Presence : Une caméra habitée, un drame désincarné
Avec Presence, Steven Soderbergh aborde le film de fantômes depuis une perspective singulière : celle de l’esprit qui habite la maison où s’installe une famille. Présenté au Festival de Sundance en 2024, ce huis clos transforme la caméra subjective en personnage invisible, nous plaçant entre témoin impuissant et intrus indiscret. Les déplacements fluides à travers les pièces déplacent aussi le centre de gravité du récit : derrière la menace surnaturelle apparaissent les fractures d’un foyer incapable de reconnaître ses propres déséquilibres.
Cette approche constitue la principale qualité du film. Les cadrages à distance et les mouvements hésitants donnent au regard une curiosité presque humaine, particulièrement auprès de Chloe, adolescente fragilisée par le deuil. Le surnaturel interroge ainsi notre attention aux autres : comment partager une maison tout en demeurant aveugle à la détresse qui s’y installe ? Mais cette promesse se heurte au scénario de David Koepp, dont les dialogues expliquent trop souvent les conflits. Le jeu des acteurs me paraît peu convaincant, peinant à donner chair à des personnages déjà sommairement dessinés. Leur proximité physique ne crée aucune véritable intimité avec le spectateur. La caméra explore davantage que le récit n’approfondit, laissant une impression de froideur que la vulnérabilité des personnages ne parvient pas à dissiper.
La retenue produit quelques malaises, mais le rythme transforme trop souvent l’attente en ennui. Là où Les Autres faisait de l’espace domestique un piège perceptif, Presence laisse sa contrainte formelle dicter une progression mécanique. Malgré la maîtrise des mouvements de caméra, l’ensemble me donne l’impression d’un film exécuté trop rapidement, dont l’écriture et l’interprétation auraient mérité davantage de maturation. Le dénouement réorganise intelligemment ce qui précède et apporte une émotion bienvenue, sans compenser la monotonie du parcours. Je retiens un angle original, desservi par un scénario aussi léger que le fantôme qui le traverse : une expérience froide et ennuyeuse, plus stimulante dans son principe que dans son résultat.
★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10 | Moyen
Presence
- -Une famille est convaincue qu'elle n'est pas seule après avoir emménagé dans sa nouvelle maison en banlieue.

