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Posté par le 18 février 2019 dans Parti Québécois, Politique nationale

Le Parti Québécois est-il mort avec le décès de Bernard Landry ?

Le Parti Québécois est-il mort avec le décès de Bernard Landry ?

Des funérailles d’État à la mesure de l’héritage de Bernard Landry.                                                   Photographie de © Paul Chiasson

Je ne me ferai pas d’amis avec ce titre. Mais bon, ceux qui me connaissent ou m’apprécient savent que je n’ai jamais été en politique pour me faire des amis. Pour moi, la franchise d’esprit ça se partage démocratiquement en toute transparence. Alors, je profiterai du bilan de campagne de Jean-François Lisée concernant la défaite historique du PQ pour écrire ma propre rétrospective de la dernière décennie au PQ en guise de réflexion sur la suite et l’avenir du mouvement souverainiste au Québec.

D’entrée de jeu, je vais vous faire une confidence que je n’avais encore jamais exprimé publiquement : lors du vote de confiance péquiste ayant mené à la démission de Bernard Landry en 2005, je fus l’un des délégués qui ait voté contre lui.

Avant de m’expliquer davantage, je tiens à vous rassurer que j’ai toujours trouvé M. Landry sympathique sur le plan humain. En effet, cet homme était intelligent, honnête, intègre et extrêmement cultivé. Durant la dernière partie de sa vie après avoir dirigé le PQ, il demeura impliqué à sa manière et accessible pour les militants; démontrant par le fait même un dévouement exemplaire pour la cause indépendantiste. Ses funérailles nationales nous ont révélé la grandeur de cet homme manifestement aimé par ses pairs.

Adieu patriote !

Pour revenir au contexte de 2005, j’avais donc réintégré de force le comité exécutif de Mercier. Ma mission d’alors, faire officiellement reconnaître l’existence des clubs politiques dans le PQ (afin de transformer le PQ en parti de convergence indépendantiste). Pour ce faire, j’avais préalablement négocié un poste de délégué pour ce fameux congrès… en échange d’un engagement moral à voter contre M. Landry. Nonobstant cet engagement envers mon président d’association, dans mon for intérieur, je me garderais bien de voter comme bon j’allais le sentir en temps et lieu. Mais c’est vrai que dès le début du processus, j’étais relativement indifférent à l’issue du vote de confiance envers Bernard Landry. Par ma neutralité à Bernard Landry voire carrément mon indépendance face aux différents réseaux dans le PQ, j’ai donc été approché par le clan de François Legault. Parce que, oui, à ce moment c’était un secret de polichinelle que l’actuel Premier ministre travaillait en coulisse afin de pouvoir remplacer Bernard Landry comme chef du PQ. Pour ma part, comme je l’ai déjà expliqué dans ce texte, je n’avais pas été impressionné par François Legault durant ma rencontre avec lui. Probablement que je percevais déjà que son discours d’indépendantiste pressé sonnait faux. Mais bon, pour la petite histoire, une mauvaise blague de ma part m’exclut à jamais de son cercle.

Parti Québécois (entre 2001 et 2005)

Au sujet du dernier paragraphe, j’avais déjà tout expliqué cette histoire dans un texte racontant l’essentiel de mon parcours militant au Parti québécois (entre 2001 et 2005).

Pour revenir à mon vote de confiance envers M. Landry, ce fut, finalement, le vote le plus difficile de ma vie. En effet, si normalement je me fais une spécialité de voter en moins de 10 secondes, cette fois-là, je dus m’arrêter plusieurs minutes dans l’isoloir pour réfléchir à ma responsabilité face à l’avenir du Québec. En effet, nous étions seulement 1200 personnes à décider si nous gardions Bernard Landry à la tête du PQ (et donc, parallèlement, comme chef de l’opposition officielle). Je me suis ainsi rappelé qu’il s’était fait massacrer par la fourberie de Jean Charest durant le débat des Chefs en 2003, qu’il reculait souvent promptement face à la critique de nos adversaires politiques… et surtout, qu’il n’avait pas de plan défini pour relancer l’option souverainiste. Bref, malgré ma sympathie pour notre chef, M. Landry m’apparaissait à court de solution, complètement dépassé et, surtout, beaucoup trop optimiste pour demeurer chef du mouvement souverainiste. C’est ce dernier aspect qui trancha pour moi la question dans l’isoloir.

Étant moi-même un pessimiste de nature, ma perspective politique de la société se porte le plus loin possible dans l’avenir en tentant d’appréhender les pires scénarios afin d’éviter les écueils à l’horizon. Bref, les entités trop optimistes, voire joviales, me tapent naturellement sur les nerfs.

Lors de la majorité de ses interventions publiques devant des partisans souverainistes, M. Landry répétait ad nauseam que la souveraineté du Québec était dans l’ordre naturel des choses, donc inévitable. Son postulat était relativement simple : à ses yeux, les jeunes étant supposément en faveur de la souveraineté allaient naturellement remplacer la vielle génération fédéraliste des Canadiens-Français. Sur le plan humain, je peux comprendre ici qu’on aime s’imaginer les causes pour lesquelles nous nous sommes investis évoluer d’elles-mêmes après notre disparition…. D’autant plus lorsque nous nous trouvons dans le versant descendant de sa vie. Mais un chef se doit d’être le plus connecté possible à la réalité pour être effectif sur celle-ci.

Déjà au début du millénaire, je constatais que l’âge médian dans les réunions partisanes vieillissait et que la relève se raréfiait au PQ. Or, il est impératif d’actualiser le mouvement indépendantiste au diapason avec les préoccupations des nouvelles générations. Dans mon article « Génération X-Y-Z… De la révolution à la démission tranquille », je me suis déjà arrêté en profondeur sur ce sujet.

Pour revenir au fameux vote de confiance, Bernard Landry reçut finalement l’appui de 76,2% des délégués… et démissionna de facto comme chef durant ce congrès déterminant en 2005. Quelques mois plus tard après une longue course à la direction, c’est donc André Boisclair qui fut élu chef du Parti, non sans avoir joué allègrement sur sa jeunesse apparente quant à la nécessité d’assurer la place des jeunes dans le mouvement souverainiste. À priori, le beau contenant Boisclair paraissait assez bon pour séduire l’électorat. Malheureusement, il s’est vite avéré que le nouveau chef était un néolibéral allergique au nationalisme et sans aucun plan pour relancer la souveraineté. De surcroît, trop à droite pour réellement rejoindre les jeunes et rapatrier les sociaux-démocrates, trop urbain pour être populaire en région, pas assez souverainistes pour intéresser les militants indépendantistes, André Boisclair termina finalement troisième durant l’élection de 2007 avec 28,35% derrière l’ADQ.

Pour ma part, puisqu’André Boisclair avait annoncé son intention de détruire les clubs politiques s’il gagnait la chefferie, j’ai ainsi déchiré ma carte du PQ à l’annonce de son élection à la direction en 2005. Avec du recul, paradoxalement, M. Landry aurait peut-être été plus enclin à faire avancer le Parti vers ma stratégie se basant sur la création de nouveaux clubs politiques fait sur mesure.

À la suite de la démission d’André Boisclair, Pauline Marois fut nommée cheffe (sans compétition) du PQ le 26 juin 2007. Et comme si elle n’avait rien compris de la défaite de son prédécesseur, elle plaida alors la mise de côté du projet référendaire afin d’adapter celui-ci aux volontés des Québécois (!!!). Adepte de la langue de bois, le règne de l’ère Marois pourrait se résumer par une absence totale de vision à long terme. Personnellement, je lui en veux d’avoir étouffé le mouvement de solidarité sociale issu de la crise estudiantine (qui aurait pu servir de catalyseur à la relance du mouvement souverainiste), d’avoir laissé partir quatre de nos meilleurs députés indépendantistes afin de forcer unilatéralement une subvention à Québecor via le projet de loi 204, puis, de ne pas avoir réussi par après à rapatrier Option nationale via la création d’un club politique pour celui-ci dans le PQ.

Durant le discours (pratiquement d’adieu) de M. Jacques Parizeau lors du congrès d’Option nationale remplis de jeunes en 2013, l’ancien premier ministre compara le Parti québécois à un « champ de ruines ».

D’ailleurs, son pari d’utiliser la « Charte des valeurs québécoises » afin de déclencher les élections dans l’optique de gagner un gouvernement majoritaire en polarisant l’opinion dans le cadre d’une course à trois (stratégie dite du wedge politics) s’est finalement retourné comme une crêpe contre le PQ voire par association contre notre option nationale. En effet, elle aurait très bien pu alors faire voter un projet de loi sur la laïcité avec la CAQ, mais la démarche était vraisemblablement électorale. Subséquemment, le Québec est toujours polarisé sur les questions de laïcité et c’est finalement la CAQ qui a récupéré ce dossier à son compte en en faisant un enjeu nationaliste. Mais pis encore est, depuis l’épisode de la Charte, la gauche partisane qui a dévié vers le multiculturalisme canadien en suivant le chant des sirènes fédéralistes, en y entraînant de surcroît l’essentiel de la jeunesse cosmopolite.

Avec du recul, j’ai l’impression que l’ambitieuse carrière politique de Pauline Marois avait pour finalité personnelle de devenir la première femme à la tête du Québec. Une fois cet objectif atteint, son règne pourrait ainsi se définir avec ce slogan : « Après moi le déluge ! »

Il faut dire ici qu’un autre phénomène sociologique se mêle au précédent contexte, car la nouvelle gauche intersectionnelle issue des « gender studies » américain fait de la déconstruction de la société (supposément blanche, raciste, coloniale et patriarcale) un projet en soi. Préalablement aliéné par la propagande fédérale qui diabolise systématiquement l’identité québécoise et associe carrément la laïcité au racisme (!?!), la nouvelle gauche est ainsi hostile au nationalisme québécois voire à tout projet de société (!!!). Bref, il y a dorénavant un schisme générationnel entre la gauche sociale-démocrate/républicaine issue de la Révolution tranquille et la gauche multiculturaliste obsédée par la lutte au racisme (qu’elle extrapole partout) et sa quête de consacrer la primauté aux droits des minorités (individuels) par rapport aux intérêts nationaux (collectifs).

Pour donner suite au désastre de Pauline Marois, il y a eu l’interlude de Pierre Karl Péladeau  à la tête du PQ de mai 2015 à mai 2016. Si ce fut une agréable surprise de réaliser le coming-out indépendantiste de l’un des hommes d’affaires les plus puissants du Québec, son bref passage en politique active s’avéra finalement un pétard mouillé pour le mouvement indépendantiste; d’autant plus que PKP a débarqué au PQ comme un sauveur aux yeux des militants désespérés. Avec du recul, je pense que PKP était de facto pris dans un paradoxe négatif. Car si sa principale force consistait d’être à la tête d’un empire médiatique, les imputations évidentes de conflit d’intérêts par rapport à son aspiration à diriger le Québec l’auront obligé à ne pas vraiment utiliser cet atout. D’un autre côté, le danger qu’il représentait pour « la démocratie » (réelle ou non) en parallèle avec le fait qu’il était un capitaliste notoire (voire anti-syndicaliste) avait tout pour repousser les progressistes du Parti québécois. À défaut de pouvoir avancer vers l’indépendance, le PQ se sublima alors en parti populiste en faisant davantage écho aux potins entourant la vie privée de PKP. Bref, cet épisode fut la lubie d’un homme puissant et, face aux désastres qui se pointait à l’horizon électoral, parions que PKP aurait quitté le navire avant d’entacher son lustre avec le naufrage historique du PQ à la dernière élection. Subséquemment, le départ surprise de PKP du PQ fut l’occasion pour Jean-François Lisée de courageusement diriger ce Parti d’octobre 2016 à octobre 2018.

J’ai beau être critique du passage de PKP au Parti québécois, je respecte toutefois davantage le personnage. Disons qu’il a perdu beaucoup d’argent et d’influence en s’associant publiquement à l’indépendance du Québec. Aujourd’hui encore, PKP demeure un atout exceptionnel pour l’option; et comment dire, le Journal de Montréal est paradoxalement devenu l’un des derniers médias québécois à pouvoir critiquer de face l’ordre fédéraliste en ouvrant ses pages à une diversité d’opinions en porte-à-faux la pensée unique.

À la lumière de la dernière débâcle électorale, certains voudront tous mettre le poids de la responsabilité sur celui du chef. Toutefois, dans la situation sociologique où se retrouve dorénavant le PQ et face à la montée de la CAQ qui s’avérait la seule option possible pour chasser les libéraux, l’identité du chef n’aurait rien changé aux résultats. D’ailleurs, les sympathisants du PQ devront se sortir du culte du chef en attendant passivement la venue d’un sauveur, et plutôt se resolidariser autour d’un programme commun à proposer aux Québécois. Plusieurs ont ainsi lancé des flèches à JFL, dont la campagne aura été pourtant quasiment exemplaire (à l’exception du dernier débat où il a démontré une agressivité exacerbée quant à l’organigramme hiérarchique de QS).

Jean-François Lisée a l’intention de publier un article et un livre dans les prochaines semaines pour revenir, notamment, sur la défaite du PQ aux élections.

Pour ma part, puisque Jean-François Lisée est particulièrement intelligent, communicateur et audacieux, il a été mon chef péquiste favori depuis l’illustre Jacques Parizeau. Je n’ai d’ailleurs repris ma carte du PQ qu’en 2016, lorsque j’ai entendu Véronique Hivon parler de faire avancer le PQ vers la convergence avec les autres partis souverainistes durant une conférence au Centre Saint-Pierre.

Conscient que le PQ n’avait plus rien à perdre, JFL fut en effet le premier chef péquiste à (FINALEMENT) proposer une réelle convergence avec Québec solidaire. En preuve de sa bonne foi pour ouvrir la discussion avec QS, il aura laissé la voie libre à GND dans la partielle dans Gouin, puis proposé une alliance durant l’élection partielle dans Verdun. Or, le refus de QS d’accepter l’offre péquiste de la convergence de JFL aura été une révélation quant au réel agenda de QS. Loin de vouloir participer à la réunification des souverainistes, ce parti veut simplement cannibaliser le vote souverainiste à des fins électorales. Et dire que durant toutes ces années, moi, le pro-convergence de la première heure, je pourfendais le PQ de refuser la convergence avec QS. Mais bon, comme le dit si souvent ma mère, « Une illusion de perdue, c’est une vérité de trouvée ».

Issu de la Révolution tranquille, le Parti québécois fut certainement le plus déterminant des partis politiques dans l’histoire du Québec. Toutefois, il fut manifestement le parti d’une seule génération et Pauline Marois la queue de cette comète ayant traversé le ciel du Québec.


Pour conclure mon billet, si vous avez bien suivi le développement de mon préambule, le Parti québécois agonise tranquillement depuis la défaite référendaire au rythme du vieillissement de la génération l’ayant mis au monde. Or, à défaut d’avoir réussi à intéresser les nouvelles générations à l’investir, il m’apparaît le temps de « mourir dans la dignité » et refonder le Parti québécois sur de nouvelles bases. Dans les faits, cette rétrospective des dernières années au PQ ici a pour objectif de préparer la table de mon prochain texte. Un exercice qui sera beaucoup plus important dans la mesure où je proposerai une refondation du Parti québécois. Le PQ est peut-être moribond… mais tel un phénix, l’option indépendantiste pourrait ressusciter sous une nouvelle forme mieux adaptée au contexte actuel. Il n’en dépend qu’aux membres du Parti québécois de bientôt le décider

« On a démoli graduellement ce parti-là, et surtout, on lui a fait perdre son âme. On l’a égaré dans des discussions byzantines. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas récupérable. Mais ça veut dire que la preuve est à faire » – Jacques Parizeau

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