Citizen Vigilante : Une colère conservatrice à l’épreuve du cinéma
Avec Citizen Vigilante, Uwe Boll reprend une obsession du film de justicier : que devient la justice lorsqu’un individu s’arroge le droit de la rendre? Armie Hammer incarne Sanders, un Américain installé en Europe qui traque des criminels et les responsables qu’il estime complices de leur impunité. Sa croisade devient un spectacle sur les réseaux sociaux, où l’approbation populaire semble autoriser le meurtre. J’ai trouvé une certaine originalité dans le traitement frontal du sujet, porté par une perspective conservatrice assumée qui s’aventure sur un terrain tabou. Je salue le courage de cette proposition peu conventionnelle, qui défie ouvertement la rectitude politique, même si cette liberté de ton ne garantit pas sa réussite.
Hammer impose une présence physique et une assurance inquiétante. Boll revendique un personnage sans conflit intérieur; cette rigidité devient toutefois une limite dramatique. Les exécutions s’accumulent sans approfondir sa psychologie. Le montage fragmenté aurait pu opposer les actes à leur justification; il brouille surtout une progression où la brutalité tient trop souvent lieu de tension. Malgré l’efficacité de certaines séquences, je suis demeuré à distance de ce spectacle froid, porté par un personnage profondément antipathique jusque dans sa prétention à incarner la justice. Le sujet n’appelle certes pas l’amusement, mais le film ne m’a guère diverti non plus : une curiosité morbide a davantage soutenu mon attention qu’un véritable engagement dramatique.
Comme le relève Stéphan Bureau, la filiation avec Death Wish transpose les angoisses sécuritaires des années 1970 dans une Europe travaillée par les tensions migratoires. Le scénario oppose cependant trop peu de résistance aux certitudes de Sanders : immigration, criminalité et institutions défaillantes composent une démonstration trop verrouillée pour devenir une véritable interrogation. Bureau souligne aussi qu’« en interdisant, on crée la curiosité », tandis que le relais d’Elon Musk sur X amplifie la controverse. Je suis opposé à la censure du film, sans pour autant vouloir le valoriser : sa circulation permet justement d’en discuter les partis pris et les limites. Actuel, différent, mais déprimant, Citizen Vigilante expose davantage une colère qu’il n’en examine les ressorts. Sa fin m’a franchement déstabilisé et me laisse une amertume persistante, sans que je sache si ce trouble justifie pleinement l’expérience. Une proposition à réserver à un public averti, dont la provocation dépasse l’accomplissement cinématographique.
★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10 | Moyen
Citizen Vigilante
- -Frustré par l'absence de justice publique, Sanders décide de prendre les choses en main en devenant un justicier. Il se met alors en tête de punir à la fois les criminels et les fonctionnaires corrompus. À mesure que ses actions de justicier s'intensifient, sa notoriété grandit : il gagne le soutien du public, qui le considère comme un héros, mais attire également l'attention d'Henry, un responsable d'Interpol, qui le perçoit comme une menace pour la société.

