Perspective galactique d’un temps mouvant
Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de consigner dans ce blogue mes rêves les plus marquants. Or, la nuit dernière, je n’ai pas tant rêvé à une scène qu’à une révélation. Une image, ou plutôt une impression cosmique, s’est imposée à moi avec une force inhabituelle. À mon réveil, j’avais le sentiment troublant d’avoir effleuré quelque chose de fondamental sur notre rapport au temps. Rien de moins.
Le rêve, pourtant, était d’une grande simplicité. Il ne se déployait pas en actions ni en symboles complexes, mais en une seule perspective, celle de notre galaxie. Je la voyais sans savoir comment, comme si les lois habituelles de la perception avaient été suspendues. Il n’y avait ni distance ni instrument, seulement cette certitude intime d’observer la Voie lactée dans son ensemble. Cette vision m’apparaissait hallucinante, presque indécente par sa beauté, et je me sentais étrangement privilégié, comme si l’univers m’avait accordé un droit de regard exceptionnel.

Je comprenais confusément que cette image n’était pas née de nulle part. Une représentation de la galaxie, aperçue auparavant, s’était sans doute infiltrée dans mon inconscient et avait servi de matrice au rêve. Mais ici, elle cessait d’être une image fixe. Elle devenait mouvement, flux, dynamique profonde.
En focalisant alors mon attention sur le Soleil, que je parvenais à localiser avec une facilité déconcertante, je le voyais inscrit dans l’un des bras spiraux, entraîné dans sa lente dérive autour du cœur galactique. Ce n’était plus un simple point lumineux, mais un repère en mouvement, embarqué dans une trajectoire immense qui le dépassait infiniment. À cet instant précis, une idée fulgurante m’a traversé l’esprit. Si tout se déplace ainsi dans l’espace, si notre système solaire est lui-même pris dans un courant galactique, alors notre rapport au temps ne peut être qu’une conséquence de ce mouvement.
Le temps m’est alors apparu non pas comme une entité autonome, mais comme la dimension du changement dans l’espace. Une manière pour la conscience humaine d’interpréter le déplacement, la transformation, la vitesse. Plus rien n’était immobile, ni la Terre, ni le Soleil, ni la galaxie elle-même. Et si tout bouge, alors le temps n’est peut-être rien d’autre que la trace laissée par ce mouvement dans notre esprit.
Cette intuition donnait soudain un sens nouveau à une sensation familière, celle que le temps passe de plus en plus vite. Peut-être n’est-ce pas seulement une impression liée à l’âge ou aux habitudes, mais le reflet inconscient d’un monde perçu comme de plus en plus rapide, de trajectoires toujours plus vastes et plus complexes. Dans le rêve, cette accélération n’était pas anxiogène. Elle était vertigineuse, oui, mais aussi étrangement apaisante, comme si comprendre le mouvement permettait de s’y abandonner.
Cette hypothèse est-elle purement fantaisiste ou possède-t-elle une part de plausibilité? Je l’ignore. Mais une chose m’apparaît certaine. L’inconscient est capable d’élaborer des intuitions d’une profondeur insoupçonnée. À bien y penser, je crois que ce rêve n’essayait pas tant d’expliquer l’univers que de me réconcilier avec le passage du temps. Comme si, en me rappelant que tout est mouvement, il cherchait à me dire que rien ne se perd vraiment, que tout se transforme, inexorablement, dans l’immensité de l’espace.
La perception du temps est sans doute liée aux moyens techniques dont l’homme se sert pour gagner du temps ou le tuer
– Hubert Aquin









