ouverture au monde passe par l’effacement de sa propre nation, tous ces milieux n’ont pas besoin de se réunir pour agir en bloc. Ils participent à un même climat. Ils partagent des réflexes communs. Ils sentent instinctivement où se trouve le danger. Et le danger, pour eux, n’est pas qu’un homme parle fort. Le danger, c’est qu’un homme parle juste, qu’il parle clair, et que cela commence à rejoindre le monde.

Car PSPP est dangereux pour le Canada.

Il l’est au sens le plus politique, le plus fondamental, et il faudrait presque dire, le plus sain du terme. Il est dangereux parce qu’il ne traite pas le Canada comme une simple structure administrative avec laquelle le Québec aurait quelques divergences de gestion. Il le pense comme ce qu’il est, un cadre politique concurrent, un régime dont les intérêts ne coïncident pas naturellement avec les nôtres, un pouvoir qui n’a jamais cessé de travailler à l’intégration, à la dilution et au contournement de la volonté nationale québécoise. Il est dangereux parce qu’il n’est pas prisonnier de la mentalité provincialiste. Il est dangereux parce qu’il refuse le petit confort des demi-mesures. Il est dangereux parce qu’il parle dans le temps long. Il est dangereux parce qu’il fait le pari de la clarté là où tant d’autres ont bâti leur carrière sur l’ambiguïté, le flou, le report perpétuel, la prudence molle et l’art de survivre en ne décidant jamais rien.

Et c’est là que la panique des adversaires devient la plus révélatrice. Plus PSPP apparaît honnête, plus on l’accuse d’arrière-pensées. Plus il apparaît discipliné, plus on le traite d’obsédé. Plus il apparaît cohérent, plus on le dépeint comme rigide. Plus il apparaît sympathique, plus on s’acharne à lui greffer une personnalité de rechange, plus agressive, plus détestable, plus facile à vendre au marché de l’indignation. On dirait parfois qu’une partie du système médiatique québécois supporte mal qu’un chef indépendantiste puisse à la fois être sérieux, convaincant, articulé et humain. Comme s’il fallait absolument que la figure du souverainiste redevienne soit grotesque, soit archaïque, soit inquiétante, pour que le vieux récit canadien continue de tenir.

Mais le problème n’est pas seulement médiatique. Il est aussi idéologique. Et c’est ici que l’on touche à une des grandes hypocrisies de notre époque.

Nous vivons dans un univers discursif où toutes les identités semblent devoir être reconnues, protégées, validées, parfois sanctifiées, sauf la nôtre. Les identités particulières sont les bienvenues tant qu’elles ne remettent pas en cause l’ordre général. Les revendications sont nobles tant qu’elles restent compatibles avec le récit canadien. Les différences sont célébrées tant qu’elles ne débouchent pas sur une volonté de rupture politique. Mais qu’un peuple comme le nôtre ose rappeler qu’il ne se réduit pas à une couleur locale dans un empire postnational, qu’il réclame non seulement le respect, mais l’existence politique pleine, et soudain le vocabulaire change. Ce qui était ailleurs diversité devient ici fermeture. Ce qui était ailleurs affirmation devient ici crispation. Ce qui était ailleurs dignité devient ici soupçon.

Voilà pourquoi la défense de l’identité québécoise pose tant problème à certains. Non pas parce qu’elle serait moins légitime que les autres, mais parce qu’elle entre en collision avec une autre allégeance, celle au Canada. Une identité autochtone, une identité de genre, une identité religieuse, une identité racisée, toutes ces réalités peuvent encore être absorbées, encadrées, reconnues dans le grand récit multiculturel canadien, tant qu’elles ne menacent pas la souveraineté du cadre lui-même. L’identité québécoise, elle, pose problème pour une raison simple, elle est de nature politique. Elle ne peut pas pleinement s’affirmer sans mettre en cause le régime qui l’enferme. Voilà la vraie ligne rouge.

Et c’est ici qu’une partie de la gauche québécoise a perdu le nord.

Je ne parle pas de tous les progressistes, évidemment. Je parle d’une gauche partisane, culturelle et médiatique qui se croit toujours du côté de l’émancipation, mais qui semble incapable de reconnaître une domination lorsque celle-ci prend la forme du régime canadien. Une gauche qui parle sans arrêt de rapports de pouvoir, de marginalisation, de violence symbolique, de reconnaissance, mais qui devient subitement nerveuse dès que le Québec comme peuple demande à être pensé autrement que comme une simple composante folklorique d’un ensemble postnational plus vaste. Cette gauche-là ne sait plus quoi faire de PSPP. Elle ne peut pas l’ignorer, parce qu’il monte. Elle ne peut pas vraiment le réfuter sur le fond, parce qu’il est plus rigoureux qu’elle voudrait le croire. Alors elle le contamine. Elle l’associe à Trump. Elle le rapproche du fascisme. Elle laisse traîner dans l’air des mots sales, racisme, extrême droite, fermeture, peur de l’autre, peu importe. L’essentiel n’est pas d’avoir raison. L’essentiel est d’imprégner.

Et ce désalignement ne se limite pas à une seule famille politique.

Mais il faut aussi avoir la lucidité de regarder ce qui se joue chez nous. Ce réflexe bien ancré de nous surveiller nous-mêmes avec plus de sévérité que nos adversaires. Cette tentation de critiquer stérilement au lieu d’appuyer, de tempérer au lieu de porter, de chercher la faille au moment précis où un élan devient possible. Ce que plusieurs appellent, non sans ironie, les “belles-mères péquistes”, ces voix d’un autre temps toujours promptes à rappeler à l’ordre leur propre camp, souvent avec plus de dureté que celle qu’elles réservent à ses adversaires. Or ce réflexe a changé de nature. Il ne relève plus toujours de la lucidité ni de la sagesse, mais d’un désalignement. À force de répéter les mêmes mises en garde, certaines voix en viennent à reprendre, parfois sans même s’en rendre compte, les cadrages du régime. D’autres ont simplement fait un autre choix. Lucien Bouchard lui-même, autrefois figure centrale du mouvement, incarne aujourd’hui cette rupture. Une critique qui ne corrige plus, mais qui affaiblit. Qui ne protège plus, mais qui désarme.

À un moment donné, il faudra que cela cesse. Soit ces voix acceptent de se remettre en phase avec le moment politique que nous traversons, soit elles devront accepter de laisser la place. Car un mouvement ne peut pas avancer s’il est constamment freiné de l’intérieur au moment précis où il retrouve sa force.

Mais il faut aller plus loin encore. Outre les médias officiels, les adversaires les plus pernicieux du PQ sont souvent des agents de désinformation prétendument progressistes, qui opèrent à l’intérieur de chambres d’écho hermétiques où la contradiction n’entre plus. Leur fonction n’est pas seulement de convaincre, mais de formater. Il faut sans cesse réassocier PSPP à Trump, le mouvement indépendantiste au fascisme, la défense du Québec à une pulsion xénophobe. Et ce travail de contamination a une autre utilité. Il accentue la polarisation ambiante de manière à protéger les citoyens captifs dans ces univers fermés contre la possibilité même d’une discussion démocratique avec des gens encore libres de penser autrement.

Les étiquettes jouent ici un rôle central. Elles ne décrivent pas le réel, elles le court-circuitent. Elles divisent l’espace civique entre les bons citoyens, ceux qui consentent au régime, et les mauvais, ceux qu’on peut salir à coups de mots infamants. Fasciste. Trumpiste. Réactionnaire. Xénophobe. Peu importe la justesse, pourvu que la marque colle. Ce langage n’est pas une dérive. C’est une technique. On ne réfute plus une idée, on invalide celui qui la porte. Une fois l’étiquette posée, le débat disparaît.

La guerre des étiquettes comme arme politique

Une fois l’étiquette posée, le débat disparaît. J’ai déjà exploré cette mécanique dans un texte précédent, où je montre comment cette guerre des étiquettes sert à déplacer les frontières du pensable et à neutraliser la dissidence. (Lire : La guerre des étiquettes comme arme politique)

J’y reviendrai sous un angle plus précis dans un prochain texte, consacré à ces acteurs fédéralistes masqués qui gravitent dans certains réseaux progressistes et y diffusent, à coups de procédés diffamatoires, une grille obsédée par un fascisme largement fantasmé, afin de détourner une partie de la gauche de PSPP et du PQ.

Michel C. Auger et Frédéric Bérard, unis dans leur mission commune de maintenir leur peuple asservi au régime fédéral.

Au moment où on réalise que des individu sont intellectuellement malhonnête dans la mesure de la mission fédéraliste qu’ils desservent, on devrait devoir arrêter de les considérer crédible dans la discussion démocratique

On ne débat plus. On recadre. On suggère. On soupçonne. On souille.

Et bien sûr, lorsque les militants péquistes réagissent, lorsqu’ils nomment la mauvaise foi, lorsqu’ils refusent de se laisser piétiner en silence, les mêmes procureurs de vertu découvrent soudain l’importance du ton, de la modération, du vivre-ensemble verbal, et viennent expliquer que les péquistes seraient agressifs. C’est la vieille technique, on frappe en dessous de la ceinture, puis on se scandalise du bruit produit par la riposte.

Tout cela révèle au fond la même chose. Le Parti Québécois redevient menaçant. Pas parce qu’il aurait basculé dans l’excès. Pas parce qu’il flatterait une base sombre. Pas parce qu’il jouerait à l’apprenti sorcier. Il redevient menaçant parce qu’il recommence à parler au Québec réel. À ce Québec qui voit bien que quelque chose se défait. Le déclin du français. L’érosion culturelle. Le coût de la vie. Les classes moyennes pressurisées. L’incapacité de l’État canadien à penser autre chose que sa propre expansion. Les flux migratoires gérés comme une variable économique abstraite sans réelle considération pour la capacité d’intégration nationale. L’épuisement des services publics. L’impression diffuse, mais de moins en moins diffuse justement, que nos élites vivent dans un autre monde et administrent le nôtre comme on gère une annexe.

Dans ce contexte, l’indépendance recommence à apparaître non pas comme une nostalgie, mais comme une sortie. Une sortie du brouillard. Une sortie du déni. Une sortie de la dépendance élégamment présentée comme maturité politique. Et c’est précisément pour cela que les fédéralistes ressortent l’artillerie lourde. Ils ne sentent pas seulement un parti remonter. Ils sentent un alignement des conditions, un moment où plusieurs contradictions du régime canadien deviennent visibles en même temps, et où un chef indépendantiste suffisamment solide pourrait faire le pont entre ce malaise diffus et une proposition politique nette.

Il faut donc saisir lucidement la nature du combat qui s’ouvre. Nous sommes dans une guerre plus ou moins démocratique. Nous ne nous battons pas à armes égales. Le système dispose de relais, de moyens, d’institutions, d’une capacité de cadrage infiniment supérieure à la nôtre. Il est prêt à tout pour maintenir sa domination sur notre peuple et poursuivre, sous des habits modernes, son agenda colonial d’assimilation à notre égard. Voilà le vrai décor. Et ce décor commande à la fois le courage et la discipline.

Alors oui, les attaques vont continuer. Elles vont probablement empirer. Plus le PQ s’approchera du pouvoir, plus la propagande deviendra fébrile. Plus l’idée d’un référendum retrouvera une existence concrète dans l’espace public, plus les procès d’intention, les scénarios de peur, les caricatures et les diffamations se multiplieront. Ceux qui n’ont jamais vécu ce genre de moment doivent s’y préparer. Ce sera sale. Très sale. On dira tout et n’importe quoi. On invoquera la catastrophe économique, la guerre, la fuite des capitaux, l’isolement, la folie, les heures les plus sombres, la responsabilité, l’amour, la peur, tout y passera. On nous menacera en nous expliquant que c’est pour notre bien.

Il faudra donc tenir.

Tenir, d’abord, intellectuellement. Ne pas se laisser entraîner dans l’économie affective de l’adversaire. Ne pas réagir à chaque provocation comme s’il fallait entrer dans chaque piège. Revenir aux mots justes. Revenir aux faits. Revenir aux sources originales. Revenir à cette vérité élémentaire que le mouvement indépendantiste est un mouvement d’émancipation, pas de haine, un mouvement de libération politique, pas d’exclusion ethnique, un mouvement anti-impérialiste dans son fond, même si tant de gens ont intérêt à le faire passer pour son contraire.

Tenir, ensuite, stratégiquement. Comprendre que nous n’évoluons pas dans un espace neutre où le meilleur argument triomphe par miracle. Comprendre que les réseaux sociaux, le terrain, les conversations directes, la patience militante, l’obstination à nommer les mensonges et à demander des comptes à ceux qui les répètent seront des lieux décisifs de la bataille à venir. Comprendre enfin que les perroquets du régime ne sont pas l’opinion publique, seulement ses gardiens autoproclamés.

Et tenir, surtout, moralement. Ne pas répondre à la saleté par une autre saleté. Ne pas sombrer dans la caricature symétrique. Ne pas perdre cette supériorité tranquille qui vient du fait d’être adossé à quelque chose de plus grand que soi, un peuple, une mémoire, une volonté inachevée, une possibilité historique.

Alors, qui veut la peau de PSPP, et du PQ.

Le système fédéraliste, bien sûr. Ses relais. Ses moralistes sélectifs. Ses chroniqueurs de garde. Ses recadreurs professionnels. Une partie de la gauche qui traite la nation québécoise comme une gêne plutôt que comme une question démocratique centrale, et une partie de la droite colonisée, empressée de défendre le cadre qui la maintient dans sa propre minorisation. Tous ceux qui pressentent qu’avec PSPP, le Québec pourrait cesser de consentir à sa propre diminution.

Mais il y a peut-être une réponse plus lourde encore, parce qu’elle nous concerne intimement. Ce qui veut la peau de PSPP, ce n’est pas seulement l’hostilité de ses adversaires. C’est aussi cette fatigue ancienne qui habite notre peuple. Cette lassitude accumulée. Cette tendance à croire, au moment même où une brèche s’ouvre, qu’elle se refermera de toute façon. Cette tentation de rentrer dans le rang avant même d’avoir vraiment essayé d’en sortir.

Et c’est peut-être cela que PSPP a commencé à défaire.

Voilà pourquoi il dérange autant. Non seulement par ce qu’il dit, mais par ce qu’il remet en mouvement. Il rappelle au Québec une vérité que plusieurs voulaient voir disparaître, nous ne sommes pas condamnés à survivre dans la dépendance, ni à quémander éternellement notre place dans l’ordre des autres.

Parce qu’il n’a pas seulement ressuscité un parti, ni même remis celui-ci sur les rails de la victoire.

Il a rendu à beaucoup de Québécois quelque chose de plus fragile, mais aussi de plus décisif qu’un programme… concrètement la possibilité de croire à nouveau que notre histoire n’est pas terminée.

Et c’est précisément pour cela qu’ils veulent l’abattre. C’est pour cela qu’on le frappe avec autant d’acharnement.

Parce qu’au fond, il a réveillé une possibilité.

Celle d’un Québec enfin libre du Canada.

Rien n’est encore joué. Rien n’est garanti. Et tout peut encore être refermé, étouffé, détourné, comme tant de fois avant. Mais une brèche existe. Elle est fragile. Elle exige de nous plus que de l’indignation, plus que des réflexes, elle exige de la tenue, de la lucidité, et une forme de fidélité à nous-mêmes que nous avons trop souvent abandonnée en chemin.

Car ce moment n’appelle pas seulement à comprendre, il appelle à tenir. À ne pas céder au brouillard. À ne pas se laisser diviser. À reconnaître, derrière le vacarme, ce qui se joue réellement.

Et peut-être est-ce là, au fond, le pari le plus simple et le plus exigeant à la fois, celui que PSPP assume depuis le début… celui de faire confiance à l’intelligence collective des Québécois.

En temps de tromperie, dire la vérité est un acte révolutionnaire.
– George Orwel

4 136 visionnements

10 Commentaires

  1. Qui a peur de Paul St-Pierre Plamondon ? Personne. Enfin, certainement pas Charles Milliard, qui pose déjà sa candidature pour conduire l’autobus du camp du Non. Certainement pas Mark Carney, qui disserte sur le fédéralisme sur les Plaines d’Abraham à la veille d’un congrès péquiste. Certainement pas Radio-Canada, qui dépêche Patrice Roy à Paris pour recueillir l’enthousiasme de Claude Charron en faveur d’un troisième référendum.

    La réalité est ailleurs : depuis trente ans, le Bloc québécois comme le Parti québécois servent, qu’ils le veuillent ou non, de rouages au maintien du statu quo canadien. Aujourd’hui, les sécessionnistes fabriquent des menaces imaginaires pour donner consistance à ce qui demeure insaisissable. En bon québécois : ils se font des accroires !

    PSPP apparaît comme un personnage impétueux, soupe au lait, dont le jugement vacille avec régularité. Et l’appui au PQ, lui, fond déjà à la seule entrée en scène de Milliard.

  2. Je suis indépendantiste depuis 1970, le jour où Canadian Army occupa mon quartier La Petite Patrie. À 23 ans, je me présente en 1976 dans Bourget (Camille Laurin) avec Camille Laurin, lui au PQ, moi au PTQ. Parti des Travailleurs du Québec pour l’indépendance socialiste, Vivre autrement au Québec. 2008 je fais parti du PQ et participe à l’élection de Maka Kotto Puis 2018, il perd. Pendant ce temps, je suis un jeune homme qui en 2016 fais le tour du Québec. Parviens au poste de chef de parti en 2020. Il se présente dans Bourget qui devient Camille Laurin. Ce qui m’a convaincu de reprendre le flambeau son esprit d’entrepreneur, entrepreneur de pays. Ce n’est plus que de l’émotion, c’est la détermination d’action dans la rigueur et d’acceptation de l’autre pas comme adversaire mais d’une personne à instruire. C’est loin d’être facile mais c’est humain.

  3. Votre analyse est excellente. Je la partage entièrement. Personnellement, je suis un vieux ‘routier’ (88 ans) de la vie politique du Québec. Militants de la première heure ainsi que mon épouse Louise, nous sommes membres du PQ depuis 1969. Nous avons vécu toutes les épisodes de cette longue saga vers le PAYS. Crise d’octobre 1970, élections de 1970, 1973, et l’extraordinaire victoire de novembre 1976, ensuite l’arrache-coeur du référendum de 1980, le retour de Jacques Parizeau en 1989 et le référendum volé de 1995, puis la descente progressive aux enfers du PQ, que nous attribuons en grande partie à de ‘faux’ indépendantistes comme Lucien Bouchard et plus tard François Legault. Quant aux journalistes de Radio Canada, de Télé métropole devenue TVA, et bien sûr de la ‘GROSSE PRESSE’ de Desmarais, la plupart d’entre eux sont devenus depuis l’époque de Trudeau Père, des PROPAGANDISTES du Canada anglais et du Fédéral en général. J’ajouterais au tableau, la désinformation livrée par des Maisons de Sondage ‘aux ordres’, extrêmement complaisantes envers le fédéralisme, au premier rang desquelles, je placerais CROP dans les années 1970-1990 et plus récemment LÉGER (avec sa méthodologie douteuse LÉO). Pour conclure sur une note positive, comme vous, nous considérons que nous avons la chance d’avoir comme leader actuellement, une personnalité remarquable comme PSPP, forte, convaincue, documentée, inébranlable et positive. Nous restons pleins d’espoir, mon épouse et moi de voir prochainement, l’émergence d’un nouveau PAYS… le Québec. Bien sûr, pour nous, cela presse, considérant nos ‘âges’, mais nous ne lâcherons jamais… pour nous bien sûr, mais surtout pour nos 3 enfants et nos 5 petits-enfants et pour tous les QUÉBÉCOIS qui le méritent bien. Je conclurais en mentionnant que mon épouse et moi (immigrants français) sommes arrivés au Québec en octobre1964 (62 ans bientôt) et nous nous sommes d’emblée intégrés au peuple québécois avec lequel, nous partageons une vision de la société absolument identique.

  4. Je confirme que ton analyse est juste, en tant que vieux anarcho-syndicaliste qui fut candidat en 1976 dans Bourget aujourd’hui Camille Laurin pour le Parti des travailleurs du Québec pour L’Indépendance Socialiste “Vivre Autrement au Québec”. Ce fut les discussions avec Maka Kotto de 2008 à 2018 alors que je fus aussi son représentant officiel. En 2016, Paul était une curiosité puis en 2020 je le pris sérieusement. À notre première rencontre au local électoral dans Camille Laurin, aucune hésitation, c’est l’entrepreneur de pays qui nous fallait. Depuis, avec mes 72 automnes, je fais comme toi. Personne à personne, je rectifie les faits et promeut notre avenir sans cacher qu’il y a du travail mais que cela sera pour NOUS. Le fameux NOUS qui est galvaudé et qui demande à être restaurer.

  5. C’est un plaisir de vous lire. Et je suis en tout point d’accord avec votre propos. J’ose croire à l’intelligence des quebecois, mais je les trouve très peureux et leur individualisme des 50 dernières années est un frein à un tel projet. Le quebecois a perdu de sa fibre sociale, de son sentiment d’appartenance à sa collectivité. Ils ont bien travaillé pour nous diviser ces sales multiculturalistes. C’est un diviser pour régner qui paraît bien, mais qui nous a fait très mal.

  6. Ce texte, malheureusement, manque de concision

    • Vous avez raison. L’argumentation est intéressante mais pour être retenue, elle doit être plus coute, très ciblée…concise, c’est le mot juste.

  7. Comme a la guerre l,attaque est la meilleur stratégie…trop de quebecois sont insouciant peureux..alors que les 30% guerriers usent de tout leurs ruse

  8. merci beaucoup pour les informations et les détails très utiles et pertinents
    continuez ✌️👌🏻

Laisser un commentaire