Rédemptions : Un film imparfait auquel on voudrait pardonner
Avec Rédemptions, Luc Picard entreprend un ambitieux récit choral sur la culpabilité, les conséquences de la violence et la possibilité du pardon. Le point de départ est prometteur : Marcel, un ancien tueur à gages contraint de reprendre du service, commet deux meurtres à Montréal qui provoquent une succession de drames jusqu’à Paris. Pourtant, malgré ses qualités indéniables, le résultat laisse une impression de déception.
Le cinéaste privilégie une construction narrative où plusieurs destins s’entrecroisent autour d’un même événement tragique. Cette approche permet d’explorer différentes manifestations de la souffrance et de la compassion, mais elle constitue également la principale faiblesse du film. À force de multiplier les personnages et les coïncidences, le scénario disperse son intensité dramatique. Certaines connexions paraissent artificielles, tandis que plusieurs trajectoires secondaires peinent à susciter un véritable attachement.
Dès le départ, le double assassinat commis en plein jour illustre cette contradiction entre la maîtrise formelle et la crédibilité du récit. Si la mise en scène est impeccable, l’exécution des meurtres m’a paru grossière et précipitée, au point de compromettre le réalisme d’une séquence pourtant déterminante. Ce décalage entre l’efficacité visuelle et la vraisemblance dramatique annonce certaines des limites du film.
La réalisation demeure néanmoins soignée. Les atmosphères hivernales montréalaises contrastent efficacement avec les séquences parisiennes, et Luc Picard démontre une réelle maîtrise de la direction d’acteurs. Son interprétation de Marcel, empreinte de lassitude et de résignation, figure parmi les réussites du film. La distribution est solide, particulièrement Sophie Desmarais, qui apporte une bienvenue touche d’humanité et de légèreté.
Curieusement, mes séquences favorites demeurent celles mettant en scène, à Paris, des comédiens incarnant eux-mêmes des acteurs, dans une sorte de film à l’intérieur du film. Faut-il y voir une force ou une faiblesse de l’ensemble ? Si cet arc narratif m’a paru particulièrement divertissant, il demeure relativement accessoire à la progression dramatique. On pourrait même se demander s’il ne constitue pas surtout une occasion de mettre en valeur le fils du réalisateur, qui n’en demeure pas moins aussi attachant qu’excellent dans son interprétation. Ce détour témoigne d’une certaine générosité narrative, mais aussi de cette tendance à multiplier les ramifications sans toujours leur donner une véritable nécessité.
C’est surtout dans son traitement émotionnel que Rédemptions montre ses limites. La musique souligne parfois excessivement les sentiments, tandis que la volonté de faire émerger la bonté humaine des pires tragédies devient quelque peu démonstrative. À vouloir embrasser autant de destins, le récit finit paradoxalement par sacrifier une partie de leur profondeur.
La conclusion cristallise particulièrement ce problème. À mon sens, le film aurait gagné à se terminer au moment de son véritable climax, lors de l’accident à Paris. J’aurais même trouvé plus cohérent que le personnage principal mette fin à ses jours, une issue tragique qui aurait prolongé jusqu’au bout la logique de culpabilité et de désespoir autour de laquelle s’articule son parcours. Au lieu de cela, le récit s’étire inutilement, comme s’il refusait de laisser ses personnages à leurs contradictions. Cette prolongation affaiblit progressivement la tension accumulée et finit par priver le film d’une bonne partie de son souffle dramatique.
Rédemptions demeure ainsi un film sincère, généreux et techniquement accompli, mais dont les ambitions dépassent la force dramatique. Luc Picard signe une œuvre respectable, sans parvenir à transformer pleinement sa réflexion sur la rédemption en expérience cinématographique marquante. Je lui accorde néanmoins une étoile supplémentaire, autant par solidarité envers notre cinéma québécois que par l’affection et l’admiration que je porte à Luc Picard. Une indulgence parfaitement assumée, même si elle ne dissipe pas ma déception devant une œuvre dont j’attendais davantage.
★★★★★★★☆☆☆ 7/10 | Bon
Rédemptions
- -Marcel, un tueur à gages à la retraite, est forcé de reprendre du service et de commettre deux meurtres à Montréal. Ce faisant, il initie, sans le savoir, une suite d’événements fortuits qui finiront par mettre en danger la vie de sa propre fille à Paris.

