L’affaire de l’Université Laval et la mécanique de disqualification woke au Québec
Il y a quelques jours, Benjamin Tremblay publiait sur Facebook un commentaire moqueur à l’endroit du Parti québécois, tournant en dérision l’attention accordée à Marie-Ève Cotton et à Alexandre Dumas. Comme je vais intégrer ici la capture d’écran de cet échange, il n’est pas nécessaire d’en reprendre chaque mot. Mais il faut en rappeler l’esprit. Il suggérait, au fond, que le PQ accordait trop d’importance à ce qui pouvait sembler n’être qu’une agitation périphérique, peu digne d’un parti qui aspire au pouvoir.
C’est précisément là que se logeait, à mes yeux, une erreur de lecture.
Car ce qui était présenté comme un simple bruit de fond relevait déjà d’un autre registre. Des officiers du parti, des militants, des élus, et plus largement l’option indépendantiste elle-même, se retrouvaient exposés à un feu nourri d’attaques fallacieuses, d’amalgames, d’hyperboles et, par moments, de franche calomnie. À ce niveau d’intensité, on ne parle plus seulement de polémique. On entre dans un climat où la répétition remplace la démonstration, où l’exagération tient lieu d’argument, et où l’adversaire cesse peu à peu d’être contredit pour être disqualifié.
Si je me suis arrêté au commentaire de Tremblay, ce n’est pas parce que je le considère comme un adversaire. Bien au contraire. Je le connais à travers le média indépendant 7 jours sur Terre, et surtout sa chaîne que j’estime au point de l’avoir déjà recommandée dans un ancien texte de mon blogue consacré à mes chaînes YouTube préférées en français. Je lui reconnais une réelle capacité d’analyse géopolitique et un souci de vulgarisation qu’on retrouve trop rarement dans l’espace public. C’est précisément pour cette raison que sa sortie m’avait surpris. Elle me donnait l’impression qu’il ne mesurait pas encore pleinement l’ampleur d’un phénomène qui, à force de mensonges, de surenchère morale et de contamination symbolique, ne vise plus seulement à contredire le PQ, mais à user sa légitimité même dans l’espace public.

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Sur le moment, j’ai choisi de lui répondre. Non pas pour lui faire un procès d’intention, mais parce qu’il se jouait là quelque chose de plus profond que la joute du jour. À première vue, son réflexe peut sembler sain, ignorer le bruit, refuser de s’abaisser aux querelles virtuelles, ne pas donner d’importance à ce qui paraît marginal. Mais ce réflexe devient problématique lorsque ce « bruit » n’est plus seulement du bruit.
Autour de ce type de controverse, ce n’est plus une agitation spontanée qui se déploie, mais un écosystème. Les insinuations, les déformations et les récits y circulent en boucle, se renforcent mutuellement, puis finissent par s’imposer comme une réalité parallèle. Dans un tel contexte, ne pas répondre ne signifie plus élever le débat, mais laisser le terrain libre. Une calomnie répétée, relayée, amplifiée dans des chambres d’écho, finit par produire ses effets, non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle n’est plus contestée.
C’est là que le débat bascule.
Ce basculement tient aussi à une faille plus large. Les médiateurs traditionnels, journalistes, commentateurs professionnels et institutions, ne jouent plus toujours pleinement leur rôle de mise à l’épreuve des faits, quand ils ne se contentent pas d’épouser le climat ambiant. On se retrouve alors dans un espace où la vérité n’est plus arbitrée avec la rigueur nécessaire, où les perceptions se substituent aux faits, et où certains acteurs politiques apprennent à exploiter cette zone grise avec une redoutable efficacité. À ce moment-là, je n’y voyais encore qu’un déséquilibre. Aujourd’hui, il apparaît de plus en plus clairement qu’il existe là un système politique en parallèle, qui agit librement en marge de la démocratie parlementaire tout en influençant profondément ses conditions d’exercice.
La controverse entourant la conférence prévue le 26 mars à l’Université Laval, où doivent intervenir Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard, est venue confirmer presque point par point ce que je cherchais déjà à nommer. Le groupe Féministes en mouvement de l’Université Laval (évidement d’obédience intersectionnel) a explicitement demandé l’annulation de l’événement et a présenté les trois panélistes comme porteurs d’un discours « traditionaliste », « discriminatoire » et « voire haineux ». On a ensuite vu se greffer à cette séquence une série d’appuis, de relais, de commentaires et de surenchères dans les réseaux.

Dixit Réjean Bergeron : “Les mêmes personnes qui voient du fascisme partout, mais qui veulent censurer tous ceux qui ne pensent pas comme elles. Trouvez l’erreur…”
Ce qui donne à l’affaire une portée particulière, c’est que Benjamin Tremblay lui-même, qui observait d’abord ce phénomène avec une distance teintée d’ironie, se retrouve aujourd’hui pris dans la mécanique qu’il minimisait. Celui qui croyait n’y voir qu’une agitation marginale en subit désormais les effets, pris à son tour dans ce processus de disqualification morale qu’il jugeait secondaire.
Autrement dit, le problème n’était peut-être pas que le PQ accordait trop d’importance à ce réseau sournois, mais que plusieurs n’avaient pas encore mesuré à quel point il peut dégrader notre rapport collectif aux faits, au débat et à la légitimité même de l’adversaire en démocratie.

Conférence controversée: Alex Boissonneault déplore l’«intimidation idéologique»
Depuis le tout début de son émergence au Québec, je me suis opposé au wokisme. Non pas par réflexe de camp, ni parce que la traditionnelle géographie gauche-droite suffirait à saisir ce phénomène, mais parce que j’y ai reconnu très tôt une culture dogmatique qui substitue l’annulation à la réfutation, l’excommunication à la discussion, et la pureté morale au patient travail de la pensée.
Ce qui m’a toujours frappé dans cette « logique », c’est qu’elle ne commence pas par se demander si une idée est vraie, fondée ou conforme aux faits, mais si elle est moralement acceptable. Là où une démarche scientifique confronte ses hypothèses au réel, quitte à se corriger, cette « logique » procède à l’inverse, elle tend à plier le réel pour le faire entrer dans ses croyances. On n’y cherche pas à comprendre, mais à trier. Et c’est précisément là que le problème déborde la simple querelle idéologique. Une démocratie digne de ce nom suppose que le conflit puisse exister sans que l’adversaire soit traité en hérétique, ni que le débat soit réduit à un filtrage moral préalable.
C’est pourquoi le milieu universitaire me préoccupe depuis longtemps. L’université ne devrait pas devenir un sanctuaire érigé en safe space, où la protection des sensibilités prime sur la recherche de la vérité. À force de soustraire certaines idées à la contradiction, on ne protège plus des individus, on protège des croyances. Elle devrait au contraire demeurer l’un des derniers lieux où le doute conserve ses droits, où les certitudes sont contraintes de se justifier, et où la pensée progresse par mise à l’épreuve du réel.

Le Réseau féministe québécois rappelle qu’une université doit demeurer un lieu de confrontation des idées, et que censurer un débat au nom de critères identitaires n’élève pas la discussion, mais fragilise la démocratie. Cliquez sur l’image pour lire leur dernier communiqué sur la controverse à l’Université Laval et constater à quel point la fracture entre féminisme universaliste et intersectionnel apparaît aujourd’hui au grand jour au Québec.
Lorsqu’une culture d’annulation s’y installe, elle transforme la nature même de l’institution. Elle l’éloigne de sa mission première, celle du savoir et du questionnement, pour la rapprocher d’un espace de conformité, où l’enjeu n’est plus de penser juste, mais de penser correctement. On n’y apprend plus à argumenter, mais à éviter certains mots, certaines idées, certaines présences.
La comparaison avec la religion me paraît éclairante. Non pas parce que le wokisme serait une religion au sens strict, mais parce qu’on y retrouve plusieurs de ses mécanismes. Des dogmes implicites, des interdits de langage, une séparation croissante entre les purs et les impurs, des fautes symboliques qui appellent moins la discussion que la pénitence. Dans un tel climat, la recherche de la vérité s’efface derrière l’obsession de l’orthodoxie.
Le pouvoir de nuisance démocratique de cette logique est désormais visible. On le voit dans l’intolérance croissante à l’égard du dissensus, dans la facilité avec laquelle des étudiants, des professeurs, des chroniqueurs ou des conférenciers deviennent suspects dès qu’ils dérogent à certains présupposés tenus pour sacrés, et dans cette culture de l’annulation qui vise moins à contredire qu’à intimider, isoler et décourager.
L’affaire de l’Université Laval ne surgit donc pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une trajectoire plus ancienne. Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que cette logique ne se contente plus d’imposer son propre code. Elle semble désormais se concentrer sur une cible politique étonnamment bien définie, le Parti québécois, soit dans le contexte actuel le seul parti à assumer clairement l’option indépendantiste. À travers lui, c’est plus largement le nationalisme québécois qui est visé, et avec lui la possibilité même de penser le Québec comme sujet politique distinct.
C’est là que le phénomène devient plus grave. On n’est plus seulement devant une culture de l’annulation qui fragilise les conditions du débat. On assiste à une reconfiguration de ses réflexes au service du statu quo fédéraliste. Chaque fois qu’un discours national québécois un peu affirmé est recodé comme suspect, réactionnaire, xénophobe ou vaguement fascisant, ce n’est pas seulement une sensibilité militante qui s’exprime. C’est un mécanisme de neutralisation politique.
Il faut toutefois tenir compte de l’évolution récente des faits. Alexandre Dumas a pris soin aujourd’hui de préciser publiquement ne pas avoir demandé l’annulation de la conférence et ne pas être une « figure » de Québec solidaire (et ça fait un bail que je dis à mes camarades du PQ d’arrêter de présenter ce type comme un représentant de QS, ce n’est pas parce qu’il parvient à en influencer certains membres qu’il en est le porte-parole). Il faut en prendre acte. Mais cela oblige surtout à déplacer le regard. Le cœur du problème n’est pas un individu isolé. Il réside dans un réseau plus diffus de relais, d’approbations, de partages et de surenchères.
On voit justement ce réseau à l’œuvre. Le FEMUL appelle explicitement à l’action et réclame l’annulation de la conférence. Annie-Pierre Bélanger, porte-parole de QS dans Montmorency, salue l’initiative et évoque même l’idée d’aller « trasher » l’événement avec une gang de militant-e-s. Kim Lévesque-Lizotte, sympathisante de QS et professionnellement active dans l’écosystème de Radio-Canada, relaie l’appel, signe que ce type de discours ne se limite plus aux marges militantes.

Kim Lévesque-Lizotte a relayé la campagne visant à faire annuler la conférence avant de la retirer sous pression.
Le cas d’Éli San est particulièrement révélateur de cette dynamique. Dans une publication largement diffusée, cumulant des centaines d’approbations et de partages, cette excitée du bocal reprend une rhétorique de disqualification totale en affirmant que le Parti québécois serait désormais engagé dans une forme d’alliance avec l’extrême droite. On ne cherche plus ici à débattre ni à critiquer des positions précises, mais à frapper un camp entier d’illégitimité morale, par une logique de contamination symbolique où les amalgames finissent par remplacer l’argument. Que ce type de propos puisse circuler aussi largement et être repris sans véritable mise à distance en dit long sur l’état du débat, où la fabulation importe parfois moins que le cadre moral qui la rend acceptable et en permet la banalisation.

Cliquez sur l’image pour aller lire son statut au complet
Car ce réseau ne se contente pas de critiquer. Il construit une atmosphère. Il normalise les glissements. Il installe un univers mental dans lequel l’adversaire n’est plus simplement contredit, mais entouré de soupçon avant même d’avoir parlé. Une fois ce travail accompli, le débat devient presque superflu. Pourquoi confronter une idée qu’on a déjà réussi à rendre honteuse ?

Marie-Ève Cotton, toujours fidèle à son obsession d’associer le Parti québécois au nazisme.
À ce stade, il devient difficile de ne pas s’interroger sur les effets concrets d’un tel processus. Chaque fois qu’une partie du mouvement woke est conditionnée, voire carrément orientée, à concentrer son énergie contre le nationalisme québécois, elle se détourne, de fait, des structures qui maintiennent le Québec dans son impuissance politique. Chaque fois qu’elle en vient à considérer l’indépendantisme comme un danger plus pressant que le régime colonial qui l’encadre et tend à le dissoudre, elle contribue, souvent sans en prendre pleinement la mesure, à perpétuer le maintient de l’ordre établi qu’elle prétend combattre.
Et c’est peut-être ici qu’il faudrait regarder plus sérieusement lorsqu’on prétend traquer partout les signes d’une dérive autoritaire.
Car, paradoxalement, à force de pourchasser ce spectre du fascisme, certains finissent par en adopter eux-mêmes les réflexes, bannissement, soupçon, intimidation morale, mise au ban, refus du débat contradictoire. La dérive autoritaire qu’ils croient déceler partout ailleurs se manifeste finalement dans leurs propres méthodes.
C’est précisément ici qu’apparaît l’un des procédés les plus toxiques de notre époque, cette inflation verbale qui transforme peu à peu l’adversaire en monstre par simple contamination associative. Le mécanisme est désormais bien connu par les Alexandre Dumas de ce monde. On ne prouve rien, on rapproche. On n’argumente pas, on suggère. On n’analyse plus, on contamine.

Méthode d’enquête de Dumas et cie : 1- Prendre une rumeur sans source; 2- Envoyer un message au principal intéressé; 3- Pas de réponse; 4- Conclusion : donc c’est vrai. Scandale !
Depuis des mois, on voit se déployer la même séquence. Trump assimilé à Hitler. Le PQ présenté comme « trumpisé ». Puis, par glissements successifs, l’idée qu’il existerait une continuité entre ce parti, le fascisme, voire le nazisme. C’est une forme particulièrement pernicieuse de reductio ad Hitlerum. Non pas la comparaison frontale, trop grossière pour être toujours assumée, mais la suggestion par couches successives, la fabrication d’une atmosphère où certaines conclusions n’ont même plus besoin d’être prononcées pour agir.

Ne riez pas, ce type est pris au sérieux par les milieux wokes qu’il formate et manipule
Le plus troublant, c’est que ce procédé finit par produire ses effets bien au-delà de sa cible initiale. Une fois la machine lancée, elle étend son périmètre. Ceux qui, hier encore, ironisaient sur l’attention accordée à ce phénomène peuvent à leur tour être happés par lui. C’est exactement ce qui rend la situation actuelle de Benjamin Tremblay si révélatrice. Il se retrouve lui aussi pris dans cette zone de suspicion, non pas parce qu’il partagerait nécessairement toutes les positions du PQ, mais parce qu’il a accepté de participer à une même tribune.
Autrement dit, la logique que je pointais il y a quelques jours se confirme sous nos yeux. Dans un tel climat, il ne suffit plus d’avoir ses nuances, ses distances ou ses désaccords. Il suffit d’être là, d’accepter de participer à un même échange, de ne pas se soumettre au réflexe d’annulation, pour se voir à son tour recodé.
Quand le débat bascule, il ne s’agit plus de départager le vrai du faux, mais de trier les voix recevables des voix à bannir.

Cette logique ne m’apparaît pas isolée. Elle est de plus en plus nommée, y compris ailleurs. La réflexion suivante de Jocelyn Desjardins en offre une lecture particulièrement éclairante.
Voilà pourquoi cette controverse me paraît si révélatrice. Elle ne nous parle pas seulement d’une conférence contestée à l’Université Laval. Elle met au jour quelque chose de plus large, de plus diffus, de plus inquiétant aussi. Elle montre comment un univers fabriqué dans les réseaux, entretenu par des relais militants et amplifié dans certaines chambres d’écho, finit par déborder dans le réel, jusqu’à peser concrètement sur notre capacité collective à débattre.
Ce qui se joue ici dépasse donc de loin le sort d’un seul événement. Lorsqu’une société commence à tolérer qu’un panel réunissant Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard puisse être entouré d’un tel soupçon avant même d’avoir parlé, elle envoie un message qui excède largement les trois personnes concernées. Elle dit, en creux, qu’il existe désormais des sujets trop risqués, des mots trop contaminés, des perspectives trop suspectes pour être simplement mises en discussion.
C’est ainsi que naît un véritable problème de société. Une partie de l’espace public semble de moins en moins capable de distinguer entre contester une idée et travailler à rendre impossible son expression, entre combattre un argument et organiser la dégradation de celui qui le porte, entre la contradiction, normale en démocratie, et la disqualification, qui en ronge les fondements.
Je reviens alors au commentaire de Benjamin Tremblay. Non pas pour lui reprocher d’avoir été ironique, ni pour transformer ce texte en règlement de comptes. Mais parce que toute cette séquence donne aujourd’hui à ma réponse de l’époque une résonance nouvelle. Ce que j’essayais de nommer alors, ce n’était pas seulement l’existence de quelques attaques excessives ou de quelques militants trop emportés. C’était un problème plus profond, celui d’un espace public où des chambres d’écho finissent par produire leur propre réalité, où la répétition tient lieu de preuve, et où l’adversaire doit être sali avant d’être entendu.

Polarisation, confusion lexicale et crise de la conversation démocratique. Mon dernier appel à la raison est demeuré marginal
Or voilà que Benjamin Tremblay lui-même se retrouve maintenant touché par cette mécanique. C’est peut-être la meilleure démonstration que le problème était réel depuis le départ.
Mais la suite logique de cette affaire ne consiste pas seulement à résister à la censure woke ou à protéger la tenue d’une conférence. Cela demeure nécessaire. Le véritable enjeu est ailleurs, comprendre comment contrer une mécanique de fabrication calomnieuse qui prospère dans les chambres d’écho, exploite l’asymétrie morale du débat public et finit par s’imposer faute d’être sérieusement contestée. Il faudra bien, tôt ou tard, s’attaquer à cette question. Je m’y attarderai dans un prochain texte.
Car lorsqu’une démocratie commence à se refermer, ce n’est pas d’abord par l’interdiction, mais par le rétrécissement du pensable. Lorsque certaines idées deviennent moralement suspectes avant même d’être discutées, ce n’est pas seulement le débat qui recule. C’est la capacité d’un peuple à se concevoir, à se projeter et à exister politiquement qui s’érode. Pour une nation inachevée, ce glissement est décisif. On ne censure plus frontalement, mais on rend certaines idées impossibles à exprimer, en les frappant d’illégitimité avant même qu’elles soient débattues.
Une démocratie ne meurt pas seulement quand on interdit de parler.
Elle commence à s’abîmer lorsque l’on en vient à croire qu’il est plus noble de faire taire que de débattre.
Elle commence à mourir lorsque débattre devient suspect.
Et une nation s’efface lorsque, peu à peu, elle cesse même de se croire légitime d’exister.
Ce travail ne se fait pas toujours de manière frontale. Il progresse par relais, par imprégnation, par des logiques qui, sous couvert de vertu morale, finissent par produire des effets qui convergent avec les intérêts du pouvoir en place. C’est ainsi que, dans les faits, certains réseaux d’activistes, dont ceux qui gravitent autour de figures comme Alexandre Dumas et Marie-Eve Cotton, participent à une dynamique de disqualification politique dont la cohérence et la direction interrogent, tant elle converge systématiquement vers la perpétuation d’un cadre colonial qui continue de structurer le Québec.
Dès lors, une question s’impose. Dans cette histoire, qui incarne réellement le progrès pour notre avenir ? Ceux qui ferment les débats au nom d’une vertu proclamée, en traçant les frontières du pensable… ou ceux qui persistent à maintenir l’espace intellectuel ouvert, malgré le coût social et le risque de stigmatisation politique que cela implique.
Un système fondé sur le mensonge ne tient que s’il est partagé par tous. Dès qu’un seul s’en affranchit, c’est tout l’édifice qui vacille
– Václav Havel













Très bon texte. J’ai hâte de lire la suite. Merci.